LUSS Scorpion (SSN-589) est un sous-marin nucléaire d'attaque américain de la et le sixième bâtiment de l'US Navy à porter ce nom. Le Scorpion est perdu en mer le , avec à son bord, dans des circonstances floues. L'USS Scorpion est l'un des deux sous-marins nucléaires perdus par l'US Navy, le second étant l' en 1963. Il est l'un des quatre sous-marins à avoir mystérieusement disparu en 1968, les autres étant le sous-marin israélien , le sous-marin français Minerve et le sous-marin soviétique K-129.

L'épave retrouvée au bout de cinq mois de recherches se trouve à une profondeur de non loin de l'archipel des Açores. Son exploration a été menée lors de la découverte de celle du Titanic en 1985.

Service vignette|gauche|Lancement de l'USS Scorpion. La quille de l'USS Scorpion est posée le au chantier naval Electric Boat, une filiale de General Dynamics Corporation, basée à Groton dans le Connecticut. Il est lancé le , sous le parrainage d'Elizabeth S. Morrison, la fille du dernier commandant du dernier navire à avoir porté le même nom, l' (perdu corps et biens en 1944). Le Scorpion est commissionné le et son commandement est confié à Norman B. Bessac.

Missions spéciales (1960–1967) L'USS Scorpion est affecté à la Submarine Squadron 6, Division 62, il quitte la base navale de New London le pour une mission de deux mois dans les eaux européennes. Durant cette mission, il participe à des exercices avec des unités de la flotte et des navires de pays membres de l'OTAN. À son retour en Nouvelle-Angleterre à la fin du mois d'octobre, il s'entraîne sur la côte est des États-Unis jusqu'au mois de . Le , le Scorpion rentre à New London, avant de partir pour Norfolk, un mois plus tard. En 1962, il obtient une Navy Unit Commendation.

La base navale de Norfolk sera le port d'attache du Scorpion pour le reste de sa carrière, il s'y spécialise dans les tactiques de détection des sous-marins nucléaires. Alternant les rôles de chasseur et de chassé, il participe à des exercices le long de la côte atlantique, autour des Bermudes et de Puerto Rico. De à , il interrompt ses opérations et est placé en période d'entretien à Charleston. Il reprend du service à la fin du printemps, avant d'être à nouveau interrompu du au pour une patrouille transatlantique. Au printemps 1965, il conduit une patrouille similaire dans les eaux européennes.

À la fin de l'hiver 1965, au début du printemps et à l'automne 1966, le Scorpion est déployé pour des opérations spéciales. Après avoir mené à bien ces missions, son commandant reçoit une pour son remarquable leadership, sa prévoyance et ses compétences professionnelles. D'autres officiers et marins du Scorpion sont également cités pour leurs réalisations méritoires. En 1966, le Scorpion parvient à entrer dans une au cours d'un « Northern Run » et à filmer le lancement de missiles soviétiques à travers son périscope avant de réussir à s'enfuir poursuivi par des navires de la marine soviétique.

Réparations (1967) thumb|left|Kiosque de l'USS Scorpion Le , le Scorpion est envoyé pour entretien et réparations au Norfolk Naval Shipyard pour y subir une révision complète. À la place de cette révision complète, seules les réparations d'urgence sont effectuées avant que le bâtiment ne soit remis en service. Le programme SUBSAFESubmarine Safety Program (SUBSAFE), Electric Boat Corporation.…qualification and authorization of activities to perform SUBSAFE work… requerrait l'allongement de la durée des interruptions pour réparations, de 9 à . Un examen minutieux de la qualité des composants du sous-marin était nécessaire, selon les consignes données par le commandement (SUBSAFE), couplé à diverses améliorations ainsi qu'à l'intensification des inspections structurelles — des inspections de la coque en particulier au moyen d'ultrasons — et à la réduction de la vulnérabilité de pièces vitales telles que les conduites d'eau de mer. Les tensions dues à la guerre froide obligeaient les officiers de la Submarine Fleet Atlantic (SUBLANT) à raccourcir les délais. La réparation du Scorpion est donc courte et coûte seulement un septième des sommes normalement dépensées pour la révision d'un sous-marin nucléaire à l'époque. Il s'agit du résultat de préoccupations concernant le « pourcentage élevé de temps hors-service » des sous-marins nucléaires d'attaque, estimé à environ 40 % du temps de service total.

La portée de la révision complète du Scorpion, prévue à l'origine, est réduite : et la mise aux normes SUBSAFE attendue depuis longtemps, avec notamment l'installation d'un nouveau système central de contrôle des vannes, n'est pas effectuée. Plus grave, son système d'urgence — celui-là même qui avait causé la perte du Thresher — n'est pas corrigé. Alors que le Charleston Naval Shipyard affirme que le système de remplissage d'urgence du principal ballast (Emergency Main Ballast Tank Blow - EMBT) fonctionnait en l'état, SUBLANT affirme au contraire que ce système était défectueux et l'EMBT « marqué » ou répertorié comme inutilisable. Les problèmes perçus, relatifs à la durée de révision, ont conduit à des retards dans tous les travaux de mise aux normes édictées par le SUBSAFE en 1967.

Le CNO, l'amiral David Lamar McDonald, valide la révision abrégée du Scorpion le . Le , McDonald diffère les améliorations demandées par le SUBSAFE, considérées comme non essentielles jusqu'en 1968.

Mission en Méditerranée (1967-1968) thumb|right|L' en compagnie du Scorpion, en dehors du Claywall Harbor, Naples, Italie, en avril 1968 (peu de temps avant que le Scorpion ne parte pour sa dernière mission). Il s'agit probablement de la dernière photographie prise du Scorpion.

Fin , l'USS Scorpion entame une série d'essais de formation et de perfectionnement aux systèmes d'armes. Il reçoit un nouveau commandant, Francis Slattery. À l'issue de cet entraînement, mené au large de Norfolk, il est envoyé le en mer Méditerranée pour une nouvelle mission. Il opère au sein de la flotte au mois de mai avant de prendre le chemin du retour vers son port d'attache. Le Scorpion subit plusieurs dysfonctionnements mécaniques parmi lesquels une fuite chronique de gaz fréon à partir des systèmes de réfrigération. Un incendie d'origine électrique se déclare dans un tuyau d'échappement après qu'une fuite d'eau eut court-circuité une connexion d'alimentation alors que le bâtiment était à quai. Il n'existe aucune preuve que la vitesse du Scorpion ait été limitée à partir de , même si de manière prudente il évitait de plonger à une profondeur supérieure à , en raison de la mise en œuvre incomplète des contrôles et modifications de sécurité prévues à la suite de la perte du Thresher.

Le sous-marin devant quitter la Méditerranée le , deux hommes débarquent du Scorpion à Rota en Espagne, l'un pour une urgence familiale et l'autre (IC1 Joseph Underwood) pour des raisons de santé. Des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins américains opéraient à partir de la base navale américaine de Rota et il est probable que l'USS Scorpion assurait la couverture sonore pour les deux bâtiments entrant au même moment dans l'Atlantique où, immanquablement, des sous-marins d'attaque soviétiques essayeraient de détecter et de suivre le sous-marin nucléaire lanceur d'engins américain. Ce jour-là, deux sous-marins d'attaque soviétique de la , pouvant naviguer jusqu'à , étaient en position. Le Scorpion est ensuite envoyé pour observer les activités navales soviétiques dans l'Atlantique à proximité des Açores. Un sous-marin soviétique de la - opérait avec ce détachement spécial ainsi qu'un destroyer lance-missile M.A.Bradley, Why they called the Scorpion "Scapiron", 'Proceedings July 1998' US Naval Institute. Annapolis, vol. 124 7/1/1, . Ayant observé et écouté les unités soviétiques, le Scorpion s'apprête à retourner à la base navale de Norfolk.

Disparition et naufrage gauche|vignette|Zone de naufrage du Scorpion Pendant une durée exceptionnellement longue, commençant peu avant minuit le et se terminant après minuit le , le Scorpion tente d'envoyer des messages radio à la base navale de Rota en Espagne sans succès et parvient à joindre une station de communication de la Navy Néa Mákri, en Grèce, qui a transféré les messages du Scorpion au ComSubLant. Le lieutenant John Roberts reçoit le dernier message du commandant Slattery, indiquant qu'il se rapprochait du groupe naval soviétique à une vitesse constante de et à une profondeur de pour « commencer la surveillance des Soviétiques ». Six jours plus tard, les médias rapportent que le Scorpion qui était attendu à Norfolk ne s'était pas présenté.

Recherches (1968) thumb|Photo de la section avant du Scorpion, prise en 1968 par l'équipage du bathyscaphe .

L'US Navy redoute une possible perte du bâtiment et lance une opération de recherche. L'USS Scorpion et son équipage sont déclarés « présumés perdus » le . Son nom est retiré du Naval Vessel Register le . Les recherches se poursuivent avec une équipe de mathématiciens conduite par le John Piña Craven, responsable de la Division des projets spéciaux de l'US Navy. Ils emploient des méthodes de recherche fondées sur le théorème de Bayes, développées initialement pendant les opérations de recherche de la bombe à hydrogène perdue au large de Palomares, en Espagne, en à la suite de la dislocation en vol d'un B-52.

Certains rapports indiquent qu'une importante opération secrète de recherche avait été lancée trois jours avant le retour de patrouille programmé du Scorpion. Cette information, combinée à d'autres informations déclassifiées, laisse penser que l'US Navy était au courant de la perte du Scorpion avant que l'opération de recherche publique ne soit lancée.

thumb|left|Le navire de recherche USNS Mizar À la fin du mois d', le navire de recherche océanographique de l'US Navy, , localise des sections de la coque du Scorpion au fond de l'océan, à au sud-ouest des Açores à de profondeur. La Navy avait auparavant publié les enregistrements sonores réalisés par le système d'écoutes sous-marines SOSUS qui confirmaient la destruction du Scorpion. Une commission d'enquête est de nouveau convoquée et d'autres navires, parmi lesquels le bathyscaphe , sont envoyés sur place pour collecter des données et pour prendre des photos de l'épave.

Bien que Craven se soit vu attribuer la localisation de l'épave du Scorpion, la contribution de Gordon Hamilton, un expert acoustique pionnier de l'utilisation de matériel hydroacoustique pour repérer les points d'impact en mer de missiles Polaris, a été déterminante et a permis de délimiter une « zone de recherche » réduite à l'intérieur de laquelle l'épave est retrouvée. Hamilton établit une station d'écoute aux îles Canaries, il isole un signal clair que certains scientifiques analyseront comme étant le bruit émis par l'implosion de la coque alors que le bâtiment franchissait sa . Chester « Buck » Buchanan, un scientifique du Naval Research Laboratory, localisera finalement l'épave le , à l'aide de barges submersibles trainées par le Mizar et équipées de caméras. Ces barges équipées de caméras, qui avaient été conçues par J. L. « Jac » Hamm de la Engineering Services Division du Naval Research Laboratory, sont aujourd'hui exposées au U.S. Navy Museum. Buchanan avait déjà localisé l'épave du en 1964 en utilisant cette technique.

Dégâts observés 300px|thumb|right|Plan de coupe d'un sous-marin de : 1. Systèmes sonar ; 2. Compartiment des torpilles ; 3. Poste de commandement ; 4. Compartiment du réacteur ; 5. Moteur auxiliaires ; 6. Compartiment de la propulsion.