Cureghem (), parfois appelé Cureghem-lez-Bruxelles, est un quartier et ancien hameau de la commune belge d'Anderlecht (Région de Bruxelles-Capitale). Longtemps de caractère industriel, c'est aujourd'hui un quartier à forte vocation commerciale, avec le plus grand marché de la région aux Abattoirs, des grossistes du textile du Triangle et un commerce des voitures de deuxième main vers l'Afrique du quartier Heyvaert.
Cureghem est limité par la Petite Ceinture de Bruxelles, par le canal Bruxelles-Charleroi, la gare du Midi et la ligne de chemin de fer 28 qui contourne par l'ouest l'agglomération bruxelloise. Comme les limites communales ne suivent pas ces voies modernes mais les anciens bras de la Senne, aujourd'hui enfouis, Cureghem empiète au nord-est sur la commune de Molenbeek-Saint-Jean et à l'est sur la commune de Saint-Gilles.
Il s'est développé pendant la révolution industrielle du et connait aujourd'hui une situation sociale et économique fragile en raison du déclin de son économie et de la pauvre qualité de son bâti.
Histoire Débuts ruraux Le nom Cureghem remonte au début du (1130). D'origine germanique (franque), il est composé des racines Curo + -inga + heim, signifiant « résidence/domaine de la famille de Curo ». Situé dans la plaine alluviale de la Senne, Cureghem était à l'origine un hameau dépendant d'Anderlecht, composé de prairies humides, de quelques moulins à eau, chaumières, d'auberges et d'une chapelle nommée den Noodt-Godts. Ce n'est qu'au cours du que l'activité industrielle s'y développe avec l'installation de teintureries, de filatures, de blanchisseries et d'imprimeries d'indiennes. Un événement tragique marque son histoire le : l'explosion de chariots chargés de poudre, qui détruit six maisons et fait plusieurs victimes.
vignette|gauche|Cureghem en 1835 sur le plan de W.B. Craan.
Industrialisation et urbanisation Au cours du , le quartier va connaître un véritable essor. En partie grâce à sa situation privilégiée sur le canal Charleroi-Bruxelles, inauguré en 1832, l'industrie textile prospéra dans le hameau et de nombreuses activités commerçantes vinrent s'installer le long de la Senne, dont nombre d'entre elles étaient liées à l'industrie brassicole et à l'abattage d'animaux. L'École vétérinaire et d'économie rurale s'y installe en 1836 et prend le nom d'École royale de médecine vétérinaire de Cureghem. Elle restera la seule école vétérinaire du pays pendant plus d'un siècle. De 1892 à 1993 elle occupe un complexe de 4 ha, rue des Véterinaires. À l'origine, l'abattoir principal était celui de la Ville de Bruxelles, bâti en 1842 à l'emplacement de l'actuel Institut des Arts et Métiers le long des boulevards de la petite ceinture. Après diverses discussions politiques, il est déplacé le long de la rue Ropsy-Chaudron à Cureghem. Les abattoirs d'Anderlecht sont inaugurés en 1890. L'image paisible des grandes prairies trempées par la Senne qui prévalait jusqu'alors disparut à jamais.
vignette|gauche|redresse=0.9|Écluse du canal Charleroi-Bruxelles à Cureghem, peinture de Gustave Walckiers, v. 1880.
Le quartier devient dès lors de plus en plus prospère et peuplé. Les autorités anderlechtoises décidèrent d'ailleurs de développer une politique urbanistique dynamique en traçant de larges rues bordées de maisons bourgeoises à l'ouest de la chaussée de Mons qui avait longtemps constitué l'épine dorsale du hameau de Cureghem. C'est aussi l'époque de la construction des principaux bâtiments communaux au rang desquels le plus emblématique de tous : le nouvel hôtel communal achevé en 1879 par Jules-Jacques Van Ysendyck, celui-là même qui construisit la maison communale de Schaerbeek. La situation à proximité de la gare du Midi et de l'école vétérinaire dans un quartier en pleine expansion motiva les édiles locaux. À côté de la gare du Midi qui borde le quartier, Cureghem fut également doté de sa propre gare. Édifiée en 1872, selon les plans de l'architecte Gustave De Man, elle était située à hauteur de l'actuel square Émile Vandervelde. Elle resta en activité jusqu'en 1983 et fut détruite en 1990 pour des raisons de sécurité.
vignette|Cureghem en 1894 (Institut Cartographique Militaire).
vignette|Cureghem detail sur plan de Bruxelles industriel de 1910.
Du fait de la proximité de la gare du Midi, et les logements ouvriers en mauvais état, donc bon marché, Cureghem est un quartier de transit, un point d’accès à la ville pour les nouveaux immigrants. Avec l'ascension sociale, eux, ou leurs enfants, le quittent à nouveau pour des « meilleurs » quartiers. Durant l'entre-deux-guerres, le quartier accueille une importante diaspora juive dont de nombreux membres étaient actifs dans la confection de vêtements et le travail du cuir. En 1929, les trois quarts des maroquiniers étaient juifs. Vers 1950, Cureghem compte toujours 525 usines et entreprises artisanales d’au moins 5 travailleurs. Dans les années 1960, on pouvait voir des affiches « Nous embauchons » à la porte de la plupart des usines. Parmi les entreprises connues de cette période figuraient Philips, Côte d’Or, Salik, EMI, Dacor, Danckaert. La main-d’œuvre manque. Après Marcinelle, ce sont des Italiens qui viennent. Ensuite, dans le cadre des accords bilatéraux, des Espagnols, Grecs, Marocains et Turcs. Dans les années 1970 arrivent des réfugiés d’Amérique latine et du Liban. Pendant les années 1980 commence l'immigration des Africains sub-sahariens (à Cureghem principalement de la Guinée, de la RDC, du Cameroun et du Niger), et à partir des années 1990, des Européens de l’Est. Les années 2000, beaucoup de monde vient du Brésil, de la Bulgarie et de la Roumanie et encore plus récemment, de Syrie.
Tous ces groupes laissent leurs traces dans le quartier : la synagogue de la rue de la Clinique date de 1933. Le Mémorial National aux Martyrs Juifs de Belgique se situe à Cureghem et de nombreux pavés de la mémoire y ont été placés. Mais les boucheries, épiceries, boulangeries et restaurants juifs du quartier ont aujourd’hui disparu, tout comme l’Athénée Maïmonide, première école juive de Bruxelles, fermée en . Autour des abattoirs on trouve de la charcuterie italienne, espagnole, marocaine, polonaise, roumaine, guinéenne - en 2010, la moitié des magasins de la rue Ropsy Chaudron s'adresse à un public sub-saharien. En plus du français et du néerlandais, les églises catholiques du quartier proposent des messes en espagnol et en anglais, la dernière langue ayant remplacé l'italien et le portugais depuis les années 1990. Un temple bouddhiste, quatre mosquées sunnites et deux lieux de culte chiiteshttps://books.openedition.org/pusl/28207 (le Centre culturel et islamique Imam Rida est le principal et le plus grand lieu de culte chiite duodécimain en Belgiquehttps://www.reflexcity.net/bruxelles/batiments/lieux-de-cultes/mosquees/mosquee-rida) ouvrent à Cureghem, ainsi qu'. Le début de la chaussée de Mons concentre des commerces et restaurants libanais, dont pas mal passent, depuis le covid-19, dans des mains syriennes.
Après la Seconde Guerre mondiale Cureghem passe lentement de l'industrie au commerce. Le site des abattoirs se transforme d'un endroit principalement voué à la production, visité par des professionnels de la viande, au plus grand marché généraliste de la Région bruxelloise, qui attire chaque semaine, en trois jours, vendredi, samedi, dimanche, un dixième de la population bruxelloise. L'industrie textile quitte le quartier (et l'Europe), mais des enfants des maroquiniers juifs des années 1920 font des années 1960 à 1990 du Triangle un quartier des grossistes du prêt-à-porter, qui attire les acheteurs professionnels de toute la Belgique et des pays voisins. Au début du ce commerce passe complètement dans des mains indiennes, pakistanaises et chinoises, mais reste dans le quartier et se diversifie avec des accessoires de mode et du petit matériel électronique.
L’industrie liée au secteur automobile, historiquement présent à Cureghem, avec fabrication de pneus, carrosseries, tels que les établissements De Wolf ou les ateliers Miesse est, à la fin du encore visible dans la forme de deux grands show-rooms annexes des ateliers de Renault et de d'Ieteren, le deuxième, cependant, depuis 2020 remplacé par le Circularium, centre pour start-ups de la production circulaire. Par contre, Cureghem devient, vers la fin du , une plaque tournante pour le marché international des voitures d'occasion. Dès 1979 commence, d'abord dans les alentours de la gare du Midi, puis dans la rue Heyvaert et plusieurs rues du quartier, ainsi que dans la commune de Molenbeek voisine, un trafic des voitures d'occasion vers l'Afrique. Des importateurs africains viennent de Paris en train à la gare du Midi toute proche, se font parfois acheminer par un commissionnaire de la même ethnie et/ou langue vers un garagiste africain ou libanais du quartier. Une poignée de cosignataires libanais, présentes à Cureghem, dans le port d'Anvers et des ports africains se charge du transport en camion et bateau (principalement de la société Grimaldi), ainsi que toutes les formalités. En 2010, transitent chaque année par le port d'Anvers vers l'Afrique, dont un tiers en venant de Cureghem.
Cureghem est toujours un pôle d'emploi important. On y compte, en 2013, - plus qu'assez pour les du quartier effectivement présents sur le marché du travail. Mais beaucoup de ces emplois sont occupés par des gens bien diplômés, extérieurs au quartier, qui compte de son côté , trop faiblement scolarisés et/ou discriminés à cause de leurs origines étrangères.
Sous la houlette du bourgmestre socialiste Joseph Bracops (1947-1966) la commune d'Anderlecht s'est lancée dans un long combat contre l'économie de Cureghem. Pour les édiles, le quartier devrait être voué au logement. Ainsi au square Albert 1er (1958), et aux Goujons (1968) des appartements remplacent des usines. En 1977, la commune tente de limiter à 10 % les activités de même type dans un même îlot, ciblant les grossistes de textile. Georges Goldberg doit se battre avec son association « Le Triangle », pour pouvoir rester.Christian D’Hoogh (bourgmestre socialiste de 1984-2000) fait exproprier et démolir des maisons dans le quartier de la Rosée pour les remplacer par une séniorie. Quand l'Université de Liège se décide finalement de se défaire de son site de l'ancienne École vétérinaire, abandonné en 1993, il est, après certaines tergiversations, presque entièrement voué aux 140 logements de luxe. Seul le petit bâtiment principal est rénové, en 2021, pour accueillir des activités économiques. Les communes de Molenbeek et Anderlecht essayent, de 2002 à 2016, de renforcer les contrôles administratifs pour parvenir à fermer le trafic des voitures d'occasion. À leur grande surprise, les entrepreneurs libanais sont à la hauteur et évitent la fermeture. Suit la Région Bruxelloise avec l'idée de transférer le trafic à un nouveau terminal Ro-Ro à l'avant-port. Mais les exportations diminuent entre-temps par d'autres raisons: De plus en plus des états africains limitent les importationspar exemple: . Les sociétés libanaises FACAR et SOCAR se lancent, en 2024 et 2025, elles-mêmes dans la construction des logements à la place de leurs hangars. Et en 2026, la dernière entreprise du métal, l'Acier Wauters, doit être remplacée par des appartements. Même le site de l'abattoir, dont on espérait encore pendant les années 2010 de pouvoir renforcer son rôle de production alimentaire, va, selon l'état des discussions en 2025, principalement accueillir des logements.
Dans les médias, le quartier apparaît principalement marqué par une précarité importante et par la criminalité liée au trafic de drogue.
Secteurs
Le quartier de Cureghem est l'un des plus grands quartiers d'Anderlecht mais surtout le plus peuplé.
Ce grand quartier au visage multiple est subdivisé en plusieurs secteurs : thumb|left|Secteurs de Cureghem|200px
1. Crickx-Goujons aussi dit "porte de Cureghem" 2. Cité Albert I