Les procès des sorcières de Salem sont une série de procès en sorcellerie célèbres de l'histoire coloniale de l'Amérique du Nord, situés entre et dans plusieurs villages du Massachusetts proches de Salem, dans les Treize colonies, qui entraînèrent l'arrestation d'une centaine de personnes et l'exécution de quatorze femmes et de six hommes. C'est la chasse aux sorcières la plus importante de l'histoire de l'Amérique du NordL'Europe ayant quant à elle également connu des événements similaires, mais en plus grand nombre, entre la fin du et la fin du ..

Les causes de cette crise ont été longuement débattues par les historiens. Le contexte est celui d'une jeune colonie en expansion, en conflit armé avec les autochtones et dans l'incapacité d'être efficacement soutenue par la lointaine Angleterre. L'hypothèse d'hallucinations dues à l'ergot du seigle a également été avancée.

Cet épisode a été très largement utilisé, dans la littérature populaire et dans la rhétorique politique américaine, pour mettre en garde contre les dangers de l'isolationnisme, de l'extrémisme religieux, des fausses accusations ou des erreurs de procédure judiciaire.. De nombreux historiens estiment que ces procès ont eu une influence profonde et durable sur l'histoire des États-Unis. Ainsi, l'historien George Lincoln Burr écrivit : « la sorcellerie de Salem a été le roc sur lequel la théocratie s'est brisée »..

Contexte historique et propagation de la haine Au , les villes et villages du Massachusetts étaient principalement des sociétés coloniales basées sur des traditions chrétiennes. Les gouverneurs étaient des conservateurs puritains ayant des passés reliés de près à la religion. Ils visaient à protéger le pouvoir des Anglais face aux Français (qui détenaient alors le Québec) ainsi qu’aux autochtones. La colonie de la baie du Massachusetts avait alors un avantage économique, qui poussa au développement d’une classe marchande florissante. Le contexte politique de l’arrondissement de Salem était lui-même conflictuel. Il y avait beaucoup de disputes internes entre villageois, mais également des disputes entre les villages s’accusant chacun d’avoir plus de privilèges que les autres. En 1672, Salem Village, envieux alors de la réussite financière de Salem Town, fit une demande pour avoir son propre pasteur. Cependant, les frais d’un pasteur ayant ce rôle ne firent qu’aggraver les disputes au sein du village. Les pasteurs ne restaient alors jamais plus de quelques années, jugeant Salem Village trop instable..

En 1689, Samuel Parris, le nouveau pasteur, se mit à la recherche d’une raison aux malheurs de Salem. Il motiva les villageois en se référant à la Bible, Exode 22:17, «Tu ne laisseras point vivre la magicienne. » Il est important de préciser qu’il est historiquement décrit comme un marchand raté et amer, envieux des gens qui réussissaient. Ainsi beaucoup pensent que, en plus de ses croyances, sa haine personnelle jouait également sur son jugement et sur ses prises de parole publiques..

La piété régnant au sein du monde des puritains, il est indéniable que les croyances religieuses ont eu leur part de causalité dans cette affaire. Par exemple, près de 85 % des accusés lors du procès étaient des femmes, ce qui était, à l’époque, justifié par le fait que Dieu voyait les hommes et les femmes égaux mais pas Satan. Les auteurs de l’époque jugeaient souvent les femmes comme « enfants du démon ». Cette pensée était vraiment ancrée dans les mœurs de l’époque.

D’autres personnes influentes ont joué un rôle dans la propagation de la haine envers une potentielle sorcellerie. Cette peur venait déjà de l’Europe et certains comptes rendus de procès de sorcières datant du étaient rendus célèbres par des livres ou des mélodrames comme The Late Lancashire Witches de Thomas Heywood..right|thumb|400px|La salle d'audience, illustration de 1876.

Les faits En 1692, à Salem Village, aujourd'hui Danvers (Massachusetts, États-Unis) et non, contrairement à ce que l'on croit, dans la ville voisine de Salem où le procès se déroula, quelques jeunes filles, notamment Abigail Williams, Ann Putnam et Betty Parris, accusent certains concitoyens de les avoir envoûtées et d'être des sorciers ou des magiciens, alliés de Satan.

La communauté, assiégée par les Amérindiens et dépourvue de gouvernement légitime, prête foi aux accusations et condamne les personnes mises en cause à avouer les faits de sorcellerie ou à être pendues. Les accusations s'étendent rapidement. En moins de deux mois, les communautés suivantes sont concernées : Andover, Amesbury, Salisbury, Haverhill, Topsfield, Ipswich, Rowley, Gloucester, Manchester, Malden, Charlestown, Billerica, Beverly, Reading, Woburn, Lynn, Marblehead et Boston.

Début de l'affaire left|thumb|Arrestation d'une « présumée » sorcière, illustration de 1883 de Howard Pyle.

Durant l'hiver glacial de 1691/1692, Betty Parris et Abigail Williams, respectivement fille (âgée de ) et nièce (âgée de ) du révérend Samuel Parris, se réunissent régulièrement pour jouer à des jeux de divination. Betty Parris demande à une esclave servante de la maison Parris, Tituba, de leur apprendre à lire l'avenir.. Lors d'une nouvelle séance de divination, une des fillettes dit avoir eu la vision d'un spectre, qu'une angoisse très forte et qu'une paralysie au niveau de la respiration l'a submergée. Par la suite, elles se mettent — dit-on — à agir d'une curieuse manière : elles parlent une langue inconnue, se cachent, traînent des pieds en marchant, sont sujettes à des convulsions et des hallucinations. Les médecins consultés ne parviennent pas à identifier le problème ; l'un d'eux conclut même à une possession satanique& Melissa M. YOST, Witch trial, Documentary Archives and Transcription Project .. Parris et les autres notables de la ville pressent Betty et Abigail, puis les autres filles atteintes de manière identique, Ann Putnam, Betty Hubbard, Mercy Lewis, Susannah Sheldon, Mercy Short et Mary Warren, de nommer ceux qui les ont maudites. Elles auraient été alors prises par la culpabilité et la peur liées à la pensée puritaine omniprésente qui condamne la divination comme de la sorcellerie. Elles se décident alors à donner des noms..

Les trois premières femmes accusées sont Sarah Good, Sarah Osborne et Tituba. Sarah Good est une mendiante, fille déshéritée d'une aubergiste française qui s'était donné la mort quand Sarah était adolescente, une femme louche : elle murmure quand on lui donne de la nourriture. Sarah Osborne est une vieille femme alitée, qui a suscité la réprobation générale en captant l'héritage des enfants de son premier mari pour le remettre à son nouvel époux. Quant à Tituba, c'est l'esclave amérindienne de Samuel Parris.

Les trois femmes sont officiellement accusées de sorcellerie le et mises en prison. Voyant que les crises se poursuivent malgré les arrestations, Betty et Abigail lancent d'autres accusations. Dorothy Good (la fillette de Sarah Good, âgée de ), Rebecca Nurse (une grand-mère malade et pieuse), Abigail Hobbs, Deliverance Hobbs, Martha Corey, ainsi qu'Elizabeth et John Proctor. Les accusations de Betty et Abigail n'étaient pas lancées à la légère et certaines études expliquent que des tensions sociales sont à l'origine des accusations. Notamment le fait que la grande majorité des accusés vivaient à Salem (la ville portuaire, donc plus riche), alors que les accusatrices venaient de Salem Village (plus rurale, à l'intérieur des terres). On peut aussi supposer que Betty et Abigail ont accusé des personnes qui avaient causé du tort à leur famille, comme la famille Nurse qui occupait des terres appartenant à la famille Parris.ou la famille Ostrowski, qui avait émigré au siècle précédent et qui faisait donc figure de bouc émissaire car elle ne maîtrisait pas correctement la langue anglaise.

Les prisons se remplissent progressivement et un nouveau problème surgit : sans forme légitime d'institution judiciaire, les accusés ne peuvent être jugés. Ainsi, aucun procès n'a lieu avant la fin , lorsque le gouverneur William Phips arrive et institue un tribunal pour (qui signifie « entendre et décider » en ancien français). Sarah Osborne est déjà morte en prison sans avoir été jugée. Sarah Good a accouché d'une petite fille, et lorsque le pasteur est venu pour l'écouter se confesser, elle lui aurait dit : « Vous êtes un menteur. Je ne suis pas plus une Sorcière que vous n'êtes un Sorcier, et si vous me tuez, Dieu vous donnera du sang à boire. ».. Seule Tituba a avoué être une sorcière, les deux autres ont toujours plaidé leur innocence.

droite|vignette|Witch Hill ou Le Martyr de Salem (The Salem Martyr ; New York Historical Society), par Thomas Satterwhite Noble.

Condamnations et exécutions Pendant l'été, la cour siège une fois par mois. Elizabeth Proctor et au moins une autre femme bénéficient d'un sursis à exécution (, « enceintes ») : quoique condamnées, elles ne seront pendues qu'après la naissance de leur enfant. Une série de quatre exécutions a lieu au cours de l'été, avec la pendaison de dix-neuf personnes, au nombre desquelles : un pasteur respecté, un ancien policier qui a refusé d'arrêter davantage de prétendues sorcières et trois personnes disposant d'une certaine fortune. Cinq des dix-neuf victimes sont des hommes ; la plupart des autres sont de vieilles femmes misérables.

En , une équipe de chercheurs s'appuyant sur les documents d'époque, les recherches effectuées au début du par l'historien , la photographie aérienne et l'utilisation d'un radar à pénétration de sol a formellement identifié l'endroit exact des pendaisons. Il s'agit d'un petit terrain appartenant à la ville, situé entre deux rues résidentielles et connu sous le nom de . Aucune trace d'érection de potence n'ayant été trouvée, les chercheurs supposent que c'est un grand arbre qui a servi de support aux exécutions. Le sol étant rocailleux, les victimes n'ont pas pu être enterrées sur place..

Une seule des mises à mort ne s'accomplit pas par pendaison. Giles Corey, un fermier âgé de , refuse de se défendre en justice. La loi prévoit dans ce cas l'application d'une forme de torture dénommée peine forte et dure, consistant à empiler une à une de larges pierres sur la poitrine du prévenu, jusqu'à l'écrasement ; après trois jours d'atroces douleurs, Corey meurt en persistant dans son refus de se défendre. On a pu croire de manière erronée que Corey refusait de se défendre devant la cour pour éviter la confiscation de ses biens par l'État : en fait, les confiscations n'étaient pas systématiques et intervenaient le plus souvent avant le procès et la condamnation. On pense maintenant que l'attitude de Corey s'explique par le fort caractère du vieil homme, qui se savait condamné d'avance.

L'agriculture souffre autant que les hommes. Les bêtes ne sont plus soignées, les récoltes sont laissées à l'abandon. Des accusés prennent la fuite vers New York ou au-delà pour échapper à l'arrestation. Les scieries sont vides, leurs propriétaires disparus ou perturbés, leurs employés badaudant devant les prisons, participant aux réunions communautaires, ou eux-mêmes arrêtés. Le commerce ralentit fortement

Épilogue Les procès en sorcellerie s'achèvent finalement en . Les accusés sont progressivement mis en liberté jusqu'au printemps suivant. Officiellement, le gouverneur royal du Massachusetts, Sir William Phips, met un terme à la procédure après l'appel formé par le clergé bostonien mené par Increase Mather. Celui-ci publie (« Cas de conscience concernant les esprits maléfiques ») le , ouvrage qui contient notamment la phrase suivante : ().

L'affaire a eu un impact si profond qu'elle a contribué à réduire l'influence de la foi puritaine sur le gouvernement de Nouvelle-Angleterre et a indirectement influencé les débats juridiques sur le respect des formes de procès équitables avec des procédures régulières qui seront consacrés un siècle plus tard dans le Bill of Rights (1791).