Michel de Grosourdy de Saint-PierreLa graphie Saint-Pierre, qui est celle de son acte de naissance, est rencontrée dans certaines de ses publications, notamment sur les couvertures de plusieurs de ses livres. Néanmoins, on trouve aussi couramment la graphie du nom sans trait d'union, choisie par l'intéressé comme nom de plume, attestée notamment par le faire-part de mariage de leur fils. (), est un écrivain et journaliste français, résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, puis engagé politiquement en faveur d'options catholiques traditionalistes et conservatrices.
Biographie
Jeunesse
Michel de Grosourdy de Saint-Pierre est issu d'une famille de la noblesse de Normandie. Il est le fils de Louis de Grosourdy de Saint-Pierre et d'Antoinette de Pechpeyrou Comminges de Guitaut. Il porte le titre de marquis dans la Noblesse pontificale.
Il est élève au collège Saint-Jean-de-Béthune à Versailles. Bachelier en philosophie, il étudie à la Faculté des lettres de Paris où il obtient une licence de lettres classiques. Il abandonne ensuite ses études pour devenir manœuvre aux ateliers métallurgiques des Chantiers de la Loire à Saint-Nazaire en 1934. Il s’engage ensuite dans la Marine en tant que matelot de pont.
Œuvre
Il s'affirme progressivement comme écrivain, de nouvelles, de romans et d'essais. Il est en parallèle agent d'une maison d'import-export, brièvement, journaliste, dans des périodiques catholiques, et directeur de collections, aux éditions de la Table ronde où il assure aussi les fonctions d'agent littéraire, de conseiller et aussi d'administrateurArchives nationales, fonds Michel de Saint-Pierre : notice biographique, et aux éditions France-Empire.
Il obtient un premier prix littéraire en 1951, décerné par la Société des gens de lettres, pour son roman La Mer à boire. Son premier roman à succès, Les Aristocrates, est publié en 1954. Il peint avec finesse la vie d'une certaine noblesse française, tiraillée entre tradition et modernité, sens du devoir et aspiration à la liberté. Il reçoit en 1955 pour ce livre le grand prix du roman décerné par l'Académie française. Il sera adapté à l'écran par Denys de La Patellière. En 1961, il écrit par la suite, "Les Nouveaux Aristocrates", porté à l'écran par Francis Rigaud.
En 1959, il adapte son roman Les écrivains pour le théâtre ; la pièce est jouée au théâtre des Mathurins.
Romancier prolifique, Michel de Saint-Pierre est un fidèle ami d'Henry de Montherlant, à qui il est apparenté, et de Jean de La Varende avec lesquels il entretient une correspondance soutenue. Ses œuvres, écrites dans un style vigoureux, empreint d'une vaste culture et de douce ironie, touchent aussi par la foi de leurs personnages, aux prises avec un monde qui semble perdre le sens de ses racines et de Dieu.
En 1975, dans Je reviendrai sur les ailes de l'aigle, il dénonce toute forme d'antisémitisme..
En 1977, il décrit, à travers le portrait de Monsieur de Charette, l'épopée des guerres de Vendée.
Léopold Sédar Senghor le cite en parmi les écrivains normands représentant la « normanité », dont l'écriture pleine de ferveur est empreinte de spleenLéopold Sédar Senghor, publié à Dakar le 13 janvier 1983.
En 1983, il est candidat malheureux à l'Académie françaisehttps://calames.abes.fr/pub/#details?id=Calames-2026012710141571..
Ses œuvres comme Les Aristocrates, Les Nouveaux Aristocrates, Les Écrivains, La Mer à Boire, Le Milliardaire ou L'Accusée ont été adaptées à la télévision et au cinéma. Marquées par leur époque, celles-ci sont depuis relativement délaissées, peu d'entre elles ayant été rééditées depuis sa mort, survenue en 1987.
Engagements Engagements politiques Il combat au début de la Seconde Guerre mondiale dans les forces navales, puis entre dans la Résistance. Il est décoré de la croix de guerre, de la médaille de la résistance avec rosette, de la croix du combattant volontaire et de la médaille militaire.
Il est élu après la Libération conseiller municipal du arrondissement de Paris.
Royaliste, il est chargé en 1947 de la direction, avec Jean Loisy et Pierre Longone, du Bulletin d'information des comités monarchistes, du comte de Paris Henri d'Orléans]. Il collabore ensuite activement au Courrier français, de 1948 à 1950, puis, durant les années 1950, à La Nation française de Pierre Boutang et Michel Vivier.
C'est un partisan de l'Algérie française : il cosigne en 1960 le manifeste des intellectuels français pour la résistance à l'abandon, affirme la même année avec d'autres écrivains son engagement de et appelle à voter non au référendum sur l'autodétermination en Algérie de .
Dans une conférence donnée en 1964 pour un dîner-débat du Centre d'études politiques et civiques, il affirme que « l’affaire algérienne » était « une honte et une infamie » et fait l’apologie des « politiques de l’Algérie française, embastillés pour crime d’amour et de fidélité »Les Cahiers du CEPEC, . Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, il milite pour l'amnistie des partisans de l'Algérie française emprisonnés ; il publie ainsi en 1963 Plaidoyer pour l'amnistie et figure au comité de patronage du pèlerinage de Chartres « pour la réconciliation des Français » du organisé par le colonel Rémy. En 1967, il prend part à un meeting réclamant , aux côtés de Jean-Louis Tixier-VignancourJean-Paul Gautier, Les extrêmes droites en France: De 1945 à nos jours, Syllepse, 2017.
Antigaulliste, il est candidat aux élections municipales de 1965 à Paris sous les auspices de Tixier-Vignancour, classé à l’extrême droite, mais sa liste ne franchit pas le premier tour, . Il apporte publiquement son soutien à ce dernier lors de l’élection présidentielle de 1965, participant à ses meetings. Il appelle à voter pour le candidat de gauche, François Mitterrand, contre de Gaulle au second tour. Il prend ensuite la parole en 1967 dans un meeting de l'Alliance républicaine pour les libertés et le progrès, présidée par Tixier-Vignancour et collabore à son périodique, Alliance.
Depuis 1965, il est maire-adjoint de la commune de Saint-Pierre-du-Val (Eure), où se trouve son château.
Il est proche du Parti des forces nouvelles (PFN) dans la seconde moitié des années 1970, ]. En , il signe aux côtés de la veuve du Maréchal Juin et de celle du Maréchal de Lattre de Tassigny, du colonel Rémy et de Maurice Druon, Thierry Maulnier, Jean Cau, Louis Pauwels, Michel Droit, François Brigneau et de trente-trois parlementaires, le Contre-appel des deux cents lancé par Joël Dupuy de Merri, un des dirigeants du PFN, pour s'opposer à la syndicalisation des militaires et à l'entrisme de l'extrême-gaucheH. P. Gautier, Les extrêmes droites en France de 1945 à nos jours, , coll. Mauvais Temps, Syllepse, Paris .. À l'appel de Tixier-Vignancour et à l'instigation de Roland Gaucher, il accepte de mener la liste aux Élections européennes de 1979, qui rassemble le PFN et le Front national de Jean-Marie Le Pen, mais le projet échoue, faute de moyens financiers. Au dernier moment, le PFN présente seul une liste, menée par Tixier-Vignancour. Michel de Saint Pierre fait paraître ensuite une tribune dans Le Monde pour déplorer pêle-mêle la rupture de l'union des mouvements d'extrême-droite, attaquer le gouvernement qui a décidé d' et de maintenir ce pourcentage pour le remboursement du coût de la campagne, ou encore alerter sur la dénatalité européenne en dénonçant la Loi Veil sur l'avortement et sur la nécessité d'une défense européenne face à l'URSS, souhaitant mettre en avant le fait que sa liste a .
Anticommuniste, il a collaboré au périodique Exil et liberté de l’Union pour la défense des peuples opprimés (UDPO, appelée à partir de l’Internationale de la Liberté) du journaliste franco-russe Arsène de Goulévitch (alias François de Romainville). Il adhère également au chapitre français de la Ligue anticommuniste mondiale (World Anti-Communist League ou WACL), en 1975, et devient l'ami de la militante anticommuniste Suzanne Labin, animatrice de la WACL en FranceS. Labin, Une tête pleine de livres, dans .Proceedings, The 9th WACL conference (1976) : compte-rendu de S. Labin, .. Comme elle, il est allé à Taïwan en 1975, où il a été reçu par le nouveau président, Yen Chia-kan . Il est le secrétaire général de la Conférence internationale sur la guerre des Soviets, fondée par LabinYearbook of International Organizations, 1983, .
Cet ancien résistant est proche de l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (ADMP) dans les années 1970 et 1980. Membre de la LICRA, il ne cachera jamais son amitié pour Israël.
En 1984, il fait partie du comité de soutien que le Front national met en place pour les élections européennesGéraud Durand, Enquête au cœur du Front national, Jacques Grancher, 1996, Jean-Christophe Cambadélis, Éric Osmond, La France blafarde: Une histoire politique de l'extrême droite, Plon, 1998.
Les engagements politico-religieux d'un catholique traditionaliste
Sous l'Occupation, il participe jusqu'en 1943 à la rubrique des jeunes de l'hebdomadaire catholique et pétainiste Voix françaises, fondé à Bordeaux et dirigé par Paul Lesourd. Ce journal attaque les francs-maçons et les communistesJacques Duquesne, Les catholiques français sous l'occupation, Grasset, 2014. Il collabore aussi au périodique clandestin Témoignage chrétien, plus à gauche, où ses convictions tranchent avec celles des autres collaborateurs de ce journal. Il poursuit un temps sa collaboration après la guerre, tenant la rubrique cinématographique . Il tient également cette rubrique dans la revue des jésuites, Études, jusqu'au début des années 1950Cf. la collection de ce périodique dans BNF/Gallica.
Il devient un romancier catholique qui compte avec ses livres Bernadette et Lourdes (1953), Les murmures de Satan (1959) ou La vie prodigieuse du Curé d'Ars (1961). Au sein des éditions France-Empire de son ami Yvon Chotard, il crée et dirige une collection appelée « Catholique » à partir de 1959 et ce, durant 15 années.
Défenseur de la messe traditionnelle, il se lance à partir des années 1960 avec vigueur dans les grands débats qui agitent le monde catholique et une société française en pleine transformation.
Il fonde en 1963 avec Pierre Debray et préside le Club Albert Camus, vite rebaptisé Club de la culture française. Il est alors proche du penseur catholique contre-révolutionnaire Jean Ousset. Il signe ainsi en 1962 un appel en sa faveur, alors qu'il est attaqué par des clercs et des catholiques de gauche, dans le contexte de la guerre d'Algérie, aux côtés du maréchal Alphonse Juin, du général Maxime Weygand, du Colonel Rémy, d'Henri Massis ou du député « national » de Paris Édouard Frédéric-Dupont notammentVerbo, , 1962, .. En , il participe au premier congrès de la nouvelle organisation d'Ousset, à Sion en Suisse. Il y affirme son refus du dialogue avec les communistes, critique le et l'infiltration marxiste dans le monde catholique et y annonce la parution de son roman Les Nouveaux prêtres.