Alice Roy (Nancy Drew en version originale anglophone) est l’héroïne fictive d'une série américaine de romans policiers pour la jeunesse signée du nom de plume collectif Caroline Quine, et publiée aux États-Unis à partir de 1930 par Grosset & Dunlap.
En France, la série est parue pour la première fois en 1955 aux éditions Hachette dans la collection Bibliothèque verte jusqu'en 2011.
Très grand succès de librairie, dix millions d’exemplaires ont été vendus en France de 1955 à 1974 chez HachetteRaymond Perrin , Histoire du polar jeunesse : Romans et bandes dessinées, L'Harmattan, 2011, page 36..
Depuis 2011, la série paraît dans la collection Bibliothèque rose (catégorie Classiques de la Rose). Elle a également été partiellement éditée dans les collections Idéal-Bibliothèque (1964 à 1981), La Galaxie (1971 à 1978) et « Masque jeunesse » (1983 à 1985) des éditions Hachette.
Thème de la série Alice Roy, jeune détective amateur américaine de dix-huit ans (seize ans dans les premiers romans), enquête bénévolement pour redresser les torts dont ont été victimes des innocents, aider des personnes en difficulté, rechercher un objet précieux ou un trésor perdu ou bien éclaircir des mystères. Elle vit dans un quartier résidentiel cossu de la banlieue de River City avec son père, James Roy, un avocat (avoué dans les premiers romans) de renom. Sa mère étant morte quand Alice avait trois ans (dix ans dans les premiers romans), elle a été élevée par une gouvernante, Sarah Berny, qu'elle considère comme une mère. Alice partage ses aventures avec ses deux meilleures amies, les cousines germaines Bess Taylor et Marion Webb, ainsi que Ned Nickerson, un étudiant, chevalier servantDans les 56 premiers romans non réécrits, la relation entre Alice er Ned est platonique. puis « flirt » attitré d'Alice. Bess et Marion sont parfois elles aussi accompagnées de leurs chevaliers servants, Daniel Evans et Bob Eddleton.
L'auteur Alice est née aux États-Unis en 1930 sous la plume de Caroline Quine (Carolyn Keene en anglais). Cette dernière est en fait une romancière virtuelle : il s'agit d'un nom de plume derrière lequel sont regroupés divers écrivains travaillant pour la société d'édition à grand succès Stratemeyer Syndicate. Le patron, Edward Stratemeyer, qui avait été lui-même un écrivain de romans pour enfants, invente le personnage d'Alice et fournit à ses rédacteurs les grandes lignes de l'intrigue principale. Les auteurs touchaient alors pour chaque roman écrit et devaient, selon les clauses du contrat, garder secrètes leur identité et leur collaboration Jennifer Frey, « A True Woman of Mystery », The Washington Post, 6 juin 2002..
En 1980, à l'occasion d'un procès opposant le Stratemeyer Syndicate aux éditions Grosset & Dunlap et grâce à la pression de millions de fans qui cherchaient depuis longtemps à percer « le mystère Carolyn Keene », le Stratemeyer Syndicate révèle au public la véritable identité des auteurs : c'est Mildred Wirt Benson (1905-2002), jeune femme d'alors vingt-quatre ans, qui a écrit vingt-huit des trente premiers titres de la série, et celle qui a su insuffler une personnalité attachante au personnage d'Alice. Lorsque Mildred démissionne du Stratemeyer Syndicate en 1947, c'est la propre fille d'Edward Stratemeyer, Harriet Adams (1892-1981), qui prend alors la relève. Directrice de la compagnie depuis la mort de son père en 1930, elle réécrit tous les titres de la série à partir de 1959, y compris ceux écrits par Mildred Wirt Benson, afin de les moderniser. Ce fut fait contre l’avis de Mildred qui considère que les changements opérés « ont ôté toute saveur aux histoires. » Depuis, bien d'autres « ghostwriters » (prête-plume) ont pris part à l'écriture de la série parmi lesquels : James Duncan Lawrence, Nancy Axelrod, Priscilla Doll, Charles Strong, Alma Sasse, Wilhelmina Rankin, George Waller Jr., Margaret Scherf, et Susan Wittig Albert.
Le pseudonyme de Caroline Quine sera également utilisé pour une seconde série : Une enquête des sœurs Parker. Parue dès 1934 et jusqu'en 1979, elle connaîtra un succès honorable mais sans commune mesure avec son aînée.
À la mort de Mildred Wirt Benson, le journal français Libération lui rendra hommage dans un article intitulé : « Mort de Caroline Quine, créatrice d'Alice »« Mort de Caroline Quine, créatrice d'Alice », Libération, 31 mai 2002..
Genèse Aux États-Unis Le destin dAlice débute en 1930, six mois après le krach boursier qui allait précipiter l’Amérique pendant quinze ans dans la Grande Dépression, la plus grande crise économique de son histoire.
Dix ans plus tôt, les Américaines avaient obtenu le droit de vote. Les mouvements féministes des années vingt avaient stimulé la littérature destinée aux filles, et créé un public prêt pour des personnages féminins ayant du cran Meghan O’Rourke, « Nancy Drew’s Father, the fiction factory of Edward Stratemeyer », The New Yorker, 8 novembre 2004.. Edward Stratemeyer invente alors une héroïne aimant l'aventure, courageuse, intelligente, cultivée et dotée d'un sens moral à toute épreuve : un personnage moderne, loin des stéréotypes des romans pour jeunes filles d'alors.
En , sort donc un coffret qui comprend les trois premiers romans de la série, tous écrits par la jeune Mildred Wirt Benson, qui a alors vingt-cinq ans. C'est un succès commercial immédiat. Dès le début, Alice est la plus vendue de toutes les séries produites par le Stratemeyer Syndicate, faisant ainsi mentir la sagesse populaire prévalant au sein des maisons d'édition selon laquelle les séries pour garçons surclassaient celles des filles.
Alice suscite rapidement l'engouement du publicEn 1934, le grand magazine Fortune consacre un article au Stratemeyer Syndicate et choisit pour illustrer l'article une photo de Nancy Drew assortie de la légende suivante : Nancy est le plus grand phénomène dans les 50 États [des États-Unis]. Les livres sont des best-sellers. {...]. (source : Page 18 du livre de Karen Plunkett-Powell : The Nancy Drew Scrapbook: 60 years of America's favorite teenage sleuth (1993) ; .. De 1930 à 1933, deux à trois livres seront écrits chaque année afin d’asseoir le succès de la série et fidéliser les lecteurs. De 1934 à 1979, le rythme de parution annuel sera de un roman. Depuis 1980, trois à quatre nouveaux titres paraissent chaque année.
Cinquante-six premières histoires seront ainsi publiées par la célèbre maison d'édition Grosset & Dunlap, avant que la série ne soit reprise en 1979 par un second éditeur, Simon & Schuster, pour une centaine de livres supplémentaires. Le et dernier volume (pour le moment) est paru en 2003. Pour éviter que la série ne s'essouffle, les éditeurs essayent de faire ressembler Alice/Nancy à la jeunesse de l'époque, et de traiter de thèmes qui collent à l'actualité : la conquête spatiale, la guerre froide, les OVNI, la télévision ou encore Internet.
Depuis la découverte de l’identité des auteurs véritables de Nancy Drew, des conventions sur le thème de Nancy Drew sont régulièrement organisées dans tous les États-Unis, conventions auxquelles ont été conviées les deux premières rédactrices de la série : Mildred Wirt Benson et Harriet Adams. De nombreux articles paraissent dans les journaux, des livres sont régulièrement publiés sur le phénomène Nancy Drew, et des thèses prennent pour sujet « Nancy Drew, le modèle de la jeune fille américaine et son influence sur les jeunes filles ».
En 2003, la série Nancy Drew est interrompue, et une nouvelle série plus moderne est créée : Nancy Drew (All New) Girl Detective, dont treize titres ont paru en France chez Bayard poche sous le titre : Nancy Drew détectiveDans la série Nancy Drew détective, le récit est fait à la première personne du singulier..
En France En 1955, Louis Mirman (1916-1999), directeur littéraire des livres pour la jeunesse chez Hachette depuis 1947, professeur d’anglais à l’origine et grand admirateur de la culture anglaiseBiographie de Louis Mirman sur ricochet-jeunes.org.Louis Mirman sur crilj.org., souhaite relancer la collection Bibliothèque verte en éditant des séries anglo-saxonnes à héros récurrent, pour en faire une véritable collection populaire.
La toute première série étrangère dont Hachette va racheter les droits est Nancy Drew, qui sera rebaptisée Alice. En , est publié le premier titre : Alice détective, suivi du dernier titre paru aux États-Unis : Alice au bal masqué. Le succès est au rendez-vous : Alice connaîtra le même triomphe qu'aux États-Unis et sera longtemps la série de la Bibliothèque verte la plus vendue en France.
À ce jour (), 89 titres sur 175 ont paru en France.
Dans les autres pays Les aventures de Nancy Drew ont été publiées dans de nombreux pays, mais c'est en France, en Allemagne, en Italie et surtout dans les pays scandinaves, que la série a rencontré le plus grand succès. En Norvège, la série apparaît dès 1941 ; au Danemark, en 1958. Cependant, c’est la France qui compte le plus grand nombre de volumes différents grâce au service de marketing très actif des éditions Hachette qui a produit un très large éventail de formats depuis 1955David Farah, Farah's Guide, 1999 (chapitre : « France »)..
Raisons du succès Baignant dans une grande sécurité financière, non soumise à l'autorité d'une mère, ayant un père compréhensif et tolérant qui lui accorde beaucoup de liberté (il lui achète une voiture — un cabriolet bleu — à l'âge de seize ansVoir les traductions françaises originales non modifiées.), Alice est de fait une jeune fille très indépendante. En cela, elle différait des adolescentes de son âge dans l'Amérique des années trente, époque où paraît la série, puis quarante (et jusqu'au début des années soixante en Europe). Alice incarnait, pour les lectrices, la modernité ; ses nombreuses qualités morales et physiques, un idéal. Si, depuis la fin des années 1960, le côté moderne du personnage d'Alice n'est plus vu comme exceptionnel, les valeurs qu'elle dégage, le fait qu'elle soit affranchie d'obligations (études et/ou emploi), et les intrigues très humaines des romans, continuent à plaire.
Dans un entretien accordé au journal américain New York Times publié le , Mildred Wirt Benson, la première rédactrice de la série et celle qui a créé la personnalité d'Alice, déclare : « C'est inconsciemment que je l'ai [Alice] modelée comme moi. Je l'ai créée jolie, intelligente et perfectionniste. J'ai fait d'elle le concept de la fille que j'aurais aimé être. […] J'ai assez aimé le personnage [Alice] dès le début. De nos jours, ce type de femme est fréquent, mais à l'époque [années trente], c'était un genre nouveau, quoique pas pour moi. Je pensais tout naturellement que les filles pouvaient faire les choses que faisaient les garçons. »« I didn't consciously make her like myself. I made her good-looking, smart and a perfectionist. I made her a concept of the girl I'd like to be. […] I sort of liked the character from the beginning. Now that kind of woman is common, but then it was a new concept, though not to me. I just naturally thought that girls could do the things boys did. ». Patricia Leigh-Brown, « Conversations/Mildred Benson; A Ghostwriter and Her Sleuth: 63 Years of Smarts and Gumption », New York Times, 9 mai 1993.
Un autre élément du succès est lié aux personnages antagonistes de Bess et Marion, deux jeunes filles aussi différentes que le jour et la nuit, et qui, contrairement à Alice, ne sont pas exemptes de défauts. Ainsi, chaque lectrice peut se reconnaître dans l'un ou l'autre de ces deux personnages.
Enfin, le chevalier servant d'Alice, Ned Nickerson, le bel étudiant dévoué, apporte une touche romantique réputée plaire également au jeune lectorat féminin.
Personnages Alice Description