Jon Mirande Ayphassorho, né le et mort le à Paris.Dans les actes officiels le nom de la mère est écrit « Ayphassorho », contrairement à l’usage de certains auteurs basques qui l’écrivent « Ayphasorho » ou « Aiphasorho »., est un écrivain, traducteur et polémiste basque français. Il est considéré comme l'un des auteurs basques les plus importants du milieu du .

Mirande avoue détester le christianisme ou du moins la démocratie dite chrétienneL'aspect symboliste de J. Mirande par Gorka Aulestia. Selon Jean HaritschelharLa Soule dans la littérature basque par Jean Haritschelhar., .

Biographie Origines Jean Mirande naît au sein d'une famille de Basques souletins qui ont émigré à la capitale française à la recherche de travail. Il adoptera le prénom d’auteur basque Jon. Son père, Pierre Mirande (1887-1967), est originaire de Garindein et sa mère, Marie Ayphasorho (1889-1958), de Chéraute, deux municipalités de la Soule adjacentes à Mauléon-Licharre ; il se marient à Paris en 1920 et ont trois enfants : Yvonne, née en 1921 (mais décédée en 1922), Simone, née en 1923 (décédée en 2021), et Jean, né deux ans plus tard. Le père est d’abord mécanicien à l’usine automobile Citroën puis ouvrier d’entretien de chaudière à l’Hôtel Continental (3 rue de Castiglione) ; la mère est cuisinière et domestique dans des maisons bourgeoisesAristorena et al 2012..

À la naissance de Jon, sa sœur, Simone, est envoyée au Pays basque, à Chéraute, chez ses tantes maternelles, à cause de l’exiguïté de l’appartement du 6 rue de Capri à Paris. Au contraire, Jon vivra toujours à Paris où ses parents éviteront de parler en basque devant leurs enfants ; aussi, Jon ne considérera jamais le basque comme sa langue maternelle, mais comme une langue acquise, étant adulteUrkizu 1995, Jean Loustau Jaunari 1948-II-19.. En 1931 la famille peut se réunir avec Simone dans un appartement de deux pièces plus confortable d’un immeuble social neuf, au 106 boulevard Davout à Paris, où Jon passera presque toute sa vie.

Études, travail et début de vie intellectuelle Ses parents accordant une importance aux études, Jon Mirande effectue des études secondaires au Lycée Arago à ParisLe Lycée Arago était à l’origine une École Primaire Supérieure (EPS) municipale, destinée aux élèves méritants des classes populaires, et dont le statut intermédiaire a évolué passant à celui de collège de l’époque en 1941, jusqu’à celui de lycée national en 1960. et obtient le baccalauréat en 1943. Au lycée, Jon Mirande trouve son goût pour les languesTelesforo Monzoni gutuna 1. gutuna, 1948/01/30 in Soto 2022., et se passionne pour la philosophie sous l’impulsion de l’un de ses professeurs en 1942Peillen 2017., il s’intéresse à Oswald Spengler, ainsi qu’à Friedrich Nietzsche et Arthur SchopenhauerAzurmendi 1989..

Jon Mirande passe sa jeunesse, de 15 à 20 ans, à Paris, dans la période de la Seconde Guerre mondiale, du Régime de Vichy et de l’Occupation allemandeSainclivier et al 1995..

Jon Mirande refuse de poursuivre des études universitaires, même si ses parents en auraient été d’accord. Ce refus est motivé par un désir d’indépendance financière, mais aussi par un rejet de l’autorité professorale et de la sélection par examenPeillen 1976..

Après son baccalauréat, Jon Mirande devient traducteur et employé de bureau au Ministère des Finances en 1944Telesforo Monzoni 2. gutuna, 1948/02/18 in Soto 2022.. Il se désintéresse cependant très tôt de son travail.

Txomin Peillen racontera que Jon Mirande ne voulait pas de grandes responsabilités ni étudier des choses ennuyeuses. Jon Juaristi notera que, dans les limites de son autodidactisme, Jon Mirande possédait une culture très large et avait des goûts littéraires raffinésJuaristi 1997 p.184..

Doué pour les langues, Jon Mirande finira par en maîtriser, à des degrés divers, plus de vingt, vivantes ou mortes, le plus souvent apprises en autodidacte par des livres ou disquesLivres et disques de Jon Mirande, Peillen 2012 p.188-221. ou en écoutant la radio (y-compris sur ondes courtesUrkizu 1995, Loustau'tar Jon Jaunari 1948-III-9..

Relations avec les milieux bretons Jon Mirande aurait fréquenté dès 1943 le cercle culturel breton parisien Ker VreizhFondé par des autonomistes bretons en 1938, Ker Vreizh sera fermé par le gouvernement Daladier en 1939 (en même temps que le Parti National Breton PNB), réouvert sous l’Occupation et alors collaborationniste, refermé en 1945, réouvert en 1947 et administré par des dirigeants modérés, avant un tournant plus nationaliste en 1966, puis sa reprise par Yann-Ber Tillenon en 1985 et son déclin., très collaborationniste, et il s’y serait mis rapidement à apprendre le bretonPennaod 1998 p.299.. Jon aurait aussi fréquenté le Groupe Collaboration et les Jeunes de l'Europe Nouvelle, puis les milieux du Parti Populaire Français (PPF) de Jacques DoriotPennaod 1973..

En 1947, Il rencontre Goulven Pennaod (Georges Pinault), linguiste aux positions national-socialistes assuméeshttps://shs.cairn.info/article/RFHIP1_046_0093/pdf?lang=fr. Ils deviennent amis et, ensemble, font la connaissance de Roger HervéPennaod 1973 p.3868.. À partir de 1955, Jon Mirande entretient une correspondance avec Yves Jeanne (1916-1997), ancien Waffen-SS français(fr) Yves Jeanne, « Un an déjà », Hommage à Jon Mirande, 1974/2022, p.29..

Relations avec les milieux basques En 1944, peu de temps après son initiation au breton, Jon Mirande commence à étudier le basque avec un prêtre guipuscoan, curé à Paris(fr/eu) Aristorena et al 2012 p.4 / 19.Soto 2025 p.48-49..

À partir de 1947, Jon Mirande fréquente les activités culturelles hébergées au siège du Gouvernement Basque en exil et y rencontre Andima Ibiñagabeitia ; Jon approfondit sa connaissance du basque sous la direction d’Andima qui devient l'un de ses grands amis. Plus tard, il s’attachera à maîtriser les différents dialectes du Pays Basque et il s’intéressera aux autres dialectes du sud-ouest (Béarnais, Gascon, Catalan).

Jon Mirande rencontre Pierre Lafitte Ithurralde (1901-1985) à Pâques 1948 lors des festivités organisées par la Délégation du Gouvernement Basque à ParisUrkizu 1995, Loustau'tar Jon Jaunari 1948-IV-18. ; peu après, Jon Mirande écrit dans le journal Herria dirigé par Pierre Lafitte un petit article présentant l’association des bascophiles Euskaltzaleen Biltzarra et les cours de basque du père Jean ChabagnoJon Mirande, « Paris Etik », 1948, Herria,181, p.1..

En 1948, le Congrès d’Études Basques se tient à Biarritz (organisé par le mouvement Gernika et présidé par José Miguel de Barandiarán)(fr) Jean-Claude Larronde, « Histoire du VIIème Congrès d’Etudes Basques Biarritz, 1948 » in Larronde 2003 p.17-61. Il s’agit du VIIème Congrès d’Etudes Basques tenu en septembre 1948 ; l’année 1947, indiquée dans Peillen 2012 p.2 et dans Juaristi 1997 p.174, est sans doute celle des conférences préparatoires.. Jon Mirande y participePeillen 1982 p.2.Urkizu 1995 p.11.Juaristi 1997 p.174. sur invitation de Pierre Lafitte qui le prend comme secrétaire de la section « linguistique » du Congrès(eu) Xarriton et al 2006 p.125, note (1)..

C’est par Andima Ibiñagabeitia que Jon Mirande fait en 1949 la connaissance de Txomin Peillen et de son frère RobertPeillen 2001 p.64.Peillen 2006..

Jon Mirande milite très tôt pour une unification de la langue basque, la normalisation de son orthographe et son adaptation au monde moderne, mais aussi pour la préservation de tous ses dialectesUrkizu 1995, Ibinagabeitia'tar Andima'ri 1952-IV-5.. On trouvera dans ses lettres à ses amis de nombreux échanges linguistiques sur le basqueUrkizu 1995.Jon Mirandek Telesforo Monzoni 1948 eta 1957 urte bitartean idatzitako bost gutun in Soto 2022..

En 1951, Jon Mirande assure avec Andima Ibiñagabeitia le secrétariat de la réunion tenue à Paris pour créer le PEN Euskal Bilkura, section basque du PEN International fondé en 1921 ; en raison des conditions de l’époque (avec l’exil en Amérique du Sud d’écrivains du Pays Basque sud), cette tentative ne dure qu’un an et l'Euskal PEN ne pourra être constitué qu’en 2004(en) Laura Mintegi, A brief history of the Basque Centre, 2018, www.pen100archive.org..

En 1952, Jon Mirande rencontre Federico Krutwig-Sagredo avec qui il se lie d’amitiéArcocha-Scarcia 2021 p.86-89.Soto 2025 p.117-222..

À partir de 1953 les relations se tendent entre Jon Mirande et plusieurs membres du clergé catholique puritain ‒ dont Pierre Lafitte, Jean Chabagno, Justo Mokora (1901-1990) et Pierre Charriton (1921-2017) ‒ au sujet d’une opposition à la publication de ses poèmes érotiquesTxomin Peillen Ce que je sais de Jon Mirande/Jon Mirandez dakidana in Peillen 2012 p.XIII-XIX/XXI-XXVII.(fr/eu) Aristorena et al 2012 p.10-11 / 24-25.Murua Uria 1996 p.105-106..

Jon Mirande se lie d'amitié à Koldo Mitxelena et, du 14 au 16 septembre 1956, il participe avec lui au premier congrès d'AranzazuUrkizu 1995, Ibinagabeitia' tar Andima'ri 1956-X-29. ; ce congrèsLuis Michelena, « Arantzazuko batzarra (1956) », Fontes Linguae Vasconum n°79 (1998) p.469-474, Dialnet-26279. est organisé par l’Académie de la langue basque Euskaltzaindia en vue de la définition d’un basque unifié (batua) qui aboutira en 1973(eu-es-fr-en) https://www.euskaltzaindia.eus/.. Du 23 au 29 septembre 1956, Jon Mirande est invité, avec Txomin Peillen, au Congrès mondial basque organisé à Paris par le Gouvernement basque en exil, mais il refuse d’y aller pour ne pas rencontrer les dirigeants espagnols, de droite comme de gauchePeillen 2001 p.82.(eu-es-en-fr)) Euskadi, Bertan n°24, 14, 235(fr) Jean-Marie Izquierdo, « Quand la greffe prend. EAJ-PNV s’étend au-delà de la frontière », Revue internationale de politique comparée 2019/2 ; vol. 26, p.140..

En 1957, Jon Mirande est nommé membre correspondant de l’Euskaltzaindia(eu) Euskaltzaindia/Euskaltzainak/Hildako euskaltzainak/Urgazleak/M/Mirande, Jon https://www.euskaltzaindia.eus/euskaltzaindia/euskaltzainak/hildakoak/urgazleak/372-m/6625-mirande-jon.(fr) Euskaltzaindia/Académiciens/Académiciens décédés/Correspondants/M https://www.euskaltzaindia.eus/fr/euskaltzaindia/academiciens/academiciens-decedes/correspondants/372-m. ; par une lettre, il demande à Koldo Mitxelena d’exprimer sa gratitude à tous les académiciens qui ont soutenu sa candidatureUrkizu 1995, Mitxelena’tar Koldo 1957-XI-5..

En 1958, l’Euskaltzaleen Biltzarra de Paris organise un concours de traduction en basque d’œuvres théâtrales dont le jury présidé par Pierre Ibarrondo (1905-1970) est composé du père Chabagno, de l'abbé Guilsou, de Jesús Maria de Leizaola (1896-1989) et de Jon Mirande(eu) Miren Ibarluzea Santisteban, « 1958ko teatro-testu itzulien lehiaketa Pariseko Eskual Etxean », Fontes Linguae Vasconum, Studia et Documenta n°138, Uztaila-abendua (2024) p.617.. Bien que réticent à cause de la présence du père Chabagno, c’est par souci de la langue basque que Jon Mirande avait accepté de faire partie du jury à la demande de Pierre Ibarrondo et qu’il accomplit consciencieusement cette missionUrkizu 1995, Peillen'dar Txomin'i 1958-III-?.Urkizu 1995, Peillen'dar Txomin'i 1958-IV-12.Urkizu 1995, Ibinagabeitia'tar Andima'ri 1958-V-9.Soto 2025 p.273.. Jon Mirande se montre satisfait du choix du jury.

En 1960, Robert Laxalt , frère de Paul Laxalt, passe un an au Pays Basque avec sa famille et une relation amicale se noue avec Jon MirandeCillero 1998. qui lui sert d’interprète(fr/eu) Aristorena et al 2012 p.10/25..

En 1962, Federico Krutwig et plusieurs autres amis, dont Koldo Mitxelena, le présentent comme candidat au poste d’académicien basque, mais l’abbé Lafitte oppose son vetoUrkizu 1995, Ibinagabeitia'tar Andima'ri 1962-V-13. ; Jon Mirande en conçoit une grande amertume et décide de renoncer à toute activité officielle basque et bascophoneUrkizu 1995, Extaide’tarJon’i 1963-XI-24.. Il continuera toutefois ses correspondances et collaborations avec ses amis basques.