La république du Haut-Karabagh (, Leṙnayin Ġarabaġi Hanrapetowt̕yown), également connue officiellement sous le nom de république d'Artsakh (, Arc̕axi Hanrapetowt̕yown)Ces deux noms ont la même valeur, ., et parfois appelée république de Nagorny Karabakh est une république séparatiste autoproclamée située en Transcaucasie et issue des conflits post-soviétiques. Elle a existé de facto de 1991 à 2023.

La république d'Artsakh se proclame unilatéralement le , lors d'une session conjointe des conseils des députés de l'oblast autonome du Haut-Karabagh et du district de Chahoumian de la RSS d'Azerbaïdjan. Mais elle n'est reconnue par aucun État membre de l'ONU, l'Arménie se contentant d'une reconnaissance de facto. Selon la division administrative-territoriale de la république d'Azerbaïdjan, le territoire du Haut-Karabagh était et demeure une partie de son territoire souverain.

Pendant la période soviétique, le pays forme un oblast de , peuplé d'Arméniens à 95 % mais subordonné à la république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan dans laquelle il est enclavé. Les hostilités entre les Arméniens et l'armée azerbaïdjanaise cessent après la trêve négociée par la Russie en 1994, bien que d'autres combats se déroulent, notamment en avril 2016. Intégrés entre 1991 et 2020 dans l'État autoproclamé, certains territoires alentour étaient peuplés de Kurdes et d'Azéris qui ont été déplacés et remplacés par des réfugiés arméniens venus du reste de l'Azerbaïdjan, après le pogrom de Soumgaït. En 2015, la population du Haut-Karabagh était estimée à , sur un territoire de , avec une superficie contrôlée totale de . Sa capitale et plus grande ville était Stepanakert...

À l'issue de la guerre de 2020, un accord de cessez-le-feu est signé le , actant la perte des trois quarts des territoires sous le contrôle de la république et un nouveau déplacement des populations.

Le , après un blocus de plusieurs mois, l'Azerbaïdjan lance une opération militaire, rapidement victorieuse : les forces armées du Haut-Karabagh déposent les armes au bout de quelques heures., causant la fuite de la quasi-totalité de la population et du gouvernement vers l'Arménie., dans ce que plusieurs experts, l'Arménie et le Parlement européen considèrent comme un nettoyage ethnique. L'Azerbaïdjan prend possession de l'ensemble du territoire et arrête et emprisonne les principaux dirigeants. La République du Haut-Karabagh annonce alors qu'elle cessera formellement d'exister au Nouvel An 2024. Cette entité devient ainsi le État post-soviétique non reconnu à perdre son territoire, après la république tchétchène d'Itchkérie (1991-2000)Ne sont pas incluses la République gagaouze, devenue une entité autonome au sein de la Moldavie, ainsi que la république de Crimée (dont Sébastopol), la république populaire de Donetsk, la république populaire de Lougansk, l'oblast de Kherson et l'oblast de Zaporojié, formés puis annexés par la Russie lors de la guerre russo-ukrainienne (annexion cependant non reconnue par la communauté internationale)..

Dénomination Le mot signifie littéralement ( signifie « noir » en turc et signifie « jardin » en persan). Ce nom apparaît pour la première fois aux en Géorgie et en PerseBagrat Ulubabyan, (), dans Encyclopédie soviétique arménienne, vol. VII, Académie arménienne des sciences, Erevan, 1981, 26.. Une autre théorie donne au nom une origine turco-arménienne signifiant , en référence au royaume de Ktish-Baghk, une des composantes de l'Artsakh.

Pendant la période soviétique, l'oblast autonome (1923-1991) a été appelée Nagorny Karabakh (), signifiant ou en langue russe. Depuis 1991, ni l'Arménie, ni l'Azerbaïdjan n'utilisent cette dénomination : la première utilise Artsakh (Արցախ) en référence à la dixième province du royaume d'Arménie, un temps intégrée à l'Albanie du Caucase, le second utilise Mourovdag en référence au nom local du Petit Caucase. Quant au nom de la république autoproclamée, c'est souvent une traduction de ou : en arménien : () ; en russe : () ; en azéri : (montagneux) ou (haut) .

Historiquement, des inscriptions ourartéennes des citent le nom d' PanArmenian Network. , panarmenian.net, . En date du . : l'Orchistène des auteurs grecs de l'Antiquité.

Histoire Époque soviétique

L'Azerbaïdjan est soviétisé en avril 1920, et les forces arméniennes doivent se retirer de la région en mai. Les bolcheviks prennent ensuite le pouvoir en Arménie en et créent la république socialiste soviétique d'Arménie. En présence de Staline, le bureau caucasien du Comité central du parti bolchevik, auparavant favorable à l'Arménie, décide le rattachement du Haut-Karabagh à la république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan le . À cette époque, le territoire est peuplé à 94 % d'Arméniens. En 1923 est constitué l'oblast autonome du Haut-Karabagh, séparé de l'Arménie par un pourtant peuplé d'Arméniens.

Pendant soixante-cinq ans, la situation n'évolue plus jusqu'en 1988 où, profitant de la perestroïka, la région autonome s'autoproclame le comme république socialiste soviétique à part entière, à égalité avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan. D'après le recensement de 1989, sur une population de , il y avait alors dans le pays et . Le , l'Azerbaïdjan revendique auprès de Mikhaïl Gorbatchev la réintégration du Haut-Karabagh à son territoire. Des violences éclatent la même année en Azerbaïdjan comme en Arménie. Des pogroms anti-arméniens font plusieurs centaines de victimes à Soumgaït près de Bakou puis en 1990 à Bakou même.

Guerre de 1988

vignette|Monument commémoratif (un char T-72) à proximité d'Askeran. Le char a été emmené à Bakou en 2023 après la prise du Haut-Karabakh par l'Azerbaïdjan et est exposé dans le .

La dislocation de l'URSS en 1991 entraîne l'indépendance de fait de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie. À cette occasion, l'Assemblée nationale du Haut-Karabagh proclame l'indépendance du pays le de cette année-là. L'Azerbaïdjan réplique en annulant son statut d'autonomie le suivant. La proclamation d'indépendance est réaffirmée par les habitants à la suite d'un référendum organisé le 10 décembre qui aboutit à une écrasante majorité de « oui ». Pour rétablir leur contrôle sur le Haut-Karabagh, les autorités azerbaïdjanaises envoient alors des troupes. Entre 1990 et 1992, une catastrophe humanitaire a lieu dans cette région à la suite du blocus imposé par l'Azerbaïdjan. Les habitants du Haut-Karabagh s'organisent pour s'alimenter et se défendre avec l'aide de l'Arménie, repoussant les Azerbaïdjanais. Les affrontements entre Arméniens et Azerbaïdjanais font de nombreuses victimes et de nombreux massacres ont lieu de part et d'autre.

Cette situation, et l'occupation de plusieurs raïons du territoire azerbaïdjanais par les forces armées du Haut-Karabagh, donnent lieu à l'adoption de quatre résolutions par le Conseil de sécurité des Nations unies en 1993Résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies 822 (1993), 853 (1993), 874 (1993) et 884 (1993). Consultées le 31 mai 2010..

En , un cessez-le-feu est obtenu et des négociations pour une résolution du conflit sont organisées dans le cadre du groupe de Minsk, une instance créée en 1992 par l'OSCE et coprésidée par la France, la Russie et les États-Unis. Sur le terrain, les violences cessent, excepté quelques escarmouches.

4 jours de guerre en 2016

En 2016, les violences reprennent entre le 2 et le lors de la guerre des Quatre Jours, causée par une attaque azerbaïdjanaiseGénocide: un anniversaire particulier à Erevan, Le Temps, 25 avril 2016.Haut-Karabakh, le dessous des cartes, France Culture, 6 avril 2016.. Le gouvernement arménien reconnaît la perte de huit cents hectares, tout en parvenant globalement à contenir l'offensive azerbaïdjanaise..

Le a lieu un référendum qui porte sur une modification de la constitution. Celle-ci est approuvée par 76,4 % des électeurs qui ont participé. Le « oui » obtient 87,6 % des suffrages exprimés, le « non », 9,7 % et 2,7 % ont voté blanc ou nul. Cent quatre observateurs électoraux de plus de trente pays sont présents lors du référendum, dont trois députés européens : Frank Engel du Luxembourg, Eléni Theochárous de Chypre et Jaromír Štětina de la République tchèque, l'ancien ambassadeur allemand à Erevan, Hans-Jochen Schmidt, et l'ancien député européen allemand . Cette modification de la constitution entraîne une présidentialisation du régime, le poste de Premier ministre disparaissant et le gouvernement étant dirigé directement par le président. Enfin le pays change de nom et devient la « république d'Artsakh »..

Guerre de 2020

Le , le Haut-Karabagh est visé par des bombardements sur la ville de Stepanakert par les Forces armées azerbaïdjanaises. Le président de la république d'Azerbaïdjan Ilham Aliyev signe le un décret sur la déclaration de l'état de guerre, tandis que les autorités de l'Artsakh déclarent la loi martiale et la mobilisation générale.

vignette|En orange pâle, les territoires contrôlés par l'Artsakh après la guerre de 2020 au Haut-Karabagh : environ (soit environ 60 % des de l'ancienne oblast autonome du Haut-Karabagh et 30 % des contrôlés entre 1991 et 2020.

Le gouvernement arménien annonce la mobilisation générale ainsi que la mise en place de la loi martiale dans la foulée des dirigeants du Haut-Karabakh. Le premier ministre Nikol Pachinian déclare que les deux pays sont proches d'une .. Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, assure l'Azerbaïdjan du soutien turc .. Commence alors une guerre au Haut-Karabagh.

L'Arménie accuse début octobre la Turquie d'envoyer des mercenaires syriens dans la zone disputée et, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme au moins pro-Ankara y auraient effectivement été envoyés.. Des mercenaires libyens sont également déployés par le gouvernement turc..

Le , l'Arménie rappelle son ambassadeur en Israël, pour protester contre des ventes d'armes israéliennes à son rival azerbaïdjanais..

Début novembre, la moitié de la population du Haut-Karabakh a fui la région alors que l'armée azérie poursuit son avancée..

Un accord de cessez-le-feu est signé le .. Un contingent de maintien de la paix de la fédération de Russie comportant soldats est déployé dans la région.

En , le président des médiateurs de l'Organisation de la coopération islamique est appelé afin de mener une étude visant à établir une carte des mines laissées par les Arméniens dans la zone récupérée par l'Azerbaïdjan..

Capitulation de 2023 et dissolution vignette|droite|La république du Haut-Karabagh de 2020 à 2023

En , le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev instaure un blocus, exigeant un accès aux sites miniers arméniens qu'il estime « illégaux ». Il invite également la population à partir ou à prendre la citoyenneté azerbaïdjanaise. Près d'un an plus tard, le , l'Azerbaïdjan attaque le Haut-Karabagh prétextant une opération « antiterroriste » entamant un nouveau conflit.. Le , Stepanakert est encerclée.. Le , les Forces armées du Haut-Karabagh annoncent déposer les armes.

Dans les jours qui suivent, la plus grande partie de la population se réfugie en Arménie. Le , les autorités de la république annoncent sa dissolution d'ici le . Le , les quatre derniers anciens présidents du Haut-Karabagh sont arrêtés par les services de sécurité azéris.. Le , le président Samvel Chakhramanian se réfugie en Arménie.. Le , l'armée azérie entre à Stepanakert et le président Aliyev hisse le drapeau du pays..

Gouvernement en exil Le gouvernement en exil de la république d'Artsakh s'installe le dans les locaux de la représentation diplomatique à Erevan.. Alors que des déplacés arméniens du Haut-Karabagh y organisent le une manifestation à ses abords, Chakhramanian, qui a annulé la veille la dissolution par un nouveau décret., déclare avoir signé le décret de dissolution dans le but de préserver les vies des civils d'un assaut azéri. Il ajoute qu' ne peut abolir .. Le , il confirme l'annulation de la dissolution.