Claude-Joseph Gignoux, né le à Lyon (Rhône) et mort le à Paris, est un homme politique, économiste, et journaliste français, président d'associations patronales.
Biographie Claude-Joseph Gignoux est issu d'une famille bourgeoise ; le grand-père est industriel, le père, Irénée GignouxDécédé à en 1937 : Le Petit Parisien, 13 octobre 1937, La Journée industrielle, 12 octobre 1937., est avocat « civiliste » à Lyon à partir de 1891.
Après trois années de service militaire, il est mobilisé le comme sous-lieutenant. Il a été deux fois blessé et deux fois cité. Grièvement blessé à la jambe en Champagne en 1915, il s'installe dans le domaine de Saint-Jean-le-Puy, hérité d'un oncle en 1903, d'où il observe la construction de l'arsenal de Roanne. Ce licencié en droit consacre sa thèse d'économie commencée en 1917 à cet arsenal ; ce libéral y dénonce les méfaits de l'étatismeGilles Richard, dans le Dictionnaire historique des patrons français, op. cit., .. Il rejoint l'armée en comme officier dans les chars. Il reçoit la Légion d'honneur à titre militaire en 1920.
Gignoux commence sa carrière en 1919 comme secrétaire de la commission économique de la Conférence de la paix de Paris, attaché au ministère du commerce, puis sous-chef de bureau à la direction des accords commerciaux (dirigée par Daniel Serruys) au ministère du commerce, d' à et expert technique des délégations françaises de Gênes et Lausanne (1922). Docteur en sciences économiques en 1920, il est ensuite chargé de cours d'économie politique à la Faculté de droit de l'Université de Nancy, de 1923 à . Il obtient l'agrégation d'économie politique en 1924Gilles Richard, dans le Dictionnaire historique des patrons français, ..
Il se met au service des milieux d'affaires. D'abord comme rédacteur en chef à partir de 1925 puis directeur à partir de du quotidien La Journée industrielle. Ce journal est contrôlé par ces milieux : le Comité central des houillères de France, le Comité des industries chimiques, le Comité central des fabricants de sucre, l'Union syndicale des compagnies d'assurances, le syndicat général de l'industrie cotonnière, et .Son administrateur-délégué depuis 1931 est Jean Duhamel, délégué général du Comité central des houillères de France et directeur de la Société générale d'immigration. Jean Duhamel (1893-1940) est le père du résistant et homme politique Jacques Duhamel (1924-1977).. Ensuite comme membre en 1926 du comité de direction de la Société d'économie nationale, présidée par Lucien Romier, ancien rédacteur en chef de la La Journée industrielle, et du comité de rédaction de La Réforme économique, liés à l'Association de l'industrie et de l'agriculture françaisesLa Lanterne, 25/3/1926, L'Éveil économique de l'Indochine, 18/7/1926, Le Figaro, 3/6/1932, Journal des débats, 29/4/1931. Parmi les dirigeants de la société d'économie nationale et les membres du comité de rédaction de La Réforme économique, on trouve Pierre Lyautey, Jean Duhamel, Émile Mireaux, Alexandre de Lavergne, délégué général de la Confédération générale de la production française, Edmond Sohier, administrateur du Comité central des fabricants de sucre. Membre aussi en 1928 du Comité international économique, dont la présidence d'honneur est confiée à Daniel Serruys, initié par la Société d'économie nationale : Le temps, 24/5/1928..
Maire de Saint-Jean-le-Puy de 1919 à 1944, il s'engage en politique comme membre de l'Alliance démocratique (centre-droit). Conseiller de Raymond Poincaré en 1926, il est député de la Loire de 1928 à 1932 et sous-secrétaire d'État chargé de l'économie nationale dans le cabinet de Pierre Laval de septembre 1931 à janvier 1932. Il entre au comité directeur de l'Alliance démocratique en 1930 et devient en 1935 l'un des vice-présidents de ce parti, présidé alors par Pierre-Étienne Flandin. Candidat radical indépendant en 1936 à Paris dans le arrondissement, il ne parvient pas à se faire réélire députéLe Temps, 5 mai 1936..
Il préside trois associations patronales. Il succède tout d'abord en à l'ancien député Louis DuboisL'Homme libre, 29 juin 1933. à la tête de l'Union du commerce et de l'industrie pour la défense sociale, fondée en 1897. Il en était auparavant vice-président. Cette association à l'activité réduite organise des déjeuners mensuels où se rencontrent élites économiques et hommes politiques modérés. Gignoux préside ces déjeuners à l'issue desquels un invité donne une conférenceLa Croix, 17 mars 1934 (général Duval), Ibid., 10 mai 1934 (Paul Reynaud), Ibid., 14 novembre 1934 (Achille Mestre, professeur de droit), L'Homme libre, (Henri Garnier, président de la chambre de commerce de Paris), L'Homme libre, 21 février 1935 (Alexandre Millerand), Le Matin, 25 octobre 1933 (Pierre-Étienne Flandin, président de l'Alliance démocratique), Le Matin, 2 février 1934 (Pierre de Monicault), Ibid., 12 décembre 1935 (Henry Franklin-Bouillon), Le Temps, 6 avril 1935 (André Siegfried), Le Temps, 27 juin 1935 (Joseph Barthélemy).. Il y discourt égalementLa Croix, 23 janvier 1935, Le Temps, 27 mars 1936.. En , il succède ensuite à Edmond Philippar, décédé en , comme président de la Fédération des industriels et commerçants français (FICF), fondée par André Lebon en 1903Gilles Richard, dans le Dictionnaire historique des patrons français, (Une erreur factuelle: il ne succède pas à André Lebon, qui avait laissé la présidence de la FICF en 1932 à Philippar, vice-président du Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie : Joël Dubos, André Lebon: Un homme d'affaires en République (1859-1938), Presses universitaires de Rennes, 2001, ), Le Temps, 25 janvier 1935, Le Petit Parisien, 29 mai 1935 (AG et banquet), Le Temps, 29 mai 1935, L'Écho d'Alger, 17 juin 1936 (congrès de la FICF, déjeuner avec comme invité Louis Germain-Martin).. À ce titre, il cosigne en 1935 une déclaration des principales associations patronales hostiles à une dévaluation, appelant au rétablissement de l'équilibre budgétaire et à la diminution des dépenses publiquesL'Action française, 26 mai 1935.. Et enfin, en , il abandonne ces deux présidences pour prendre celle de la toute nouvelle Confédération générale du patronat français (CGPF), alors qu'il n'est pas un patron ; son accession à ce poste s'inscrit dans la réaction du patronat au Front populaire et aux Accords Matignon (1936). C'est alors le temps de la contre-offensive patronale. Gignoux préside la CGPF jusqu'à sa suppression par le régime de Vichy. Il tente d'élargir les bases de la CGPF, en s'appuyant sur les patrons de PME et les organisations patronales régionales. Il enjoint aux patrons d'établir un barrage contre la « révolution communiste » et le « marxisme révolutionnaire », de défendre le régime capitaliste menacé, de créer un « capitalisme rénové » et organisé – c’est le thème de l’organisation professionnelle -, de rompre avec l’individualisme et l’étatisme, d'être au premier rang dans la défense de l’organisation sociale et économique de la France, notamment dans son opuscule de 1937 Patrons, soyez des patrons!Cf. Gilles Richard, « Claude-Joseph Gignoux : une biographie exemplaire ? Réflexions sur les relations entre stratégies patronales et stratégies partisanes à droite, de 1936 à la Libération », dans les Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 2002, (en ligne)..
Il préside le comité préparatoire de la Conférence impériale de 1934-1935 et est secrétaire général de son bureau permanent ; il démissionne de cette fonction en 1936Le Temps, 24 avril 1935, Ibid., 2 avril 1936.. Il est désigné conseiller technique de la présidence du conseil (fonction occupée par Pierre Laval) en Le Temps, 17 juin 1935, Le Temps, 30 juin 1935.. Il est promu commandeur de la Légion d'honneur cette année-là. Le déjeuner organisé pour fêter cette promotion accueille des hommes politiques du centre-droit (Flandin, président du conseil, qui le préside, les ministres Pierre Laval et Louis Rollin), les administrateurs de la Journée industrielle et du quotidien Le Temps, des représentants du monde des affairesLe Temps, 30 mars 1935, Esprit, mai 1935..
Mobilisé en 1939 comme chef d'escadrons d'un régiment de chars, fait prisonnier en , il est libéré en . Il se rallie au régime de Vichy à son retour en France, en acceptant en la fonction de membre du Conseil national de Vichy ; il préside sa , celle de l’organisation économique, qui a pour objectif d’adapter l’une à l’autre la loi sur les Comité d'organisation et la Charte du travailInformations générales, 11/11/1941, Ibid., 18/11/1941, Ibid., 25/11/1941 ; Pierre Nicolle, Cinquante mois d’armistice. Vichy 2 juillet 1940 – 26 août 1944. Journal d’un témoin, Ed. André Bonne, 1947.. Tout en critiquant le dirigismeIl plaide pour « qu'on ne fasse pas de l'accident une doctrine » et pour le respect de « l'initiative privée et la légitimité de sa récompense (…), qui est le profit », au-delà des « circonstances présentes », et déplore la multiplication des fonctionnaires, de l'État et des comités d'organisation : La Croix, 31-1-1942, 13/14-6-1942, 17-7-1942, 14-1-1944 ; publiant ses articles dans Lyon-soir. Cf. aussi sa conférence sous les auspices de l’Institut d’études corporatives en 1944, « L’initiative privée en régime corporatif »., il se rallie aussi aux thèses corporatistes : il enseigne l'économie industrielle à l'Institut d'études corporatives et sociales de Maurice Bouvier-Ajam, est membre de son comité de patronage, et de son conseil supérieur en Journal des débats, 30 janvier 1943.. Il est aussi membre du Comité d'information interprofessionnelle qui remplace alors la CGPF, du Conseil consultatif du commerce extérieurInformations générales, 20/1/1942., du Conseil supérieur de l’économie industrielle et commerciale, mis en place en 1942La séance inaugurale du Conseil supérieur de l'économie industrielle et commerciale eut lieu le 14 octobre 1942. Le conseil est composé de désignés, ainsi que de de droit, représentant les ministères. Il est chargé d'« étudier et de dégager la doctrine de la nouvelle économie française » dans la mesure où, selon les mots du ministre Jean Bichelonne, « l'économie administrée est – il faut bien l'avouer – beaucoup trop complexe ». Le ministre souhaite que soient dégagées « des formules les plus aérées, les plus claires, les plus intelligibles possibles ».. Il préside aussi le Centre interprofessionnel des commissions de reclassement des prisonniers de guerre rapatriés, constitué fin 1942 et animé par le militant corporatiste André VoisinInformations générales, 29/12/1942.. Il est décoré de la francisque. Ce qui lui vaut d'être arrêté et brièvement interné à la Libération.