Frédégonde, née vers 545 à Montdidier ou Angicourt et morte en 597 à ParisChristian Bouyer, Dictionnaire des Reines de France, Librairie Académique Perrin, 1992 , ., est reine de Neustrie après son mariage avec le roi mérovingien .

Avec la reine Brunehaut, elle compte parmi les femmes ayant joué un rôle de premier plan dans la longue période de guerres entre rois francs, commencée en 570 et achevée en 613 par la victoire de son fils .

Introduction vignette|Le royaume des Francs en 561 après sa division en sous-royaumes. Contexte historique : territoires francs au La vie de Frédégonde se déroule dans le cadre territorial et politique issu du partage du royaume franc effectué en 561 à la mort de Clotaire, fils de Clovis et père de Chilpéric.

À la mort de Clovis, en 511, quatre royaumes avaient été créés avec pour capitales Reims, Soissons, Paris et Orléans, l'Aquitaine étant répartie séparément. Dans les années 550, Clotaire, dernier survivant des quatre frères reconstitue l'unité du royaume franc, augmenté du territoire burgonde (Burgundia, Burgondie, Bourgogne) conquis entretemps.

En 561, les quatre fils de Clotaire effectuent un partage analogue à celui de 511 : Sigebert à Reims (puis Metz), Chilpéric à Soissons, Caribert à Paris, Gontran à Orléans (puis Chalon), ce dernier royaume incluant maintenant le territoire burgonde. Ils se répartissent de nouveau l'Aquitaine séparément.

À la mort de Caribert en 567, sa part est partagée entre les trois survivants : en particulier, Chilpéric (Soissons) reçoit Rouen et Sigebert (Metz) reçoit Paris.

Sources

Les principales sources d'époque sont la chronique de Grégoire de Tours, Histoire des Francs, qui s'arrête en 591, celle de Frédégaire ainsi que la vie en prose de Radegonde de Poitiers et les poèmes de Venance Fortunat.

Grégoire de Tours décrit Frédégonde comme une femme cruelle bien qu'elle apparaisse également donnant asile à une jeune fille bannie de sa ville. ou cherchant à apaiser une querelle entre Francs..

Il faut savoir que leurs auteurs sont de parti pris. Grégoire, évêque de Tours, est même un acteur des conflits de l'époque et un partisan du roi d'Austrasie, ..

Par contre, Venance Fortunat la décrit comme une reine avisée et d'une aide précieuse pour le roi..

Ses contemporains n'hésitent pas également à user du meurtre et de la torture .

La chronique de Frédégaire, du , commence en 584, est en revanche hostile à Brunehaut.

Biographie Ascension Frédégonde est probablement une suivante de la reine Audevère, première épouse de Chilpéric. Elle serait née à Angicourt (actuelle Oise), dans une famille de serfs.

Le roi en fait rapidement sa concubineGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 28.. Mais, désirant une aussi noble alliance que celle de Sigebert, qui a épousé la princesse wisigothe Brunehaut, fille d'Athanagild, Chilpéric épouse, en 566, Galswinthe, sœur aînée de Brunehaut. Déçue par son mariage, Galswinthe exige le départ de Frédégonde puis, menacée de répudiation, elle demande à retourner en Espagne. En 568, elle est trouvée étranglée dans son lit.

Après quelques jours de veuvage, Chilpéric reprit Frédégonde, qu'il épousa.

Faide royale jusqu'en 584 thumb|Gravure du tombeau de Frédégonde dans l’Histoire populaire contemporaine de la France, tome 1 de Charles Lahure. Pour apaiser la colère de la reine Brunehaut, Sigebert convoque Chilpéric à une assemblée présidée par leur frère Gontran. Celui-ci décide qu'à titre de compensation (wergeld), les citésLe mot « cité » ne correspond pas à une ville, mais à l'ancienne civitas gallo-romaine, devenue diocèse épiscopal. reçues par Galswinthe à titre de douaireDouaire : Morgengabe, don du lendemain (de la nuit de noces). L'épouse apporte une dot fournie par ses parents, mais reçoit de l'époux un douaire, qui devient effectif en cas de décès de l'époux. Le douaire de Galswinthe est le seul dont le contenu soit indiqué par les sources. (Bordeaux, Limoges, Cahors, Béarn, Bigorre), deviendraient immédiatement la propriété de Brunehaut et de ses héritiers. Chilpéric semble se soumettre à la décision de ses frères pour gagner du temps, mais il ne tient pas son engagement et se lance au contraire dans une guerre contre Sigebert, d'abord en Aquitaine, puis dans le royaume de Metz.

En 575, Sigebert réplique en lançant à partir de Paris deux attaques, l'une vers Rouen, l'autre vers la Picardie. Chilpéric, après que son armée a fait défection, s'enferme dans Tournai, tandis que Sigebert obtient le ralliement d'une partie de son armée à Vitry, près d'Arras : il est même « hissé sur le pavois », c'est-à-dire reconnu comme roi. Mais il est assassiné juste après par deux leudesGrégoire de Tours considère qu'il s'agit de pages de Frédégonde : Histoire des Francs, , 51. envoyés de Chilpéric et de FrédégondeIl n'y a pas a priori de raison de penser que Frédégonde ait seule décidé cet assassinat.Anne Bernet, « Ces drôles de Mérovingiens avec leur reine Frédégonde », Au cœur de l'histoire, 15 février 2012..

La situation de la Neustrie se rétablit alors. Chilpéric s'empare de Paris ; le successeur de Sigebert, , lui échappe, mais Brunehaut est faite prisonnière et emmenée à Rouen, dont l'évêque est Prétextat.

L'année suivante, Brunehaut réussit à séduire et à épouser le fils de Chilpéric, Mérovée, fils d'une première épouse, Audovère. Mérovée est par ailleurs le filleul de Prétextat. Chilpéric réagit à cet acte de rébellion en faisant déposer Prétextat par une assemblée d'évêques ; il fait aussi tonsurer Mérovée, qui est ensuite assassiné (577), peut-être à l'instigation de Frédégonde. Brunehaut réussit à s'échapper et rejoint , devenant régente du royaume de Metz. En 580, disparaît aussi un autre fils d'Audovère et Chilpéric, Clovis., puis Audovère (580) ; Basine subit de mauvais traitementsBasine est violée par les soldats de Frédégonde avant d'être recluse à l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers.. Frédégonde est de nouveau soupçonnée d'être responsable de ces événements ; elle veut assurer à sa propre descendance la succession de Chilpéric. Mais ses propres enfants meurent en bas âge : le petit Samson, né pendant le siège de Tournai fin 575., mort avant 5 ans, ses frères Dagobert (580 – 580) et Chlodebert (565/570 – 580). en septembre – ; Thierry (582 – 584)..

Année 584 : naissance de Clotaire et mort de Chilpéric Au printemps 584, naît un fils de Chilpéric et Frédégonde : le futur Clotaire, dont la naissance n'est pas annoncée pour protéger le seul héritier vivant, et qui est d'abord placé à l'abri dans la villa de Vitry, en Artois.

Un soir de , est assassiné près de sa villa de Chelles, après une partie de chasse ; peut-être sur ordre de la reine Brunehaut par vengeanceFrédégaire, Chronique, , 93., ou de sa propre femme, accusée d'adultère et dont le fils Clotaire non reconnu officiellement serait un bâtard. Cet événement produit un désordre général dans le royaume de Neustrie et dans ses dépendances.

Désordres dans le royaume Les Grands de Neustrie pillent les trésors de Chilpéric, notamment son missorium d'orGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 4. et s'emparent de tous les documents importants, pour se réfugier en Austrasie. La princesse Rigonde, en chemin vers l'Espagne en vue d'épouser le prince Recarède, est attaquée à Toulouse par le duc Didier, lié à la conspiration de Gondovald, qui lui vole tout ce qui reste de sa dot, de sorte qu'elle est obligée de renoncer à son mariage avec RecarèdeGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 9.. Des guerres éclatent entre des cités rivales : ainsi, Orléans et Blois se dressent contre Chartres et ChâteaudunGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 2..

Rapprochement avec Gontran Frédégonde réussit à conserver ses trésors personnels et quelques officiers, comme Ansoald et AudonGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 15., alors que d'autres l'abandonnent, comme le chambrier EberulfGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 21.. Elle fait emmener son fils de Vitry à Paris et envoie un message à Gontran, roi de Bourgogne, pour qu'il accepte d'adopter l'enfantGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 5. et d'exercer la régence jusqu'à sa majorité.

Des pourparlers s'engagent entre et Brunehaut d'une part, qui envisagent de s'installer à Paris, Gontran d'autre part : celui-ci refuse qu'ils entrent dans la ville. Il refuse également de leur livrer Frédégonde, que Brunehaut réclame en invoquant le régicide de , des princes Mérovée et Clovis et même de Chilpéric.

Assemblée de Neustrie et reconnaissance de Clotaire Gontran convoque ensuite une assemblée des Grands de Neustrie, au cours de laquelle l'enfant de Frédégonde est reconnu comme fils de , bien que des doutes sur sa paternité aient été évoquésGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 9.. Ils décident de lui donner le nom de ClotaireGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 7., nom du grand-père du nouveau-né. Celui-ci est alors adopté par Gontran.

Gouvernement de Gontran (584 – 586) Frédégonde écartée du pouvoir par Gontran L'ordre est progressivement rétabli dans les cités, qui font alors serment de fidélité à Gontran et à ClotaireGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 8.. Contre l'avis de Frédégonde et peut-être pour montrer son autoritéGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 16., Gontran démet Melantius du siège épiscopal de Rouen, qui est rendu à Prétextat.

Frédégonde est même envoyée dans la villa de Vaudreuil, située dans le diocèse de RouenGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 19., où elle est sous la surveillance de Prétextat.

Baptême de Clotaire Durant l'été 585, Gontran revient à Paris pour être le parrain de Clotaire lors du baptême de l'enfant ; il fait jurer à Frédégonde, trois évêques et trois cents aristocrates de Neustrie, que est bien fils de . Mais le baptême est annulé. Un concile était à ce moment prévu à Troyes, mais les évêques austrasiens refusent d'y participer si Gontran ne déshérite pas Clotaire. Le concile est donc déplacé à Mâcon (en Bourgogne) où il se tient le . Quant au baptême, il aura finalement lieu à Rueil en 591..

thumb|left|250px|Frédégonde visite Prétextat sur son lit de mort par Lawrence Alma-Tadema.

Rétablissement de Frédégonde (586) et conflit avec Gontran (587-592) Alors que Gontran est occupé au loin en Septimanie wisigothique, Frédégonde tente d'échapper à la surveillance de l'évêque Prétextat pour fuir Rouen. Durant une messe dominicale, Prétextat est poignardé. Comme il ne meurt pas tout de suite, Frédégonde va se recueillir auprès de lui et lui demande s'il a besoin de ses médecins. L'évêque l'accuse ouvertement d'être à l'origine de ce meurtre et de celui des autres rois et il jette une malédiction sur elle. Il meurt peu après.

La reine utilise alors sa liberté pour rallier à son fils et à elle le plus possible de nobles et d'évêques. Elle réinstalle Melantius à Rouen malgré l'interdiction de GontranGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 31..

Gontran s'efforce alors d'affaiblir Frédégonde en débauchant une partie de l'aristocratie neustrienne, afin d'au moins conserver les terres qu'il a accaparées entre Loire et Seine grâce au ralliement du duc BeppolèneGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 42.. En 587, il réussit à reprendre les villes d'Angers, Saintes et NantesGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 43..

Frédégonde propose alors de négocier la paix et envoie à Gontran des ambassadeurs, en réalité chargés de le tuer. Mais ils sont arrêtés et Gontran rompt ses relations avec FrédégondeGrégoire de Tours, Historia Francorum, , 44., se rapprochant alors de Brunehaut et de , avec lesquels il conclut le pacte d'Andelot : à la mort d'un des deux rois, l'autre héritera de son royaume. C'est effectivement ce qui survient en 592 : Gontran meurt et Childebert devient roi des deux royaumes d'Austrasie et de Bourgogne.

Conflit avec l'Austrasie et la Bourgogne (592 – 597)