Le collège Édouard-Pailleron est un établissement d'enseignement secondaire public situé 33, rue Édouard-Pailleron, dans le de Paris. Il fait suite au collège d'enseignement secondaire (CES) Édouard-Pailleron, et est nommé comme lui d'après la rue Édouard-Pailleron, elle-même nommée en l'honneur de l'homme de lettres Édouard Pailleron ().

L'ancien bâtiment du collège a été détruit le par un incendie criminel qui a provoqué la mort de vingt personnes dont seize enfants. Le nombre élevé de victimes est en partie dû au type de construction choisi qui a favorisé la propagation rapide de l'incendie. C'est la raison pour laquelle des familles de victimes ont cherché à appeler la responsabilité de l'État français, maître d'ouvrage. Par métonymie, on appelle en France « type Pailleron » ou « pailleron » un bâtiment scolaire construit suivant la même technique utilisant des poutrelles métalliques.

Histoire du collège Construction Le bâtiment est construit à la fin des années 1960, dans la double urgence à laquelle l'État est alors confronté : accueillir les enfants du baby-boom et faire face à l'augmentation du nombre d'élèves due au passage de la fin de la scolarité obligatoire de 14 à . La construction se fait sans permis de construire. et du même type sont bâtis à la fin des années 1960 en France. Les normes de sécurité sont assouplies et des mesures dérogatoires sont prises afin de contourner certaines obligations concernant en particulier la résistance de la structure. Les procédés de construction à structures métalliques ont, dans ces conditions, des prix plus compétitifs par rapport au béton. De manière dérogatoire, le collège Pailleron, qui a quatre étages, est autorisé à avoir une durée de résistance au feu de , disposition normalement réservée aux bâtiments qui ne dépassent pas les deux étages et n'accueillent pas plus de .

Incendie Le , à , un incendie se déclare dans le collège, qui fait vingt morts : seize enfants et quatre adultes... L'incendie est provoqué par deux élèves qui, par fanfaronnade ou par vengeance envers la direction, font flamber une poubelle aspergée de deux litres de white-spirit (naphta lourd). Ils ignorent que le collège est utilisé, ce soir-là, par le conservatoire de musique, qui y donne ses cours pour la première fois.

Outre la faible durée de résistance au feu, les vides multiples que présente la structure du bâtiment constituent des favorisant la propagation rapide de l'incendie. Le feu provoque une coupure d'électricité au bout de quatre minutes. Le bâtiment étant équipé de plaques de polystyrène et de matériaux hautement inflammables, l'incendie progresse rapidement et d'épaisses fumées toxiques se forment en quantité importante. Se propageant par les faux plafonds et les cloisons, l'incendie passe du premier étage au quatrième, prenant les deuxième et troisième étages. Les escaliers de ce bâtiment se trouvent aux extrémités et en décalage un étage sur deux. Il faut parcourir toute la longueur du bâtiment pour passer d'un étage à un autre.

Durant l'incendie se trouvent au troisième étage du collège , élèves et enseignants du conservatoire de musique. Un professeur réussit à faire sortir des enfants sur un toit adjacent en brisant une fenêtre avec des chaises et en les faisant descendre grâce à une échelle apportée par le garagiste de la rue. Puis il retourne dans le bâtiment afin d'aider ses collègues. Il fera partie des victimes, tout comme deux autres professeurs de musique, la gardienne du collège, enceinte, partie prévenir les enfants, et les seize enfants retrouvés vers 22h par les pompiers. Ces derniers sont arrivés quatre minutes après le début de l'incendie mais n'ont pas pu entrer dans l'établissement déjà totalement embrasé. Le rapport de la commission d'enquête du fait apparaître que le conservatoire avait obtenu, le , l'autorisation préfectorale d'utiliser les locaux du collège . Aucune consigne concernant la sécurité n'est formulée dans cette autorisation..

Suites de l'incendie Le samedi qui suit l'incendie, le , des engins de terrassement commencent à dégager les gravats. Les habitants du quartier forment une chaîne humaine afin d'empêcher le passage des engins, car ils souhaitent que les preuves qui pourraient servir dans une action pour condamner les responsables de cet incendie ne disparaissent pas. Des parents de victimes contactent, par l'intermédiaire de leur avocat, le juge chargé de l'enquête qui fait arrêter la destruction.

Les corps des victimes sont identifiés après plusieurs jours grâce aux dossiers dentaires et aux bijoux. Une chapelle ardente est dressée dans la mairie du . Les proches et voisins y défileront pendant plusieurs jours. Les obsèques sont célébrées dans les églises et synagogue du quartier. Certaines victimes sont enterrées dans le cimetière de la Villette, rue d'Hautpoul. Une stèle commémorative est dressée à l'emplacement de la tragédie.

Tandis que l'association des familles de victimes cherche à mettre en cause la responsabilité de l'État, celui-ci insiste sur celle des jeunes élèves pyromanes. L'ancien ministre de l'Éducation nationale et de l'Intérieur, Christian Fouchet, va jusqu'à prétendre que cet incendie est causé par l'affaiblissement moral dû à Mai 68. Quelques jours plus tard, les deux pyromanes sont écroués à Fresnes, inculpés l'un et l'autre de complicité. Le verdict du procès de ces mineurs est rendu le : ils sont condamnés à quatre et cinq ans de prison avec sursis ; leurs parents sont reconnus civilement responsables et doivent s'acquitter d'indemnités aux familles..

alt=Stèle commémorative de l'incendie du collège Édouard-Pailleron|vignette|Stèle commémorative de l'incendie du collège Édouard-Pailleron. En , un second verdict est rendu en ce qui concerne d'autres prévenus : quatre personnes sont relaxées ; trois hauts fonctionnaires (dont le directeur de la DESUS, direction de l'Équipement scolaire universitaire et sportif), le constructeur de l'établissement et son architecte sont condamnés à de la prison avec sursis. Ils seront amnistiés par la suite.

En , le Conseil d'État estime que le collège n'était pas conforme aux normes de sécurité en vigueur et que sa sécurité a été insuffisamment contrôlée.. Il considère aussi que le procédé de construction agréé par le ministre de l'Éducation nationale l'a été en dépit de ses défauts. Il juge aussi Cependant, eu égard à la gravité de la faute commise par les auteurs de cet incendie volontaire, la part de responsabilité incombant à l'État a été limitée à un cinquième.

Conséquence de l'incendie sur la sécurité de ce type de bâtiments en France vignette|Les écoles en acier sont nombreuses en France, comme ici l'école Maryse-Bastié du quartier Rabelais-Tonnellé de Tours, vue en . Les règles de construction des bâtiments scolaires sont modifiées dès . Des sirènes d'alerte incendie et des exercices d'évacuation obligatoires sont instaurés dans tous les établissements scolaires de France.

Plusieurs établissements de type « Pailleron » ont brûlé mais sans faire de victimes, comme à Canteleu (Seine-Maritime) en , Colombes (Hauts-de-Seine) en ., Royan (Charente-Maritime) en (bâtiment détruit en moins de deux heures.), Bavay (Nord) en après un feu de poubelle déclenché par deux collégiens., Montluçon (Allier) en . ou au Mans (Sarthe) en ...

En , sur les de type « Pailleron » construits dans les années 1960 en France, 48 ont été détruits tandis que les autres ont fait l'objet de travaux de mise en sécurité. En outre, un millier d'établissements à charpente en acier ont été construits entre et et il en restait encore environ 700 en , même s'il est difficile de connaître les chiffres exacts, ces établissements dépendant des départements et des régions et les informations n'étant pas centralisées.

En , il restait encore des collèges ou bâtiments de ce type comme le collège Jean-Bouin à L'Isle-sur-la-Sorgue dans le Vaucluse, qui accueille plus de . Des travaux de reconstruction y ont été réalisés, et livrés pour la rentrée ...

Plusieurs bâtiments de ce type au sein de l'IUT d'Orléans doivent aussi être démolis et reconstruits durant la période ..

L'annexe du site de Poitiers de l'École européenne supérieure de l'image à Buxerolles est également un ancien collège de type Pailleron (collège Jules-Verne, reconstruit en face)... En , la nouvelle direction de l'École a pris la décision de ne plus envoyer ses étudiants dans cette annexe.

Le collège des Campelières à Mougins, qui accueille environ 800 élèves, est le dernier collège de type Pailleron des Alpes-Maritimes. Il sera reconstruit en ..

Le collège Édouard-Pailleron actuellement À la suite de la catastrophe, le collège Édouard-Pailleron est reconstruit en . Il accueille actuellement des classes d'enseignement général, ainsi qu'une Section d'enseignement général et professionnel adapté (SEGPA), une Unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS) et une section pour élèves non scolarisés antérieurement (ENSA)..

Notes et références

Documentaires télévisés « Le collège meurtrier » le dans 50 ans de faits divers sur et sur Planète+ Justice.

Émission de radio Affaires sensibles de Fabrice Drouelle sur France Inter, podcast disponible sur le site de l'émission

Voir aussi

Articles connexes Liste des collèges et lycées de Paris Incendie du 5-7

Liens externes Journal télévisé du sur le site de l'INA.

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