Cet article relate les faits saillants de l'histoire du Vanuatu, un État d'Océanie situé dans le Sud-Ouest de l'océan Pacifique.
Nommé « Nouvelles-Hébrides » après James Cook, l'archipel a connu une colonisation lente et désorganisée depuis son exploration par les Européens à la fin du jusqu'à la fin du . Il fit alors l'objet d'un conflit d'intérêts entre la France et le Royaume-Uni qui décidèrent en 1904 de mettre en place une administration conjointe. C'est ainsi que fut instauré, de 1906 à 1980, le condominium des Nouvelles-Hébrides, faisant de ces îles océaniennes la seule colonie gérée conjointement par deux puissances coloniales.
En 1980, les Nouvelles-Hébrides deviennent indépendantes ; le nouveau nom de « Vanuatu » remplace rapidement la dénomination européenne.
Avant l'arrivée des Européens
Les débuts de l’histoire du Vanuatu sont mal connus. La théorie la plus répandue, fondée sur les découvertes archéologiques sur place, fait état d’un peuplement de l’archipel par des populations Lapita venues de Papouasie-Nouvelle-Guinée il y a environ quatre à six mille ans , Sénat australien, 12 août 2003, p.288. Des fragments de céramique retrouvés à Malo ont été datés à -1300 "Vanuatu History", Encyclopedia Britannica. En , des fouilles archéologiques menées à Teouma près de Port-Vila mirent au jour des squelettes de neuf personnes, ainsi que de poulets et de cochons, datés à 1200 ans , ce qui atteste que les premiers habitants avaient amené du bétail avec eux.
La tradition orale relate qu’entre le et le , des populations polynésiennes, de retour, venues du centre du Pacifique, apportèrent de nouvelles coutumes et techniques de fabrication.
Au , Roymata fut un grand chef influent dans le centre de ce qui est aujourd'hui le Vanuatu, peut-être d'origine polynésienne.
Arrivée des Européens Álvaro de Mendaña (1542-1595) serait le premier navigateur occidental à parcourir la zone. L’explorateur portugais Pedro Fernández de Quirós (1565-1614) est le premier européen à débarquer au Vanuatu, sur l’île d’Espiritu Santo, le . Ces découvertes, au service de la monarchie espagnole et de la papauté, sont les dernières de l'hégémonie espagnole dans le Pacifique. Elles sont tenues secrètes pendant plus d'un siècle.
vignette|L'arrivée de James Cook sur l'île de Tanna, en 1774. Le deuxième contact européen avec le Vanuatu a lieu en 1768, lorsque Louis Antoine de Bougainville redécouvre l’archipel et le baptise . En 1774, James Cook l'explore et lui donne le nom de Nouvelles-Hébrides, que l'archipel conserve jusqu’à son indépendance en 1980. Les îles Banks, au nord de l'archipel sont visitées en 1789 par l'Anglais Bligh.
Commerce du santal et premières installations (1825-1863) vignette|Massacre du missionnaire Rev. J. Williams et de ses compagnons, sur l'île d'Erromango, vers 1840 : ils finiront mangés. La découverte de bois de santal en 1825 par l’explorateur et commerçant écossais Peter Dillon sur l’île d’Erromango provoque une véritable ruée, la Chine étant très demandeuse de cet ingrédient entrant dans la composition de l’encensPour ce paragraphe : Benoist (1972), p. 18-19. La commercialisation des holothuries se développe. Le commerce avec les indigènes se développe rapidement, particulièrement à Anatom, mais ne permet pas dans un premier temps l'installation des Européens qui rencontrent l'hostilité des locaux.
En 1848, des missionnaires protestants s'installent à AnatomPour ce paragraphe : Benoist (1972), p. 19. Des missions presbytériennes s'installent ensuite à Tanna en 1858. Dans le même temps, la mission mélanésienne de l'Église anglicane s'installe dans les îles Banks, au Nord. Lorsque les quantités disponibles commencent à diminuer, les habitants se mettent à réclamer des armes, des munitions et du tabac. Le commerce cesse en 1868 avec la disparition des derniers plants.
L'exploitation de la main d'œuvre indigène (1863-années 1870)
vignette|Groupe de Mélanésiens dans une exploitation de canne à sucre du Queensland, en Australie. Dès le début des années 1840, des recruteurs du Queensland et des Fidji approchent l'archipel. À partir de 1863, le développement économique du Queensland sur un modèle axé sur la production de matières premières et les grandes plantations pousse à l'intensification du recrutement (« blackbirding »). Au plus fort de cette période, plus de la moitié des hommes adultes de l’archipel sont employés à l’étranger. En principe volontaire, le recrutement fait l'objet de nombreux abus, réprimés au début des années 1870 par la Grande-Bretagne, qui y met fin.
Durant cette période, l'absence d'organisation étatique pré-coloniale, la grande diversité des populations indigènes (plus de 110 ethnies parlant des langues sans inter-compréhension cohabitent sur ) et la mauvaise connaissance des archipels recouverts de forêts ont pour résultat l'absence de prise de contrôle des îles par un État européen.
Colonisation et première querelle pour la domination (1872-1887) Au mois de septembre 1853, le contre-amiral Febvrier-Despointes dresse l'acte de prise de possession par la France de la Nouvelle-Calédonie et de ses « dépendances », ce document n'indique pas de manière précise quelles sont ces « dépendances », d'où une confusion qui laisse penser que l'archipel des Nouvelles-Hébrides en fait partie. L'occupation effective par la France des îles Loyauté en 1864 n'apporte pas de clarification. Il n'y a encore aucun colon et le commerce reste négligeable.
À partir de 1875 et en 1876, les résidents européens de l'archipel demandent au gouverneur de Nouvelle-Calédonie de « les prendre sous la protection du pavillon français » afin de leur faciliter l'exploitation commerciale du territoire. Le gouvernement français n'en tient alors aucun compte. En janvier et février 1878, le gouvernement français envisage de déverser le trop-plein de population pénale de la Nouvelle-Calédonie aux Nouvelles-Hébrides. C'est la raison d'une intervention des colons australiens, très présents dans les missions presbytériennes de l'archipel depuis 1872, en sollicitant l'annexion par le Royaume-UniDeschanels (1888), p. 297-307... Pour s'y opposer le gouvernement français doit déclarer qu'il ne « porterait pas atteinte à l'indépendance des Nouvelles-Hébrides » et demander si « de son côté, le gouvernement de Sa Majesté était également disposé à la respecter ». C'était renoncer explicitement aux droits de la France aux Nouvelles-Hébrides.
Dans le même temps, des colons s'installent sur les terres très fertiles de l'archipel, sur les îles les plus connues, comme Vaté, pour cultiver le coton, puis le café, le cacao, le maïsBenoist (1972), p. 19. Il s’agit au début principalement de sujets britanniques établis en Australie, mais des Français venus de Nouvelle-Calédonie, les rejoignent rapidement, attirés par la fertilité et la proximité des Nouvelles-Hébrides. Les premiers temps sont difficiles : liaisons maritimes rares, terrains à défricher, absence de soutien officielAinsi, une demande d'établissement de protectorat envoyée par des colons anglais de Tanna en 1876 au gouverneur de la Nouvelle-Calédonie est restée sans suite. Deschanels (1888), p. 249-250., etc. Cependant, en 1878, à la suite de l'inquiétude française, les Anglais promettent d'une manière informelle de ne pas établir leur souveraineté sur l'îleDeschanels (1888), p. 298-309..
John Higginson, homme d'affaires d'origine irlandaise naturalisé français en 1876, fondateur de la Société du nickel en Nouvelle-Calédonie, s'intéresse à partir de cet accord aux Nouvelles-Hébrides, qu'il voit comme la nécessaire expansion de la colonie française, à la fois stratégiquement et économiquementPour ce paragraphe : Benoist (1972), p. 20.. Il fonde en 1882 la Compagnie calédonienne des Nouvelles-Hébrides (CCNH), qui, en achetant un grand nombre de terres, parfois de manière floue, et en incitant l'installation de colons via des avantages financiers, permet de donner l'avantage numérique aux Français, alors que les missionnaires anglais s'installent sur un nombre de plus en plus grand d'îles et que les maristes commencent à réussir à créer quelques missions. Durant les premières années de la Compagnie, des centres de colonisation sont construits (dont Port-Vila), des routes sommaires construites (dont une reliant Port-Vila à Port Havannah), des comptoirs et liaisons maritimes mises en placeDeschanels (1888), p. 258-259..
Protestant contre l'expansion française, présentée comme brutale et amorale, les presbytériens organisent à partir de 1883 des campagnes récurrentes en Australie, qui permettent aux différentes colonies de s'unirDeschanels (1888), p. 310-317 et 325-340. Après avoir refusé l'échange de l'archipel contre Rapa en 1885Deschanels (1888), p. 337-338., la France échoue à établir sa souveraineté à la suite du refus des colonies britanniques d'Australie et de Nouvelle-Zélande. L'absence de toute organisation étatique alors que la colonisation se développe pousse à la multiplication des troubles entre indigènes et colons en 1885-1886 : les 2 et 4 juin 1886, des navires militaires français débarquent pour rétablir l'ordre, mais les protestations des missionnaires protestants poussent le Royaume-Uni à demander de nouvelles négociationsDeschanels (1888), p. 342-345.
Le 24 octobre 1887, un accord instituant une commission navale militaire mixte franco-britannique est signéDeschanels (1888), p. 346-349. Cette commission a pour mission d'assurer la sécurité des colons et missionnaires en patrouillant depuis les côtesUn bateau français et un bateau anglais se relayent chaque mois., mais n'apporte aucune modification ni au statut international de l'archipel (qui devient une chasse gardée officieuse des deux États) ni aux problèmes fonciers et inter-colons.
Le blackbirding, l'introduction de nouveaux virus, l'expansion des épidémies qui en découle, mènent à une catastrophe démographique mélanésienne, à une dépopulation, comme dans d'autres zones mélanésiennes.
La christianisation accompagne la colonisation : presbytérienne (London Missionary Society (LMS), 1839), anglicane (1848, George Augustus Selwyn, Coleridge Patteson, Robert Henry Codrington), catholique (1885, Pères maristes), adventiste (1917), etc.
La commission navale mixte (1887-1906)
vignette|Habitants de Tanna dans les premières années du . Une commission navale mixte était créée « pour maintenir l'ordre et la sécurité dans l'archipel, tout en respectant son indépendance ». Assez inefficace cet organe international instituait un condominium flou, chaque pays protégeant ses ressortissants. Son instauration était surtout destinée à écarter l'Allemagne, dont l'expansion coloniale en Mélanésie (Nouvelle-Guinée, îles Salomon et Marshall) inquiétait tant la France que l'Angleterre.
La lutte d'influence entre les éléments français et anglo-australiens se poursuivit avec plus d'âpreté qu'auparavant. La commission mixte joue alors un rôle d'arbitre entre les deux communautés, livrées à elles-mêmes. Le 15 mars 1893 l'Angleterre accorde à ses ressortissants un système de protection (Pacific order in council). Les colons français profitent aussi de la protection britannique. Ce n'est qu'en juillet 1900 que le gouvernement français accorde à ses colons aux Nouvelles-Hébrides les mêmes garanties de protections que l'Angleterre. Un ensemble de mesures administratives, judiciaires et douanières complètent ce dispositif qui évoluera jusqu'à donner naissance au Condominium de 1906.
Exemple de l'isolement des Français aux Nouvelle-Hébrides jusqu'en 1900, la commune de Franceville, sur l'île Vaté, se déclare indépendante pendant quelques mois de 1889, sous l'administration du maire/président Ferdinand Chevillard. Elle adopte un drapeau national.
La colonie franco-anglaise (1907-1980) vignette|Armes du Condominium franco-anglais des Nouvelles-Hébrides. Les premiers temps du condominium franco-britannique (1907-1940)