La bataille des Haies est le nom donné à une phase de la bataille de Normandie qui implique majoritairement l'armée américaine face aux troupes allemandes, du , quelques jours après le débarquement, jusqu'au , début de l'Opération Cobra. Cette bataille se déroule dans le bocage normand marqué par ses innombrables haies, d'où le nom que lui donneront après la guerre les historiens.

On en distingue trois parties : l'avancée sur La Haye-du-Puits (bataille de La Haye-du-Puits) ; dans le secteur de Saint-Lô (bataille de Saint-Lô) ; la région au sud de Carentan, vers Sainteny et Périers.

La bataille des haies est une guerre d'infanterie qui peut être comparée par certains de ses aspects à une guerre de jungle.

L'avancée américaine est très lente et très coûteuse en vies humaines. Il faut quelquefois plusieurs dizaines de morts alliés pour prendre un pré ou une haie.

Le moral des troupes américaines est atteint dans cette guerre d'usure où une haie prise avec difficulté ressemble terriblement à la haie précédente, au point que le bocage normand est surnommé l'Hedgerow Hell (l'« enfer des haies »).

Contexte stratégique et environnemental

Face au blocage de la situation à l'est du front et l'impossibilité pour les troupes anglo-canadiennes de prendre Caen (voir bataille de Caen), les troupes alliées, principalement américaines, se voient obligées de progresser au sud-ouest dans une zone de bocage, une zone très favorable à la défense et dont les troupes allemandes, plus expérimentées, savent profiter.

D'un point de vue opérationnel, cette succession de prés et de haies empêche l'alignement du front d'attaque américain et facilite les prises de flanc. D'un point de vue tactique, chaque haie présente un nouveau retranchement à conquérir, exposant aux coups des défenseurs, l'infanterie et les blindés alliés à courte portée de tir telle une succession d' embuscades. Or l'état-major américain n'avait pas prévu de disputer des combats intenses dans cette zone et sous-estima les difficultés de la configuration du terrain, rendant difficile tout mouvement de chars ou la progression des hommes disposant de peu de visibilité.

Les haies favorisent les positions défensives allemandes et leur camouflage. Les troupes de la Wehrmacht auxquelles les Alliés doivent faire face sont plus expérimentées que les troupes qui stationnaient sur les côtes du débarquement. Notamment les Fallschirmjäger qui savent tirer profit de ces petits prés clôturés par des talus et des hautes haies. Elles s'y camouflent facilement, rendant la suprématie aérienne alliée moins déterminante et l'artillerie américaine peu efficace. Les Allemands mettent en place un dispositif dans lequel chaque point défensif d'un pré peut soutenir celui du pré voisin.

Historique

Secteur de La Haye-du-Puits L'avancée du corps de la américaine après la prise de Cherbourg vers le secteur de La Haye-du-Puits, du 3 au , est une des grandes batailles de la guerre des haies et constitue une des dernières offensives dans le nord du Cotentin avant le lancement de l'opération Cobra le ..

Très violents, les combats dans le secteur attenant à la ville et pendant la prise de celle-ci, ont été très couteux en vies humaines. Environ soldats américains y ont perdu la vie et cela afin de faire avancer leur front de seulement .

Le contexte : l'ouverture du front et les combats du mois de juin

Après le débarquement du des forces américaines sur la plage d'Utah Beach et la consolidation de la tête de pont autour de Sainte-Mère-Église, l'armée américaine traverse la péninsule entre Carentan et Barneville, et marque, le , la coupure du Cotentin, c'est-à-dire un front qui va du littoral est au littoral ouest et sépare les forces allemandes. Puis, tout en consolidant ce front pour empêcher les renforts d'arriver depuis le sud, les Américains s'élancent vers Cherbourg et prennent la ville le .

Entre-temps, le front entre Carentan et Portbail a tenu bon mais de leur côté, les Allemands situés en face en ont profité pour renforcer une sorte de « mur du Cotentin » soigneusement camoufléBataille de Normandie, récits de témoins - éditions de notre temps. . et dont les premiers éléments avaient été installés en 1942 : la ligne Mahlmann désormais forte de près de hommes et dont les Américains ignorent encore l'existence début .

Tenant donc tout le nord du Cotentin, les Américains doivent avancer vers le sud pour réaliser la percée d'Avranches, dont s'occupera le général George Patton et qui devra consister à ouvrir la route de la Bretagne en enfonçant les lignes de défense allemandes près du mont Saint-Michel. Avant cela, il leur faut prendre les villes de Coutances et de Saint-Lô.

C'est au corps de la américaine, menée par le général Troy Middleton, que revient la charge de percer la ligne Mahlmann, qui s'étend de Bretteville-sur-Ay à l'ouest jusqu'au sud de Carentan à l'est . Sa mission est d'atteindre Coutances et Saint-Lô après avoir traversé la zone des marais et les collines fortifiées autour de La Haye-du-Puits Michel Pinel, La Guerre des Haies et la Bataille de La Haye-du-puits, Michel Pinel, Mai 2004..

L'offensive de La Haye-du-Puits: division par division 280px|thumb|right|La ville de La Haye-du-Puits après les combats Au sud-ouest du front américain, quatre routes convergent depuis la ville de La Haye-du-Puits qui devient un carrefour important à prendre pour les Américains. La ville est occupée par les Allemands. De plus, elle est entourée par quatre monts allant de 110 à 130 mètres d'altitude. L'armée allemande y a établi des positions fortifiées, il s'agit des monts Étenclin et Doville au nord, Castre au sud et Montgardon à l'ouest .

Le , le corps lance l'offensive. En éclaireurs, tôt le matin, une patrouille américaine de 7 soldats commandée par le lieutenant Stanley Weinberg, guidée par un jeune Français, pénétra dans les lignes allemandes et y captura les servants d'une mitrailleuse ainsi que des plans. Parmi eux figure un officier allemand. Fouillant le prisonnier, les GI's trouvèrent dans sa poche une photo de lui nu et entouré de prostituées. C'est sous la menace de voir atterrir la photo dans les mains de son épouse qu'il révèle la ligne Mahlmann au lieutenant Weinberg. L'assaut peut définitivement commencer pour les quatre divisions du corps.

La dernière opération de la Airborne en Normandie thumb|gauche|150px|l'insigne de la Airborne

La aéroportée, commandée par le Major-General Matthew Ridgway, connaît déjà bien l'ennemi et a une expérience du terrain. Elle a commencé les combats de la Seconde Guerre mondiale le lors du débarquement en Afrique du Nord. Quelques semaines après ce baptême du feu, certains de ces régiments sauteront sur la Sicile () et sur le golfe de Salerne dans le cadre des opérations Husky et Avalanche. Enfin ces hommes combattent depuis leur saut sur Sainte-Mère-Église dans la nuit du 5 au . Après avoir pris le bourg et les positions sur le Merderet début juin, ils ont pris successivement Montebourg, Valognes et enfin Cherbourg le .

Après ce fait d'armes, ils attendent leur prochaine opération à Saint-Sauveur-le-Vicomte et dans le bois de Limors. Celle-ci démarre le vers 3 heures du matin. 4 régiments de la vont partir vers le sud pour cette mission depuis leurs positions : le de Saint-Sauveur-le-Vicomte, le et le du bois de Limors et le de Picauville. Pour sa troisième et dernière opération dans la bataille de Normandie, l'objectif principal de la est la hauteur 131 : le mont Étenclin. À cause de la pluie qui s'abat sur le secteur ce matin là, l'aviation américaine est clouée au sol et ne peut pas appuyer les soldats. Leur progression est tout d'abord rapide face à un régiment d'Osttruppen, des volontaires de l’Est, qui opposent peu de résistance. Mais bientôt, les parachutistes atteignent la ligne Mahlmann, entre le mont Castre (au sud) et le mont Étenclin (au nord), et ont donc face à eux les deux collines de la Poterie et de Sainte-Catherine (voir plus bas la carte de l'offensive du 3 au - Galerie photo). Au hameau de la Poterie (situé devant la colline du même nom), les Américains ignoraient la présence de soldats allemands et tombèrent nez à nez avec eux. Surpris de chaque côté, la prise du hameau se fit à l'arme blanche.

thumb|droite|Abbaye de BlanchelandePendant ce temps, le même matin, le général von Choltitz, qui commande une partie du front allemand, ordonne à la d'infanterie de la Wehrmacht de quitter l’aile ouest du dispositif (où le Generalleutnant Mahlmann placera la d'infanterie quelques heures plus tard) pour venir renforcer les positions sur le flanc est du mont Castre. Notamment un ancien donjon médiéval situé au Plessis-Lastelle duquel on peut voir la zone de débarquement d'Utah Beach et offrant surtout une vue imprenable sur les déplacements des Américains et une position de tir pré-fortifiée. Des Fallschirmjäger viennent leur prêter main-forte.

Le lendemain, , les G.I. du attaquent puis s'emparent des deux collines de la Poterie et de Sainte-Catherine.

Le , la élimine les derniers points de résistance autour du bourg de Lithaire. Celui-ci libéré, la Airborne se replie à l'abbaye de Blanchelande, située à l'est de La Haye-Du-Puits et attend sa relève. Elle regagne le Royaume-Uni dans les jours suivants. Les pertes de la Division depuis le furent lourdes : un tiers des effectifs.

La d'infanterie face au mont Castre 200px|thumb|droite|L'écusson de la 200px|thumb|droite|Le sommet du Mont Castre Commandée par le Major General Eugene M. Landrum, la aligne pour l'opération trois régiments d’infanterie : le , le et le ainsi que le Tank Battaillon. L'objectif de la division est d'avancer d'est en ouest depuis le secteur de Baupte, perpendiculairement à la , percer la ligne Mahlmann et prendre le mont Castre, gros point fortifié, depuis lequel les Allemands surveillent la plage d'Utah Beach.

Dès le matin du , le terrain est difficile : un réseau dense de haies desservi par des chemins creux avec la menace du mont Castre qui domine tout. Vers 8 h 30, alors qu'elle avance péniblement depuis deux heures, elle atteint la ligne Mahlmann, tenue à cet endroit par beaucoup de Fallschirmjäger. Ces derniers résistent habilement et violemment toute la journée. Ils tueront 600 soldats américains. Les Allemands attaqueront aussi par surprise le bivouac de la à la tombée de la nuit.

: 90 % des décès de soldats ce jour-là seront le fait des obus de mortier et de l’artillerie. Toute la matinée, les batteries et les canons mobiles pilonnent de chaque côté. Au milieu de l'après midi, avec le renfort du Tank-Battaillon sur le flanc est du mont Castre, la parvient à avancer vers le mont. Un premier hameau proche du Plessis-Latelle, les Belles Croix est pris, puis un second en fin de journée : celui de La Butte.

Le même jour, le , resté jusque-là en réserve, pénètre dans le hameau de Beau Coudray, situé sur le mont Castre. Le bilan des pertes humaines est encore plus lourd que la veille pour la division : 800 hommes, principalement du .

: le Major General Landrum fait remplacer le (très affaibli) par le et lui donne l'ordre d'attaquer les hauteurs du Mont Castre, toujours aux mains des allemands, par le sud de celui-ci. Il échouera, ne progressant que très légèrement. Par contre, sur la droite, le réussira à progresser sur le flanc est du mont Castre, parvenant à mi-pente. Mais ce sont là des positions encore précaires au soir de cette journée.