Thomas Graham ( – ), Lynedoch, fut un aristocrate écossais, politicien et soldat. Après des études à Oxford, il hérita de biens substantiels en Écosse, se maria et s'installa pour une tranquille carrière de gentleman propriétaire de terres. Cependant, à la mort de son épouse, survenue alors qu'il avait 42 ans, il se lança dans une carrière militaire (et plus tard politique) au cours des guerres de la Révolution française et du Empire.

Jeunesse et études Thomas Graham était le troisième fils, et le seul fils survivant, de Thomas Græme of Balgowan, dans le Perthshire, et de Lady Christiane Hope, une fille du premier comte de Hopetoun. Il naquit en 1748 et reçut ses premiers enseignements à domicile, par le révérend Fraser, Ministre du culte de Moneydie, et ensuite par James Macpherson, celui qui rassembla et traduisit les poèmes d'Ossian. Il fut envoyé au Christchurch College à Oxford en 1766, et l'année suivante, la mort de son père le mit en possession d'un beau domaine libre de toute hypothèque.

Après avoir quitté le collège, il passa plusieurs années sur le continent, où il apprit le français et l'allemand. À son retour en Écosse il se consacra à la gestion et l'amélioration de ses biens. Il clôtura ses terres, construisit de confortables habitations et ateliers pour ses fermes, accorda des baux à ses métayers, les encouragea à utiliser des méthodes éprouvées d'amélioration de l'économie rurale, et à cultiver sur une large échelle les pommes de terre et les navets, qui jusque-là avaient été considérés comme des plantes de jardin. Il se mit lui-même à élever des races améliorées de chevaux, bovins et moutons.

En 1785, il acheta le domaine de Lynedoch ou Lednock, situé dans une partie pittoresque de la vallée de l'Almond, et prit beaucoup de plaisir à planter des arbres et des taillis de chênes, et à embellir les rives en pente qui bordaient cette rivière. Il aimait les chevaux et les chiens, et se distinguait par ses talents dans les sports de la campagne. Il chevauchait accompagné de ses chiens de chasse au renard, et accompagna le duc d'Athole - qui plus tard devint son beau-frère- à la chasse à la grouse et à traquer les cerfs dans les landes d'Athole. Il dit plus tard que la chasse au cerf dans les forêts d'Athole à cette période de sa vie, lui avait beaucoup apporté dans l'acquisition du coup d'œil pour évaluer le terrain et les distances, talent si utile à un militaire.

La vie d'un gentleman campagnard thumb|gauche|upright|Mary Cathcart par Marie-Anne Collot

En 1772, à l'âge 24 ans, Graham se présenta comme candidat Whig pour la circonscription de Perth, comme adversaire du frère du Duc d'Athole, mais fut battu par seulement six voix de différence. Deux années plus tard, il épousa Mary, deuxième fille du neuvième Comte de Cathcart. La sœur ainée de Mary devint le même jour Duchesse d'Athole. Lord Cathcart écrivit

Il passa les dix-huit années suivantes comme un tranquille gentleman campagnard, se distinguant seulement comme un intrépide cavalier et sportif et un bon érudit classique, faisant d'occasionnelles visites à Londres et Édimbourg.

Sa nature dynamique nous est révélée par la promptitude avec laquelle régla l'affaire d'un bandit de grand chemin, qui stoppa son attelage dans Park Lane et exigea l'argent, les bijoux et les montres, les menaçant de son arme pendant que ses deux complices saisissant les brides des chevaux. Graham, qui était du côté opposé de la voiture, bondit par-dessus les dames vers la porte de la voiture et prenant son assaillant au collet, le jeta au sol. Puis, tirant son épée, qui à cette époque faisait partie de la tenue d'un gentleman, il menaça de transpercer l'homme si ses associés, qui tenaient la tête des chevaux, venaient à son secours. Ces derniers s'enfuirent immédiatement et le bandit de grand chemin subjugué fut livré à la police.

Il était un mari plein de sollicitude. Notamment, quand sa femme découvrit au matin d'un bal à Édimbourg qu'elle avait laissé sa boîte à bijoux à Balgowan, il chevaucha les de l'aller et retour à Balgowan, utilisant des relais de chevaux, afin d'assurer que son épouse aurait ses bijoux pour le bal.

La perte de son épouse La santé de madame Graham commença à décliner et sur la recommandation de son médecin elle alla, au printemps de 1792, dans le sud de la France, accompagnée de son mari et de sa sœur. Malgré cela, elle mourut à bord d'un bateau, au large d'Hyères, le . Son mari éploré loua une barge afin d'emmener le cercueil à Bordeaux, mais près de Toulouse, un groupe de soldats français ouvrit le cercueil et maltraita le corps. Il referma le cercueil et retourna chez lui pour déposer les restes de son épouse dans un mausolée, qu'il fit bâtir dans le cimetière de Methven. Plus d'un demi-siècle plus tard, il sera lui-même enseveli dans la même tombe.

La perte de son épouse tourmenta profondément l'esprit de Graham, et pour commencer il partit pour un voyage à l'étranger de douze mois. Cependant, toujours submergé par une grande peine et maintenant dans sa quarante troisième année, il tenta de noyer la pensée de cette perte irréparable dans les corvées et les dangers de la vie militaire. Avant l'incident près de Toulouse, Graham avait sympathisé avec la France et les idéaux révolutionnaires, mais à partir de ce moment-là il détesta les Français et vit dans sa carrière militaire une façon de prendre sa revanche.

Carrière militaire Graham s'engagea dans l'armée britannique comme volontaire et fut parmi les troupes envoyées pour aider à la défense de Toulon, l'une des quelques places qui tenaient contre le gouvernement de la Révolution française. Napoléon Bonaparte, alors lieutenant d'artillerie, s'y fit connaître pour sa participation au siège.

Graham se distingua par son courage et son énergie: par exemple, à une occasion, quand un simple soldat fut tué à ses côtés, Graham saisit son mousquet et prit sa place à la tête de la colonne d'attaque. Graham, à cette époque, était aide de camp de Lord Mulgrave. Dans un ordre général citant comment une attaque des Français sur un fort important avait été repoussée, Mulgrave exprima

Il vaut la peine de noter que ce fut à Toulon que Graham fit la connaissance de son ami pour la vie, Rowland Hill, alors capitaine, qui devint plus tard Vicomte Hill et commandant en chef de l'armée britannique.

Campagne de 1796 À son retour en Écosse, Graham leva le premier bataillon du (les "pantalons gris" de Balgowan, comme on les appela), dont il fut nommé lieutenant-colonel en 1794, et il en nomma Rowland Hill commandant.

En 1795 il était en garnison à Gibraltar, mais bientôt il se fatigua de la vie sans histoire de garnison et il obtint la permission de rejoindre l'armée autrichienne sur le Rhin comme chargé de mission britannique. Dans ces fonctions il participa à la campagne désastreuse de 1796 et plus tard il aida Wurmser dans la défense de Mantoue, quand elle fut investie par les Français du général Bonaparte. La garnison était réduite à la dernière extrémité par manque de provisions et le Colonel Graham entreprit la périlleuse tâche d'apporter au général impérialiste Alvinzi, à Bassano, à de là, un rapport sur leur situation désespérée.

Le , il quitta la forteresse, portant un manteau de paysan par-dessus son uniforme, sous la pluie et la neige fondue, il traversa le Mincio dans une barque qui s'échoua plusieurs fois dans l'obscurité. Il poursuivit son chemin à pied pendant la nuit, pataugeant dans des marais profonds et traversant de nombreux cours d'eau et le Pô, constamment en danger de perdre son chemin ou d'être abattu par les sentinelles françaises, et à l'aube il se cachait jusqu'au retour de la nuit, et reprenait son voyage. Après avoir surmonté de nombreuses difficultés et périls, il finit par atteindre sans encombre, le , le quartier général autrichien. Mais le les Autrichiens subirent une défaite et Mantoue, peu après, fut forcée de capituler.

1797-1806 Le colonel Graham retourna alors en Écosse, mais à l'automne de 1797, il rejoignit son régiment à Gibraltar. L'année suivante il prit part sous les ordres de Sir Charles Stuart, à la réduction de Minorque, où il se distingua brillamment.

Il partit alors pour la Sicile et obtint les plus chaleureux témoignages de reconnaissance de la part du Roi et de la Reine consort de Naples pour les services effectifs qu'il leur rendit.

En 1798, il fut chargé des opérations contre l'ile de Malte, qui était à cette époque occupée par les Français. Avec le grade provisoire de Brigadier-Général, il avait sous ses ordres les et et quelques corps regroupés sous sa direction immédiate.

Compte tenu de la puissance des défenses de la place, il fut obligé de recourir au blocus, et après avoir été assiégée pendant près de deux ans, la garnison fut poussée par la famine à se rendre en et depuis l'ile est définitivement restée partie de l'Empire Britanniquejusqu'au 21 septembre 1964, date de l'indépendance de l'ile, qui reste au sein du Commonwealth. Les services du colonel Graham furent médiocrement reconnus par le Gouvernement de cette époque, qui réservait son patronage et les honneurs aux officiers qui appartenaient au parti gouvernemental.

À l'été de 1801, il se rendit en Égypte où son régiment (le ) s'était grandement distingué sous les ordres de Ralph Abercromby, mais il n'arriva pas avant que la campagne ne fut terminée par la capitulation de l'armée française. Il profita de cette opportunité pour faire un tour dans ce pays et en Turquie. Il passa quelque temps à Constantinople, d'où il voyagea à cheval jusqu’à Vienne- un voyage qu'il avait l'habitude dans ses dernières années de qualifier de l'une des plus agréables chevauchées qu'il ait jamais faites.

1807 Après avoir consacré quelque temps à ses devoirs de parlementaire, tout en s'occupant de l'amélioration de ses domaines, le colonel Graham fut stationné en Irlande puis envoyé aux Indes occidentales, où il resta trois ans. Quand le « Ministère de tous les Talents » fut dissous en 1807, à cause de la faveur qu'il avait montrée envers la revendication des catholiques romains pour des droits égaux, le Colonel Graham soutint cette politique et dénonça l'hypocrisie du cri de ralliement "Pas de Pape" lancé par Spencer Perceval. Mais son approbation des mesures prises par le ministère Whig et de l'émancipation des catholiques romains ne fut pas accueillie avec faveur par les électeurs du Perthshire - un petit groupe à cette époque - et à la dissolution du Parlement en , le colonel Graham déclina l'honneur de se représenter et Lord James Murray fut réinvesti sans opposition dans son siège.

1808 En 1808, le colonel Graham accompagna en qualité d'aide de camp Sir John Moore en Suède, puis en Espagne. Il servit avec Moore tout au long de la campagne, qui se termina par une difficile et éprouvante retraite vers La Corogne, au cours de laquelle les services de Graham furent particulièrement précieux pour la troupe épuisée. Comme Sheridan le dit à la Chambre des Communes,

Quand John Moore reçut sa blessure mortelle à la bataille de La Corogne, le colonel Graham était à sa droite et tenait de sa main gauche la crinière du cheval de Sir John. Il piqua immédiatement des deux pour chercher une assistance médicale. Avant qu'il ne retourne, le général mourant s'enquit de lui et demanda : - ce qui fut l'une de ses dernières questions. Le Corps de Moore fut porté dans les quartiers du colonel Graham et Graham fut parmi le petit nombre de ceux qui assistèrent à l'enterrement de Moore sur le rempart de la citadelle de La Corogne.

1809-1811 Après son retour en Angleterre il fut promu au rang de major-général et fut nommé, pendant l'été 1809, à la tête d'une division sous les ordres de John Pitt, dans la fatale expédition de Walcheren. Un accès de fièvre de malaria, cependant, l'obligea à rentrer chez lui.