La pyramide de fait partie du complexe funéraire complet que la reine se fit édifier à Gizeh ; elle est parfois référencée dans certains ouvrages comme « la de Gizeh ». De fait son monument funéraire est actuellement visible sur le plateau de Gizeh, dans le prolongement de l'axe du complexe funéraire de Mykérinos dont elle est probablement une parente ou une fille. Ce monument porte le numéro 100 de la liste des pyramides établie par Lepsius. L'ensemble a été fouillé et identifié par Selim Hassan pendant les années 1932 et 1933.

Localisation

Cette tombe est située dans la nécropole de Gizeh, dans la partie sud du cimetière central, à proximité immédiate du temple de la vallée du complexe pyramidal de Mykérinos. Elle a été nommée par certains égyptologues « quatrième pyramide de Gizeh ».

vignette|centre|redresse=2|Carte des pyramides de Gizeh.

Exploration du monument

Le tombeau fut identifié comme une pyramide par John Shae Perring et le colonel Richard William Howard Vyse, qui visitèrent le site en 1837-1838. Peu après, en 1943, Karl Richard Lepsius visita le site sous le patronage du roi de Prusse. Il considérait qu'il s'agissait d'un tombeau privé et le désigna sous le numéro 100 sur sa carte. En 1912, Uvo Hölscher identifia la structure comme étant « la pyramide inachevée de Chepseskaf ». George Andrew Reisner l'identifia comme une pyramide royale, la considérant comme une construction inachevée de Chepseskaf, dans son ouvrage Mycerinus, the temples of the third pyramid at Giza (1931). En 1932, Selim Hassan parvint à démontrer que le tombeau appartenait à . Le nom et les titres de la reine furent découverts inscrits sur des blocs de granit rouge provenant des montants de porte de la chapelle. Il s'agissait du dernier monument royal érigé sur le plateau.

Contexte de la construction

est une femme importante de la fin de la et du début de la , mais sa place dans la généalogie de la famille royale de cette période reste débattue. La reine ne porte aucun titre de reine-épouse ; cependant, elle porte le titre très particulier de mw.t nsw.t-bj.ty nsw.t-bj.ty qui peut être traduit, soit par « Mère de deux rois de Haute et Basse-Égypte », soit par « Roi de Haute et Basse-Égypte et mère du roi de Haute et Basse-Égypte » ; de plus, le titre est accompagné d'une représentation de la reine coiffée de l'uræus et portant la barbe postiche ainsi qu'un sceptre, soit des attributs habituellement réservés au roi. Une autre reine, nommée , porta également ce titre et il s'avère qu'elle était la mère des rois Néferefrê et Niouserrê. n'ayant pas les autres attributs des rois et n'étant référée qu'au travers de son statut de mère royale par ses prêtres, il semble que, comme , elle ait été la mère de deux rois. La chronologie semble orienter vers les rois Chepseskaf et Ouserkaf, même si cela reste débattu. Une autre donnée est que certains éléments, au delà de la localisation de la tombe, semblent montrer que était soit une fille de Mykérinos, soit une fille de Khéphren et donc une (demi)-sœur de Mykérinos.

Ces éléments semblent montrer que les particularités de la tombe de (sa forme, sa taille et l'indépendance vis-à-vis des complexes funéraires des rois), sont dues au fait que cette dernière occupa une place importante au sein de la famille royale, peut-être à la faveur d'une crise dynastique, par exemple à la suite de la mort de Mykérinos sans héritier : , fille ou sœur du roi défunt, aurait alors placé un premier fils sur le trône égyptien ; après le décès de ce dernier sans héritier, elle aurait alors placé un second fils sur le trône. Ceci expliquerait donc, d'une part, la taille de la tombe, et, d'autre part, à son extension, passant d'un mastaba à une structure à deux degrés et voyant l'ajout d'un péribole ceignant l'ensemble funéraire royal et d'une chaussée reliant l'ensemble au temple de la vallée de Mykérinos.

Complexe funéraire vignette|gauche|Plan du complexe funéraire et de la ville de la pyramide associée La singularité du cas présent est notamment l'aménagement d'un petit temple funéraire sur la face est du monument. Il s'étalait sur toute sa largeur et comprenait outre une partie d'accueil, des salles de culte ainsi qu'une salle réservée à la stèle fausse porte. Même s’il est réduit à sa stricte fonctionnalité sans annexes immédiates, ce temple funéraire était accessible par une chaussée qui montait depuis la vallée comme pour les complexes pyramidaux royaux. Aucune trace de temple bas n'a en revanche été identifiée actuellement ce qui fait penser que la reine devait partager celui de Mykérinos tout proche.

La chaussée

Une chaussée couverte, constituée de trois murs parallèles, menait de la vallée à la chapelle située au sud-est de la tombe. À l'origine, le mur nord de la chaussée et le mur sud de l'enceinte délimitaient un passage d'une largeur de à . Cet espace fut ultérieurement divisé en deux par la construction d'un mur sud de la chaussée, créant ainsi un passage de chaussée d'environ de large et un passage de rue au sud d'environ de large. Le mur d'enceinte sud fut démantelé — que ce soit par des causes naturelles ou une intervention humaine — puis reconstruit. La structure initiale était composée de grandes briques de terre crue en limon sombre, tandis que la reconstruction utilisa de petites briques de terre crue en limon sableux, revêtues d'éclats de calcaire.

La barque solaire

À l'angle sud-ouest de la tombe se trouve une fosse à barque orientée est-ouest, longue de et profonde de . Les parois de cette fosse étaient constituées de moellons liés au mortier. Elle contenait une embarcation dotée d'une proue et d'une poupe relevées. En se fondant sur la découverte de blocs de calcaire blanc et de granit noir, Selim Hassan a conclu que le navire était couvert et qu'il s'agissait donc de la barque nocturne de Rê destinée à la traversée de la Douât. Aucune barque diurne correspondante n'a été retrouvée, mais elle pourrait se situer du côté ouest de la tombe.

Le mur d'enceinte

La pyramide était délimitée sur trois côtés — nord, ouest et sud — par un mur d'enceinte en briques crues blanchies à la chaux, épais de . Le mur sud présente un coude au niveau de la fosse de la barque solaire, longe sur toute la paroi est, puis se prolonge sur le long du mur nord pour s'achever au niveau du montant sud de l'entrée de la cour. Du côté est, un haut mur taillé dans la roche formait, avec la pyramide, une chambre où la reine fut embaumée.

Pyramide

La superstructure vignette|droite|Vue depuis l'ouest de la pyramide de à Gizeh. La tombe possède une superstructure à deux degrés qui ne peut être classée ni strictement comme un mastaba ni comme une pyramide. Selim Hassan l'a comparée à la pyramide à degrés de Djéser — qui présentait une base carrée à ses débuts — pour privilégier la qualification de pyramide.

Le degré inférieur, de forme presque carrée, mesure (face est) sur (face sud) pour une hauteur allant de au coin sud-est à au coin nord-est. Orienté nord-sud, ce degré fut taillé dans la roche mère — un emplacement réservé à la tombe alors que la pierre environnante était extraite pour la construction des pyramides de Gizeh — puis revêtu de calcaire fin et blanc de Tourah, avec une inclinaison d'environ , typique des mastabas. Le parement est bien conservé sur les faces ouest et nord, mais presque totalement détruit sur la face sud. À cette époque, l'édifice avait l'apparence d'une pyramide tronquée et ses quatre faces étaient ornées de niches évoquant des fausses-portes, selon le motif de la façade de palais.

Un second degré, entièrement construit en calcaire, fut érigé au dessus du premier degré, non pas centré mais décalé vers l'ouest, peut-être pour éviter que le poids addionnel ne provoque l'effondrement les chambres des appartements funéraires, situées dans la partie est du monument. Cette structure se composait de sept assises de calcaire extrait localement ; les blocs, plus volumineux que ceux utilisés pour la pyramide de Khéops, diminuaient progressivement de taille vers le sommet. Ce degré, qui rappelle un mastaba, mesure (face ouest) sur (face sud) pour une hauteur de ; son sommet était légèrement voûté, à l'instar du mastaba de Chepseskaf. Dans son ensemble, la structure mesurait de haut et était entièrement revêtue de calcaire blanc de Tourah.

La chapelle vignette|droite|Coupe du complexe funéraire de la reine, montrant les aménagements internes. La chapelle, située dans la partie sud du premier degré, est précédée d'une cour pavée et l'accès s'effectue, dans la face sud du premier degré, par une grande porte en granit rose — dont le montant sud mesurait de largeur sur de hauteur — portant le nom et les titres de . Bien que les deux montants aient été gravement endommagés par des pilleurs de pierres, leurs inscriptions ainsi que la représentation de la reine ont été préservées. L'entrée, en retrait de dans la roche mère de la superstructure, menait à la chapelle — mesurant sur — pavée et revêtue de calcaire blanc fin de Tourah. À l'ouest se trouvait une salle destinée aux statues, dotée de trois niches, revêtue de calcaire blanc fin et décorée de bas-reliefs et d'inscriptions. Au nord se situait une seconde salle, de sur , accessible par une porte en granit noir. Elle abritait deux fausses-portes en granit rose sur son mur ouest ; sous l'une d'elles se trouvait un puits menant aux appartements funéraires.

Les appartements fuénraires vignette|gauche|Plan schématique du complexe funéraire de à Gizeh. La structure souterraine de la tombe présente des caractéristiques communes aux tombes royales. On y accédait par un couloir en pente descendante, long de et large de , pavé et revêtu de granit, qui débouchait sur une antichambre. La chambre funéraire était divisée en deux parties. La chambre orientale mesurait de long, de large et de haut. Ses parois est et sud comportaient six magasins, accessibles par des passages mesurant généralement sur , et constitués de cellules d'une profondeur comprise entre et , pour une largeur de et une hauteur de . Sur la paroi ouest de la chambre se trouvaient deux autres fausses-portes, hautes de et larges de , taillées dans la paroi et probablement revêtues de pierre de haute qualité. La chambre occidentale, mesurant sur , abritait le sarcophage de la reine ainsi qu'une niche carrée au sud et une étagère taillée dans la roche au nord, destinée probablement à recevoir les vases canopes. La majeure partie de la chambre occidentale était occupée par une dépression de sur creusée dans le sol. Les seuls vestiges significatifs de la sépulture découverts par Selim Hassan furent des fragments d'un sarcophage en albâtre ainsi qu'un scarabée en calcaire brun datant de la XIIe dynastie.

Ville de la pyramide

Un ensemble de maisons en briques crues, disposé en forme de « L », fut construit de manière linéaire à l'est et au sud de la tombe, le tout étant ceinturé par un mur d'enceinte. Le mur d'enceinte sud s'étend vers l'est sur depuis le montant de la porte de la cour, bifurque vers le sud sur , puis repart vers l'est avant de disparaître sous un cimetière. Le mur nord part de l'autre montant de la porte de la cour, s'étend vers l'est sur , tourne vers le sud sur , se poursuit vers l'est sur supplémentaires, avant un dernier virage vers le sud où il disparaît également sous le cimetière. Ces deux murs délimitent la ville pyramidale associée au complexe de .