vignette|Mitrailleuse Gatling fixée sur un affût sur roues. La manivelle assure la rotation des canons et des culasses mobiles. La mitrailleuse Gatling conçue en 1861 par l'inventeur américain Richard Jordan Gatling fut la première mitrailleuse efficace combinant fiabilité, puissance de feu et facilité d'alimentation.
Gatling avait l'espoir que son invention mettrait fin aux guerres. Il pensait que la nature meurtrière et dévastatrice de la mitrailleuse dissuaderait les nations de s'engager dans des conflits armés.
« J'ai été jour après jour, témoin du départ des troupes vers le front et le retour des blessés, des malades et des morts (...). Il m'est apparu que si je pouvais inventer une machine, un canon, capable, par la rapidité de son feu, de permettre à un homme de faire autant que cent sur le champ de bataille, cela supprimerait dans une large mesure la nécessité de vastes armées, et ainsi l'exposition à la bataille et aux maladies serait grandement diminuée ».
Historique Richard Jordan Gatling dépose en le brevet validé en novembre 1862 pour une arme à plusieurs canons rotatifs.
vignette|gauche|Principe de fonctionnement de la mitrailleuse Gatling.
La mitrailleuse est directement inspirée d'une des inventions précédentes de son concepteur, un semoir à blé et du concept du canon Agar Gun de Wilson Agar.
Le principe de fonctionnement repose sur plusieurs ensembles, chacun constitué d'un canon intégrant une chambre et un mécanisme de percussion. Lors du tir, l'une des opérations nécessaires (chargement, verrouillage, percussion puis extraction et éjection de l'étui ou de la douille) est ainsi à tout moment en cours sur l'un d'entre eux. Une manivelle imprime un mouvement de rotation à dix ensembles montés autour d'un axe central, de sorte que chacun tire successivement grâce à un système de cames qui ouvre et ferme les culasses. Le chargement est obtenu par gravité, les munitions tombant depuis le chargeur placé au-dessus de l'arme. La cadence de tir par minute atteignait théoriquement mais un tir utile dépassait rarement 400. La précision du tir est continue jusqu'à 900m et le recul est absorbé par le poids de l'arme et de l'affut d'artillerie sur lequel elle repose. Le calibre allait de 7,8 à 25,5 mm. Elle était servie par quatre opérateurs. Autre avantage : en raison des multiples canons présents, la gatling évite la surchauffe pouvant arriver sur un canon unique.
La cadence de tir de ces armes est, si nécessaire, réglable sur site et elles sont insensibles aux cartouches défectueuses. En effet, n'employant pas l'énergie des gaz d'explosion, les cartouches sont éjectées automatiquement quel que soit le résultat du tir.
Le rapporteur de la Commission militaire de l’État de l'Indiana note à son sujet : « Les canons tirent indépendamment. Ainsi, le fait que l'un soit endommagé n'affecte pas les autres,. L'arme ne présente aucune complexité, et le simple soldat peut la mettre en œuvre aussi vite qu'un fusil... on peut tirer avec toute la précision souhaitable jusqu'à par minute, et continuer sans danger pendant des heures sans risques, à notre avis, de surchauffe. Deux hommes sont suffisants pour servir le canon, et deux chevaux peuvent transporter à travers champs avec la rapidité de la cavalerie ».
Elle utilise initialement des cartouches en papier qui limitent sa fiabilité. Gatling va ajouter rapidement un chargeur en acier vertical rechargeable sans démontage.
Les essais impressionnent néanmoins l'US Army qui achète plusieurs modèles en 1865. En 1866, elle est modifiée pour tirer des munitions à étui en laiton.
En 1873, à la demande de l'US Army, elle est dotée d'un nouvel affut et d'un débattement de et le nombre de tubes est porté à 10. La même année à Annapolis, du 23 au 25 octobre, un test de fiabilité est effectué ou sont tirées en continu dont une série de en soit une cadence de tir de par minute. Aucun incident de fonctionnement n'est reporté.
vignette|Mitrailleuse Gatling produite par l'Atelier de Puteaux (France) : la Mitrailleuse APX modèle 1895.
La Gatling conserve la taille d'un petit canon, et son caisson d'approvisionnement en munitions, qui affecta longtemps sa fiabilité, connut plusieurs versions. Considérée comme une pièce d'artillerie, elle est déployée loin des mouvements de l'infanterie, ce qui limite son effet sur le plan tactique à celui d'un canon tirant de la mitraille. Actionnée manuellement par un servant qui tourne la manivelle, elle tend à s'enrayer fréquemment en combat réel, les mitrailleurs ayant tendance à tourner la manivelle trop vite ou à perdre leur régularité en situation de combat.
La cartouche en papier cède ensuite la place à une version plus moderne, entièrement métallique, supprimant ainsi bon nombre d'enrayages et autres incidents de tir. La cadence de tir atteint alors environ trois cents coups par minute.
Richard Gatling améliore régulièrement le fonctionnement de son arme, et tente notamment d'installer un moteur électrique sur le modèle 1893, pour actionner la rotation des canons. Les prototypes gagnent ainsi en fiabilité et atteignent des cadences de tir théorique de par minute, mais l'augmentation de poids la rend peu maniable.
Le concept originel de la mitrailleuse à manivelle Gatling fut apparemment périmé lorsque le mécanisme automatique fut découvert, principe apparu avec la mitrailleuse Maxim de 1886 . Les mitrailleuses n'employèrent dès lors généralement plus qu'un seul canon ne nécessitant plus de source d'énergie mécanique.
Déploiement opérationnel vignette|gauche|La bataille d'Ulundi, où la mitrailleuse Gatling est engagée avec succès par l'armée anglaise contre les Zoulous.
Bien que le président Lincoln en présente le potentiel, les autorités militaires sont plus réservées face à une nouvelle arme qu'ils voient davantage comme une pièce d'artillerie et dont ils critiquent la consommation excessive de munitions.
Aux Etats-Unis, pendant la guerre de Sécession, la mitrailleuse Gatling n'est pas encore en usage officiel dans l'armée de l'Union mais quelques exemplaires, achetés sur fonds privés comme une douzaine d'exemplaires achetées par le Général Butler sur sa propre initiative personnelle pour un montant de de l'époque, sont cependant utilisés.
La mitrailleuse Gatling est déployée en 1864-1865. Deux de ces armes furent utilisées au siège de Petersburg et huit furent déployées sur des canonniers « », ..
C'est avec la fin de la guerre de Secession que l'US Army qui a fondu en effectif s'intéresse de nouveau au surcroit de puissance de feu offert par l'arme.
En 1875, la gatling est déployée dans l'Oklahoma en 1875 face au cheyennes puis à nouveau en 1877-1878 face à la tribu des Nez-Percés.
Au Royaume-Uni, en 1870, les autorités, impressionnées par les performances du canon de Gatling, demandent à WG Armstrong and Co. d'en obtenir la licence de production locale. L'arme est déclinée en deux versions, l'une de calibre .45 (45 centièmes de pouce, donc 11,43 millimètres) pour l'armée de terre, l'autre en .65 pour la Royal Navy (marine).
En 1879, lors de l'une de ses premières utilisations, lors de la Bataille d'Ulundi, la Royal Navy l'opposa avec succès aux Zoulous. Quelques semaines plus tard, deux de ces armes permettent au général Roberts de tenir en échec l'armée afghane à Chahar Asyab.
En 1886, un modèle amélioré est adopté par l'armée américaine.
Néanmoins, malgré ces résultats probants, les contraintes logistiques restent un frein au déploiement généralisé de l'arme. En effet, six gatlings équipées de requièrent six attelages, deux chariots soit un minimum de . En 1876, le lieutenant-colonel Custer qui souhaite conserver sa mobilité à la bataille de Little Big Horn, n'emporte pas ses deux mitrailleuses gatling et se fera tuer avec ces . Le même phénomène se répète à nouveau à la bataille de Wounded Knee.
C'est avec la guerre hispano-américaine de 1898, que les Gatlings connaissent leur mise en situation de combat et leurs heures de gloire. Les quatre modèles 1895 américaines en calibre .30-40 Krag furent engagées et obtinrent un excellent résultat à la bataille de San Juan, où trois des Gatling furent utilisées, tirant en huit minutes et demie pour soutenir la charge américaine sur la crête des deux collines tenues par les Espagnols, provoquant un terrible carnage parmi les défenseurs Parker, John H. (Lt.), , Middlesex, U.K.: Echo Library (réimprimé en 2006).. Mais, dans le même temps, les Gatlings montrèrent que leur poids et leur manque de maniabilité les rendaient impropres à un déploiement avec l'infanterie, contrairement à la nouvelle mitrailleuse Colt-Browning M1895 à canon unique, qui obtint d'excellents résultats pendant la guerre, en particulier à la bataille de Guantanamo Bay. Il y eut encore un modèle 1900.
En 1903, l'armée américaine a recomposé son inventaire restant de mitrailleuses Gatling pour tirer la nouvelle cartouche 30-03 Springfield. En 1906, le processus a été répété pour permettre aux canons multicanons de tirer la nouvelle cartouche .30-06 Springfield. En 1911, les 88 mitrailleuses Gatling que l'armée avait encore en stock furent déclarées obsolètes et vendues à un revendeur de surplus militaire de New York appelé Bannerman's Paul Wahl et Don Toppel, , Arco Publishing, 1971, page 155.. Celles en dotation dans d'autres armées furent également remplacées par des mitrailleuses mono-canon plus modernes vers la même époque.
En 1904, l'armée américaine adopte la mitrailleuse Maxim à refroidissement par eau comme arme d'appui d'infanterie standard.
Après une dernière adaptation au format des cartouches de l'armée américaine en 1906, l'arme est retirée des inventaires en 1911.
En 1917, les autorités américaines republient les manuels d'utilisation dans l'idée de les redéployer sur le théâtre européen pendant la Première Guerre Mondiale, projet qui ne reçoit finalement pas d'exécution. L'arme reste inutilisée durant la Seconde Guerre Mondiale également.
Gatling M1877 de l'US Navy à dix canons :
Munition Cadence de tir théorique Longueur longueur du canon Masse à vide sans trépied Chargeur .45-70 Government 300 coups par minute 1079 mm 673 mm 77,2 kg tambour de 400 cartouches
Postérité et renaissance au
vignette|Un M134 Minigun en fonctionnement. vignette|Essai d'une mitrailleuse Gatling GAU-12 Equalizer de 25 mm équipant des avions de combat.
Le principe conçu et mis au point par Gatling offre toutefois le moyen de paralléliser efficacement les opérations mécaniques nécessaires (chargement, percussion, extraction, éjection) et laisse chambres et canons mieux refroidir, donc atteint des cadences de tir élevées, sans commune mesure avec les armes à un seul canon. Il restait donc intéressant pour le développement d'armes lourdes à mitraille développant une très grande puissance de feu, par exemple pour des avions ne pouvant réaliser que des passages brefs sur un objectif, et ayant donc besoin d'une cadence de tir très élevée pendant ce court instant.
La guerre de Corée en 1955 suivie du conflit du Vietnam vont amener à une renaissance du concept de la mitrailleuse Gatling.
En effet, les canons de 12.7 mm des appareils de combat américain manquent de puissance face à des adversaires de plus en plus rapides en combat aérien rapproché comme les Mig 17 et Mig 21 tandis que la vitesse limitée de tir des canons de 20 et limite leur usage.
Le concept et l'architecture Gatling sont redécouverts par l'entreprise américaine Général Electric. Combiné à des système de visée hydropneumatique et avec l'ajout d'un moteur d'entrainement électrique, les travaux aboutissent à divers prototypes comme le T45 de 1949 pour aboutir au M61 Vulcan de 1959. La cadence de tir atteint le nombre de à la seconde et une précision portée à .