L‘Estérel est un ferry construit de 1980 à 1981 par les chantiers Dubigeon de Nantes pour la Société nationale maritime Corse-Méditerranée (SNCM). Mis en service en sur les lignes de la continuité territoriale entre le continent français et la Corse, il est principalement affecté aux traversées de jour au départ de Nice. Supplanté en 1996 par les navires à grande vitesse de la SNCM, il est cédé à l'armateur britannique CENARGO l'année suivante et intègre la flotte de la compagnie marocaine Ferrimaroc qui l'exploite entre le Maroc et l'Espagne sous le nom de Mistral (, Mystral). Revendu en 2005 à la Compagnie marocaine de navigation (Comanav), il est renommé Mistral Express (, Mystral 'Iiksbaris) et affecté sur les mêmes lignes que son précédent opérateur. Sa carrière est toutefois interrompue en 2012 à la suite de la faillite de son armateur. Immobilisé à Nador, il sera finalement acheminé au chantier turc d'Aliağa en 2016 pour y être démoli.

Historique Origines À la fin des années 1970, la SNCM emploie sur ses liaisons entre Nice et la Corse les car-ferries de jour Corse et Comté de Nice. Si les performances de ces navires, mis en service en 1966 par la Compagnie générale transatlantique, s'avèrent toujours satisfaisantes après dix ans de navigation, leur confort est cependant jugé sommaire, notamment en raison de leurs installations composées uniquement de places en fauteuils Pullman. De plus, les prévisions de l'évolution du trafic démontrent qu'à terme, la capacité de ces navires sera inadaptée. C'est dans cette optique qu'au début de la décennie, la CGTM, entité précédant la SNCM, avait fixé leur remplacement pour l'horizon 1982 et une date similaire a également été retenue dans le plan d'entreprise de la compagnie, présenté aux instances de l'État en 1978SNCM, De la Corse au Maghreb, A. Lepigeon (2016). Conformément à ce plan, un premier car-ferry de grande capacité doit être mis en service pour l' en remplacement du Corse ou du Comté de Nice. L'objectif principal de ce futur navire est ainsi, tout comme ses prédécesseurs, la desserte intensive de la Corse depuis Nice au cours des trois mois d'été, majoritairement de jour, dans des conditions de transport drastiquement améliorées par rapport aux navires de la précédente génération. À cet effet, dès l', la direction de la SNCM crée en interne une commission d'étude qui réalisera un voyage en Europe du Nord afin de visiter d'autres navires et s'inspirer de leurs installations. C'est à l'occasion de ce voyage que le futur navire de jour est défini dans ses grandes lignes. Avec une capacité passagère arrêtée à plus de 2 200 personnes, la capacité de roulage se doit de respecter un certain ratio afin de correspondre à la tendance du trafic. C'est ainsi que la surface consacrée aux garages va être d'une importance jusqu'ici jamais vue sur un navire de la SNCM avec trois ponts entiers, de quoi transporter . Afin d'assurer le chargement d'un volume aussi conséquent dans les meilleures conditions, il est prévu que le garage soit accessible au moyens de deux portes-rampes arrières, permettant l'accès simultané de quatre files de véhicules, et d'une porte avant. En raison des dimensions, encore restreintes à cette époque, de la plupart des ports corses, la longueur est limitée à 145 mètres, ce qui aura pour principal effet de conférer au navire une allure particulièrement massive en raison de son vaste garage. À l'instar du futur Cyrnos, les aménagements vont être conçus selon le modèle des « trains des mers » avec des installations calquées sur celles des trains de la SNCF. Ainsi, la grande majorité sera composée de fauteuils Pullman, répartis au sein de deux salons de 2 classe et un de classe, équipés de petites tables installées de manière à donner l'apparence d'un salon ou d'un bar. Ces salons fauteuils seront également complétés par des places en compartiments qui pourront être convertis en cabines, ce qui permettrait une exploitation du navire en traversée de nuit depuis Marseille ou Toulon. Les passagers auront également à leur disposition des parties communes telles qu'une brasserie-bar de 300 places faisant aussi office de self-service, un cinéma de 150 places inspiré de celui présent à bord du Napoléon ainsi qu'une petite discothèque. La majorité des ponts extérieurs, dont quelques-uns abrités du vent, seront accessibles aux passagers qui pourront profiter de nombreuses places assises. Sur le plan technique, enfin, dans l'optique de réaliser jusqu'à trois rotations par jour, le navire devra atteindre une vitesse suffisante de l'ordre de 23 nœuds.

Une fois les caractéristiques définies, le projet est avalisé le par les instances de l'État et le suivant pour le conseil régional de la Corse. Le , Jacques Ribière, président de la SNCM, demande auprès du ministre des Transports l'autorisation de passer commande du futur navire de jour pour garantir une livraison pour le . En parallèle, un appel d'offres est lancé afin de déterminer le constructeur. À l'instar des derniers car-ferries de la flotte, la construction s'effectuera finalement aux chantiers Dubigeon de Nantes. Après réception le d'une lettre commune des ministères des Transports et du Budget invitant la SNCM à passer commande du navire, le contrat de construction est signé le .. Le nom de la nouvelle unité, destinée à remplacer le Corse, est dévoilé le , celle-ci sera nommée Estérel, nom précédemment porté par le premier cargo à manutention horizontale de la Transat, mis en service en 1967 et retiré en 1974.

Construction L’Estérel est mis sur cale à Nantes le puis lancé le après six mois de travaux intensifs. Au cours de la mise à l'eau, un incident imprévu se produit, en raison de la rupture d'un câble de freinage des blocs tribord, le navire gîte sur tribord de 7° à son entrée dans la Loire, provoquant le frottement de la coque contre le radier de la cale. Fort heureusement, cet incident sera sans conséquence pour la suite des opérations et les dommages limités. À la suite de cela, les travaux de finition se poursuivent au quai d'armement puis le navire effectue ses essais en mer au large de Saint-Nazaire du 14 au . À son retour dans l'enceinte du chantier à Nantes, le car-ferry heurte une berge de la Loire sur son arrière au cours de sa manœuvre d'accostage, ce qui provoque une avarie au niveau de l'hélice tribord. Une fois achevé, l’Estérel est livré à la SNCM le .

Service SNCM (1981-1997) Le , jour même de sa livraison, l’Estérel, sous les ordres du commandant Castelli, quitte Nantes à pour rejoindre Marseille, arborant à l'occasion le grand pavois et en saluant la ville de trois coups de sirène. Après un voyage effectué à en moyenne, il entre pour la première fois dans son port d'attache le à . Une heure plus tard environ, l’Estérel rejoint la forme afin de notamment remplacer l'hélice tribord endommagée durant les essais. Le navire quitte ensuite la forme le à , et vient s'amarrer au . Après avoir été présenté le aux principales instances de la région, l’Estérel appareille le lendemain pour une sortie en mer vers les îles d'Hyères de à avec à son bord plus de .

Le , le navire quitte Marseille pour sa première traversée commerciale à destination de Bastia. Grâce à sa vitesse de l'ordre de 23 nœuds, il parvient à effectuer la traversée en au lieu des plus de habituelles. Le , l’Estérel est baptisé et béni à Nice par Mgr Ghiraldi, vicaire général du diocèse de Nice. La marraine du navire est , épouse du président de la CCI de Nice. Une sortie en mer le long de la Riviera est ensuite effectuée de à . En prévision de l'arrivée de l’Estérel, de nouvelles infrastructures portuaires avaient été réalisées à Nice afin de permettre sa venue. Initialement, il était prévu qu'un nouveau port soit aménagé près de l'aéroport mais les travaux ont été interrompus et le projet annulé à la suite du tsunami du . À partir du mois de juin, le navire entame sa première saison estivale au départ de Nice en remplacement du Corse et dessert les ports de Bastia, L'Île-Rousse et Ajaccio en tandem avec le Comté de Nice dans un premier temps.

Au mois de , le navire est rejoint par son sister-ship le nouveau Corse. La mise en service de ce jumeau intervient toutefois à une période marquée par un contexte politique tendu en Corse qui s'accompagne d'une baisse de 12% du trafic, en particulier sur les liaisons au départ de Nice où l'offre se révèle nettement supérieure à la demande en raison de l'alignement de ce nouveau navire. En conséquence, l’Estérel va, au cours des saisons suivantes, se partager entre les lignes de la Corse et de l'Afrique du Nord.

De par son importante capacité d'emport, aussi bien passagère que véhicules, l’Estérel va à plusieurs reprises durant sa carrière être affrété par les instances de l'État afin de convoyer des effectifs militaires dans le cadre d'opérations. Ainsi le , le navire, sous les ordres du commandant Josiano, est une première fois affrété afin de rapatrier de la FINUL basés au Liban. À cet effet, il appareille de Toulon le et rejoint le port de Larnaca à Chypre. De là, le navire effectue deux allers-retours sur Beyrouth, puis regagne Toulon en faisant escale à Kalí Liménes en Crète afin d'avitailler. La mission s'achève le au retour de l’Estérel à Toulon.

Le , alors que le navire vient d'appareiller d'Alger, un appel de détresse provenant du cargo Germania est reçu par l'équipage. Arrivé sur à la position indiquée, le cargo a déjà sombré et ses dix membres d'équipage, évacués sur un radeau pneumatique, sont transférés à bord du ferry.

Le , après avoir cédé sa place au nouveau navire amiral Danielle Casanova au quai l'Herminier et mouillé dans le golfe d'Ajaccio, l’Estérel escorte le dernier né de la flotte lors de sa sortie jusqu'au niveau des calanques de Piana. Quelques jours plus tard, le , l'équipage de l’Estérel est alerté à par VHF par le Marion Dufresne, navire océanographique et ravitailleur des TAAF, rencontrant des difficultés et demandant assistance. Après avoir débarqué ses passagers à Ajaccio, l’Estérel fait route vers le Marion Dufresne afin de le prendre en remorque et l'acheminer en lieu sûr dans le golfe d'Ajaccio.

Plus tard cette même année, du au , l’Estérel est affrété afin d'acheminer en Libye la caravane du Rallye Dakar et embarque à cet effet six hélicoptères, , et . Le navire appareille ensuite de Marseille à destination de Tripoli, accompagné par le Danielle Casanova.

Durant un arrêt technique effectué du au , la partie arrière de l’Estérel est modifiée, le self-service est rénové et un bar de est aménagé à proximité. Enfin, la coque blanche du car-ferry est repeinte aux nouvelles couleurs de la SNCM avec une bande bleue turquoise le long des sabords du pont D et l'inscription de la marque commerciale « SNCM Ferryterannée » sur ses flancs. À cette même période, il est également envisagé de procéder à une jumboïsation du navire, ainsi que de son jumeau le Corse, à l'instar de ce qui a été fait sur le Cyrnos, rebaptisé Île de Beauté et allongé d'une vingtaine de mètres. Ces travaux permettraient alors d'accroître leur capacité passagers et véhicules mais surtout de pouvoir installer des cabines plus confortables au standard du Danielle Casanova dans un contexte où la clientèle devient de plus en plus exigeante en matière de confort. Le projet ne verra finalement jamais le jour.