Les alignements de Carnac sont un ensemble de quatre sites mégalithiques (Kermario, le Ménec, Kerlescan, Petit Ménec), situé sur les communes de Carnac et de La Trinité-sur-Mer.

Constitués de menhirs et d'enceintes mégalithiques associés à des tombes individuelles (tumulus mégalithiques) ou collectives (dolmens) s'étirant sur plus de quatre kilomètres, ces alignements mégalithiques, érigés vers avant J.C, sont les ensembles mégalithiques les plus célèbres de France et les plus impressionnants de cette période, avec près de levées. Si désormais, chaque site semble isolé, au Néolithique, une continuité visuelle existait entre ces différents alignements.

Face aux destructions constatées, les alignements sont protégés au titre des monuments historiques dès 1889. Victimes de leur succès touristique, les sites feront l'objet de mesures strictes d'aménagements et de régulation dès le début des années 1990 par le Centre des monuments nationaux.

En , les alignements sont inscrits sur la liste de l'UNESCO au Patrimoine mondial dans le bien des mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan.

Histoire

Destructions vignette|Dès 1840, Prosper Mérimée s'inquiète des destructions opérées dans les alignements de Carnac.

En 1629, de nombreuses pierres sont prélevées et débitées pour construire l'église de Carnac. Tout au long du et au début du , les alignements de Carnac servent de carrière de pierre pour toutes les constructions locales (clôtures des champs, phares, maisons, canaux, routes, chemins de fer…).

Théories développées au Les premières mentions des sites ne sont pas antérieures à la deuxième moitié du . À l'époque, les antiquaires, cherchant une explication à l'ampleur des alignements, développent des interprétations d'autant plus fantaisistes que certains d'entre eux parlent des alignements sans probablement jamais les avoir vusAndré-François Boureau-Deslandes décrit ainsi plus d'une centaine de trilithes, semblant plus inspirés par Stonehenge que par les alignements, et affirme que les habitants les appellent lie haven (terme breton qui n'existe que dans le Finistère).. En 1732, l'écrivain André-François Boureau-Deslandes voit dans ces pierres des vestiges du Déluge..

D'autres érudits attribuent les alignements aux Romains et contribuent à la diffusion de la thèse du « camp de César ». En 1755, Royer de la Sauvagère, officier du génie, émet l'idée que les alignements seraient les vestiges d'un camp romain, datant de la Guerre des Gaules, ayant contenu de , et que les soldats romains auraient dressés les pierres pour protéger leurs tentes du vent. Dans sa Description historique, topographique et naturelle de l'Ancienne Armorique ou Petite Bretagne rédigée vers 1753-1755, Christophe-Paul de Robien donne la première représentation connue des menhirs de Carnac (alignements de Kermario), qu'il qualifie d'« antiquités gauloises », et souligne que les pierres semblent avoir été disposées selon leur ordre de taille. Robien remet en question l'hypothèse qu'il s'agirait d'un ancien cimetière. En 1764, Anne-Claude de Caylus réfute la thèse de la Sauvagère et estime que les alignements résultent de l’installation d'une population étrangère venue s'établir en territoire vénète.

Théories développées au

Théories en rapport aux druides vignette|Druides pratiquant des sacrifices humains en forêt de Carnac, à l'arrière-plan, un alignement (Les Mystères de Paris d'Eugène Sue, 1851).

Dans la première édition du Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne parue en 1788-1790, Ogée reprend la thèse de la Sauvagère (camp de César) puis fait sienne l'opinion de François de Pommereuil, capitaine d'artillerie, qui y voit un monument religieux des Celtes. Tout au long du , l'essor de la celtomanie contribue à voir dans les mégalithes des « pierres druidiques » et à accorder aux alignements de Carnac diverses fonctions symboliques et sacrées : lieux de culte phallique. ou ophiolâtrique, usage solaire ou du zodiacal (Jacques Cambry-1805)Le premier chapitre de son Monuments celtiques ou Recherches sur le culte des pierres est entièrement consacré à Carnac.., site de rassemblement des druides de l'Armorique et des îles britanniques (La Tour-d'Auvergne -1792), temple druidique (Mahé-1825), calendrier marquant les cycles agricoles.

En 1858, Flaubert avec beaucoup d'humour se gausse franchement de toutes ces thèses pseudo-scientifiques :

Essor d'une approche plus scientifique thumb|upright=1.5|Le plan de Murray Vicars, en 1832, recensant aussi des mégalithes de Erdeven, Plouharnel, La Trinité-sur-Mer et l'Île-aux-Moines.

En 1805, Maudet de Penhoët reprenant les thèses de ses prédécesseurs, voit dans les alignements des monuments funéraires élevés par les Gaulois en l'honneur des guerriers tombés lors du siège de Dariorigum (Vannes) mais il est le premier à souligner l'intérêt d'entreprendre des fouilles. Les premiers relevés topographiques des sites sont dus à Jean-Baptiste-Joseph Jorand en 1823Voire la notice du peintre dans la Biographie universelle ancienne et moderne de Louis-Gabriel Michaud (1843, , ). Monumens celtiques de Carnac, de Locmariaker Sra, faisant suite à ceux de l'atlas des siècles de la monarchie française, Jean-Baptiste-Joseph Jorand, Paris, Engelmann, 1830 (en ligne). et le premier plan de masse des monuments de la région est levé par Murray Vicars en 1832Il ne sera publié en France, dans une version simplifiée, qu'en 1878 dans la traduction de l'ouvrage de James Fergusson Rude stones monuments in all countries.. Dès 1836, dans ses Notes d'un voyage dans l'Ouest de la France, Mérimée critique les antiquaires étrangers et bretons qui publient des travaux sur les pierres « dites celtiques ou druidiques » et émettent des thèses qui reposent plus sur leur imagination que sur des observations factuelles.

Dans le dernier quart du , les fouilles des archéologues étrangers (W. C. Lukis, J. Miln) et ceux de la Société polymathique du Morbihan conduisent à de nouvelles interprétations fondées sur l'archéologie mais elles se consacrent essentiellement aux monuments funéraires (tumulus et dolmens). En 1877-1878, Miln réalise l'unique fouille connue pour le site de Kermario, dont les résultats s'avèrent décevants.

Autres théories En 1872, dans son ouvrage Rude stones monuments in all countries, premier ouvrage de synthèse sur les monuments mégalithiques dans le monde reprenant les dernières découvertes archéologiques connues, l'écossais James Fergusson énonce que « les alignements de Carnac ne sont ni des temples, ni des tombeaux, ni des lieux de réunion » mais l'abondance des objets d'époque romaine recueillis sur les sites le conduise à maintenir « qu'ils ne sont pas antérieurs aux Romains » et il affirme en conclusion « ce sont des trophées et la bataille qu'ils rappellent fut livrée entre les années 380 et 550 de notre ère, c'est-à-dire à l'époque d'Arthur, à laquelle appartiennent également les constructions mégalithiques de la Grande-Bretagne ».

En 1906, H.-P. Hirmenech défend une thèse selon laquelle les alignements auraient été élevés en mémoire de combattants venus du Nord qui seraient morts lors du siège de Troie. En 1914, le préhistorien Marcel Baudouin, grâce à une méthode basée sur l'astronomie, prétend être capable de donner la date de construction des alignementsIl date l'alignement du Petit-Menec de 13 000 ans, ceux du Menec et de Sainte-Barbe de 12 000 ans, Kermario de 8 000 ans, Kerlescan de 6 000 ans et Kerzhero de 7 800 à 6 000 ans avant le présent.. En 1930, A. Baschmakoff dans un long article publié dans la revue L'Anthropologie soutiendra que l'ensemble des alignements serait la représentation d'un clan tribal, chaque file représentant une subdivision du clan.

Mesures de protection En 1834, Prosper Mérimée, en tant qu'inspecteur général des Monuments historiques, entreprend une tournée d'inspection et consacre une quinzaine de pages de ses Notes d'un voyage dans l'Ouest de la France (1835) à la description des alignements de Carnac et ceux-ci seront mentionnés dans la première liste de monuments en péril dès 1840.

En 1879, la Commission des monuments mégalithiques est créée par l'État. Présidée par Henri Martin, elle est chargée de procéder aux acquisitions des grands sites mégalithiques bretons dont les alignements de Carnac. Pour faire face aux exigences financières des propriétaires, à partir de 1887, l'État peut recourir aux expropriations (Menec, Kermario). Les alignements du Ménec, de Kermario et de Kerlescan sont classés au titre des monuments historiques par la liste de 1889.

Fin , les alignements sont en très mauvais état et, bien que classés, il est nécessaire de faire clôturer les sites avec des murets de pierres pour éviter que les destructions se poursuivent. Félix Gaillard qui a été chargé d'acquérir et de restaurer les monuments pour le compte de la Commission des monuments mégalithiques entreprend un décompte des menhirs avant restauration : sur les recensés près des deux tiers sont couchés au sol (à Kermario seuls sont debout sur un total de ). Les premières restaurations sont parfois abusives : il existe ainsi aujourd'hui des files de pierres là ou aucune n'était visible sur des photographies anciennes. Malgré cette prise de conscience, durant la première moitié du , l'essor de la mécanisation agraire entraîne encore la mise en culture des champs où des menhirs sont présents et certains sont déplacés ou débités pour faciliter l'exploitation des terres. En 1947, le projet de construction de la future RD 196 prévoit de faire passer la route départementale entre les deux files les plus méridionales de l'alignement du Ménec et de réutiliser les quelques menhirs qui seront déplacés pour combler les files incomplètes. Dès le lancement des travaux en 1953, une polémique oppose alors l'État, la commune de Carnac, la Société préhistorique française et des propriétaires locaux et finalement le tracé sera dévié (la route longe le site au sud) mais les strates archéologiques et les files de menhirs les plus méridionales des alignements ont été endommagées.

Depuis le Pendant l'Occupation, des archéologues allemands s'intéressent aux alignements de Carnac y voyant un signe de l'« indo-germanisation » de la région par des populations extérieures venues du nord par la mer. Ces recherches, organisées par l'Institut archéologique allemand, sont directement chapeautées par Alfred Rosenberg et bénéficient de l'aide de la Luftwaffe pour réaliser des relevés topographiques du secteurReena Perschke: Les mégalithes du Morbihan littoral sous l´occupation allemande (1940-1944). Bulletin et Mémoires du Morbihan, Société Polymathique du Morbihan, (Vannes 2013), (en ligne). Voir aussi Laurent Olivier, « [Renaissance de l'historiographie, 2] L'archéologie nazie, un passé qui ne passe pas », dans Cours du Collège de France, (en ligne)Jean-Pierre Legendre, Laurent Olivier, Bernadette Schnitzler, Des archéologues nazis en France occupée, La Recherche, , ..

Description

Les alignements de Carnac s'étendent sur environ de longueur, entre la baie de Plouharnel et la rivière de la Trinité-sur-Mer et il est possible qu'à l'origine ils aient même atteint la rivière de Crac'h, ce qui porterait leur longueur totale à . Ils marquent la jonction de deux territoires différents, l'un littoral au sud et l'autre continental au nord. Ils comprennent environ , chiffre sans doute largement en deçà de ce qui existait au Néolithique..