Herman Braun-Vega (German Braun, dit) est un artiste peintre franco-péruvien né le à Lima, Pérou, et mort à Paris le ...
Si sa peinture a toujours été figurative, elle fut d’abord (avant 1970) fortement inspirée par certains mouvements de l'art moderne et parfois proche de l’abstraction. Elle connaît un tournant décisif lorsque l’artiste vient s’installer définitivement à Paris en 1968. Au contact des œuvres des grands maîtres de la peinture, Braun-Vega développera l’art de la citation picturale. Il décide de ne pas limiter sa peinture à une recherche esthétique, mais d'adopter un langage pictural clair, accessible à des non spécialistes, même si ses œuvres présentent souvent plusieurs niveaux de lecture, afin de faire de son art un moyen privilégié de communication. Sa peinture enrichie de références à l’histoire de l’art, met souvent en scène des personnages, des paysages, des fruits et légumes de son Pérou natal. Il affirme ses origines métissées à travers une œuvre syncrétique souvent très colorée, parsemée de messages politiques à travers notamment des transferts de coupures de presse. Certains le diront engagé. L’artiste qui s’était fixé pour ligne de conduite de ne pas peindre pour ne rien dire, se définit plutôt comme un témoin qui veut activer la mémoire du spectateur. Sa production artistique s'inscrit dans les tendances de la nouvelle figuration et de la figuration narrative.
Biographie Famille German Braun est le deuxième fils de Francisco Braun Weisbrod, juif austro-hongrois né en 1902 dans la ville de Stuhlweissenberg (Hongrie) et d’Armida Vega Noriega, péruvienne catholique élevée dans la foi protestante, métisse espagnole et indienne, originaire d’Iquitos (Pérou). Ses origines métissées tiendront un rôle de premier plan dans son œuvre.
Son père Francisco (Franz en allemand) fut le premier de la famille Braun à émigrer au Pérou. Il était le frère ainé de Jacob Braun qui le rejoignit en 1934 et dont l'histoire est relatée dans le livre The Journey of Jacob Braun : A New Orbit, premier volume de la série From Schnitzel to Ceviche: The Saga of the Braun Family. Le second volume de cette série, intitulé Entrevistas al Tío Pancho: El relato de un inmigrante romántico, retrace quant à lui la trajectoire de Francisco, à partir des entretiens enregistrés sur cassettes audio par son fils Herman.
En décorant la maison familiale d'un grand nombre de reproductions de peintures de toutes les époques, Francisco Braun développe le goût de ses enfants pour les arts graphiques. Le fils aîné, Max, est le premier à vouloir devenir peintre. Le jeune German qui voulait toujours faire comme son frère aîné, doit aussi sa vocation de peintre à sa fascination pour le tableau Intérieur à la fillette de Matisse dont une reproduction est accrochée dans sa chambre. Ses autres frères et sœur ont tous une inclination pour les arts graphiques (Herbert, dit Berti, architecte-urbaniste ; Alex, décorateur ; Aurora, peintre et dessinatrice).
Formation thumb|En 1950, devant le bus de l'École Nationale des Beaux-Arts de Lima, au milieu des élèves de sa classe, Herman Braun-Vega pose avec son tableau La bajada de Chorrillos. En 1950 il devient l’élève de à l’école des beaux-arts de Lima. Mais dès la fin de l’année 1951, il rejoint à Paris son frère Max, devenu le peintre Fernando Vega. Contrarié par la prononciation française de son prénom, il se fait désormais appeler Herman. Présenté par son frère au poète Jean Sénac, il baigne dès son arrivée dans le milieu artistique parisien d'une façon privilégiée en tant que résident de l'hôtel du Vieux-Colombier, alors géré par Maria Manton et Louis Nallard. À Paris, il a pour la première fois l’occasion de voir des œuvres originales de grands maîtres qu’il ne connaissait jusqu’alors qu’à travers des reproductions. À partir de ce moment il poursuivra sa formation en autodidacte, au contact d’autres artistes, et en étudiant les œuvres des grands maîtres de la peinture dans les musées. Lima-Paris En 1952, d’une liaison passagère avec une jeune Française, Camille Mülder, modèle du photographe Albert Monier, fréquentant assidûment les caves de Saint-Germain-des-Prés, naît son fils Eric. Il met alors entre parenthèses sa vocation d’artiste peintre et travaille au service de Jean Royère pour le compte duquel il se retrouve chargé d’ouvrir une agence de décoration au Pérou. En 1955, emmenant son fils, il retourne à Lima ou il s’associe à l’architecte pour fonder cette agence. Mais bientôt, en dépit du succès de l’entreprise, l’envie de peindre se fait à nouveau sentir. À Lima, il rencontre Nicole Boussel, jeune mère de deux enfants blonds. La famille recomposée qu’il forme avec son fils , Nicole et ses deux garçons sera une source d’inspiration récurrente dans les années 1963 à 1966; ; ; ; ; . En 1966, il devient président de la Fundación para las Artes (Fondation pour les Arts) qui organise des salons d'art contemporain en 1966 et 1967 à Lima.
Un Péruvien à Paris Mais c’est seul avec son fils qu’il retourne vivre à Paris en 1967. Il y rencontre Lisbeth Schaudinn, jeune Allemande, petite-fille du zoologiste Fritz Schaudinn, fonctionnaire de l’UNESCO, qui deviendra la femme de sa vie. C’est avec elle qu’il découvre en 1968, en visitant le musée Picasso de Barcelone, la série que le maître a consacré aux Ménines de Vélasquez. Cette découverte marquera un tournant décisif dans son œuvre. Lisbeth, sa femme, son modèle, apporte à Herman un soutien logistique qui lui permet de se consacrer entièrement à son art. Résidant à Paris, il n’en oublie pas pour autant le Pérou et fait de nombreux aller-retour à Lima. La presse péruvienne se fait très vite l’écho du succès de l’enfant du pays auprès de la critique parisienne. Il expose à Paris, Lima, New-York, Bruxelles… Dans les années 1970, d’exposition en exposition, il développe de nouvelles techniques, de nouveaux thèmes qui reviendront enrichir ses futures œuvres. Il voyage beaucoup et ses allers-retours au Pérou sont si fréquents qu’il se fait construire une maison à Los Cóndores dans la banlieue de Lima. À partir des années 1980, son œuvre ressemble à sa vie, partagée entre la culture européenne et ses origines latino-américaines. Arcueil En 1999, lassé de faire des aller-retours quotidiens entre son appartement de la rue des Apennins et son atelier de Saint-Denis, il décide de tout vendre pour acheter à Arcueil, non loin de la maison de son ami Antonio Segui et de l’atelier de son ami Vladimir Velickovic, une ancienne usine qu’il transforme pour y installer à la fois sa résidence et son atelier. Malgré l’ampleur du projet dont il dessine lui-même l’architecture, le rythme de sa production artistique ne faiblit pas. En 2001, il fait l'objet d'une double exposition à Berlin. Mais les ennuis de santé commencent. En 2009, sa femme Lisbeth est emportée par la maladie. Après cet épisode douloureux, Il finira par retrouver une compagne beaucoup plus jeune que lui, Violette Wojcik, une admiratrice enthousiaste, qui se découvre atteinte d’une leucémie quelques mois seulement après leur rencontre. Lui-même atteint de la maladie de Parkinson il achève péniblement ses derniers tableaux en 2014. Dévasté par la perte de Violette en 2016, son état de santé ne lui permet pas d’assister aux funérailles. Malgré tout il se montre déterminé et affirme avoir son prochain tableau en tête, mais il ne peindra plus jusqu’à sa mort le .
Œuvre La première période (1949-1968), entre Lima et Paris. thumb|Herman Braun-Vega au Salon d'Automne de 1952 à Paris. La figuration abstraite Le jeune Herman Braun pratique une peinture qui intègre parfaitement les leçons de l’art moderne et qui se nourrit de certains de ses mouvements comme le cubisme (Naturaleza muerta con botella de tinto, 1949) où l’impressionnisme (Platanales, 1951) qui le gardent éloigné de toute tentation d’une représentation photographique. On trouve dans sa production des traces de son premier séjour à Paris (La Seine, 1952). Mais l’essentiel de l’œuvre de cette période est produit à Lima à partir de 1963. Il adopte très vite une technique très gestuelle et très libre qui contraste vivement avec la maîtrise, la planification et la rigueur d’exécution de ses œuvres plus tardives (à partir de 1973). Si libre que sa figuration frôle l’abstraction (Nature morte au bougeoir, 1960; La jaula, 1963). Mais bientôt les considérations purement esthétiques (Palomas en vuelo, 1963) ne lui suffisent plus, il a aussi besoin de s’exprimer à travers sa peinture.
La peinture qui parle Ainsi il lui arrive de donner la parole à certains de ses personnages (Adam et Eve, 1965; Encuentro en el campo, 1965), où de découper son tableau en cases à la manière d’une planche de bande dessinée afin d’y insérer un contenu narratif (El artista y su modelo, 1968).
En 1966, il réalise de son frère Max, le peintre Fernando Vega brutalement disparu à Ibiza à l’age de d’un arrêt cardiaque lié à une overdose, un portrait déchirant de douleur. Le visage de son frère est encadré, en grosses lettres, par la mention « MI HERMANO MAX » (« mon frère Max » en espagnol) . L’irrégularité de ces lettres et des coups de pinceau qui composent le portrait trahissent le mouvement de colère. À l’endroit du cœur, un déchirement laisse apparaître les lettres du lieu du drame : IBIZA. Si ce tableau reste singulier dans l’émotion qu’il exprime, il est particulièrement représentatif d’une peinture fougueuse, vigoureuse, portée par l’émotion, guidée par l’intuition. Mais c’est aussi une peinture qui parle, qui témoigne (dans le cas présent, d’un drame personnel).
En faisant parler sa peinture, il révèle également un humour très personnel. Ainsi dans sa version de l’Annonciation (La anunciación, 1966), l’ange Gabriel, consultant une échographie, demande « Est-tu vierge ? » (« Eres virgen ? » en espagnol) et Marie lui répond « Pas encore » (« todavia no » en espagnol).
L’effet narratif obtenu en découpant son tableau en cases (La mort d'un pompier, 1969), il l’obtient de même en produisant un polyptyque (Bodegón, 1967) ou chaque panneau correspond à la case d’une planche de bande dessinée. C’est ainsi qu’en , il produit un triptyque (Liberté ? Égalité ? Fraternité ?) qui pour la première fois dans son œuvre témoigne d’un événement de l’actualité de son époque.
L’appropriation des grands maîtres de la peinture (1968-1978) En , dans un entretien avec Eduardo Arroyo et Jorge Semprún, Braun-Vega déclare . C’est en effet à Picasso qu’il doit la grande métamorphose qui commence dans son œuvre à partir de 1968 et qui aboutit au début des années 1980. Il l’explique de la manière suivante : . Et c’est en effet en découvrant la série des Ménines au musée Picasso de Barcelone en 1968 qu’il réalise qu’il ne faut pas craindre de s’approprier l’œuvre des autres. La série Vélasquez (1968) thumb|Les Ménines de Vélasquez sont le sujet de la série Vélasquez mis à nu accompagné des ménines d'Herman Braun. De sorte que dès son retour à Paris, se lançant à lui-même un défi, il exécute, en deux mois et demi comme Picasso (mais sans l'imiter), une série de tableaux intitulée Vélasquez mis à nu accompagné des ménines en cinquante-trois tableaux. Il s’agit d’une étude cinématique ("une sorte de dessin animé") aux lumières latérales vives et aux couleurs contrastées, des instants qui ont supposément précédé la mise en place des personnages dans la pose du fameux tableau de Vélasquez. Herman Braun reprend la technique du polyptyque expérimentée les années précédentes pour obtenir l’effet narratif voulu.