Les patriotes irlandais vont naître du colonialisme imposé par la couronne anglaise dès le . Les souverains et gouvernants anglais et britanniques utilisant le territoire irlandais comme récompense pour leurs partisans, accordant par pur clientélisme, terres et titres irlandais. Les premiers patriotes, protestants, seront, ceux-là mêmes que la couronne avait récompensés et qui suivant l'exemple américain réclamèrent plus d'autonomie pour la colonie.

Les causes

Depuis le traité de Poynings en 1494, l’Irlande avait un statut de colonie anglaise, soumise à la couronne anglaise. On assiste alors à plusieurs phases de colonisations Anglaise et Écossaise. Avec le règne de Marie Tudor (1553-1558) et Élisabeth (1558-1603), ce phénomène s’accélère, mais c’est surtout sous Cromwell que l’immigration va être à son apogée. En effet, ce dernier paie ses soldats avec des possessions de terres irlandaises. Cette occupation s’accompagne presque toujours d’expulsion de la population locale au profit des nouveaux habitants.

De plus, une différence religieuse sépare les deux communautés. Les Gaéliques sont catholiques tandis que les Anglais ou les Écossais sont protestants. Les nouveaux immigrés vont très vite s’appuyer sur leurs différences religieuses pour légitimer leur suprématie et considérer la population locale comme des indigènes. De la fin du jusqu’au premier tiers du sont votées les lois pénales qui défavorisent les catholiques et les mettent dans un rang de classe inférieur. Les catholiques sont privés de droits fondamentaux comme : l’interdiction d’accéder au poste de haut fonctionnaire (justice, politique), suppression du droit à la propriété, suppression du droit de vote, de scolariser les enfants, suppression du mariage entre les deux religions. Les lois pénales ont été appliquées plus pour conforter la classe dominante que par simple fanatisme religieux.

Au début du , les catholiques représentaient 80 % de la population mais ne possédaient plus que 15 % des terres, et ce chiffre va atteindre 5 % jusqu’à l’abrogation des lois pénales. Seuls les protestants pouvaient siéger au Parlement. Ce dernier était composé de la chambre haute ou chambre des Lords à Dublin qui comprenait les lords temporels au nombre de deux cents environ, tous descendants des propriétaires anglais ou anglo-irlandais les mieux pourvus en terre et en titres, et les lords spirituels au nombre de vingt-deux, tous évêques ou archevêques de l’Église établie (Église d'Angleterre).

La chambre basse ou chambre des communes comptait 300 membres. 128 étaient désignés par des électeurs. Les 172 autres membres des communes étaient nommés par le gouvernement britannique ou par les grands propriétaires qui détenaient les sièges comme de véritables propriétés privées. Le pouvoir exécutif, représenté par le gouvernement et le vice-roi qui siégeait à Dublin avait la haute main sur les revenus et dépenses de l’île. Ces derniers distribuaient avec largesse les pensions nécessaires à la formation de solides majorités parlementaires dévouées aux intérêts britanniques.

On assiste donc à la suprématie des colons protestants, et parallèlement à une forme de nationalisme protestant dès la fin du . Celui-ci va perdurer tout au long du , avec des leaders politiques différents, voire opposés en ce qui concerne leur vision politique de l’Irlande. Des hommes comme William Molyneux, Jonathan Swift, Henry Flood, Henry Grattan, Charlemont, Theobald Wolfe Tone ou Robert Emmet incarnent encore aujourd’hui en Irlande des figures du patriotisme irlandais. Il est donc important de s’intéresser à l’évolution des patriotismes en Irlande, tout au long du , et de comprendre quels impacts ces courants politiques ont eu pour le peuple irlandais.

L’essor du patriotisme irlandais Une protestation coloniale

Le irlandais, dont l’acte de naissance est la signature du traité de Limerick, est en quelque sorte le siècle d’or de la domination protestante coloniale. Les premiers nationalistes parlaient de nation irlandaise protestante. Mais des mécontentements se sont fait sentir, d’autant plus que les colons irlandais ont de moins en moins eu besoin de l’Angleterre pour assurer leur sécurité.

Le premier nationalisme irlandais provient donc des colons protestants qui voulaient à tout prix garder le pouvoir dans l’île. C’est dès la fin du qu’on assiste à un essor du nationalisme protestant avec des personnes comme Molyneux ou Swift. Molyneux (1656-1698), est né à Dublin, il devient haut fonctionnaire, puis député. Bien qu’il soit protestant d’origine anglaise, il défend l’autonomie du parlement Irlandais, en s’appuyant sur les droits hérités du Moyen Âge. L’ouvrage de William Molyneux, The case of island stated, publié en 1698 devient très vite tout au long du une sorte de référence patriotique et connut une réédition en Irlande et aux États-Unis. Enfin Swift a combattu les abus de l’ordre politique en place, et il était un ardent défenseur de l’indépendance législative et constitutionnelle de l’Irlande protestante.

La contestation coloniale s’est incarnée à la chambre des communes, dès 1760 avec un petit groupe de protestants libéraux déçus de la politique britannique en Irlande. Ce groupe parlementaire se nommait les « patriotes irlandais », et étaient composés d’Henry Flood, et dès 1775, d’Henry Grattan. Ils ont tout d’abord réclamé la liberté commerciale envers la Grande-Bretagne, car la couronne britannique pratiquait des mesures protectionnistes sur la plupart des marchandises venues d’Irlande comme pour l’agriculture.

Mais c’est surtout dans le domaine industriel que le protectionnisme se ressentait le plus. L’industrie textile était la plus importante des activités exportatrices britanniques. Or l’Irlande possédait un embryon d’industrie textile axée sur la production de laine. La législation tudorienne en interdit l’exportation. On estime que c’est une des raisons qui a provoqué la ruine de l’industrie lainière, ce qui va entraîner par la suite une importante émigration presbytérienne vers le continent américain. Leur deuxième grande réclamation était l’indépendance législative de l’Irlande vis-à-vis de le Parlement de Grande-Bretagne. Henry Flood fit Voter en 1768 l’Octennial Act qui limitait à huit ans la durée du mandat parlementaire. La première législature « élue » sous ce régime, était plus sensible aux revendications du groupe des partisans Irlandais.

Les idées des parlementaires partisans avaient eu quelque influence, mais c’est surtout la révolte des colons d’Amérique qui va servir de tremplin à leurs revendications.

Les répercussions de la guerre d’indépendance américaine

Bien que le parlement irlandais ait affirmé sa loyauté envers la couronne britannique, la rébellion des colonies américaines échauffait les esprits. La plupart des colons irlandais se sentaient très proches des insurgés américains. Tout d’abord à cause de la similarité des revendications et aussi à cause de la forte émigration de protestants irlandais en Nouvelle-Angleterre. En raison de ces difficultés militaires, la Grande-Bretagne avait dû retirer une partie de ses troupes stationnées en Irlande pour les envoyer combattre en Amérique. Dans toute l’Irlande, des milices s’organisaient pour prendre la relève des troupes et ainsi assurer la défense des côtes contre une éventuelle invasion franco-espagnole. Patronné par les pairs du royaume, financé par les grands propriétaires, ce mouvement des volontaires, commandé en 1778 par le duc de Leinster, va compter près de hommes. En 1780, l’armée des volontaires, forte de hommes, fut placée sous les ordres d’un patriote, le comte de Charlemont, un ami de Flood et de Grattan. Les volontaires sont d’abord composés de membres des classes moyennes protestantes, qui sont pour la plupart pro-américains et hostiles à toute intervention du parlement britannique dans la vie politique irlandaise. Peu à peu, des bourgeois catholiques y entrent à leur tour. Les Volontaires qui parlent au nom du peuple deviennent le pivot de la lutte constitutionnelle, en menaçant le pouvoir britannique de suivre l’exemple américain.

Dès 1778, des lois émancipatrices en faveur des catholiques sont votées, complétés par une loi de 1782. Elles leur concédaient le droit de détenir de la terre avec des baux de longue durée, abolissaient les dispositions qui permettaient aux fils convertis de spolier leur famille et décidaient que les successions catholiques se feraient selon le droit commun. Ce n’était pas encore l’égalité des droits, mais c’était une première brèche significative dans les lois pénales. Ces nouvelles avancées sont dues en partie aux protestants éclairés, favorables à l’assouplissement des lois pénales. Henry Grattan se félicite en 1782 de l’abrogation du code pénal au nom de la nécessité d’union nationale. Pour la majorité des protestants d’Irlande, les catholiques ne constituaient plus un réel danger, et il était normal que les protestants contrôlent l’Irlande mais que les catholiques retrouvent leur identité. Ces avancées pour les catholiques sont aussi dues au gouvernement britannique qui tenta de renforcer le pouvoir catholique afin de contrecarrer les trop fortes ambitions de certains colons protestants.

Néanmoins, au cours de la longue guerre d’indépendance américaine, les revendications des patriotes irlandais devinrent plus radicales. Ces derniers ont maintenant une nouvelle forme de pression grâce aux volontaires.

L’indépendance Parlementaire Le parlement de Grattan

Passé le danger de l’invasion, les volontaires ont gardé leurs armes et exigé la liberté commerciale. Sur leur canons flottaient des rubans proclamant Free trade or else (Liberté du commerce ou sinon). Le message était on ne peu plus clair. Le gouvernement jeta du lest : à la fin de 1779 et au début de 1780, Londres rétablit la liberté d’exportation de la laine et celle du négoce avec les colonies.

Encouragé par ce premier succès, Henry Grattan qui a supplanté Henry Flood à la suite d’un scandale financier (il aurait accepté de bénéficier des largesses de l’autorité en place, ce qui l’a déconsidéré en tant que parlementaire de l’opposition). Henry Grattan devient donc chef des patriotes, et revendique l’indépendance législative de l’Irlande. Le gouvernement reste sourd à ses revendications. Les volontaires se mobilisent à nouveau. Le , ils se regroupent en Convention nationale à Dungannon dans le comté de Tyrone, en présence de Lord Charlemont assisté de Flood et de Grattan. Le moment était bien choisi car la Grande-Bretagne éprouvée par sa défaite en Amérique (capitulation de Yorktown en ) était en pleine crise ministérielle. Dans un contexte géopolitique toujours plus délicat, Londres ne prit pas le risque de voir s’ouvrir un nouveau front en Irlande. Le parlement Irlandais obtint de Londres en avril- l’abrogation de l’acte déclaratoire de 1720 et de la loi Poynings qui retirait à l’Irlande toute initiative législative. Enfin, le , le parlement de Westminster votait l’acte de renonciation qui accordait au Parlement de Dublin l'autonomie législative. Cette nouvelle période se nomme le parlement de Grattan ou Grattan’s parliament. Le parlement de Dublin n’était plus tenu de solliciter l’approbation du Conseil privé britannique avant de voter une loi. Grattan s’est empressé alors d’en user pour abroger les restrictions commerciales et développer l’agriculture et l’industrie nationales. Le parlement irlandais obtient peu de temps après l’extension de l’habeas corpus, l’inamovibilité des juges, le contrôle de l’armée nationale et le rétablissement de la juridiction de la chambre des lords irlandaise comme cour d’appel souveraine.