vignette|Exhumation de la tombe de la ferme militaire de Branjevo. Photographie extraite d'une pièce à conviction utilisée dans le cadre des affaires de Srebrenica, devant le Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie. Le nettoyage ethnique (du serbo-croate : etničko čišćenje ; ou épuration ethnique ou purification ethnique) est une tentative de création de zones géographiques à homogénéité ethnique par la violence, la déportation ou le déplacement forcé.. L'expression désigne une politique. visant à faire disparaître d'un territoire un groupe ethnique.

Se rattachent à ce processus ou y contribuent : l'émigration forcée, le transfert de populations ou la déportation, la stérilisation de masse, le viol des femmes et le génocide à l'encontre d'une communauté préalablement discriminée sur la base de divers critères (religieux, linguistiques, sociaux, idéologiques, stratégiques, etc.).

La notion n'est pas définie sur le plan juridiquehttps://www.cdiph.ulaval.ca/blogue/genocide-et-nettoyage-ethnique-quelle-difference-en-droit-international-penal et n'a pas été reconnue comme un crime indépendant du droit international. L'expression a été utilisée aux Nations-Unies pour décrire des pratiques qui pourrait être assimilables à des crimes contre l'humanité ou de génocide..

L'expression est popularisée dans les années 1990 lors des guerres de Yougoslavie.

Origine de l'expression L’expression « purification ethnique » est la traduction littérale du serbo-croate etničko čišćenje apparu en 1860 sous la plume de l'écrivain serbe Vuk Karadžić (1787-1864) dans sa monographie historique fondamentale sur le « Conseil de gouvernement serbe », formé en 1805 par Karageorges (Karađorđe) lors du soulèvement serbe contre les Turcs. C'est ainsi qu'il utilise le verbe ocistiti (nettoyer) pour désigner la séparation des ethnies et l'action de chasser d'un territoire celle jugée indésirable : « Après que, en 1807, les Serbes eurent pris et nettoyé Belgrade des Turcs, le Conseil se transféra de Smederevo à Belgrade » (les « Turcs » désignant dans ce contexte tous les musulmans, assimilés en bloc aux anciens maîtres Ottomans). Le même terme a ensuite été repris par plusieurs hommes politiques serbes tout au long du et du "Le nettoyage ethnique", Documents historiques rassemblés, traduits et commentés par Mirko Grmek, Marc Gjidara et Neven Simac, 340 p., Fayard, Paris, 1993 : le ministre de l’Intérieur de la principauté de Serbie, Ilija Garašanin, en 1844 dans son Načertanije (Plan), où il détaille son plan visant à la création de la « Grande Serbie » grâce notamment aux déplacements forcés de populations ; puis le dans le mémoire intitulé « Iseljavanje Arnauta »L'expulsion des Albanais de Vaso Cubrilovic (1897-1990), homme politique serbe qui fut l'un des conjurés de l'attentat de Sarajevo avant de devenir ministre ; il a ensuite été employé le dans « Homogena Srbija » (la Serbie homogène) de l'avocat serbe Stevan Moljević (1887-1967), qui fut vice-président puis président du comité exécutif du Comité central national des tchetniks, organisation paramilitaire dirigée par Draza Mihailovic ; enfin, le colonel, puis général, Draza Mihailovic (1893-1946), à la tête des tchetniks, utilisa le terme de nettoyage ethnique dans ses instructions, comme en témoignent les instructions , estampillées « Très confidentiel », de l’état-major de montagne du Commandement des Détachement tchetniks de l’Armée yougoslave en date du :

On retrouve également le terme de nettoyage ethnique dans les rapports du major serbe Pavle Djurisic au général Draza Mihailovic, chef d'État-major des tchetniks. Ainsi écrit-il en :

Le terme a franchi les frontières des Balkans dans les années 1990 lors des guerres de Yougoslavie. Cependant, pour les guerres des années 1990, le terme de purification religieuse serait plus adapté. En effet, la seule différence entre un Serbe, un Croate et un Bosniaque est leur religion (respectivement chrétien orthodoxe, chrétien catholique et musulman sunnite)Thierry Mudry, Guerre de religions dans les Balkans, éditions Ellipses 2005 , Dos du livre. Ils parlent tous les trois la même langue : le serbo-croate ou BCMS. Le terme de purification ethnique était utilisé par les Serbes au pour les guerres contre les Turcs, dans le but d'unir les slaves du sud dans un État, la Yougoslavie.

Ainsi, dans un article intitulé La genèse du nettoyage ethnique, la sinistre doctrine déjà prônée pendant la Seconde Guerre mondiale a été adaptée par l'actuel président de la nouvelle Yougoslavie, M. Cosic. Florence Hartmann, correspondante du Monde à Belgrade écrit ceci :

La genèse en question remonte, de fait, beaucoup plus loin dans l'histoire. Elle est devenue une véritable idéologie, mise en œuvre aussi bien pendant la Seconde Guerre mondiale (au cours de laquelle les historiens ont parlé de « la guerre dans la guerre » pour qualifier ce qui se passait dans les Balkans) que pendant la dernière guerre. Celle-ci se passant dans un contexte différent, la partie ayant déclenché la guerre a retourné l'argument contre les agressés, ce qui a induit une grande confusion et une difficulté de compréhension qui demeure encore à l'heure actuelle, engendrant un véritable traumatisme chez les populations agresséesVoir Louise L. Lambrichs, Nous ne verrons jamais Vukovar, Paris, Philippe Rey, 2005 ; Id., L'effet Papillon in L.L. Lambrichs, La littérature à l'épreuve du réel, Ed. Universitaires Européennes, Sarrebrück, 2010..

Le philosophe John Docker, dans un article où il fait dialoguer l’ouvrage d’Ilan Pappé Le Nettoyage ethnique de la Palestine avec les travaux publiés et non-publiés de Raphael Lemkin sur le génocideJohn Docker, « Instrumentalising the Holocaust: Israel, Settler-Colonialism, Genocide (creating a Conversation between Raphaël Lemkin and Ilan Pappé) », Holy Land Studies, 2012 volume 11, 1, 3., rejette l’usage du terme nettoyage ethnique qu’il considère comme un euphémisme de génocide favorable aux génocidairesDocker, ..

Termes semblables Une expression similaire fut utilisée par l'administration nazie d'Adolf Hitler pour qualifier la déportation puis le génocide des populations juives dans les camps de concentration : judenrein (littéralement purifié de juifs). Une autre expression utilisée fut également Judenfrei (littéralement libéré des Juifs), qualificatif employé en par Harald Turner, haut commissaire allemand, au sujet de la Serbie et de Belgrade, premier pays et première capitale de l'Europe JudenfreiC. R. Browning, Fateful months: essays on the emergence of the final solution, New York, Holmes and Meier, 1985, .. Turner en attribue le « mérite » au zèle de l'administration serbe sous la collaboration du général Nedić.

Une variante au nettoyage ethnique est l'« échange de population ». Par exemple en 1923, entre la Grèce, la Turquie et la Bulgarie (Traité de Lausanne), avec l'approbation des grandes puissances de l'époque et de la Société des Nations.

Histoire Antiquité Les déplacements forcés de population ont été beaucoup pratiqués dans l'Antiquité. On trouve des relations dans l'Ancien Testament. Les grands Empires assyrien, babylonien, romain, pratiquèrent la déportation des peuples conquis.

Moyen Âge En Europe, les Juifs furent expulsés d'Angleterre (1290), de France (1306, 1322 et 1394), de Hongrie (1349–1360), d'Occitanie (1394 et 1490), d'Autriche (1421), d'Espagne après la Reconquête (1492), du Portugal (1497), de Russie en 1724, et de régions d'Allemagne à différentes périodes. L'Espagne expulsa sa communauté musulmane en 1502, puis les morisques qui étaient des musulmans convertis au catholicisme à partir de 1609. La France expulsa des protestants, on peut parler ici d'un nettoyage religieux.

Époque moderne La colonisation eut son lot de nettoyages ethniques en Amérique (Indiens d'Amérique, Acadiens), Australie, Afrique du Sud (voir le « grand dérangement » des Acadiens en 1755).

Époque contemporaine

Les « déportations prussiennes » de 1885 à 1890.

L'élimination des Bulgares de Thrace pendant et après la deuxième guerre balkanique en 1913.

L'Empire allemand durant la Première Guerre mondiale annexe des territoires à l'est, et le « nettoient » de 2 à de Polonais et Juifs.

Le génocide arménien a eu lieu d' à . Les deux tiers des Arméniens qui vivaient sur le territoire actuel de la Turquie ont été exterminés au cours de déportations et de massacres de grande ampleur.

Le régime bolchevique déporte à Cosaques du Don durant la guerre civile russe de 1919 à 1920.

Les années 1920 ont vu l'expulsion des Grecs d'Asie Mineure et, de façon symétrique, des Turcs ou musulmans des îles grecques.

Durant les conflits entre les Arméniens et les Azéris (1905-1907, 1918-1920), des milliers d'Arméniens et d'Azéris sont réinstallés de forceDe Waal, Thomas. Black Garden. NYU Press ..

La période allant de 1937 à 1948 a vu un paroxysme d'utilisation du nettoyage ethnique, à l'initiative des dictatures soviétique de Staline et nazie de Hitler, puis comme conséquence des ravages de la Seconde Guerre mondiale.

De 1935 à 1938, Staline a déporté les Polonais de Volhynie orientale. Ce fut la première déportation ethnique dans l’histoire de l’URSS, dans la continuité de telles actions déjà réalisées à plusieurs reprises à l'époque des tsars. D'autres peuples suivront, des Allemands de la Volga aux Tchétchènes en passant par les Tatars de Crimée et les Meskhètes, qui furent déportés vers le Kazakhstan et ne furent autorisés à revenir dans leurs régions d'origine qu'après la mort de Staline.

De 1939 à 1944, la Shoah est l’extermination systématique par l'Allemagne nazie de cinq à six millions de Juifs, soit les deux tiers des Juifs d'Europe et environ 40 % des Juifs du monde, pendant la Seconde Guerre mondiale.

À partir de , les nazis planifièrent la mise à disposition systématique du Lebensraum, colonisation germanique essentiellement au détriment des peuples slaves, dans le cadre d'un plan nommé « Schéma directeur pour l'Est ».

En 1943, l'armée insurrectionnelle ukrainienne de Stepan Bandera a massacré entre à Polonais dont beaucoup de femmes et d'enfantsA Fascist Hero in Democratic Kiev de Timothy Snyder en copiant les méthodes des nazis sur la purification ethniqueLe Long Retour 1945-1952: L'histoire tragique des "déplacés" de l'après-guerre de Ben Shephard et John E. Jackson dans le but de chasser les populations d'origine polonaise hors d'Ukraine.

En 1945, les Soviétiques décidèrent de transporter massivement les populations de langue et de culture allemandes vivant en Europe centrale et orientale à l'intérieur des frontières de l'Allemagne post-hitlérienne, réduite aux quatre zones d'occupation, arguant que l'existence de ces minorités avait servi de prétexte à l'Allemagne nazie pour justifier sa politique d'expansion.

L’extension vers l’Ouest de l’URSS se traduisit aussi par l’expulsion vers la Sibérie et le Kazakhstan de nombreuses populations estoniennes, letonnes, lituaniennes des Pays baltes, polonaises de Biélorussie et d’Ukraine, roumaines de Bessarabie et de Bucovine et grecques de la mer Noire, soit en tout ; trois autres millions de Polonais furent déplacés des régions orientales de la Pologne annexées par l'URSS, vers les régions occidentales annexées par la Pologne sur l'AllemagneBugaï, Nikolaï F : Correspondance Joseph Staline - Laurent Beria: "Moi nado deportirovat" (Il faut les déporter). Revue Dokumenty, fakty, kommentarii. tome - Moscou 1992.Bugaï, Nikolaï F. "Godakh 30-50: narodov SSSR deportatsiya Voprosu" (Sur la question de la déportation des peuples de l'URSS dans les années 1930 et 1950). Istoriia SSSR [Histoire de l'URSS ], numéro 6, Moscou, 1989..