Agadir (en chleuh : ⴰⴳⴰⴷⵉⵔ Agadir ; en arabe : ou ou ou : .), aussi appelée Agadir Irir (en chleuh : ⴰⴳⴰⴷⵉⵔ ⵉⵖⵉⵔ Agadir Iɣir) est une ville du centre-ouest marocain, située sur la côte atlantique, à au sud de Casablanca, et à à l'ouest de Marrakechvia l'autoroute A7. Surnommée « la capitale du Souss », Agadir est le chef-lieu de la région administrative Souss-Massa et de la préfecture d'Agadir Ida-Outanane.
D'après le recensement de 2024, Agadir comptait cette année-là dont 3 899 étrangers, et la population de la préfecture d'Agadir Ida-Outanane était de . Cependant, la population d'Agadir en 2025 est estimée à plus d'un million. En 1950, la population d'Agadir était d'environ dix mille habitants.
La population locale de la ville est majoritairement chleuh. La darija est également utilisée comme langue par les habitants non-berbérophones.
Ravagée par un tremblement de terre en 1960, la ville qui était autrefois caractérisée par ses habitations blanches, a été entièrement reconstruite selon les normes parasismiques obligatoires. C'est désormais la plus grande station balnéaire du Maroc au climat exceptionnellement doux tout au long de l'année. Depuis 2010, bien desservie par les vols low cost et l'autoroute jusqu'à Tanger, la ville attire les populations de tous horizons et connaît une croissance annuelle de plus de 6 % par an en demande de logements..
Toponymie Le mot « Agadir » est un terme chleuh d'origine phénicienne qui signifie grenier collectif fortifié ou citadelle, forteresse. Le nom d'Agadir est issu de la racine berbère GDR signifiant « talus », « terrain en forte déclivité », « escarpement ».Kamal Naït-Zerrad, Dictionnaire des racines berbères : Ḍ-Gey, Peeters Publishers, 2002 , .
Très peu de vestiges de la langue phénicienne, mais des inscriptions numismatiques rapportent que les Phéniciens connaissaient le site comme « un Gadir » ou « Agadir » (phénicien : 𐤀𐤂𐤃𐤓, ʾgdr), signifiant « le mur », « l'enceinte », ou (par métonymie) « la forteresse ». Ce mot, emprunté aux langues berbères, est devenu « l'agadir » (tamazight : « mur » ; chleuh : « grenier fortifié »), mot courant dans les toponymes nord-africains. Par exemple, les villes de Guedera (Israël) et Cadix (Espagne) partagent la même étymologie. Les Carthaginois ont continué à utiliser ce nom, et tous les noms ultérieurs en dérivent. (Le mot grec « cothon » fait référence à un bassin fortifié de type carthaginois que l'on peut voir sur des sites antiques tels que Motya)Head & al. (1911), p. 3."Phoenician and Punic Inscriptions", p. 141. Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland. Accessed 24 July 2013.Strabo, Geographica 3.5.5Pseudo Scymnus or Pausanias of Damascus, Circuit of the Earth, 160-164.
Histoire Origines L'histoire est pratiquement muette sur Agadir avant le .
Au , l'historien Polybe évoque au nord de l'Afrique, sur l'Atlantique, un cap Rhysaddir, qui pourrait avoir été situé non loin d'Agadir, sa localisation est encore en débat.
La plus ancienne attestation que l’on trouve à propos d’Agadir apparaît sur une carte en 1325. Cette dernière indique un lieu appelé Porto Mesegina, tiré d’après le nom d’une tribu berbère : Mesguina, déjà cité au .
Le comptoir portugais En 1505, les Portugais, déjà installés sur les côtes marocaines, fondent un comptoir et une forteresse au pied de la colline devant la mer, Santa Cruz do Cabo de Aguer (Sainte Croix du cap Ghir), à l'emplacement du quartier désormais disparu de « Founti » (nommé ainsi d'après le mot portugais fonte qui veut dire fontaine). Pour assurer la sécurité du lieu et développer les activités de pêche, le roi portugais Manuel , agrandit le port, établit une garnison tout en soumettant la région à l’autorité portugaise, en 1513. Agadir devient alors un comptoir commercial actif par où passent des produits du sud marocain et aussi un point de rencontre des marchands européens de toutes nationalités. thumb|Founty et la Casbah en 1905.
Rapidement, les Portugais sont en butte à l'hostilité des tribus de la région. Dès 1530, ils sont bloqués dans Santa Cruz. Le reflux portugais s'amorce quand, le , le chérif saadien Mohammed ech-Cheikh s'empare de la forteresse de Santa Cruz de Aguer après un long siège. Six cents survivants portugais sont faits prisonniers, dont le gouverneur Guterre de Monroy et sa fille Dona Mecia. Les captifs sont rachetés par des religieux, venus spécialement du Portugal. Dona Mecia, dont le mari avait été tué lors de la bataille, devient l'épouse de Mohammed ech-Cheikh mais meurt en couches, en 1544. La même année, Mohammed ech-Cheikh fait libérer le gouverneur Guterre de Monroy, qu'il avait pris en amitiéChronique de Santa-Cruz du Cap de Gué, Paris, 1934.
Les positions portugaises au Maroc, acquises entre 1505 et 1520, vont en régressant. Après la perte d'Agadir, les Portugais doivent abandonner Safi et Azemmour. Le Maroc commence à avoir moins d'importance pour le Portugal qui se tourne désormais vers les Indes et le Brésil. Après 1550, les Portugais ne tiennent plus au Maroc que Mazagan, Tanger et Ceuta.
Premier essor vignette|Muraille de la casbah.|250x250px En 1572, la casbah est construite au sommet de la colline par moulay Abdallah el-Ghalib, successeur de Mohammed Ech-Cheikh. La ville s'appelle désormais Agadir N'Ighir, littéralement, « le grenier fortifié de la colline » en tachelhitIghir (prononcé irrhir) veut dire d'abord épaule, puis hauteur. Le mot est également à l'origine du nom du Cap Ghir. Toponymie du Maghreb.
Au , sous le règne de la dynastie berbère du Tazeroualt, Agadir devient une rade d'une certaine importance, développant les échanges avec l'Europe. Il n'existe alors ni véritable port, ni appontement. D'Agadir partent notamment du sucre, de la cire, du cuivre, des cuirs et des peauxCharles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, Paris, 1994. Les Européens amènent leurs produits manufacturés, notamment des armes et des tissus. Sous le règne du sultan Moulay Ismaël et de ses successeurs, les échanges avec la France, jusque-là actif partenaire, régressent au profit des Anglais et des Hollandais.
Déclin En 1731, un sévère tremblement de terre frappe la ville. En 1746, les Hollandais installent un comptoir au pied de la casbah, sous l'autorité du sultan, et participent sans doute à la restauration de la ville. Au-dessus de la porte d'entrée de la casbah, on peut encore voir l'inscription hollandaise, avec sa transcription en arabe, , qui signifie , et la date 1746.
Après une longue période de prospérité sous les règnes des dynasties saadiennes et alaouites, Agadir décline à partir de 1760, à cause de la prééminence accordée au port concurrent d'Essaouira, par le sultan alaouite Sidi Mohammed ben Abdallah, qui veut châtier le Souss, rebelle à son autorité. Ce déclin dure un siècle et demi. En 1789, un voyageur européen fait une brève description d'Agadir : .thumb|Plan d'Agadir en 1885 par Jules Erckmann.|gauche
En 1881, le sultan Moulay Hassan ouvre de nouveau la rade au commerce afin de pouvoir ravitailler les expéditions qu'il envisage dans le sud. Ces expéditions destinés à réaffirmer son autorité sur les tribus du Souss et à s'opposer aux projets des Anglais et des Espagnols, eurent lieu en 1882 et 1886Maurice Barbier, Le conflit du Sahara occidental, 1982.
En 1884, Charles de Foucauld décrit dans Reconnaissance au Maroc son rapide passage à Agadir, venant de l'est :
Protectorat français Invoquant un appel à l'aide d'entreprises allemandes de la vallée du Souss, l'Allemagne décide, le , pour protéger ses intérêts au Maroc et défendre ses prétentions sur le pays, d'envoyer dans la baie d'Agadir, dont la rade avait été, jusqu'à 1881, fermée au commerce étranger, une canonnière, la SMS Panther, rapidement relayée par le croiseur Berlin. Les très vives réactions internationales, en particulier celle de la Grande-Bretagne, surprennent l'Allemagne. La presse s'emballe sur ce qu'elle appelle le « coup d'Agadir » et la guerre menace d'éclater. Après d'âpres négociations, un traité franco-allemand est finalement signé le suivant, laissant les mains libres à la France, qui va pouvoir établir son protectorat sur une partie du Maroc, en contrepartie celle-ci cède quelques colonies en Afrique à l'Allemagne. C'est alors seulement que le Panther et le Berlin quittent la baie d'Agadir.
Le , les troupes françaises débarquent à Agadir, qui avec N'Ighir et Founty, ne compte que moins de mille habitants. En 1916, un premier appontement est construit près de Founty, une simple jetée, dite plus tard « jetée portugaise », qui a subsisté jusqu'à la fin du . Après 1920, sous le protectorat français, un port est aménagé et la ville connait un premier essor avec la construction de l'ancien quartier Talborjt situé sur le plateau au pied de la colline. Deux ans après, à côté de Talborjt, le long de la faille géologique de l'oued Tildi, le quartier de Yahchech, plus populaire, commence à se construire.thumb|Le quartier de Founty et le port en construction en 1930.|gauche|250x250pxAutour de 1930, Agadir est une étape importante de l'Aéropostale où Saint-Exupéry et Mermoz font escale. Dans les années 1930, un centre-ville moderne commence à s'édifier, selon les plans des urbanistes Henri Prost, directeur du service d'urbanisme du protectorat, et de son adjoint Albert Laprade, sur un tracé en fer à cheval s'appuyant sur le front de merSchéma de la ville future in revue La Géographie sur Gallica, autour d'une grande avenue perpendiculaire à ce front de mer, l'avenue Lyautey, renommée depuis avenue du Général Kettani. Dans les années 1950, le développement urbain se poursuit sous la direction du directeur du Service de l'urbanisme du Maroc, Michel Écochard.thumb|Le quartier de Founty et la plage en 1930.|230x230pxAprès 1950 et l'ouverture du nouveau port de commerce, la ville, très dynamique, se développe avec la pêche, les conserveries, l'agriculture, l'exploitation minière. Elle commence aussi à s'ouvrir au tourisme grâce à son climat et à ses beaux hôtels. Plusieurs années de suite, à partir de 1952, Agadir organise le Grand Prix automobile, puis le Grand Prix automobile du Maroc.
En 1959, le port reçoit la visite du yacht de l'armateur grec Aristote Onassis et de son hôte, Winston ChurchillLa visite de Winston Churchill à Agadir.
Agadir après 1960
Le , Agadir, qui compte alors plus de , est ravagée par un séisme de magnitude 5,7 sur l'échelle de Richter, qui fait plus de ..
thumb|Vue satellitaire de la majeure partie de la ville d'Agadir (Anza, au nord-ouest, n'apparaît pas sur le cliché.La ville actuelle a été reconstruite plus au sud, sous la conduite des architectes Jean-François Zevaco, Élie Azagury, Pierre Coldefy, Claude Verdugo. Agadir est devenu une grande ville, disposant d'un grand port avec quatre bassins : port de commerce avec tirant d'eau de , triangle de pêche, port de pêche, port de plaisance avec marina. Agadir fut le premier port sardinier au monde dans les années 1980, et possède une plage célèbre s'étirant sur plus de avec une des plus belles promenades de front de mer de la région. Son climat offre de soleil par an et permet de se baigner en toutes saisons ; l'hiver y est exceptionnellement doux et la chaleur de l'été jamais étouffante (la brume d'été n'y est d'ailleurs pas rare).
Agadir est le premier pôle touristique du pays, place parfois disputée par Marrakech, et le premier port de pêche du Maroc. L’activité commerciale y est également en plein essor avec l’exportation d’agrumes et de légumes produits dans la fertile vallée de Souss.
Avec ses immeubles blancs, ses larges boulevards fleuris, ses hôtels modernes et ses cafés de style européen, Agadir n'est plus une ville typique du Maroc traditionnel, mais une cité balnéaire touristique.
La baie d'Agadir est membre du Club des plus belles baies du monde.
La ville est desservie par l'aéroport Agadir-Al Massira.
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