L’Aphrodite de Cnide est, avec le Zeus d'Olympie, la statue la plus célèbre de l'Antiquité grecque et romaineAlain Pasquier : . . Elle a été réalisée par le sculpteur grec Praxitèle (vers 400-326 avant l'ère commune) et a été mise en place à Cnide, à la suite de la décision des habitants d'en faire l'acquisition. Elle représente la déesse Aphrodite debout, nue, portant la main droite devant son sexe et tenant de la main gauche un vêtement. Les auteurs antiques, Pline et Lucien, ne disent pas qu'elle était une statue de culte. Pline précise qu'elle était « visible de toutes parts », on peut en déduire que la tholos de la villa Hadriana, qui abritait une copie de l'œuvre, reprenait le dispositif originel. Elle est la secondeEn effet la Léda de Timothéos la précède. : Alain Pasquier : . représentation connue de la nudité féminine complète dans la grande statuaire grecque.
En raison de la disparition de l'original, c'est aussi, aujourd'hui, un type statuaire dont il existe plusieurs centaines de versions antiques qui se rattachent plus ou moins à un original dont on se représente au moins deux versions à partir de ces copies.
Témoignages littéraires Le type est connu de nombreux témoignages littéraires, au premier rang desquels celui de Pline l'Ancien :
Selon la tradition antique, le sculpteur prend pour modèle sa maîtresse, la célèbre courtisane Phryné, après qu'elle s'est baignée nue dans la mer lors des Éleusinies (XIII, § 590). L'apologiste chrétien Athénagoras d'Athènes se contente de citer « une hétaïre » (Leg. pro Christ., 14) ; Clément d'Alexandrie (, 53) et Arnobe (Contre les païens, VI, 13) la mentionnent sous le nom de Cratiné. — le peintre Apelle peignant de son côté la Vénus anadyomène. Praxitèle réalise en fait deux statues d'Aphrodite, l'une vêtue et l'autre nuePline, ibid.. Les citoyens de Cos achètent la première, jugée « pudique et sévère » tandis que ceux de Cnide acquièrent la seconde qui, placée dans un temple qui, grâce à une seconde porte, permet de l'observer de face comme de dosLucien de Samosate, Amours (XIII)., devient beaucoup plus célèbre que l'autre dès l'Antiquité. Plusieurs anecdotes fameuses racontent comment Cnide refuse ensuite une offre d'achat pourtant très généreusePline (VI, 127 et XXXVI, 20). et comment un jeune homme, tombé amoureux de la statue, tente de s'y unir après s'être caché dans le sanctuairePline, ibid., Valère Maxime (VIII, 11, ex. 4), Lucien, Portraits (4 et 15), Jean Tzétzès, Chiliades (VIII, 375). Une anecdote similaire concerne l'Éros de Parion, cf. Pline (XXXVI, 23).. Plusieurs épigrammes de l’Anthologie grecque brodent sur le même thème :
Cypris voyant Cypris à Cnide, s'écria Hélas, hélas ! Où Praxitèle m'a-t-il vue nueAnthologie grecque (XVI, 162). Voir aussi XVI, 160 ; XVI, 163 ; XVI, 168. !
Variantes connues et description
thumb|140 px|Réplique de l'Aphrodite de Cnide ; type dit du Belvédère, avec l'hydrie posée sur le sol. Bronze, H. 30,5 cm. Époque impériale. Louvre Br 4419Louvre, Collection et .
L'Aphrodite de Cnide est connue par de très nombreuses répliques. On les regroupe généralement en deux grandes familles : le type « inquiet », où la déesse, surprise, cherche à se dissimuler et le « type serein », où la déesse semble plutôt désigner son sexe que le cacher. Du type « inquiet », les meilleures copies sont l’Aphrodite Braschi et la Vénus du Belvédère, trouvée on ne sait où, puis achetée par un pape, et moulée en bronze à la demande du roi de France François . Toutes deux sont conservées au musée Pio-Clementino, au Vatican. Toutes deux ont été restaurées et complétées. Ainsi, la Vénus du Belvédère, en marbre grec (du Pentélique ?), tandis que les ajouts, dont la jambe droite et le tronc d'arbre, sont en marbre veiné de gris. On peut donc distinguer les parties antiques des ajouts modernes.
La déesse entre ou sort de son bain rituel, posant ou prenant son manteau. Elle fait, selon certains, un geste de pudeur, recouvrant son sexe de la main droite. À moins que, loin de toute inquiétude et de pudeur, calme, elle ne soit « sûre de son invulnérabilité comme de son pouvoir redoutable : la nudité qui fragilise les mortelles accroît au contraire la puissance de la déesse de l'amour »Alain Pasquier, L'Aphrodite de Cnide : Le Type statuaire et sa signification dans .. Une puissance accrue par la purification du bain. Le geste de la main reprendrait le geste conventionnel depuis les premières sculptures d'Aphrodite, en Crète au , proche de l'image d'Astarté, et devait être regardé « comme un geste qui oriente le regard et désigne la source de sa souveraineté » (Alain Pasquier). Les épaules sont plus étroites, légèrement penchées vers l'avant, la poitrine menue, les genoux plus resserrés, les hanches plus larges, les jambes fuselées que dans les images antérieures. Les chairs sont traitées avec sensualité. Le visage frappe par son ovale très allongé et entièrement régulier. Le front est défini par un triangle, les arcades sourcilières forment un arc de cercle très régulier vers le nez, les yeux sont doux, la bouche petite et sensuelle. La statue, bidimensionnelle, pouvait être observée de face ou de dos. La sensualité de la déesse devait être accentuée par la peinture, réalisée par le peintre Nicias. Celui-ci utilisait, selon Pline l'AncienAgnès Rouveret, Histoire et imaginaire de la peinture ancienne (- après J.-C.), École Française de Rome, 1989. Et sur la polychromie : Christine Mitchell Havelock, The Aphrodite of Knidos and Her Successors. A Historical Review of the Female Nude in Greek Art, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1995. p. 13-15 et 51-52., « la technique de la , où les effets d'ombre et de lumière étaient particulièrement travaillés »Alain Pasquier, L'Aphrodite de Cnide : Que savons-nous de l'aspect matériel de la statue ? dans ..
Si la sensualité est très marquée, et encore plus par sa nudité nouvelle, la statue reste néanmoins une statue divine puisque la sensualité est l'attribut de la déesse. Elle était placée au centre de la tholos qui constituait son temple, afin de pouvoir être vue de tous côtés.
Les fouilles d'un bâtiment rond à Cnide s'avèrent être d'époque hellénistique.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Autre représentation d'Aphrodite attribuée à Praxitèle : la Vénus d'Arles (copie antique, restauration de François Girardon). Aphrodite pudique Vénus Borghèse, copie romaine du Sculptures de Vénus Nu dans la Grèce antique
Bibliographie
Aileen Ajootian, « Praxiteles », Personal Styles in Greek Sculpture (s. dir. Olga Palagia et Jerome J. Pollitt), Cambridge University Press, 1998 ( 1996) , . Christine Mitchell Havelock, The Aphrodite of Knidos and Her Successors: A Historical Review of the Female Nude in Greek Art, University of Michigan Press, 1995 . .
Liens externes
Vue 3D de l'Aphrodite de Cnide (site allemand).
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