vignette|293x293px|Le Chesapeake and Ohio Canal et le Watergate en arrière-plan. vignette|Les gazomètres de la Washington Gas Light Company en 1905. Le Watergate est un complexe de six bâtiments situé dans le quartier de Foggy Bottom à Washington, la capitale des États-Unis. Il comprend des appartements, un hôtel et un immeuble de bureaux. D'une surface de 4 hectares, il se situe au nord du John F. Kennedy Center for the Performing Arts et à l'est du Potomac.
Construit entre 1963 et 1971, le Watergate est rapidement devenu l'un des espaces résidentiels les plus prisés de la capitale. Plusieurs membres du Congrès et du gouvernement américain y ont habité. Le complexe a changé de propriétaire à plusieurs reprises depuis les années 1980. Dans les années 1990, il est divisé en lots et les bâtiments appartiennent depuis à différents propriétaires.
L'hôtel inclus dans le complexe est célèbre pour servir de quartier général au Parti démocrate et être le lieu de la tentative de pose de mouchards électroniques dans la nuit du , qui conduit au scandale du Watergate, entraînant la démission du président des États-Unis Richard Nixon.
Localisation Situé sur les rives du Potomac dans le quartier de Foggy Bottom, le complexe se trouve à 1,5 km à l'ouest de la Maison-Blanche. Il est adjacent au Kennedy Center et à l'ambassade d'Arabie saoudite. La station de métro la plus proche, Foggy Bottom-GWU, est située à 650 mètres.
Origine du nom Le complexe se situe à proximité immédiate de l'ancienne écluse à marée de qui marque l'une des extrémités du Chesapeake and Ohio Canal, actif de 1831 à 1924 et désormais devenu un site historique national.
Dans son livre de 2018 The Watergate: Inside America's Most Infamous Address, l'auteur Joseph Rodota donne trois explications au nom , d'après les témoignages de l'équipe ayant travaillé sur le projet. L'écrivain et dramaturge Warren Adler, qui travaillait alors dans la publicité au profit des promoteurs immobiliers, a eu l'idée du nom. Nicolas Salgo, le financier new-yorkais qui avait proposé le site sur lequel se trouve actuellement le Watergate à l'entreprise Societa Generale Immobiliare, a acheté le nom Watergate à Marjory Hendricks, le propriétaire de l'entreprise Water Gate Inn. Trois responsables de l'entreprise (Giuseppe Cecchi, Nicolas Salgo et Royce Ward) ont alors communiqué l'idée du nom à leurs supérieurs basés à Rome. D'après Rodota, la première occurrence du nom Watergate dans les papiers de l'entreprise Societa Generale Immobiliare remonte au .
Dans son livre de 2009 intitulé Presidential Power on Trial: From Watergate to All the President's Men, William Noble écrit que le Watergate . Cette porte (proche du Jefferson Memorial) se trouve à environ 2,4 kilomètres du Watergate.
Histoire Pendant plus d'un siècle, le terrain occupé actuellement par le Watergate appartenait à la Washington Gas Light Company, qui produisait du , un mélange d'hydrogène, de monoxyde de carbone, de méthane et d'autres gaz utilisé pour le chauffage, la cuisson et l'éclairage dans toute la ville. L'entreprise ferme ce site en 1947, puis l'usine est détruite peu après.vignette|Les bâtiments du Watergate.Dans les années 1950, la Banque mondiale envisage la construction de son siège social à cet endroit et sur le terrain adjacent (qui accueille aujourd'hui le Kennedy Center), mais a finalement préféré le construire ailleurs.
Projet Le Watergate est construit par l'entreprise italienne Società Generale Immobiliare (SGI), qui achète les dix acres pour dix millions de dollars en . Parmi ses investisseurs se trouvent le Vatican.
Le projet est annoncé le . Luigi Moretti, diplômé de l'université de Rome, en est l'architecte. Il est assisté par l'architecte Milton Fischer. Les immeubles résidentiels étaient composés de logements à deux étages pour les deux premiers étages du bâtiment, tandis que les étages supérieurs disposaient de toits-terrasses privatifs et de cheminées. Un système de sécurité électronique sophistiqué est inclus dans le projet, ce qui a conduit la presse à dire que . Boris V. Timchenko, un paysagiste renommé dans la capitale, est chargé de concevoir les espaces verts. Il met ainsi en place plus de 150 plantes et arbres, des fontaines à niveaux conçues pour imiter le bruit d'une cascade, des terrasses végétalisées, des piscines et un parc de 28 000 m2. La plupart des plantes et arbustes servaient à apporter de l'intimité aux appartements. Le complexe est le premier à être à usages multiples dans la capitale, et avait également pour objectif d'aider à définir cette zone comme un pôle résidentiel et commercial plutôt que comme une zone exclusivement industrielle. Le Watergate est rapidement considéré comme , apportant suffisamment de commodités à ses usagers pour qu'ils n'aient pas besoin d'aller ailleurs pour trouver ce dont ils avaient besoin. Il était notamment possible d'y trouver un réceptionniste disponible 24 heures sur 24, un room service pour le Watergate Hotel, une salle de sport, des restaurants, un centre commercial, des cabinets médicaux et dentaires, des supérettes, une pharmacie, un bureau de poste et un magasin de liqueurs. À son époque, il est aussi le plus grand effort de remodelage de la ville mis exclusivement en place par des investisseurs privés.
Le projet est estimé à un coût de 75 millions de dollars et est composé de six bâtiments à seize étages comprenant 1 400 appartements, un hôtel de 350 chambres, des bureaux, des commerces et un parking souterrain doté d'une capacité de 1 250 véhicules. La forme incurvée du Watergate est imaginée pour faire écho à deux constructions proches : le projet de l'Inner Loop Expressway, une autoroute à la trajectoire incurvée dont la construction doit se faire au cours de la décennie suivante à proximité immédiate du Watergate, et le Kennedy Center, qui était alors également en projet et donc l'architecture devait alors être curviligne. Finalement, le Kennedy Center est construit dans une forme plus rectangulaire pour des raisons budgétaires, mais cela ne provoque pas de changements de plans pour le Watergate. Sans que cela ait été prémédité, la ligne incurvée du bâtiment lui permet d'offrir une vue imprenable sur le Potomac à ses usagers. En raison de cette même ligne, le Watergate est l'un des premiers projets immobiliers de grande ampleur à avoir recours à des ordinateurs pour définir son rendu final.
Controverses autour des autorisations Puisque le district de Columbia est le siège du gouvernement fédéral des États-Unis, les projets immobiliers (et tout particulièrement ceux situés dans le centre-ville, à proximité des bâtiments de l'administration fédérale et des monuments historiques) doivent passer par un processus d'autorisation complexe, exigeant et chronophage avant de voir le jour. Celui par lequel passe le Watergate est composé de cinq étapes. D'abord, le projet dans sa globalité et le premier bâtiment sont étudiés. Les quatre étapes suivantes concernent chacune un bâtiment spécifique. À chaque étape, l'accord de trois entités distinctes était nécessaire pour passer à l'étape suivante : La Commission de la capitale nationale pour la planification (National Capital Planning Commission, NCPC), la Commission de zonage du district de Columbia (District of Columbia Zoning Commission, DCZC) et la Commission des Beaux-Arts des États-Unis (United States Commission of Fine Arts, USCFA, qui devait donner son accord à tout projet immobilier bordant le Potomac afin de garantir un visuel cohérent aux rives du fleuve).
En , 14 mois après l'annonce du projet, la Commission à la planification a déclaré être inquiète à l'idée que les bâtiments de 16 étages puissent éclipser le Lincoln Memorial et le projet de National Cultural Center (aujourd'hui renommé John F. Kennedy Center for Performing Arts). À l'époque, la capitale avait interdit la construction de tout bâtiment de plus de 27 mètres de hauteur, hormis ceux situés dans les rues exclusivement commerciales. Afin d'obtenir ce statut, la SGI a inclus des commerces et des bureaux dans ses bâtiments, bien que la parcelle étant répertoriée pour un usage uniquement résidentiel. Par ailleurs, il fallait également obtenir l'accord de la Commission au zonage.
Au moment où la DCZC donne finalement son accord à la mi-, le coût du projet est revu à la baisse pour atteindre 50 millions de dollars. Le district de Columbia n'ayant pas d'autonomie locale, les urbanistes de la DCZC hésitaient à agir sans se coordonner avec les agences fédérales. De plus, de nombreux élus, architectes, entrepreneurs et urbanistes finissent par contester le projet devant la DCZC, le craignant qu'il soit trop haut et trop vaste. Fin , la DCZC annonce retarder sa décision. La Commission des Beaux-Arts avait également formulé quelques inquiétudes : elle estimait qu'une partie du terrain devait rester un espace public, que les bâtiments étaient trop hauts et qu'ils étaient trop modernes par rapport aux édifices environnants. Trois jours après la réunion de la DCZC, l'USCFA annonce la suspension du projet du Watergate jusqu'à ce que ses préoccupations soient prises en compte. Afin de contourner cette décision, des représentants de la SGI rencontrent des membres de l'USCFA à l'occasion d'une réunion tenue à New York en et lors de laquelle ils défendent la conception du complexe. La SGI annonce renoncer à deux étages, passant de 16 à 14 étages au total. En , la NCPC réexamine le projet. Le coût total est finalement estimé à 65 millions de dollars. Sur la base de cette proposition, la NCPC approuve le projet du Watergate.
Avec le soutien de la Commission à la planification, la SGI campe désormais sur ses positions : elle souhaite à tout prix conserver la ligne incurvée de ses bâtiments afin d'apporter de la modernité dans la capitale américaine. Elle milite en ce sens auprès des commissaires de la Commission au zonage, insistant sur l'importance de l'héritage architectural combiné à l'architecture contemporaine. Les dirigeants de la SGI ont également fait du lobbying auprès de la Commission des Beaux-Arts. En parallèle de ces tractations, l'administration Kennedy précise que la hauteur du Watergate ne doit pas excéder les 27 mètres. Trois membres clés de l'entourage du président étaient opposés au projet : Arthur Meier Schlesinger Jr., son assistant spécial, August Heckscher III, son consultant spécial aux Arts et William Walton, un confident de la famille Kennedy. On ignore dans quelle mesure ces trois individus ont influencé les choix du président. L'annonce de la Maison-Blanche a surpris et offusqué plusieurs urbanistes, qui y ont vu une interférence présidentielle dans leur secteur d'activité.
Le principal architecte de la SGI, Gábor Ács, et Luigi Moretti se sont à nouveau rendus à New York le afin de défendre leur projet. Cette nouvelle réunion avec la Commission aux Beaux-Arts dure environ trois heures. La SGI accepte de réduire la taille de trois de ses bâtiments de trois étages (environ 34 mètres de hauteur), mais souhaite conserver les deux autres bâtiments à 40 mètres de hauteur. La SGI accepte également de réduire la taille du site de 177 500 m2 à 161 000 m2 et de réagencer certains de ses bâtiments. L'USCFA donne son accord final le , la Maison-Blanche retire ses exigences et la DCZC donne son accord final le . Finalement, le Watergate est composé de cinq bâtiments, et plus de quatre comme prévu initialement. La construction est prévue pour le printemps 1963 et doit s'étendre sur cinq ans.