René Gillouin, né à Aouste-sur-Sye (Drôme) le et mort le à Paris, est un intellectuel de droite, sinon d'extrême droite, traditionaliste et pétainiste, de religion protestante, écrivain, critique littéraire, journaliste et homme politique français.

Biographie Milieu social et formation René Gillouin est protestant, fils d'un pasteur de province, de l’Église réformée de la Drôme, Émile Gillouin (1846-1898). Bachelier ès-lettres, Emile Gillouin a soutenu en une thèse, devant la Faculté de théologie protestante de Montauban, Idées dogmatiques et morales du Siracide. Il a été nommé pasteur par décret en date du . C’est lui qui a formé René et son frère cadet Charles (1882-1922) jusqu’à la classe de cf. la préface de Gillouin au Journal d’un chrétien philosophe, qui évoque son père « bon chrétien » et humaniste. René Gillouin écrit l'introduction de cet ouvrage posthume de son frère Charles Gillouin, médecin (Nouvelle librairie française, 1932) : Cf. Yves-Marie Hilaire, Jean-Marie Mayeur, André Encrevé, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, vol. 5, Éditions Beauchesne, 1993, ..

René Gillouin est élève des lycées de Tournon (Ardèche), Ampère à Lyon puis Henri-IV à Paris, qu'il intègre en 1900. Il réussit le concours d'entrée à l'École normale supérieure en 1902 . Il découvre alors Henri Bergson et Maurice Barrès, avec qui il correspondCf. sa correspondance avec Barrès dans la Revue des Deux Mondes, René Gillouin, « Autour de quelques lettres de Maurice Barrès », 15-5-1955 et 1-6-1955, fréquente les cercles d’écrivains parisiens du quartier latin, ceux du café Vachette, autour de Jean Moréas, puis de la taverne du Panthéon, où il croise le jeune Bernard Grasset, qui va devenir son éditeur. Il est membre du comité de rédaction de la revue littéraire Le Parthénon, aux côtés notamment de Guillaume Apollinaire, Georges Duhamel, Jean Giraudoux, Jules Romains, Henri MassisCf. Antoine Albalat, Souvenirs de la vie littéraire, G. Grès et Cie, 1924, et , , . Un duel au pistolet l’oppose en 1907 à un autre homme de lettres, pour des motifs d’ordre privé Gil Blas, 28-4-1907, .

Admissible à l’agrégation de philosophie, il abandonne l’Université, pour une carrière de fonctionnaire, de critique littéraire, d'essayiste et de conférencier.

Fonctionnaire, intellectuel et homme politique dans l'entre-deux-guerres

Fonctionnaire à la préfecture de la Seine, puis conseiller municipal de Paris Il est fonctionnaire à la préfecture de la Seine à partir de 1905. Il fait carrière dans les bureaux du Conseil municipal de Paris. Reçu premier au concours de secrétariat du conseil municipal, il est attaché à partir de 1912 au cabinet de la présidence du conseil municipal, puis directeur de cabinet jusqu’à sa démission en 1931, une place de choix pour se faire des relations, se préparer aux élections locales, et qui lui permet d’obtenir la Légion d’honneur en 1924 .

Après avoir été candidat « d’union républicaine, démocratique et sociale », sans succès, aux élections municipales de 1925 ( arrondissement, quartier de la Sorbonne) - il était alors proche de la Ligue républicaine nationale, : Cette année-là, il avait pris la parole à une réunion de section universitaire de cette Ligue, réunion présidée par Louis Marin et destinée à combattre le cartel des gauches : Le Temps, 26-3-1925. -, il est élu en , à la faveur d'une élection partielle, conseiller municipal de la capitale, dans le arrondissement, avec l’investiture de l’Alliance démocratique et de la Fédération républicaine, (photographie de Gillouin)], réélu en , après que sa première élection a été invalidée,

, , , . À cette époque, un conseiller municipal de Paris est en même temps conseiller général du département de la Seine. Son élection de conseiller général a été annulée par un arrêté du conseil de préfecture de la Seine le 3 janvier 1932, car il n’avait pas démissionné à temps de ses fonctions au cabinet du président du conseil municipal, mais Gillouin a fait appel devant le Conseil d’État, un appel suspensif. Il a été réélu au premier tour en avril 1934, puis en , , . Il devient vice-président du Conseil municipal de Paris en .

Il se présente aux élections législatives de 1932 à Paris contre le sortant Marcel Héraud, en vain . Il est alors un « républicain national indépendant », , . Des journaux satiriques moquent alors ses contradictions: « Pour philosophe qu’il se flatte d’être, pour méprisant qu’il se montre à l’égard de la politique et des politiciens (...) n'avait pas craint de solliciter le suffrage universel ». Et ses ambitions : « Ne pas se montrer dans les antichambres ministérielles, c’est un reproche que l’on ne pourra pas faire à (Gillouin), qui (…) voudrait déjà être député »: , . Il lui a été demandé de se présenter dans la Drôme aux législatives de 1936, : Selon le quotidien de la SFIO Le Populaire, il aurait envisagé de se présenter aux législatives de 1936 dans la Drôme, dans la circonscription de Die ; un hebdomadaire, La Gazette de la Drôme a été fondé début 1936 pour soutenir sa candidature et Gillouin aurait été le président du conseil d’administration de la société éditrice, aux côtés de militants des Croix de feu locaux. Quoi qu’il en soit, le candidat sortant, un radical partisan du Front populaire, a été élu dès le premier tour..

Il a fait partie des conseillers municipaux signataires de deux affiches, celle du protestant contre l’éviction du préfet de police Jean Chiappe, et celle protestant contre les conclusions de la commission parlementaire sur la crise du 6 février 1934. Gillouin a été légèrement blessé lors de l’émeute parisienne du . Il fait alors partie des Jeunesses patriotesInterrogé par la commission d’enquête parlementaire sur le 6 février, Pierre Taittinger précisa qu’il « donna le bras » pendant la manifestation à deux conseillers municipaux, dont Gillouin à sa droite, et que ces deux conseillers étaient membres des Jeunesses patriotes: . Il évolue dès lors vers l'extrême droite.

Au conseil municipal de Paris, en , il dénonce « la venue de véritables hordes venues des quartiers éloignés de Paris (envahissant) le quartier latin criant ou plutôt hurlant les journaux d’extrême gauche, narguant ou insultant la paisible population bourgeoise ». Cette situation revêt selon lui « depuis le triomphe électoral du Front populaire une acuité toute nouvelle » : « Les provocations aux nationaux se font de jour en jour plus violentes, plus insultantes ». Ce qui l’indigne, ce n’est pas « la substance même des événements », c’est le fait « qu’ils portent, avec une criante évidence, la marque de l’étranger ». Il accuse alors les communistes « de rejeter sur les nationaux tous les incidents et attentats (…) que provoquent sournoisement les communistes », il voit la main de Moscou dans le déclenchement des grèves, tout en reconnaissant « le pitoyable sort de certaines catégories de travailleurs des deux sexes en effet réduits à des salaires de famine ». Il souligne « l’immensité, la diversité, la puissance des moyens mis en œuvre pour bolcheviser notre pays », analysant longuement un à un, les films diffusés par le PCF, « véritables brûlots de guerre civile » car « destinés spécialement à exaspérer les ouvriers contre le patronat ». Il déplore l’absence « d’un État fort et véritablement national »BNF/gallica : Bulletin municipal officiel de la ville de Paris, 7-7-1936. Il est resté assis selon Le Populaire lors de l'hommage à Roger Salengro : . En 1934, il propose un projet de vœu xénophobe relatif aux commerçants étrangers.

Lors d’une séance du conseil municipal en , il demande l’interdiction de la pièce de Jean Cocteau, Les Parents terribles, qu'il qualifie « d'immorale, d'antifamiliale et d'antisociale et déclarant que sa pièce « relève moralement de l’excitation des majeurs (sic) à la débauche »Francine Muel-Dreyfus, Vichy et l'éternel féminin : contribution à une sociologie politique de l'ordre des corps, Éditions du Seuil, 1996, 47-48, Gillouin est l’un des trois conseillers municipaux qui ont le plus critiqué Cocteau. Le conseil municipal a invité l’administration préfectorale à mettre fin à la convention passée entre Cocteau et le théâtre des Ambassadeurs, propriété de la ville de Paris. Son directeur annonçant alors son intention de poursuivre en diffamation devant le tribunal correctionnel les trois conseillers municipaux, dont Gillouin, qui se « sont montrés le plus injustement violents contre notre spectacle » lors de la séance du conseil municipal du . Mais il a finalement retiré sa plainte en 1939Le Nouvelliste d’Indochine, 8-1-1939, 25 .

L'intellectuel

Durant la Grande Guerre, il fait partie de l'équipe qui se réunit à la taverne du Panthéon, autour d'Antoine Albalat . Il irrite son éditeur Grasset lorsqu’il lui réclame des droits d’auteur sur la vente de ses livres depuis la déclaration de guerre et insiste pour connaître l’état des ventes de ses ouvrages.. Il dirige chez Grasset, en 1922-23, l’éphémère collection « Politeia », qui compte huit titres.

Il est élu sociétaire de la Société des gens de lettres en 1924 . Ce qui lui vaut d'être promu officier de la Légion d'honneur en 1939 à l'occasion du centenaire de cette association . Il fréquente des salons mondains qui entendent « faire renaître l’esprit de conversation dans les salons français », ceux du comité des Amies de la revue des lettres, à la fin des années 1920Le Gaulois, 28-1-1929, 9-3-1929, : il participe aux thés littéraires mondains organisés par les dames de ce comité., et participe à la vie mondaine de la capitale, aux goûters, aux salons, aux réceptions donnés par des aristocrates, des associations ou des bourgeoises, et aux funérailles d'artistes, celles de Marcel Proust par exemple.

Ses livres sont pour la plupart des recueils d’études et d’articles publiés auparavant dans les journaux et les revues auxquels il collabore, comme la Revue de Paris, le Mercure de France, La Revue politique et littéraire, La Revue hebdomadaire, l’hebdomadaire L'Europe nouvelle, la revue protestante Foi et vie, le périodique suisse La Semaine littéraire – il y tint la rubrique des livres français dans les années 1920 –, l’hebdomadaire les Nouvelles littéraires. Dans les années 1920, il donne ponctuellement quelques articles à des quotidiens, L'Écho national (1922), Le Figaro, L'Avenir d'Émile Buré, Le Nouveau Siècle, dans lequel il évoque les protestants français , La Liberté (1928-1929).

Il participe aux débats de l’époque, sur la question religieuse (conférences de Foi et vie, de l’École des hautes études sociales en 1926-27), et sur des questions politiques, en 1928 à propos du « malaise alsacien » et de la question de l'autonomisme en AlsaceArticles de Gillouin dans L'Europe nouvelle et dans La Liberté, , , ,L’Avenir, , , de la politique pontificale et de la rupture entre le pape Pie XI et l’Action française en 1926-1927, des démocrates-chrétiens et des syndicats de « cultivateurs cultivants » des abbés Mancel et Trochuqu’il critique car ils « procèdent de l’esprit antisocial, antichrétien, anticatholique de la lutte des classes (…) et excluent toutes les autorités naturelles de la profession »: , . Aux débats politico-artistiques aussi. En , il prend la parole lors d’un débat organisé par l’Union pour la vérité sur « André Gide et son temps », en présence de Gide et aux côtés de François Mauriac, Gabriel Marcel, Jacques Maritain, Daniel Halévy, Jean Guéhenno et Thierry MaulnierDébat concernant Gide publié par La Revue universelle : cf. gidiana.net, , . Il critique aussi les peintres étrangers de l’École de Paris, à l'occasion de leur présence à l’exposition des « maîtres de l’Art indépendant » au Petit Palais en 1937 : ce sont pour lui des , alors que . Il est alors l'époux depuis 1927 de Laure Bruni, artiste peintre naturalisée française, qui n’aura pas la renommée d’un Chagall ou d’un Soutine, , , ..