dit « le Gros »Entrée (consulté le 8 janvier 2017).Sa généalogie sur le site Medieval Lands., né en à Neudingen, près de Donaueschingen, où il est mort le ., est un prince et souverain carolingien.

Cousin de Carloman et . fils de le Germanique, héritier de l'Alémanie à la mort de son père, devient empereur d'Occident de 881 à 887 sous le nom de , puis un puissant roi de Francie sous le nom de Charles le Gros, jusqu'à sa destitution à Trebur en 887. Les historiens distinguent l'accumulation de charges royales : d'abord roi d'Italie en 879 ; puis pleinement roi de Francie orientale en 882 en même temps que maître de toute la Lotharingie ; enfin, après la mort du roi fils du roi le Bègue, et l'appel des aristocrates neustriens, roi (ou régent) de Francie occidentale en 885.

Charles le Gros est le dernier souverain carolingien à avoir réuni sous son sceptre après 884 l'ensemble de la Francie. Incapable de restaurer ordre, paix et justice de manière pacifique, l'empereur tourmenté par l'absence d'héritier légitime et une santé mentale défaillante est destitué en 887 de toutes ses fonctions royales, à l'exception de la dignité impériale d'obédience pontificale, par une diète des grands dignitaires. Il est inhumé selon ses vœux de jeunesse au monastère de Reichenau situé sur une île du lac de Constance.

Roi de Francie orientale

Charles le Gros est le troisième fils de et d'Emma de Bavière (808 - † ), fille de et sœur de Judith de Bavière, deuxième épouse de Louis le Pieux, dont il est le petit-fils.

Lors du partage de Francfort de 865, Charles reçoit l'Alémanie, c'est-à-dire la Souabe et la RhétieEric Joseph Goldberg, Struggle for empire : kingship and conflict under Louis the German, 817-876, Cornell University Press, 2006 .. À la mort de son père le Germanique en 876, Charles, roi d'Alémanie, hérite de l'Alsace, de la Souabe, de la Rhétie et de quelques contrées limitrophes englobées dans l'Alémanie. Il possède la dignité de roi de Francie, mais les domaines qu'il contrôle directement restent modestes ; il est "roi de Francie" mais n'est pas le maître de la Francie orientale.

Charles s'empresse de récupérer l'Italie aux dépens de son frère Carloman, diminué par la maladie. Son autre frère, instigateur de la stratégie, , saisit dans le même temps la Bavière sur Carloman. Couronné roi d'Italie en 879, Charles soutient activement le Jeune qui, après avoir défendu en 876 les diocèses de Metz et de Trèves, possessions de Louis le Germanique, convoite entre 879 et 880 toute la Lotharingie. Après une victoire décisive sur les héritiers de le Bègue de Francie occidentale, Louis le Jeune contrôle l'intégralité de la Lotharingie (traité de Ribemont) et Charles obtient en récompense des droits sur des terres vosgiennes aux confins de l'Alsace et une partie de la dignité régalienne en Lotharingie.

Une sourde inquiétude gagne cependant les descendants de et de . Ils tiennent un congrès de paix à Gondreville à l'été 880 : et de France, les fils de le Bègue, Charles le Gros et les représentants de Louis le Jeune. Ils s'alarment de l'insécurité croissante causée par les Normands, ils décident de mettre fin aux révoltes intestines provoquées par l'incroyable émancipation régalienne de Boson et les terribles dévastations en Lotharingie du fils illégitime de , Hugues. Au terme de cette rencontre, les congressistes joignent les gestes à la parole, en écrasant ensemble les troupes d'Hugues, commandées par son beau-frère Thiébaut.

Accès à la dignité impériale alt=Charles III le Gros.|vignette|150px|gauche|Charles III le Gros, vue d'artiste par Louis-Félix Amiel ().

Charles le Gros partage avec le patrimoine familial après le décès en 880 de leur frère aîné, déjà en partie spolié, Carloman, et prépare activement son couronnement par le pape en tant qu'empereur d'Occident le . Hugues, en manque de soutien, donne la main de sa sœur , au chef normand Godefrid enrichi, installé sur la Meuse à Elsloo.

En 882, le décès inopiné de son frère incite Charles, unique fils légitime survivant de , à récupérer le patrimoine régalien de la famille, mais il se révèle impuissant à le défendre et le protéger. L'annonce de la mort du roi guerrier, Louis le Jeune, attire des bandes normandes par la Meuse, le Rhin et la Moselle. Trèves est prise à la stupéfaction générale. L'archevêque de Trêves, , soucieux de racheter sa fuite, rejoint Wala, bouillant évêque de Metz, et le comte Adalard, mais ils sont vaincus près de Remich, et Wala périt au cours du combat. Les envahisseurs vikings peuvent maintenant ravager la Lotharingie. Charles fait front avec une puissante armée, mais il tergiverse et négocie leur éloignement en achetant la paix au lieu de les combattre. Partout désormais, les hommes de guerre rappellent le traité honteux signé avec Godefrid. Accablé par ces rumeurs et devant l'incapacité du pouvoir à saisir le proscrit Hugues de Lotharingie, Charles rumine une vengeance de longue main : il attire le respectable Godefrid à une entrevue en 885 et le fait tuer. Il piège de même Hugues à Gondreville, le faisant arrêter et enfermer dans un monastère après lui avoir fait crever les yeux. Charles restaure son fragile pouvoir en tenant deux grandes assemblées en Lotharingie, à Toul en 885 et à Metz en 886.

Roi de Francie occidentale alt=Charles III le Gros reçoit des messagers. Enluminure des Grandes Chroniques de France.|vignette|200px|Charles le Gros reçoit des messagers. Enluminure des Grandes Chroniques de France.

Le , , roi de Francie occidentale, meurt sans héritier capable de lui succéder. Des descendants de Charles le Chauve, ne survit que le dernier fils posthume de , Charles, encore enfant. Jugé trop jeune, il est écarté, l'assemblée des aristocrates francs emmenée par Hugues l'Abbé renonçant à le proclamer roi. Cette même assemblée invite alors l'empereur Charles le Gros à assurer et la tutelle et la direction du royaume. Il n'est pas compté (au sens de numéroté) parmi les rois de France, le qu'il porte désignant son titre d'empereur d'Occident. Il a toutefois bien été roi de Francie, ses diplômes et ceux de ses successeurs en attestentMichel-André Lévy, L'étonnante histoire de la numérotation des rois de France, Jourdan, 2014, p. 111., mais plutôt au sens de major rex, compte tenu de ses titres et de son ascendance prestigieuse. Il est d'ailleurs possible que Charles ait été couronné rex in Gallia par l'évêque Gilon de Langres, à Grand (Vosges) le , jour de la fête de l'AscensionSimon Maclean, Kingship and politics in the late ninth century - Charles the Fat and the End of the Carolingian Empire, 2003, 126-127.. Mais il n'est pas fait mention dans les annales et les cartulaires d'un couronnement en présence des grands, laïcs et religieux, de Francie occidentale, tels ceux des rois précédents le Bègue, et . Le fait que Charles le Gros n’ait pas été numéroté parmi les rois de France (on trouve avant lui le Chauve et après lui viendra ) est lié à la manière dont les numéros des rois ont été posés, plusieurs siècles après son règneMichel-André Lévy, L'étonnante histoire de la numérotation des rois de France, Jourdan, 2014.. Par un artifice, certains auteurs considèrent toutefois que pour la Francie occidentale, Charles n'aurait été que régent pendant la minorité de le SimpleAlain de Sancy, Les Ducs de Normandie et les rois de France : 911-1204, Fernand Lanore, 1996, 186 pages, 142 . et que c'est en tant qu'empereur, et non directement comme roi de Francie occidentale, qu'il aurait gouvernéHervé Pinoteau, La symbolique royale française, , P.S.R. éditions, 2004, 115.. De ce fait, l'on conçoit qu'en Empereur germanique, celui-ci se soit nommé conformément à l'usage, du fait qu'il ait quasiment reconstitué l'empire de Charlemagne, Karl der Große/der Grosse, ou en français, Charles le Grand (et non le gros).

En , Charles reçoit le serment d'allégeance des grands vassaux du royaume franc au palais de Ponthion. En prenant cette tutelle, le royaume des Francs ou l'empire de Charlemagne est quasiment reconstitué, jusqu'à la Provence et à la Bourgogne Transjurane1) La Provence et la Bourgogne cisjurane avaient fait sécession en 879 à Mantaille en rejoignant l'éphémère royaume de Boson. Mais dès fin 882, Boson est vaincu et semble-t-il dépourvu de tout pouvoir réel ; la tradition le dit replié en Provence (Diois), continuant la lutte contre les Carolingiens de France ( et ) mais faisant allégeance au Carolingien de Germanie, le Gros : mais cela n'est pas avéré, ses actes étant des faux et aucun acte authentique n'étant alors connu de lui (cf. Aux origines du royaume de Provence : De la sédition avortée de Boson à la royauté légitime de Louis, par Robert-Henri Bautier in Provence historique, 1973, p. 64, mise en ligne par la MMSH de l'Université d'Aix-Marseille) ; on doit plutôt considérer que Bourgogne Cisjurane et Provence ont été récupérées par de France ; Boson meurt en janvier 887 (à Vienne, dit-on), et le royaume de Provence-Cisjurane ne renaît qu'en 890 à Valence, rétabli en faveur de son fils Louis l'Aveugle, qu'aurait adoubé, protégé et adopté Charles le Gros à Kirchen en mai 887. 2) La Bourgogne Transjurane (essentiellement l'Helvétie) formait un duché-marquisat érigé en faveur des Welfs Conrad et son fils Rodolphe, dans l'allégeance au royaume de Lotharingie () puis au royaume d'Italie (859, empereur-roi ) ; Rodolphe, d'ailleurs gendre de Boson, ne prend le titre royal qu'en janvier 888 à Agaune, après la mort de Charles le Gros. Ces précisions montrent bien la souveraineté/suzeraineté de Charles le Gros sur la Transjurane et la Provence, en tant que roi d'Italie (successeur de Carloman de Bavière, neveu et successeur de Charles le Chauve, lui-même oncle et successeur de ) et roi de France/Francie occidentale (successeur de , lui-même second fils de Louis le Bègue et petit-fils de Charles le Chauve). ; la Bretagne, qui a toujours été une marche difficilement contrôlable, reste à l'écart.

La déchéance

D' à , les Normands envahissent la Neustrie et assiègent Paris. Arrivant de Germanie avec une puissante armée de secours, Charles le Gros reste indécis sur l'action à mener. Il préfère traiter avec les Normands en leur permettant de passer pour mettre à sac la Bourgogne qui est en révolte contre son pouvoir central et en leur payant une rançon de l'année suivante. Ces décisions et son incapacité à alléger les souffrances des résistants parisiens assiégés par une prompte intervention altèrent profondément son prestige royalChristian Bonnet et Christine Descatoire, Les Carolingiens, 741-987, Armand Colin, 2001, p. 91..

En Margaret Deanesly et S. M. Guillem, Histoire de l'Europe du haut Moyen Âge, 476 à 911, 1958, 405., lors de la dièteAntoine-Étienne-Nicolas Fantin-Desodoards, Histoire de l'Italie depuis la chute de la République romaine, 336. qu'il avait réunie pour la Saint-Martin () à TriburRobert Parisot, Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923), A. Picard et fils, 1898, 484., non loin de Mayence en Hesse, Charles est déchu de ses titres par des nobles de Francie orientale révoltés, menés par son neveu Arnulf de Carinthie, fils illégitime de Carloman de Bavière et disposant d'une flatteuse réputation militaireChristian Bonnet et Christine Descatoire, op. cit., 91..