Le Festival des arts et de la culture des îles Marquises, « Matavaa o te Fenua Enata » (en marquisien du Sud), « Matavaa o te Henua Enana » (en marquisien du Nord) est une manifestation culturelle organisée périodiquement dans les îles Marquises, en Polynésie française.
Initié en 1987 par l'association culturelle Te Motu Haka o te Henua Enata et soutenu par Hervé Le Cléac'h, évêque de Taiohae de 1973 à 1986, il a pour but de maintenir vivace et de célébrer la culture marquisienne.
Création du festival La création du Festival des arts et de la culture des îles Marquises intervient dans un contexte de réveil culturel aux îles Marquises. Au cours des , les pratiques culturelles locales (tatouage, religion, chants, danses) avaient été interdits par l'Église catholique et le gouvernement colonial ; après la Seconde Guerre mondiale, le marquisien avait été interdit dans les écoles, où les enfants ne devaient parler que français ou tahitien. Face à ces menaces, un mouvement de défense de la culture marquisienne naît dans les années 1970. Ce mouvement cherche à revitaliser la culture ancestrale par sa valorisation, son étude et sa transmission. Il est à l'origine de la création de l'Académie marquisienne et de nombreuses initiatives patrimoniales.
C'est dans ce contexte qu'en 1978, l'évèque de Taiohae Hervé Le Cléac'h suggère la création d'une association culturelle marquisienne. L'association Te Motu Haka o te Fenua Enata ou Te Motu Haka O Te Henua Enana, souvent abrégée en Motu Haka, est ainsi créée par trois enseignants de Ua Pou : Georges Toti Teikiehuupoko, Benjamin Teikitutoua et Étienne Hokaupoko. L'objectif de l'association est de rassembler les six îles habitées de l'archipel autour de la défense de la langue marquisienne. En 1987, Motu Haka crée le premier Festival des arts des îles Marquises avec l'aide de Lucien Kimitete, maire de Nuku Hiva.
Le but du festival est de valoriser et revitaliser les arts et la culture marquisiennes en encourageant leur enseignement et leur pratique. Autour de cette culture partagée, le festival vise aussi à fédérer la population marquisienne, à développer la fierté d'être Marquisien.
Description
Histoire La première édition se déroule sur l'île de Ua Pou, dans la vallée de Hakahau, sur un terrain de football, en 1987. Deux ans plus tard, c'est Nuku Hiva qui accueille l'ensemble des délégations sur un site culturel restauré pour l'occasion, Pikivehine. Une délégation de Rapa Nui (île de Pâques) fait le déplacement ; l'île y est systématiquement représentée par la suite. Au départ uniquement centré sur la culture marquisienne, le festival s'ouvre progressivement aux autres archipels polynésiens, avec la venue de groupes de Hawaï, des Samoas, de Nouvelle-Zélande, de Tahiti et d'ailleurs.
Ce festival, d'une durée de trois jours, se déroule d'abord tous les quatre ans en alternance sur les trois îles principales (Ua Pou, Nuku Hiva et Hiva Oa). Il était limité à un site et une vallée. Par la suite, il devient itinérant et est accueilli par plusieurs vallées ou sites. De plus en plus de délégations du reste de la Polynésie française et du Pacifique, en dehors de l'archipel, y sont conviées et répondent présentes. Depuis le festival 1999, à Nuku-Hiva, le deuxième jour avant le kai'ia mau, le festin commun, une cérémonie œcuménique est proposée.
En 2006, un « mini-festival » est ajouté à une fréquence de quatre ans, deux ans après le festival principal, afin de valoriser également les îles plus petites : Tahuata, Fatu Hiva et Ua Huka. C'est Tahuata qui a ouvert la marche. Ne disposant pas des ressources et des capacités d'accueil des îles principales, il ne reçoit que des groupes venus des autres îles marquisiennes, et non d'archipels plus lointains. Toutefois, le terme de « mini-festival » a par la suite été supprimé en faveur de « Festival des arts des îles Marquises » qui, dès lors, a lieu tous les deux ans, alternativement, sur une grande puis une petite île. Chacune des six îles habitées de l'archipel reçoit et organise le festival.
En 2025 est mis en place le « Matavaa des enfants », des moments spécialement dédiés aux enfants dans le Matavaa, dans l'idée de renforcer la transmission de la culture auprès des plus jeunes.
En 2025, le président de la Communauté de communes des îles Marquises (CODIM) annonce vouloir déposer à l'INPI le nom de Matavaa et les noms des îles afin de les protéger de toute appropriation commerciale.
Le festival Le festival célèbre différents aspects de la culture marquisienne : la langue, le chant, la danse, la cuisine, les rites, l'artisanat (tatouage, travail du bois, de l'os et de la pierre, tapa (étoffe faite d'écorce), pirogues). Il met aussi en valeur les sites archéologiques et représente une occasion de restaurer ces sites pour les présenter pendant le festival.
L'effervescence et l'importante adhésion des Marquisiens au festival en font un événement majeur pour l'archipel dont la renommée dépasse largement les frontières de la Polynésie française. En effet, durant ces trois jours, les Marquisiens de chaque île et des différentes vallées mettent en valeur leurs spécificités locales. C'est une occasion de partage et d'échanges entre les différentes cultures en présence. Loin d'être pensé pour les touristes, le festival est fait « pour les Marquisiens par les Marquisiens » selon Debora Kimitete, l'une des organisatrices : il s'agit de se retrouver autour d'une identité commune, avant d'offrir un spectacle au public.
Un festival des arts des îles Marquises implique une organisation importante pour laquelle un nouveau comité ou une nouvelle association est créé pour chaque nouveau festival. Ainsi, pour faciliter et aider les associations ou comités organisateurs, la CODIM a produit le premier guide d'organisation d'un festival des arts des îles Marquises, de 60 pages, téléchargeable gratuitement sur le site de la CODIM.
Le festival fait néanmoins bénéficier l'île organisatrice de retombées économiques grâce notamment à la vente d'œuvres d'art et d'artisanat. De plus, les structures construites pour le festival peuvent subsister après les festivités et s'inscrire dans des projets de développement à long terme, pour lesquels le festival est un atout.
14ème édition Matavaa o te Henua Enana 2023 à Nuku Hiva : Te Auii Tupuna vignette L’édition 2023 du Matavaa o te Henua Enana s’est tenue du 16 au sur l’île de Nuku Hiva, dans l’archipel des îles Marquises. Il s’agissait de la 14ᵉ édition du festival, organisée par le COMOTHE (Comité organisateur du Matavaa o te Henua Enana de Nuku Hiva).
Thème vignette Le thème retenu pour cette édition, « Auìi Tupuna » (L’énergie ancestrale), invitait à une réflexion sur les liens entre les mondes du Po (invisible, spirituel, ancestral) et du Ao (visible, monde des humains), et sur la circulation de l’énergie transmise par les ancêtres à travers les générations. Le thème a été formalisé par Edgar Tetahiotupa à l’issue d’un travail collectif mené par des acteurs culturels marquisiens de Nuku Hiva.
Sites du festival Le Matavaa 2023 s’est distingué par sa décentralisation sur plusieurs sites patrimoniaux, répartis dans trois vallées de Nuku Hiva :
Tohua Temehea (Taiohae), site principal accueillant les cérémonies d’ouverture et de clôture, les spectacles nocturnes (koika pō) et le village des artisans ; Koueva (Taiohae – vallée de Haavao), destiné aux prestations de jour (koika kakiu) ; Te Aitua (vallée de Taipivai), site en lien avec le thème de la transmission ; Kamuihei (vallée de Hatiheu), grand ensemble archéologique restauré, lieu symbolique du Matavaa et espace de mémoire.
Participants et organisation Le festival a réuni les délégations des six îles habitées des Marquises (Nuku Hiva, Ua Pou, Ua Huka, Hiva Oa, Tahuata et Fatu Iva), ainsi que des groupes marquisiens de Tahiti, intégrés selon un système inédit d’îles « marraines » et d’associations « filleules ».
Les performances ont été structurées autour de deux formats :
les koika kakiu (représentations de jour sur sites anciens, valorisant chants et danses traditionnels) ; les koika pō (spectacles nocturnes, laissant une plus grande liberté artistique).
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Temps forts Parmi les temps forts de l’édition 2023 figurent :
une cérémonie ancestrale à l’aube, fondée sur des chants anciens décrits dans les travaux ethnographiques du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle ; la journée du kai‘iamau, marquée par la préparation et l’ouverture de grands umu kai communautaires, symboles de partage et d’unité inter-îles ; l’arrivée de la pirogue double traditionnelle Vaka Nui de Hiva Oa, moment cérémoniel majeur lors de l’ouverture du festival ; un concert de clôture en langue marquisienne, destiné à valoriser la création musicale contemporaine enracinée dans la culture locale.
Artisanat, patrimoine et transmission Un village des artisans a accueilli les créateurs des six îles, invités à présenter des œuvres liées au thème Auìi Tupuna. Des conférences, expositions et stands associatifs ont complété la programmation, inscrivant le Matavaa 2023 dans une dynamique de réflexion collective sur la gestion et la transmission du patrimoine marquisien, en lien avec la démarche d’inscription UNESCO.
Documentation et héritage L’édition 2023 a fait l’objet d’une captation audiovisuelle professionnelle, donnant lieu à la production de spectacles filmés, de capsules thématiques et d’archives diffusées notamment par Polynésie La 1ʳᵉ et sur les plateformes officielles du Matavaa.
Le Matavaa o te Henua Enana 2023 est souvent considéré comme une étape structurante dans la mobilisation culturelle marquisienne ayant précédé l’inscription du bien « Te Henua Enata – Les îles Marquises » sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2024.
15ème édition Matavaa o te Henua Enana 2025 à Ua Huna : Haakaie L’édition 2025 du Matavaa o te Henua Enana s’est déroulée du 15 au sur l’île de Ua Huna. Il s’agissait de la 15ᵉ édition du festival culturel inter-îles des Marquises, organisée sur un site unique, Te Tumu (Tetumu), spécialement aménagé par les habitants de l’île. Cette édition se distingue nettement de celle de 2023 par son organisation spatiale, son schéma artistique et sa place centrale accordée à la jeunesse.
Thème Le thème retenu en 2025, « Haakāiè » (La fierté, Faire l’éloge), a été pensé comme un hommage aux îles Marquises. Il met en lumière la fierté culturelle, la reconnaissance du combat mené par les anciens pour la transmission des savoirs, et le passage de relais aux nouvelles générations.
Organisation et accueil des délégations Si l’ensemble des spectacles s’est tenu sur le site unique de Tetumu, l’accueil logistique des délégations a été réparti dans les trois vallées de l’île :
Vaipaee : délégations de Tahuata et Ua Pou ; Hane : délégations de Nuku Hiva et Fatu Iva ; Hokatu : délégation de Hiva Oa.
Les participants comprenaient les délégations des six îles habitées des Marquises. L’édition 2025 a également conservé un lien symbolique avec l’édition 2023 par la participation du groupe Kaputu Nui, qui a dansé en son nom propre et aux côtés de la délégation de Ua Huna.
Un COMOTHE spécifique à Ua Huna a été créé pour l’occasion, disposant de sa propre organisation et d’une page Facebook dédiée, marquant la volonté locale de structuration et d’appropriation du festival.
Programmation artistique Le format des performances a été repensé autour de la transmission intergénérationnelle :
prestations des enfants de chaque île en journée (Matavaa des enfants, une première à cette échelle) ; prestations des adultes en soirée (koika pō).
Les spectacles étaient organisés selon un schéma de rotation par binômes d’îles :
Fatu Iva – Ua Pou Tahuata – Nuku Hiva Hiva Oa – Ua Huna
Temps forts
l’inauguration officielle du nouveau quai de Hane, destinée à améliorer durablement l’accueil maritime des délégations ;