Haïti fait face à des défis considérables dans le secteur d’eau potable et assainissement : notamment l’accès au service public est très bas, sa qualité est douteuse et les institutions publiques restent très faibles malgré l’aide externe et la volonté déclarée du gouvernement de renforcer les institutions du secteur. Les ONG jouent un rôle important dans le secteur, surtout en milieu rural et dans les quartiers défavorisés.

Accès Les taux de couverture d’approvisionnement en eau potable et en assainissement dans les zones urbaines et rurales d’Haïti sont les plus bas de tout l’hémisphère Nord. Des systèmes d’évacuation et de traitement des eaux usées n’existent pas.

Urbain (46 % de la population) Rurale (54 % de la population) Totale Eau Définition large 52 % 56 % 54 % Connexions domiciliaires 24 % 3 % 11 % Assainissement Définition large 57 % 14 % 30 % Source : WHO/UNICEF Joint Monitoring Program, 2004 estimation basée sur l’Enquête de Mortalité, Morbidité, et Utilisation de Services (EMMUS) de 1994 et 2000WHO/UNICEF JMP Water et Sanitation

Qualité de service

Les taux de couverture n’indiquent pas le niveau de qualité de service, qui est généralement très bas. Les pompes à bras dans les zones rurales à habitat dispersé sont souvent en panne. Dans les zones rurales agglomérées, les systèmes en réseau sont souvent dans un état de délabrement avancé. Ou ils ne fournissent pas d’eau du tout ou ils approvisionnent en eau uniquement ceux qui habitent près de la source, et ceux qui se sont situés à la fin de la ligne n’ont pas de service. Dans presque toutes les zones urbaines l’approvisionnement en eau potable en réseau est irrégulier. Il y a peu de données fiables sur la qualité de l’eau. La désinfection est pratiquée que par la CAMEP, mais elle ne garantit pas la qualité de l’eau. Tous les usagers qui peuvent se le permettre achètent de l’eau en bouteille ou en sachets qui est généralement traitée par osmose inverse. Beaucoup d’entre ceux qui boivent l’eau du réseau la désinfectent avec des tablettes.

Aspects financiers Tarification et recouvrement des coûts

Les tarifs d’eau potable en Haïti sont forfaitaires, comme la majorité des usagers qui ont accès au réseau n’a pas de compteur. Les tarifs sont généralement plus élevés en milieu urbain qu’en milieu rural, mais restent nettement en dessous des coûts de l’approvisionnement en eau par camions-citernes, en bouteilles ou des coûts d’opportunité et de santé pour les usagers non desservis en milieu rural.

En milieu urbain

Les tarifs urbains varient beaucoup selon la zone et le prestataire. Le tarif de la CAMEP dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince sont plus élevés que ceux du SNEP dans les autres villes. Pour le SNEP, les tarifs sont basés plus ou moins sur la capacité de payer des usagers, et varient selon la région. La gamme des prix varie entre l’équivalent de US par mois dans le plateau central à environ US par mois à Kenscoff près de la capitale.

Un petit nombre des usagers de la CAMEP a des compteurs, parmi eux les comités d’eau dans les quartiers défavorisés de Port-au-Prince et les clients industriels. Plusieurs personnes et quelques grands clients, par exemple les hôtels de luxe, se sont déconnectés du réseau public et sont approvisionnés par les camions-citernes.

Les revenus de la CAMEP et le SNEP couvrent à peine les frais d’exploitation. Donc il n’y a pas assez de ressources pour l’entretien des systèmes ni pour les investissements. C’est un problème qui touche également les petits systèmes privés ou communautaires à travers le pays. La CAMEP a besoin de couper le service des usagers qui ne paient pas, parce que le système judiciaire ne permet pas de faire respecter les paiements aux entreprises publiques. Cependant, beaucoup de personnes qui avaient eu leur service coupé connectent de nouveau clandestinement. Le bureau national du SNEP reçoit un soutien modeste de la part du ministère des Finances (pour payer une partie des frais de personnel) et une partie des revenus des bureaux régionaux, mais son budget n’est pas suffisant pour permettre le bon fonctionnement de l’entreprise.

En milieu rural

En milieu rural, en général les usagers obtiennent l’eau gratuitement de bornes-fontaines et de pompes à main, malgré les besoins d’entretien qui doivent être financés pour éviter ou remédier des pannes. Les peu d’usagers en milieu rural qui bénéficient de branchements à domicile paient en général un tarif forfaitaire entre 20 gourdes (US$ 0.5) et 100 gourdes (US$ 2.50) par mois. Les tarifs sont payés aux Comités d’Eau.

Financement

Quasi tous les investissements sont financés par les dons et les crédits des bailleurs étrangers (la Banque interaméricaine de développement, la Banque mondiale, USAID et l’Union européenne), et aussi par les dons des ONG. Plusieurs ONG reçoivent aide des bailleurs directement ou indirectement par le gouvernement haïtien. (voir la section sur l’assistance externe)

Responsabilité pour l’approvisionnement en eau potable et assainissement Les responsabilités des différents intervenants du secteur sont réglés dans la loi cadre portant organisation du secteur de l'eau potable et de l'assainissement en Haïti promulguée en pS-eau:Loi cadre portant organisation du secteur de l'eau potable et de l'assainissement en Haïti.

Politique et régulation Au sein du gouvernement le ministre des Travaux publics, Transport et Communications (MTPTC) est chargé de l’eau potable et de l’assainissement à travers sa direction nationale d’eau potable et assainissement (DINEPA). La direction est chargée du développement d’une politique sectorielle et la régulation des entreprises publiques du secteur, parmi d’autres responsabilités.

Prestation de services Les OREPA Les Offices Régionaux d'Eau Potable et d'Assainissement (OREPA) sont des structures déconcentrées de la DINEPA chargées de la prestation du service d'eau potable en milieu urbain ainsi que de la "gestion" des systèmes en milieu rural gérés de fait par des comités d'eau. La DINEPA et les OREPA ont remplacé deux entreprises publiques antérieures, la CAMEP (Centrale autonome métropolitaine d’eau potable), qui était responsable de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, et le SNEP (Service national d’eau potable), qui est responsable des villes secondaires et, en théorie, des zones rurales.

Les agences publiques du secteur d’eau potable ont perdu du personnel qualifié et formé, en partie à cause de l’émigration, et en partie à cause des ONG et des bailleurs, qui peuvent offrir des salaires supérieurs. Cependant, il y a des gérants et du personnel compétents et motivés dans le secteur public d’eau potable en Haïti. Malheureusement, il manque une claire volonté publique et un soutien financier aux employés pour les motiver et leur permettre d’être plus productifs.

Les Comités d’Eau Il y a des centaines de comités d’eau, qui sont parfois appelés CAEP (Comités d’approvisionnement en eau potable) ou simplement Comités d’Eau, qui gèrent des systèmes d’approvisionnement en eau potable dans le milieu rural, dans quelques petites villes et dans beaucoup de quartiers défavorisés urbains. Le niveau de formalité et d’efficacité du comité varie pour chaque CAEP. Les meilleurs se réunissent régulièrement, tiennent les relations étroites avec les communautés, récupèrent les revenus régulièrement, embauchent des plombiers qui s’occupent de l’entretien du système, tiennent un compte bancaire, et sont enregistrées et approuvées par le SNEP. Cependant, plusieurs comités ne fonctionnent pas aussi bien. Il n’y a pas de registre national des comités d’eau ou des systèmes d’eau et, à la différence d’autres pays, il n’y a pas d’associations des comités d’eau au niveau municipal, départemental, ou national. Le ministère des Travaux publics actuellement utilise l’appellation Comité d’approvisionnement en eau potable et assainissement (CAEPA) en vue de l’élargissement des fonctions des comités à l’assainissement dans l’avenir.

Le CAEPA-CIDeCS. fonctionne dans la Commune de Saint-Marc avec 5 membres (un président, un vice-président, un secrétaire, un trésorier et un conseiller) et 18 fontainiers; il assure la vente de l'eau par buckit et gère les recettes prélevées du service de distribution dans le village de Badomo (Hauts de Saint-Marc)Aquassistance, Ville de Paris, Lyonnaise des Eaux, DINEPA.

Autres intervenants Les ONG Les ONG réalisent beaucoup d’activités dans le secteur. Ils travaillent surtout dans les zones rurales, mais aussi dans les petites villes et les zones défavorisées des grandes villes. Parmi les ONG les plus actifs dans le secteur sont:

Action contre la faim (ACF en Haïti) (française), l’Association haïtienne pour la maîtrise des eaux et des sols (ASSODLO)(haïtien). la CARE (américaine), le Comité Protos Haïti (haïtienne), le Groupe de recherche et d’échanges technologiques (GRET en Haïti)(français), Helvetas(suisse), Inter Aide (français), Oxfam (sections britannique et canadienne), le Pan-American Development Fund (PADF en Haïti)(lié à l’Organisation des États américains) SOLIDARITÉS INTERNATIONAL World Vision (américaine).

Les ONG interviennent souvent avec l’appui financier des bailleurs de fonds. La plupart des ONG ne sont pas spécialisées dans l’eau potable et l’assainissement, mais interviennent dans plusieurs secteurs dans des localités spécifiques avec une approche de développement communautaire. Pourtant, certaines ONG en Haïti - comme Helvetas, ACF et le GRET - se sont spécialisés et mettent un accent particulier sur l’eau potable et l’assainissement.

Le Fond d’assistance économique et sociale (FAES) Le Fond d’assistance économique et sociale (FAES) intervient dans l’eau potable surtout dans les petites villes du pays, principalement avec le financement de la BID.

Les communes Les communes (les municipalités) ne jouent pas un rôle important dans le secteur, bien que la loi cadre spécifie qu'à "moyen et long terme" elles géreront tous les systèmes d'eau potable et d'assainissement.

Historique et développements récents

En 1964 le gouvernement de François Duvalier a créé la CAMEP et l’a chargée de l’approvisionnement en eau potable pour l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. Ensuite, en 1977 le gouvernement de son fils Jean-Claude Duvalier a créé le SNEP pour se charger de l’approvisionnement en eau potable pour le reste du pays. Comme le SNEP se concentrait sur les villes secondaires et ne pouvait pas s’occuper de milieu rural, une unité d’eau potable et hygiène en milieu rural a été créée au ministère de la Santé publique.

Ces trois entités œuvraient à augmenter le taux de couverture et de s’assurer un niveau de qualité de service. Cependant, pendant les années 1980 le taux de couverture a augmenté, comme c’était la décennie internationale d’eau potable et assainissement, qui a été financée par plusieurs bailleurs, entre eux la Banque mondiale et la BID, et aussi par des ONG.

Pendant les années 1990, Haïti a essuyé une série de revers, et par conséquent le secteur d’eau potable et assainissement a souffert aussi. Après le coup d’État de 1991, l’aide de l’étranger a été suspendu pendant trois ans. Quand Jean-Bertrand Aristide est revenu au pays à 1994, l’aide a commencé à rentrer au pays. Pendant cette époque les comités d’eau ont émergé à Port-au-Prince. Ces organisations communautaires vendent de l’eau aux habitants des quartiers défavorisés pour faire un petit profit, qui est investi dans les petits projets d’infrastructure au niveau communautaire comme les terrains de sport ou des blocs sanitaires. Les comités achètent de l’eau de la CAMEP et ils sont parmi les meilleurs clients de l’entreprise.