Noël Catherine Verlée encore nommée Catherine Noël Worlee (parfois Werlée) est née à Tranquebar (ou Trinquebar) aux Indes danoises, près de Pondichéry, le et morte à Paris le . Elle épousa en secondes noces son amant Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, diplomate et homme politique français, prince souverain de Bénévent, qui joua un rôle important pendant la période révolutionnaire, le Premier Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet.
Très tôt remarquée pour sa beauté, elle épouse en 1777 un négociant naturalisé anglais du nom de George-François Grand, officier de la Compagnie des Indes. Venue en Europe dès 1780, elle s'attire les faveurs de notables fortunés ou puissants personnages en France et en Angleterre.
Son premier mariage dissous, elle épouse en 1802, le ministre des Relations extérieures Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord dont elle est la maîtresse depuis 1797. Elle tient un salon couru sous le premier empire français, au château de Valençay et en l'hôtel Saint-Florentin à Paris.
Séparée du Prince en 1816, un temps exilée, elle finit par se retirer à Paris, recevant avec moins de succès en son hôtel de la rue de Lille, où elle meurt sans postérité.
Connue d'abord comme Madame Grand du nom de son premier époux, puis Madame de Talleyrand-Périgord, ensuite Son Altesse Sérénissime la Princesse de Bénévent, elle reste enfin pour l'histoire l'unique Princesse de TalleyrandLe titre de prince de Talleyrand, conféré par Louis XVIII à titre personnel à Charles-Maurice lors de son accession à pairie, ne fut pas transmis à son neveu qui hérita de la pairie avec un titre héréditaire de duc de Talleyrand. Il n'y eut après Charles-Maurice et elle, plus aucun prince ni princesse de Talleyrand..
Les origines (1762-1797) Née dans une famille créole d'ascendance bretonne Noël Catherine Verlée est , c'est-à-dire dans la langue de son époque, issue d'une famille européenne et née aux Indes, comme on désigne alors, aussi bien, à l'Orient les terres de l'Inde et de l'Asie du Sud-Est et, à l'Occident celles des Antilles.
Son père, Jean-Pierre Verlée est né à Port-Louis dans le diocèse de Vannes, en 1724. Entré dans la Marine, il fait souche aux Indes orientales françaises et termine sa carrière capitaine de port à Chandernagor, où il décède le , titulaire de la croix de Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis.
Veuf après une première union qui lui avait donné deux filles, il épouse en secondes noces le à Pondichéry, Laurence Alleigne, née en 1744 et décédée le 11 Brumaire An XI () à Paris, elle-même issue d'une famille créole des Indes françaises.
Noël Catherine Verlée, née le Selon Bernard Mercier de Lacombe, auteur de La vie privée de Talleyrand - son émigration, son mariage, sa retraite, sa conversion, sa mort Plon-Nourrit éd., Paris, 1910, une copie de son acte de baptême conservée aux Archives Nationales indique 1765 au lieu de 1762., est la deuxième fille issue de cette seconde unionsource : "La duchesse de Talleyrand-Périgord, créole des Indes", par Michel Gaudart Lettres du C.I.D.I.F. (Centre d'Information et de Documentation de l'Inde Francophone) - Lettre , article écrit par Michel Gaudart - cf. liens externes infra.. « Elle était grande et avait toute la souplesse et la grâce si communes aux femmes nées en Orient », écrit à son sujet Madame de Rémusat dans ses Mémoires. Son portrait peint en 1783 par Élisabeth Vigée Le Brun, alors qu'elle est âgée de 20 ans, en témoigne.
Source : Dictionnaire généalogique et armorial de l'Inde française, 1560-1962, publié par A. de Place, 1997
Parvenue de l'Inde coloniale aux salons parisiens Noël Catherine Verlée se marie en premières noces, le à Chandernagor (Indes françaises) avec Georges-François Grand, né à Genève dans une famille huguenote française, naturalisé anglais pour rentrer au service de la Compagnie anglaise des Indes. Le couple s'établit à Calcutta, mais quelque temps plus tard, les rumeurs d'une liaison amoureuse de Catherine avec un officier irlandais, Sir Philip Francis, amène Georges-François Grand à reconduire son épouse à Chandernagor, avant de la renvoyer en Europe par bateau. Elle embarque ainsi le .
Après un séjour londonien, au cours duquel elle retient l'attention successive de deux riches anglais qui lui versent une rente, Madame Grand s'établit à Paris, en 1782. Elle devient rapidement une figure des salons littéraires parisiens, courtisée autant que courtisane. Elle se lie ainsi avec le baron de Frénilly. Élisabeth Vigée Le Brun, la célèbre portraitiste de la famille royale, peintre favori de la reine Marie-Antoinette, fait d’elle un portrait à l'huile. Ce tableau est exposé au salon de peinture de Paris de l'année 1783. Elle est la familière de plusieurs banquiers ou hommes d'affaires, comme Philippe Rilliet-Plantamour (Genève 1757- Paris 1845), Louis Monneron ou Valdec de Lessart, contrôleur général des finances en 1790.
Elle s'adonne en ces années 1797-1800 à des activités de renseignement pour le gouvernement anglaisEmmanuel de Waresquiel, Talleyrand : Le prince immobile, Fayard, 2003, p. 250-251.
Les jours de gloire (1798-1816) Épouse de ministre : le mariage avec Talleyrand-Périgord, évêque Noël Catherine Verlée a divorcé le 18 germinal an VI () à Paris, de Georges-François Grand. Le 23 Fructidor an X () à Paris, elle épouse en secondes noces, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838) qu'elle connait depuis trois ans. Talleyrand est alors ministre des Relations extérieures depuis le , nommé sous le Directoire; puis après un intermède entre le et , il est de nouveau à ce poste sous le Consulat. Napoléon Bonaparte, Premier Consul, exige soit la séparation, soit le mariage car, Talleyrand, héritier d'une grande famille, est certes un diplomate de premier plan, mais n'en est pas moins prêtre ordonné le , sacré le évêque et ancien titulaire de l'évêché d'Autun. Talleyrand décide de se marier, car il est très épris de celle qui semble lui avoir révélé les grâces de l'amour charnel. Le prude Mathieu Molé dit de cette relation : « Le pouvoir qu’elle avait sur lui avait cela de repoussant qu’on ne pouvait lui assigner que la plus charnelle origine. »source : Michel Missoffe Le cœur secret de Talleyrand PERRIN Ed., Paris, 1956
À grand renfort de diplomatie, le , un bref du Pape Pie VII autorise Talleyrand au port des habits civils des laïcs, à la communion laïque et à l'exercice de ses fonctions publiques, mais ne le réduit pas à l’état laïc, du fait de son sacre épiscopal. Talleyrand qui s'est pourtant entremis en ce sens, ne reçoit pas l’autorisation papale de se marierLe pape Pie VII écrit le 30 juin 1802 au Premier consul Bonaparte pour le lui expliquer :« Nous nous serions encore prêtés à satisfaire votre ministre dans son désir de prendre femme si les lois de l'Église ne s'y opposaient.Il n'existe pas, en dix-huit siècles, un seul exemple de dispense accordée à un évêque consacré pour qu'il se marie. (…) Votre sagesse vous prouvera que nous ne pouvions faire davantage que nous n'avons fait. La teneur du bref que nous lui adressons montrera à M. de Talleyrand combien ont pesé auprès de nous et l'intérêt que vous lui portez et les services qu'il a rendus pour le rétablissement de la religion en France.». Pourtant le 2 fructidor an X (), les Consuls de la République enregistrent le bref de façon ambiguë, en faisant du retour de l'évêque Talleyrand à la communion laïque dans l'Église, une sécularisation et une réduction à l'état de laïcL'arrêté est rédigé ainsi : « les Consuls de la République, vu le bref du pape Pie VII donné a Saint-Pierre de Rome le 29 juin 1802; sur le rapport du conseiller d'État chargé de toutes les affaires concernant les cultes; le Conseil d'État entendu ; Arrêtent: Le bref du pape Pie VII, donné à Saint-Pierre de Rome le 29 juin 1802, par lequel le citoyen Charles-Maurice Talleyrand, ministre des Relations extérieures, est rendu à la vie séculière et laïque, aura son plein et entier effet.». Le mariage civil est célébré le à l'Hospice des Incurables, rue de Verneuil à Paris. Le contrat de mariage est signé devant deux notaires et contresigné par les deux frères de Talleyrand, Archambaud et Boson, par le Premier consul Napoléon Bonaparte et son épouse Joséphine, par les deux autres consuls Cambacérès et Lebrun et par Hugues-Bernard Maret. Les témoins du mariage sont Pierre-Louis Roederer, Étienne Eustache Bruix, Pierre Riel de Beurnonville, Maximilien Radix de Sainte-Foix et Karl Heinrich Otto de Nassau-Siegen.
Talleyrand étant toujours considéré comme évêque par l'Église (sacre du ), ce mariage n'avait pas de valeur canoniquesource : Talleyrand. Le prince immobile d'Emmanuel de Waresquiel, Fayard, 2003.. Malgré cela, plusieurs mémorialistes affirment qu'en outre, une bénédiction nuptiale fut donnée aux époux par l'abbé Jean-Nicolas Pourez, prêtre constitutionnel d'Épinay-sur-SeineCuré né en 1733 ayant officié à Epinay-sur Seine de 1761 à sa mort le 4 novembre 1826. Source : Epinay en scène, magazine d'information municipale décembre 2008 : « Le presbytère de la paroisse Saint-Médard », soit en son église Saint-Médard d'Épinay-sur-Seine, soit à Paris en la chapelle des Missions étrangères, voisine de l'hôtel de Galliffet, où le ministre des Relations extérieures Talleyrand résidesource : Bernard Mercier de Lacombe, La vie privée de Talleyrand - son émigration, son mariage, sa retraite, sa conversion, sa mort Plon-Nourrit éd., Paris, 1910..
Princesse : une figure du Tout-Paris, châtelaine à Valençay vignette|gauche|alt=Portrait de la future Princesse de Talleyrand par F. Baron Gérard|Madame de Talleyrand-Périgord, bientôt S.A.S. la Princesse de Bénévent, future Princesse de Talleyrand, peinte vers 1805 par le (futur) Baron GérardCe portrait en pied par le baron Gérard, conservé par les héritiers Talleyrand a été vendu 2.101.965 euros par Sotheby's à New-York le 24 janvier 2002 (reproduit dans "L'Estampille - L'Objet d'art" n°367/mars 2002, p.26.) Le , l'empereur Napoléon fait Talleyrand prince de Bénévent. L'ex-madame Grand devient ainsi, par son mariage avec Charles-Maurice, « Son Altesse Sérénissime la princesse de Bénévent ». À ceux qui viennent le féliciter, le nouveau prince répond, dit-on : « Allez donc féliciter madame de Talleyrand, les femmes sont toujours très fières de devenir princesse. » Plus tard, Louis XVIII, restauré sur le trône de France après l'abdication le 14 avril 1814 de Napoléon, nomme le , Talleyrand qui lui a fait allégeance, pair de France avec le titre de « prince de Talleyrand ». Catherine, son épouse, sera désormais connue comme la « princesse de Talleyrand », titre qu'elle portera jusqu'à sa mort.
Catherine, princesse de Talleyrand, est une figure du Tout-Paris impérial et les méchantes langues disent alors qu'elle est la femme la plus stupide de Paris. D'aucuns l'ont rendue célèbre pour avoir dit beaucoup de « bêtises », dont le fameux : « Je suis d'Inde », vraisemblablement apocryphe. De nombreuses gaffes publiques lui sont prêtées, ce qui amuse l'empereur Napoléon. Ses contemporains disent d'elle que « c'était la Belle et la Bête réunies en une seule personne ».