vignette|affiche URSS 1960, amitié entre les peuples La xénophobie est une définition dans le Dictionnaire Le Robert., plus précisément à l'égard d'un groupe de personnes ou d'un individu considéré comme étranger à son propre groupe (endogroupe)Richard Y. Bourges et Jacques-Philippe Leyens, Stéréotypes, discrimination et relations intergroupes, Mardaga, 1999, p. 197..
Principalement motivée par la peur de l’inconnuRalph Schor, L'opinion française et les étrangers en France, 1919-1939, p. 369. et de perdre sa propre identitéGuido Bolaffi, Dictionary of race, ethnicity and culture, SAGE Publications, 2003, p. 332., elle se détermine selon la nationalité, l'origine géographique, l’ethnie, la race présumée (notamment en fonction de la couleur de peau ou du faciès), la culture ou la religion, réelles ou supposées, de ses victimes, sous l'influence de croyances populairesGuido Bolaffi, Dictionary of race, ethnicity and culture, SAGE Publications, 2003, p. 331.. Elle peut se manifester par l'exaltation de la culture de son endogroupe, à travers certaines formes de nationalisme par exemple, et le dénigrement, le rejet voire la destruction de la culture du ou des groupes étrangers, ou des agressions verbales ou physiques des membres de ce groupe, pour assurer la pureté présumée de l'identité de l'endogroupeGuido Bolaffi, Dictionary of race, ethnicity and culture, SAGE Publications, 2003, p. 332..
Les attitudes xénophobes sont considérées comme une violation des droits de l'homme et condamnées, à ce titre, avec les attitudes racistes et discriminatoires, par les lois de certains pays, généralement depuis la fin du . La déclaration et le programme d'action de Vienne admis par l'Assemblée générale des Nations unies en 1993 indique que l’éradication de ces comportements est une tâche prioritaire de la communauté internationale et prie instamment tous les gouvernements de prendre des mesures efficaces pour les prévenir et les combattreDéclaration et Programme d'action de Vienne, article 15 : ..
Origine du mot et significations Formé de deux racines grecques, issues du grec ancien (xénos, « étranger », et phobos, « peur »), le mot xénophobie est un néologisme apparu dans la langue française au début du P. Villard, « Naissance d'un mot grec en 1900: A. France et les xénophobes. », Mots, 1984, , 191-195, c'est un substantif féminin dérivé du néologisme « xénophobe » dont l’invention est imputée à Anatole France, en 19011906, selon Albert Dauzat, dans son Dictionnaire étymologique, Larousse.. En relation avec l’Affaire Dreyfus, cet écrivain dénonce les démagogues en les associant aux : La Base Historique du Vocabulaire Français (BHVF) : « Xénophobe ».. Ce terme « xénophobe » apparaît pour la première fois dans un dictionnaire, le Nouveau Larousse Illustré, en 1906. Vingt ans plus tard, dans son célèbre pamphlet « La trahison des clercs » (1927), Julien Benda parle de xénophobie comme d’un aspect du patriotisme : Julien Benda, La trahison des clercs, Calmann Levy, 1927, p. 69.
Le mot « xénophobie » est retenu par l’Académie française pour la huitième édition de son Dictionnaire (1935) avec la définition suivante : Dictionnaire de l’Académie française (Huitième édition, 1935-1942). Cette définition par référence aux émotions ou aux comportements, qu’ils soient individuels ou collectifs, correspond au sens le plus courant et se retrouve dans la plupart des dictionnaires en 2009 : TLF / « Hostilité manifestée à l'égard des étrangers, de ce qui est étranger »Trésors de la Langue Française, dictionnaire en ligne : « xénophobe ». ; CNRTL / « manifester de l'hostilité à l'égard des étrangers, de ce qui vient de l'étranger »Centre National de Recherche Textuelle et Lexicale : http://www.cnrtl.fr/definition/xénophobie.
Le grand dictionnaire terminologique de l’Office Québécois de la Langue Française propose deux entrées pour le terme « xénophobie » : l’une en sociologie () et l’autre en psychologie ()Le grand dictionnaire terminologique de l’Office Québécois de la Langue Française : xénophobie.. Les deux définitions soulignent le caractère social plus que psychologique de telles croyances ou émotions. Cela reflète une évolution du signifié qui oscille entre la désignation d’un trait irrationnel de l’esprit et celle d’un phénomène social ou encore entre un sens commun plutôt psychologique et une conceptualisation sociologique encore embryonnaire.
Dans tous les cas, la notion de xénophobie évoque celle d’étranger et les multiples stigmates de l’altérité : géographiques, raciaux, nationaux, genrés, linguistiques, culturels, religieux, sociaux, etc. La xénophobie peut alors prendre des formes diverses empruntées au racisme, sexisme, élitisme…
Racisme et xénophobie Un enjeu sémantique particulier réside dans les usages et la comparaison des notions de racisme et de xénophobie. À la fin du , les deux termes tendent à être utilisés de manière indifférenciés dans le langage courant et dans les médias de masse, comme si le terme plus ancien et plus utilisé de « racisme » subissait une euphémisation de son sens à mesure où disparaissent les idées relatives aux fondements biologiques de la race. On parle ainsi de « racisme culturel » ou de « racisme anti-jeunes » comme par métaphore évoquant une différenciation symbolique comparable à celles qui existèrent dans les croyances biologiques sur la race et perdurent parfois avec celles-ci.
Le racisme pourtant apparaît comme un ensemble sémantique et idéologique distinct de la xénophobie : ancré dans les croyances relatives aux relations entre l’intellect, le psychisme et les différences physiologiques d’abord celles liées au sexe puis à la couleur de peauElsa Dorlin, La matrice de la race - Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française. Paris, La Découverte, 2006.. Dans la culture politique européenne, le racisme fut, par le passé, l’objet de théorisations savantes, souvent liées aux couleurs de peau, plaçant généralement les blancs au-dessus des noirs. Ces théories ont induit, même au-delà de leur culture d’origine, des hiérarchies symboliques corrélées aux degrés de blancheurs ou noirceurs des peaux, ce que l’on nomme le « colorisme ».
Du racisme, Albert Memmi donne la définition suivante : Albert Memmi, « Racisme », Encyclopedia Universalis. Cet écrivain français souligne ainsi la dimension violente et politique de l’idée raciste, débouchant sur des actions collectives ou militaires au détriment des races réputées inférieures ou dangereuses. Par contraste, la notion de xénophobie évoque moins d’organisation systématique de la violence symbolique et physique ; comme si elle était plus floue et plus diffuse, au moins tant qu’elle ne se transforme pas en une forme de conflictualité radicale qui deviendrait autre chose, du racisme, de l’homophobie, de la transphobie, du sexisme, une persécution religieuse, etc.
Cette apparente modération de la xénophobie, par rapport au racisme, doit cependant être relativisée en tenant compte du contexte historique : les mentalités à la fin du sont marquées par la mémoire de la Shoah et de ses soubassements racistes. Dans de nombreuses sociétés, notamment occidentales, le racisme se trouve disqualifié tant comme théorie scientifique que comme discours politique. Des lois le définissent et le sanctionnent qui ne suffisent pas à éradiquer toute croyance à ce sujet mais contraignent à des formes d'euphémisation. De ce fait, la xénophobie se substitue parfois au racisme d’antan, en introduisant seulement plus de précautions dans la désignation des stigmates de l’altérité honnieGérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (-), Paris, Fayard, 2007.
La Déclaration et programme d'action de Vienne prie instamment tous les gouvernements à prendre des mesures immédiates et à élaborer des politiques fortes, y compris de la sanction pénale, pour prévenir et combattre toute manifestation de racisme, xénophobie et relation à l’intoléranceDéclaration et programme d'action de Vienne, Partie II, paragraphe 20..
Définition sociologique Il est possible de donner de la xénophobie la définition suivante : J. Valluy, Rejet des exilés - Le grand retournement du droit de l'asile, Éditions Du Croquant, 2009. P. 2..
et juridiques que subit le discours xénophobe dans les sociétés qui le condamnentLoi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées. , du caractère populaire de ce phénomèneSylvain Laurens, « Le racisme, attribut du populaire ? », Revue Plein Droit , juillet 2006, p. 9. Elle évite en outre, sur le plan politique, de réduire le phénomène xénophobe aux seuls discours et succès électoraux des groupuscules et partis d’extrême droite, quand se pose la question des raisons de leur réapparition au centre du système politique, notamment en Europe, à la fin du Annie Collovald, Le « Populisme du FN », un dangereux contresens, Paris, Éditions du Croquant, 2004..
On peut distinguer conceptuellement diverses formes de xénophobie selon leurs origines sociales : xénophobie populaire et xénophobie élitaireVan Dijk T.A., « Le racisme dans le discours des élites », texte en ligne sur le site de la revue Multitudes, 10 février 2007 : http://multitudes.samizdat.net/Le-racisme-dans-le-discours-des/ par différenciation, dans la sociologie élitiste, entre une minorité gouvernante et une masse gouvernée ; xénophobie contestataire et xénophobie de gouvernement« Xénophobie de gouvernement, nationalisme d’État », Cultures & Conflits - Sociologie politique de l’international, , printemps 2008, si l’on rapporte le phénomène xénophobe à la distinction usuelle entre « partis de gouvernement » et autres partis ou simplement entre gouvernants et gouvernés.
En Europe, une dimension coloniale
L’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie, la Russie et le Danemark ont participé à des formes étatiques ou sociétales, économiques ou militaires, de colonisation s’accompagnant fréquemment d’une dévalorisation symbolique des populations indigènes dans les territoires colonisés. Ces dévalorisations ont pu aller du simple rabaissement des cultures aux justifications racistes de ségrégations, d’apartheids voir d’exterminations. Selon Olivier Le Cour Grandmaison, elles se sont accompagnées de justifications intellectuelles de la colonisation et de dévalorisation de l’indigène, à gauche comme à droite du champ politique dans la métropoleOlivier Le Cour Grandmaison, Coloniser, exterminer. Sur la guerre et l’État colonial, Paris, Fayard, 2005 ; Olivier Le Cour Grandmaison, La République impériale - Politique et racisme d’État, Paris, Fayard, 2009.. Diffusées dans les espaces publics, notamment présentes dans les manuels scolairesV. Lanier, "Les colonisations et décolonisations dans les manuels d’histoire de collège : une histoire partielle et partiale."], TERRA-Ed, "Esquisses", sept. 2008., ces justifications ont imprégné les cultures politiques des métropolesPascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire (dir.), La fracture coloniale - La société française au prisme de l’héritage colonial, Paris : éd. la Découverte, 2005, 312 p. - Françoise Dufour, Des rhétoriques coloniales à celles du développement : archéologie discursive d’une dominance, thèse de doctorat, Université Paul Valéry - Montpellier III, Paul Siblot (dir.), soutenue le 23 avril 2007, 932 p.. Ce phénomène se trouve réactivé sous une autre forme lorsque, après les guerres de libération, les « indigènes » des anciennes colonies deviennent des « immigrés » dans les ex-métropolesAhmed Boubeker et Abdellali Hajjat (dir.), Histoire politique des immigrations (postcoloniales), Paris, Ed. Amsterdam, juin 2008.