Charles-Frédéric Chassériau du Chiron (, Port-au-Prince - Vars-sur-Roseix), est un architecte et un artiste français. Comme architecte en chef de la ville d’Alger, il est l'auteur de son majestueux front de mer et du boulevard de l'Impératrice, connu aujourd'hui sous le nom de boulevard Che-Guevara.

Biographie Quelques mois seulement après la naissance de Charles-Frédéric Chassériau du Chiron en 1802, ses parents, propriétaires de l'habitation Le Beau à Saint-Domingue, fuirent Port-au-Prince ravagé par les flammes lors de la révolution qui allait aboutir à la création d'Haiti. Il ne durent leur survie que grâce à une domestique noire qui les alerta de l'imminence du danger.

Bien plus tard, orphelin de mère et d'un père général mort à la bataille de Waterloo, il fut recueilli dans la famille de son oncle Benoît Chassériau au côté du peintre Théodore Chassériau.

Dès l'enfance, son rêve fut d'entrer à l'École navale pour laquelle il s'était préparé avec acharnement. Son tuteur n'ayant pas fait en temps utile les démarches nécessaires, il ne pût se présenter aux examens. Ce fut une déception profonde pour lui de renoncer à sa vocation préférée et c'est alors qu'après ses études au lycée Henri-IV, il se tourna vers l'École spéciale militaire de Saint-Cyr où il fut reçu le , à l'âge de , le . Il ne put cependant suivre les cours de cette école, sa famille, ruinée par la révolte de Saint-Domingue, n’ayant pas assez de ressources pour payer sa pension. Les généraux Jean-Baptiste Milhaud et Augustin-Daniel Belliard, en témoignage de l’affection qu’ils portaient au général Chassériau, offrirent à Charles-Frédéric tout juste admis à Saint-Cyr de lui payer la pension que l’État lui refusait. Par fierté et bien que reconnaissant, il ne crut pas devoir accepter et ne devint pas soldat.

Après quelques mois passés chez un notaire, il se décida à devenir architecte et rejoignit pendant en 1823 l'atelier de Jean-François-Julien Mesnager puis celui de Pierre-Narcisse Guérin. Le , il est reçu comme élève-titulaire de l’École des beaux-arts de ParisLouis Thérèse David de Pénanrun, Edmond Augustin Delaire, Louis François Roux, Les Architectes élèves de l'École des beaux-arts 1793-1907, Librairie de la construction moderne, 1907. et débuta la même année, auprès du peintre François Édouard Picot. S’ensuivirent auprès de l’architecte Jacques Lacornée qui le fit collaborer à la construction de la Cour des comptes, dont l'escalier d'honneur serait décoré vingt ans plus tard par son cousin Théodore Chassériau.

Collaborateur de François Mazois pour les relevés des ruines de Pompéi (1820) thumb|Coupe sur le xyste de la même maison d’Actéon, décoration têtes de lion - Pompéi (ca. 1820) par Charles Frédéric Chassériau (1802-1896), collaborateur de François Mazois pour son ouvrage Les ruines de Pompéi (XXXVII de la partie 2). thumb|Détails du péristyle de la maison de campagne (maison de Diomède), Mosaïques à Pompéi (ca. 1820) par Charles Frédéric Chassériau (1802-1896), collaborateur de François Mazois pour son ouvrage Les ruines de Pompéi (planche XLVI et planche XLIX de la partie 2).

Chassériau entra par la suite dans l’agence de François Mazois, inspecteur général des bâtiments civils auquel il était apparenté depuis que Mazois avait épousé la nièce d'Amaury Duval. En 1824, il revint travailler auprès de Mazois sur le chantier du passage Saint-Denis et sur celui du passage du Bourg-l'Abbé.

Chassériau était bon dessinateur aussi Mazois le fit travailler sur son projet de publication consacré aux ruines de Pompéi. Plusieurs dessins de Chassériau furent repris dans le grand ouvrage de Mazois Les ruines de Pompéi publié en 1824, principalement dans la partie 1 (planches XVIII, XXVI, XIV) et la partie 2 (planches XXXVII, XXXVIII, XLVI, XLIX).

L’aquarelle de Chassériau représentant la maison dite d'Actéon à Pompéi, aujourd’hui conservée au Metropolitan Museum of Art de New York, figure dans la partie 2 de l’ouvrage Les ruines de Pompéi (1824) de François Mazois (Part.2, planche XXXVIII Triclinium découvert de la maison dite d'Actéonplanche XXXVIII Triclinium découvert de la maison dite d'Actéon dessinée par F. Chassériau).

Architecte à Paris et combattant en Espagne (1830) Chassériau est inspecteur de la Grande Voirie de la Ville de Paris en 1828 et obtint l'année suivante sa patente d'architecte. Le , il demanda son congé de la Garde nationale dont il était sous-lieutenantCongé obtenu du colonel de Beaumont le 15 juillet 1830. Chassériau appartenait au bataillon de la légion (garde nationale). Repris par ses velléités militaires, il partit faire campagne dans l’armée républicaine espagnole comme aide de camp du général Antonio Quiroga grâce à l'introduction de Felix Lepeletier de Saint Fargeau.

Architecte au Caire (Égypte) de 1830 à 1832 En Égypte de 1830 à 1833, il fut architecte du Lazaret d’Alexandrie et dressa les plans du consulat à Alexandrie sur la demande du vice-consul Ferdinand de Lesseps, puis rentra en France. Le consulat de France, situé sur la célèbre place des Consuls, sera entièrement détruit lors du bombardement d’Alexandrie par les Anglais en Site du Ministère des Affaires Etrangères lire en ligne.

Architecte en chef de la ville de Marseille de 1833 à 1839 Il devint en 1833, architecte adjoint de la ville de Marseille puis rapidement architecte en chef jusqu'en 1839. Il y construisit notamment l’hôpital des Aliénés, la halle des Capucins, les hangars du Frioul, ainsi que le petit arc de triomphe blanc de la porte d'Aix.

En 1840, Charles-Frédéric Chassériau tout comme son cousin le peintre Théodore ChassériauThéodore Chassériau concourût pour un projet de sculpture, proposa son projet pour le tombeau de l’Empereur Napoléon à l’Hôtel des Invalides, projet inspiré de l’œuvre d’Horace Michael Paul Driskel, As Befits a Legend : Building a Tomb for Napoleon, 1840-1861, Kent State University Press, 1993..

À cette même époque, Charles-Frédéric Chassériau était proche du roi Joseph Bonaparte, frère de l'empereur Napoléon, qui habitait rue Provence à Paris et avec lequel il visitait les ateliers d'artistes voisins dont celui d'Eugène Delacroix ou François-Édouard PicotD’après les notes laissées par son fils le baron Arthur Chassériau..

Architecte en chef de la ville d'Alger de 1849 à 1882 (avec interruptions) Chassériau avait quitté Marseille pour Alger depuis 1845. Nommé architecte en chef d’Alger en 1849, Chassériau abandonna ses fonctions pour édifier, sur ses plans et avec le concours de MM. Sarlin et Ponsard, le théâtre municipal d’Alger qui s'élève sur la place Bresson. En 1869. il reprit son emploi d'architecte en chef, et le conserva jusqu'en 1870, époque où il fut licencié avec une partie de son service par suite d'une nouvelle organisation.

Il conservera toujours le goût des armes puisqu'en , on le trouve encore capitaine adjudant-major de la Légion d'Alger.

À Alger, il sera nommé à trois reprises architecte en chef de la ville d'Alger (1849, 1859 et 1874) et prit sa retraite en 1882. Il y est principalement connu comme étant l'auteur du boulevard de l'ImpératriceBoulevard Che Guevara - site de la bibliothèque du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et du front de mer d'Alger qui furent inaugurés en 1865 par l'empereur Napoléon III et l'impératrice Eugénie.

Rentré à Paris depuis 1882, Charles-Frédéric Chassériau meurt à l'âge de , époque à laquelle il est le doyen des Saint-Cyriens.

Principaux travaux Alexandrie et Le Caire (Égypte) vignette|Charles-Frédéric Chassériau du Chiron, architecte au Caire en 1831, portrait au crayon par le comte Adolphe de TrobriandAdolphe de Trobriand (1800-1874) un temps le plus jeune capitaine de l'armée française fut blessé lors de la prise d'Alger. Fervent légitimiste, il refusa de prêter serment en 1830 et quitta l'armée pour retourner sur ces terres et se consacrer notamment à la peinture et à la poésie. Chateaubriand dans sa correspondance datée de 1832 avec Adolphe de Trobriand mentionne les portraits que ce dernier fit de sa sœur Madame de Marigny et de sa nièce..

Lazaret d’Alexandrie - L’année 1831 est marquée par une terrible épidémie de choléra qui fait au Caire. En , Frédéric Chassériau envoya au géographe Edme François Jomard et à Boglios-Bey, ministre du Commerce de l'Égypte, un rapport complet intitulé De la nécessite d'établir l'administration de la voirie en Égypte sous le rapport de la sûreté, de la salubrité publique et de l'embellissement de la ville. Le , Frédéric Chassériau présente au vice-roi Mehmet Ali son projet de lazaret pour Alexandrie. Consulat général de France à Alexandrie pour le consul-général Jean-François Mimaut et son vice-consul Ferdinand de Lesseps Projet de construction d'un hôpital et de l'École de médecine au Caire - En 1833, Edme François Jomard soutient activement les projets de Frédéric Chassériau auprès du Docteur Antoine Clot dit Clot-Bey de l'hôpital de la charité du Caire. Ce projet comprenait notamment la construction d'un hôpital et de l'École de médecine au Caire. Le projet d’hôpital modèle est salué par le docteur Antoine Clot qui le décrit comme l’ « un des plus grandioses et des plus utiles de notre époque »Antoine Clot-Bey, Compte rendu des travaux de l'École de médecine d'Abou-Zabel... pour les et ("sic" pour et ) années de sa fondation 1245-1246, 1246-1247 (hégire) 1830-1831, 1831-1832, suivi de l'exposé de la conduite et des travaux de l'auteur lui-même en Égypte depuis 1240 à 1248 (hégire) 1825 à 1832, éd. Feissat aîné et Demonchy, 1833, .. L’architecte Chassériau a, selon Antoine Clot, vu l’Égypte en « observateur, qui l’a admiré en poète dans ses vieux monuments, qui eut voulu, architecte philanthrope, lui en laisser de plus utiles ».

Marseille thumb|Halle des capucins (1837) construite par Charles-Frédéric Chassériau (1802-1896), Metropolitan Museum of Art. Parmi les travaux dus à cet architecte, on cite, à Marseille : l’Arc de triomphe de la porte d'Aix dont il acheva la constructionRépertoire numérique concernant l’hôtel de ville de Marseille - Marseille, la passion des contrastes. Ouvrage publié par l’Institut français d’architecture et l’Atelier du patrimoine de la ville de Marseille l'hôpital des Aliénés, aujourd'hui Hôpital de la Timone, exécuté d'après le plan primitif de Penchaud la halle des Capucins les hangars du Frioul et l'entrepôt Enoq les parloirs du Lazaret les portes monumentales du cimetière et le tombeau du général Louis-Michel Morris le pavillon de la Villa Félix et la Villa Warrain au Prado

Alger

C’est en Algérie qu’il exécuta ses principaux travaux comme architecte en chef de la ville d’Alger.