Raoul Pugno, né le à Montrouge, et mort d'une embolie pulmonaireFrance Musique, lundi 21 novembre 2022 : Nadia Boulanger, une professeure exigeante à Moscou le est un compositeur et pianiste français.

Biographie Il est né de parents modestes. Sa mère (lorraine) et son père (italien) n'étaient ni des créateurs, ni des virtuoses. Mais son père était fou de musique : il en vendait dans un tout petit magasin de la rue Monsieur-le-Prince à Paris, où se rencontraient les étudiants mélomanes. On y parlait de tout ce qui touchait à l'art lyrique, avec la passion de la jeunesse, celui-ci se mettant au piano, celui-là prenant un violon, tous vibrant à l'unisson. Ce petit magasin existe toujours. Il est maintenant au 20 rue de Savoie dans le sixième arrondissement.

C'est dans cette atmosphère que Raoul Pugno est né, respirant l'amour d'un art qui devait être un jour le sien. Ayant pressenti sa nature et caressant l'ambition qu'il devienne un grand musicien, son père le fait travailler de très bonne heure : à six ans, il est un enfant prodige et joue en public, pour la première fois, dans un concert de bienfaisance donné à l'Hôtel de ville. C'est une artiste de valeur, Joséphine Martin, qui lui avait enseigné les premiers principes.

Sur la recommandation de Joseph Poniatowski, Raoul Pugno obtient une bourse à l'École Niedermeyer de Paris. Le , par l'entremise d'Ambroise Thomas, qui l'avait un soir, par hasard, entendu exécuter un concerto de Hummel, il entre au conservatoire dans les classes de piano et de solfège (Mathias et Durand comme professeurs). Il obtient, cette même année, un prix de piano à l'unanimité, et une médaille de solfège. Puis en 1867, médaille de solfège et prix d'harmonie (classe de Bazin). En 1869, prix d'orgue (classe de Benoit) et prix de contrepoint et de fugue (classe d'Ambroise Thomas). À cette date, il n'avait toujours pas obtenu sa naturalisation (fils d'italien), ce qui l'empêcha de concourir pour le prix de Rome.

D'orientation révolutionnaire, il est nommé, à 18 ans, membre de la Commission d'aide à l'art musical et aux artistes, le , par la Commune de Paris. Deux de ses pièces sont proposées pour être jouées à l'Opéra le .

Élève de Georges Mathias et d'Ambroise Thomas, puis enseignant au conservatoire à son tour (harmonie, piano), il prend Nadia Boulanger sous son aile, jouant notamment sous sa direction sa Fantaisie variée pour piano et orchestre, et composant avec elle un certain nombre d’œuvres en collaboration dont, en 1909, le cycle de mélodies des Heures claires. Ils conçoivent ensemble l'opéra La Ville morte, sur un livret de Gabriele D'Annunzio, qui sera représenté à l'Opéra comique en 1915, un an après sa mort. Les agendas de Nadia Boulanger révèlent que leur relation dépassait largement celle du maître à l'élève et était en réalité un amour profond entre la jeune femme et celui qui était un ami de longue date de la familleNadia Boulanger, Agenda 1914, inédit, Bibliothèque nationale de France, Département de la Musique, Rés Vmf ms 152, cité dans Alexandra Laederich, Rémy Stricker, « Les trois vies de Nadia Boulanger. Extraits inédits de la valise protégée », Revue de la BNF, 2014/1, n° 46, p. 77-78, disponible en ligne sur http://www.cairn.info/revue-de-la-bibliotheque-nationale-de-france-2014-1-page-77.htm..

Raoul Pugno a été organiste à l'Église Saint-Eugène (1872-1892) et chef de chœur au Théâtre Ventadour (1878-1892). Il a enseigné l'harmonie au Conservatoire de Paris (1892-1896), puis a été nommé professeur de piano , poste dont il démissionne le . Au conservatoire de Paris, il a donné des cours et accompagné la comédienne et chanteuse d'opérette Berthe Legrand (1850-1913)Berthe Legrand - Les Archives du Spectacle.. Malgré une excellente technique de jeu et doué d'une profonde inspiration, ce n'est qu'à partir de la quarantaine que Pugno se lance sérieusement dans une carrière de concertiste. Il donne des récitals de sonates dans le monde entier (Angleterre en 1894). En 1897, il part en tournée aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Autriche, en Russie...avec le violoniste belge Eugène Ysaÿe, son frère de cœur et d'art, avec qui il interprète notamment les sonates de Beethoven. Il conquiert tous les publics « par le charme de son jeu, dont la légèreté surprenait lorsqu'on voyait ce gros homme barbu, solidement assis sur une chaise, renforcée par des chevilles de cuivreLe Miroir, loc. cit. ».

Peu avant que la Première Guerre mondiale n'éclate, lors d'une tournée en Russie en avec Nadia Boulanger,il contracte un refroidissement dans le train Berlin-Moscou mal chauffé et doit annuler presque tous ses concerts. Le mal qui devait l'emporter le minait déjà. Son dernier concert a lieu le . Le , à Moscou, dans la chambre de l' où il devait mourir, il met pour la dernière fois les mains sur le piano. Il meurt le Nadia Boulanger laisse entendre que Raoul Pugno est mort le 2 janvier 1914 (Nadia Boulanger, Agenda 1914 [janvier], inédit, Bibliothèque nationale de France, Département de la Musique, Rés Vmf ms 152 , cité dans Alexandra Laederich, Rémy Stricker, « Les trois vies de Nadia Boulanger. Extraits inédits de la valise protégée », Revue de la BNF, 2014/1, n° 46, p. 78, disponible en ligne sur http://www.cairn.info/revue-de-la-bibliotheque-nationale-de-france-2014-1-page-77.htm.).. Il est enterré à Gargenville où il fut maire de 1904 à 1908.

Le pianiste était aussi un grand amateur d'art, collectionneur éclairé et habitué des salles de l'Hôtel Drouot.

Pugno a édité les œuvres de Chopin et de Robert Schumann pour les éditions Universal à Vienne. La Cité de la musique-Philharmonie de Paris conserve un bas-relief en bronze, Portrait de Stéphane-Raoul Pugno lisant une partition, réalisé par le sculpteur Louis-Aimé Lejeune en 1921.

Œuvres Opéras Ninetta, opéra comique (Paris, ) Le Sosie, opéra bouffe () Le Valet de cœur, opérette () Le Retour d'Ulysse, opérette () La vocation de Marius opéra bouffe () La Petite Poucette, opérette (1891) Tai-Tsoung, opéra (1894)

Musique de scène La Ville morte (La città morta) de Gabriele D'Annunzio, œuvre inachevée, écrite avec Nadia Boulanger, qui la termine après sa mort en 1914.

Ballets Les Papillons, (1884) Le Chevalier aux fleurs d'Armand Silvestre, au théâtre Marigny. La Danseuse de corde, ()

Oratorio La Résurrection de Lazare, oratorio joué en 1879 au Concert Pasdeloup

Enregistrements sur rouleau Pugno a été un des premiers pianistes comme Alfred Grünfeld à enregistrer ses interprétations sur les divers systèmes acoustiques phonographiques et sur rouleaux de piano pneumatique notamment chez Welte en 1905 sur le système expressif Welte-Mignon. Pugno joue Chopin Restitution à partir d'un push-up (vorsetzer) Welte placé devant un piano à queue Steingraeber

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Caroline Potter, « Nadia Boulanger's and Raoul Pugno's La ville morte », The Opera Quarterly, 2000, (3),

Eugène Rapin, Histoire du piano et des pianistes, Georges Bridel, Lausanne ; A. Bertout, Paris, 1904, « La France a perdu un grand pianiste », Le Miroir, (nécrologie)

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