L'exposition prénatale à l’alcool (EPA) est due au fait que la mère consomme des boissons alcoolisées (même en faible quantité) lors de la grossesse. Ceci peut induire un syndrome d'alcoolisation fœtale. Il n'existe pas de dose d'alcool pour laquelle la santé du bébé n'est pas menacée..

L’embryon ou fœtus est alors exposé aux risques suivants : avortement spontané, retard de croissance, enfant prématuré, malformations physiques et troubles mentaux tels que déficit de l'attention, troubles de la mémoire et/ou difficultés d'apprentissage. Les séquelles, s'il y en a, seront permanentes. Selon la gravité des conséquences, on distingue le syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF) (séquelles importantes), du trouble du spectre de l'alcoolisation fœtale ou TSAF (aux séquelles plus discrètes).

Définitions Sigles en français : ACLA : anomalies congénitales liées à l’alcool ; EAF : effets de l'alcool sur le fœtus / effets d'alcoolisation fœtale ; EPA : exposition prénatale à l'alcool ; la mère a consommé des boissons alcoolisées pendant la grossesse ; ETCAF : ensemble des troubles causés par l'alcoolisation fœtale ; cette dernière appellation tend toutefois à être délaissée au profit de TSAF qui illustre mieux le fait que les manifestations de ce trouble varient en intensité ; SAF : le syndrome d'alcoolisation fœtale ; il est la conséquence d'une exposition à l'alcool importante, quotidienne ou épisodique, pendant les périodes embryonnaire et fœtale. Il se manifeste par des anomalies physiques caractéristiques, un dysfonctionnement du système nerveux central et des retards de développement avant et après la naissance ; SAFP : syndrome d'alcoolisation fœtale partiel ; TCAF : trouble causé par l'alcoolisation fœtale ; TNDLA : troubles neurodéveloppementaux liés à l’alcool ; TSAF : troubles du spectre de l'alcoolisation fœtale ; le SAF fait partie des TSAF.

Sigles en anglais : ARBD : ; ARND : ; FAE : ; FAS : ; FASD : ; PAE : ; PFAS : .

Historique Paul Lemoine, un pédiatre français de Nantes, débuta en 1958 une étude sur les enfants de mères alcooliques et fut le premier, en 1968, à décrire de façon exhaustive le tableau clinique des enfants souffrant du syndrome. Son étude se basait sur l’observation de issus de « alcooliques »Lemoine P, Harousseau H, Borteyru JP, Menuet JC. « Les enfants de parents alcooliques – anomalies observées : à propos de » Ouest Med 1968;21:476-82.. Simultanément, des chercheurs de la côte Ouest des États-Unis, Smith, Jones et Streissguth, commencent à publier le résultat de leurs observations, similaires à celles de Paul Lemoine, et nomment le syndrome , en français « syndrome d'alcoolisation fœtale », appellation suggérée par le pédiatre Philippe Dehaene en 1995, qui souligne que le fœtus n'est pas alcoolique mais a subi, passivement, une alcoolisation...

À mesure que les recherches progressent et qu'il devient évident que des enfants exposés à l'alcool présentent des difficultés sans afficher toutes les caractéristiques physiques et développementales du , s'ajoutent d'autres termes, dont celui d’« effets d'alcoolisation fœtale », ou EAF (aussi appelé « partiel » par certains praticiens), de TNDLA (troubles neurodéveloppementaux liés à l’alcool), et d'ACLA (anomalies congénitales liées à l’alcool).

Depuis 2004, tant en français qu'en anglais, une nouvelle appellation est utilisée pour refléter le de toutes ces anomalies causées par la consommation d'alcool pendant la grossesse : (FASD) ou « trouble du spectre de l'alcoolisation fœtale » (TSAF)..

Épidémiologie Les méthodes de détection des troubles du spectre de l'alcoolisation fœtale (TSAF) ne sont pas toujours les mêmes, ce qui explique des taux de TSAF différents d'une situation à l'autre..

Selon une méta-analyse, 0,15 % des humains dans le monde sont atteints par un , et il y a plus de personnes avec un TSAF. L'Europe appartient aux régions les plus touchées, tandis que la Méditerranée Orientale est la moins touchée. Les pays qui présentent les plus grandes prévalences sont la Russie, Biélorussie, l'Italie, l'Irlande, la Croatie et l'Afrique du Sud..

En France en 2018, en moyenne un nouveau-né par jour est diagnostiqué à la naissance comme touché par une alcoolisation fœtale selon Santé publique France dont les campagnes d'information préconisent . Ce chiffre est très sous-estimé car il n'inclut que les diagnostics néonatals, et non ceux qui seront posés ultérieurement. On estime aussi en France que les touchent 1 % des naissances, soit enfants chaque année. Cela signifie qu'environ souffrent à des degrés divers des séquelles de l'alcoolisation fœtale. Le syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF) proprement dit est, en France, la première cause de handicap mental non génétique. Plus de 50 % des femmes continuaient à boire pendant leur grossesse en 2003-2004 Enquête auprès de enceintes, sur santé-médecine.net, 43 % en 2006Sondage auprès de enceintes, sur OFDT, 32 % en 2010. et 23 % en 2013Enquête nationale périnatale auprès de , sur OFDT, ce qui constitue un danger pour l'enfant à naître. Ces statistiques sont sujettes à caution : l'évaluation rigoureuse de l'abstinence durant la grossesse est rendue difficile par de possibles dénégations des faits.

Au Canada, la prévalence des est aussi estimée à 1 %, mais ce chiffre est supposé être sous-estimé.. D’après les données de Santé Canada, sont atteints de ce syndrome, en particulier dans les communautés du Nord où l'on assiste à un très vigoureux accroissement démographique.

En Amérique du Nord, le touche de 0,2 % à 0,7 % de la population, et le de 2 % à 5 %.

Une étude menée en Italie conclut à une estimation de 2 % à 4 % d'enfants touchés par le dans le pays..

Une étude menée sur plus de de plusieurs écoles de Croatie a trouvé un taux supérieur à 6,5 % pour l'échantillon..

En Afrique du Sud, où il était de tradition de payer une partie du salaire des ouvriers viticoles en vin, le représente sur . Les populations et sont estimées ensemble à de personnes..

Dans certaines communautés d'Australie, on a identifié 12 % d'enfants , le taux étant encore plus important...

Enfants confiés à l'adoption : la consommation d'alcool et la séparation mère-enfant étant souvent liées, les enfants avec un ou un pourraient représenter de 20 % à 50 % de certains enfants confiés à l'adoption.....

Fratrie d'une personne souffrant de : le risque que les frères ou sœurs aînés soient atteints de est de 17 %, pour les frères ou sœurs plus jeunes, le risque est de 77 %.

Physiopathologie L'alcool a un effet tératogène (susceptible de provoquer des malformations congénitales ou de perturber le développement). et est un puissant neurotoxique (qui empoisonne ou détruit le tissu du cerveau et autres parties du système nerveux).

Les effets physiologiques peuvent toucher trois domaines : les traits faciaux, le système nerveux central (SNC) et la croissance (poids, taille et périmètre crânien).

Le risque d'atteinte neurologique irréversible est fonction notamment de la dose reçue par le fœtus, de la durée de l'exposition, et de la période d'exposition (l'alcool est particulièrement nocif pendant la période d'organogenèse, entre et d'aménorrhée) ainsi que d'autres facteurs reliés à la mère et à l'environnement. L'alcool passe la barrière placentaire, puis passe dans le système sanguin de l'embryon et du fœtus. Les lésions, une fois constituées, sont définitives.

Trajet de l'alcool à travers l'utérus et le placenta L’alcool ingéré par la mère passe très rapidement dans son sang. La plus importante voie d’absorption de l’alcool est la muqueuse gastro-intestinale., c'est-à-dire le duodénum et le jéjunum, les deux premières parties de l’intestin grêle. Une fois absorbé, le sang le distribue via les capillaires à tous les organes, dont l'utérus. Le sang de la mère et le sang du bébé sont séparés par plusieurs couches fœtales qui agissent comme des filtres. Ces tissus filtrants permettent toutefois le passage des molécules d’éthanol dissoutes dans le sang. Chez un adulte, l’alcool est entièrement transformé dans le foie grâce à deux enzymes cytoplasmiques, l’alcool-déshydrogénase et l’aldéhyde-déshydrogénase. L'embryon n'a pas de foie, celui du fœtus est peu développé. Ce foie ne détoxifiant pas ou très peu, l'alcool reste dans le sang. Il ne sera détoxifié que petit à petit en repassant dans le corps de la mère. Pour cette raison, l'embryon ou le fœtus reste imprégné plus fort et plus longtemps que sa mère..

De l'alcool passe aussi dans le liquide amniotique, il y reste longtemps.. L'embryon ou le fœtus l'absorbe par déglutition et mouvements respiratoires. Immédiatement après l'absorption d'alcool par la mère, le fœtus baigne dans du liquide amniotique alcoolisé et l'absorbe lui aussi. Il ralentit ses mouvements respiratoires parce qu'il souffre.

Effets détaillés causés par l'absorption d'alcool Période d'exposition Quelques effets possibles Premiers jours Peut empêcher l’ovule de s’implanter Troisième semaine Peut provoquer des malformations de l'œil Entre la troisième et la quatrième semaine Conséquences mineures sur le crâne et sur certaines parties du visage de l’embryon Jusqu’à la septième semaine Peut provoquer la fente du palais et de la lèvre. Septième semaine Peut causer des malformations au niveau des organes génitaux, du cœur et du diaphragme du fœtus Semaine 11 à 16 Augmentation du risque d'épilepsie : Étude des risques d'épilepsie sur Premier trimestre Déficits de l'apprentissage, de la mémoire, du langage : Effets de la consommation modérée d'alcool pendant le premier trimestre de la grossesse Deuxième trimestre Effets importants sur la motricité et probabilité d’un avortement spontané qui ne cesse d’augmenter Diminution des capacités en lecture et calcul : Étude des capacités académiques d'enfants de six ans Troisième trimestre Croissance du fœtus énormément ralentie Toutes périodes Construction du cerveau : Mécanismes des malformations cérébrales et du système nerveux central perturbée, trous dans le cerveau Mattson, S.N., & Riley, E.P. (2002). « », in Streissguth and Kantor. (2002). . Période non connue AngiomeCours d'alcoologie.FERRARO F., DEHAENE P.: Angiomes tubéreux cutanés chez les enfants porteurs d’un syndrome d’alcoolisme fœtal, Arch Pédiatr, 1996; 3: 511-512.., sensibilité au bruit.

Selon Philippe Dehaene (1995), l’alcool diminue la circulation sanguine dans le placenta et, de ce fait, provoque des spasmes au niveau des vaisseaux sanguins. Ce phénomène entraîne des malformations, dues à un ralentissement des processus de division cellulaire et au fait que l’organisation neuronale se trouve modifiée. Enfin, la myélinisation des neurones est retardée, compromettant le bon passage des influx nerveux.

Après l'absorption par la mère d'une boisson alcoolisée, le fœtus ralentit fortement ses mouvements respiratoires durant quelques heures..

Les avortements spontanés et les accouchements prématurés sont très fréquents chez les femmes ayant consommé de l'alcool pendant leur grossesse. Il est aussi fait mention de nombreux cas de bébés morts quelques jours après leur naissance en raison d’un trop faible poids ou d’anomalies physiques importantes.