La République indépendante de Guyane, ou République de Counani, a été fondée en 1886 par les habitants avec quelques aventuriers français et des esclaves fugitifs se déclarant citoyens du Counani, une immense zone contestée de entre la France et l'empire du Brésil. Cette république, présidée par Jules Gros, ne fut reconnue ni par la France, ni par le Brésil. Elle sera à nouveau déclarée indépendante en 1904, sous le nom d'État libre de Counani, avant de disparaître complètement en 1912.

Après la première déclaration d'indépendance, la France demanda l'arbitrage de la Suisse pour fixer la frontière entre la Guyane française et la Guyane néerlandaise (aujourd'hui Suriname) qui acceptait de reconnaître le tracé de la frontière fixée par le traité de Paris en 1814. Le cours de la rivière Lawa devint la ligne frontière entre les deux pays.

Le , la commission suisse décide de délimiter la zone contestée par le fleuve Oyapock qui débouche au cap Orange et séparera les zones françaises et brésiliennes. Le Brésil annexe le territoire de Counani qui prend le nom d'Amapá..

La première république (1886-1887) vignette|gauche|210x210px|Jules Gros, fondateur de la première République. Jules Gros (1829-1891), journaliste peu connu et membre de la Société de géographie est nommé en 1883 sous-secrétaire d'État pour le développement de l'économie en Guyane française. Il fait la connaissance de Jean Ferréol Guigues, explorateur bourguignon originaire de Mâcon, qui explora la Guyane vers le début des années 1880, qui lui dit avoir trouvé des mines d'or en Guyane. Avec un ami suisse, Paul Quartier, Guigues forme une compagnie, dont Jules Gros est le secrétaire. L'affaire est fructueuse et rapporte beaucoup d'argent. Guigues et Quartier s'établissent à Counani (actuelle ), petit village sur la côte entre les estuaires de l'Oyapock et de l'Araguari. Le chef de Counani à l'époque est le capitaine Trajano Benitez. Bien que sur le territoire brésilien, le village, comme ceux de Calçoene et Amapá, entre autres, a une forte population noire brésilienne qui a souhaité être administrée par la France plutôt que par le Brésil.

En réalité, le problème territorial entre la France et le Brésil date du traité d'Utrecht de 1713. Plusieurs fois, le voisin brésilien voulut affirmer sa souveraineté sur Counani en soutenant plusieurs rébellions contre Trajano Benitez. Ce dernier demanda à la France de protéger Counani, mais sans succès. Trajano Benitez commença à avoir des problèmes avec les habitants de Counani.

D'après L'Officiel de Counani, voici comment s'est créée cette république : .

La république est proclamée le dans un État qui comprend .

La République adopte la devise « Liberté et justice », pour drapeau, le vert du Brésil avec le drapeau tricolore dans le coin supérieur gauche., comme loi et langue nationale, la loi et la langue française et comme hymne Marche triomphale de Counani de Hilarion de Croze, professeur de musique. Jules Gros, secrétaire de la compagnie basée en France est nommé président-à-vie de la République de Counani, sous le titre de Gros .

Le gouvernement français, apprenant qu'un état fantôme s'est autoproclamé en Guyane, faisant ressortir le problème de frontière entre la France et le Brésil, affirme que personne ne peut proclamer une République.

En , le Président et son conseil se destituent l'un l'autre, mettant fin de fait à la première République de la Guyane indépendante.

La deuxième République (1887-1891)

Alors que la France plonge dans le scandale des décorations, Guigues affirme que Counani n'était qu'une colonie « libre » demandant la protection de la France, s'attirant à nouveau les foudres de Gros qui persiste à se considérer président de la République et, fin 1887, fait flotter un nouveau drapeau à Vanves, .

En , Gros entre en contact avec des hommes d'affaires britanniques. Avec le futur prospecteur du Klondike, l'Écossais Alexander Mac DonaldLéon Boillot, Aux mines d'or du Klondike : du lac Bennett à Dawson City, 1899, — sur Gallica qui disposait de certains capitaux, il fonde un syndicat qui prévoyait l'exploitation du territoire de Counani pendant pour l'extraction des principales ressources, et principalement de l'or. Gros a le temps de faire imprimer un seul timbre, le 25 centimes noir sur blanc Philatelia : journal mensuel des amateurs et collectionneurs de timbres-poste, cartes postales, Paris, 1932, — sur Gallica.. En 1887, il fit également frapper une série d'essais monétairesPierre Julien, « Philatélie : La République de Counani, une aventure française », in: Le Monde, 31 mars 2020..

Grâce à l'argent du syndicat, Jules Gros et sa famille quittent Vanves pour Counani, le . Mais rapidement, Gros déchante, ne trouvant pas à Counani l'Eldorado espéré. Mac Donald s'aperçoit rapidement que la France n'avait jamais reconnu la république de Counani. Gros retourne en France, où il meurt en 1891, toujours convaincu qu'il est le président de la république de Counani.

La découverte d'or en 1895 dans la région de Calçoene rallume le conflit franco-brésilien. , dit Cabralzinho, deuxième chef du triumvirat brésilien, revendique le territoire contesté de Counani. La France et le Brésil recoururent à l'arbitrage de la Suisse par la convention du pour le contesté franco-brésilien. Le Brésil annexe alors le territoire qui devient l'Amapá.

État libre de Counani (1892-1911)

Adolphe Brézet, qui visite la région vers 1892, s'autoproclame président de l'État libre de Counani. Il prend le nom de Uayana Assu « Homme grand » et nomme trois ministres. Les quatre aventuriers seront immédiatement arrêtés dès leur arrivée à Counani par un détachement de l'armée brésilienne et emprisonnés pendant quinze jours.

Il s'exile en France et prend le nom de duc de Brezet et de Beaufort, vicomte de San João. À l'automne 1902, Brezet tient une conférence de presse dans un hôtel parisien, réaffirmant ses prétentions. Il crée des timbres, une constitution et un nouveau drapeau. En 1903, il ouvre une ambassade counanienne à Paris, puis à Londres, Rome, Berlin et Madrid.

En 1904, alors qu'ils se font la guerre, le Japon et la Russie demandent à l'État libre de Counani de leur fournir quelques vaisseaux, avant de découvrir la supercherie.

L'aventure fantaisiste d'Adolphe Brézet, contemporaine des prétentions de Jacques Lebaudy sur une partie du Sahara occidental, prend fin en 1911......

Il fit fabriquer à partir d' lui aussi une série de timbres d'une valeur de 5 centimes aux noms des différentes localités de son État.

Le massacre de l'Amapá La zone litigieuse à la frontière entre le Brésil et la Guyane française est restée hors de la réglementation juridique des deux pays jusqu'en 1900. La découverte d'or a conduit plusieurs entreprises d'extraction à s’y installer. Cette concurrence a atteint son point culminant en dans l'épisode connu au Brésil comme le « massacre de l’Amapá », un conflit armé entre Français et paysans brésiliens qui fait plus de Carlo Romani, O Massacre de Amapá: a guerra imperialista que não houve, in: Cahiers du monde hispanique et luso-brésilien, 2010 — extrait en ligne.. vignette|centré| Panneau interdisant aux prospecteurs de fouiller les rives du fleuve Coanany (cliché de 1894).

Postérité L'histoire guyanaise de Jules Gros sert de cadre à un roman de Jean-Paul Delfino, Counani, un roi sans terre ni couronne, paru en 2025Pierre Philippe Cadert. Dans "Counani", Jean-Paul Delfino dévoile l'incroyable imposture d’un roi autoproclamé. RTS, 18 septembre 2025..

Annexes

Bibliographie . . . . Une note du Journal officiel du relative au Territoire de Counani précise :

Articles connexes Contesté franco-brésilien Liste de micronations Micronation

Liens externes Monnaies frappées pour la République Indépendante de Guyane 1 et 2.

Références

Catégorie:République Catégorie:Micronation Catégorie:Colonisation française des Amériques