Le temple du Divin Claude (en latin : Templum Divi Claudi ou Claudianum) est un grand ensemble monumental construit à Rome à partir du milieu du comprenant une grande terrasse soutenue par un imposant soubassement, entourée par un portique et occupée par un jardin et un temple dédié au défunt empereur Claude déifié. Son successeur Néron entreprend un réaménagement du complexe pour l'intégrer dans sa Domus aurea et y fait ajouter un grand nymphée. Le monument est modifié une dernière fois de façon importante sous Vespasien. Il ne reste aujourd'hui que des vestiges du soubassement encore visibles sur les pentes du Caelius.

Localisation Le temple et la grande terrasse sur laquelle il est construit occupe la pointe occidentale du Caelius tournée vers le Colisée et vers le Palatin (Regio II), peut-être sur le site de l'ancienne résidence privée de Claude et Agrippine, à proximité de l'antique domus de la gens Claudia. Le site est aujourd'hui occupé par le jardin du monastère des Passionistes.

Histoire La construction La construction du temple débute en 54 à l'instigation de l'impératrice Agrippine la Jeune, peu après la mort et la déification de son oncle et époux, l'empereur Claude. Il s'agit alors du plus grand temple dédié à un empereur divinisé.

Deux statues fragmentaires ont été découvertes sur le site, un corps d'enfant debout sans tête en 1651 et d'autres représentant une prêtresse en 1885. Toutes deux sont sculptées dans une pierre égyptienne assez rare, le grauwacke, utilisée pour les membres de la famille impériale, ce qui a conduit à les identifier à des statues d'Agrippine la Jeune en prêtresse et de Britannicus, ensemble familial décorant le temple de Claude.

Le réaménagement de Néron

Le complexe est partiellement détruit par Néron en 59 peu après qu'il a fait condamner sa mère Agrippine à mort, fait annuler ou suspendre le décret du Sénat proclamant la divinisation de Claude et abandonner le titre de Divus Filius. Ce changement d'attitude qui intervient seulement cinq ans après la mort de Claude peut s'expliquer par l'influence grandissante de Sénèque, ennemi juré d'Agrippine avec qui il a partagé la tutelle du jeune Néron. La démolition reste en fait très limitée et ne concerne que le temple lui-même, Néron conservant la grande plateforme. Ce dernier souhaite probablement récupérer en partie l'espace occupé par le temple sur le Caelius pour l'intégrer dans les jardins de la Domus aurea. C'est dans cette optique qu'il fait ajouter un nymphée monumental dissimulant le soubassement sur son côté oriental. La destruction partielle ou l'interruption des travaux, dans l'hypothèse où ils n'étaient pas achevés au moment de l'annulation du décret sénatorial, a peut-être également pour but de faciliter les travaux de prolongement de l'aqueduc de l'Aqua Claudia, projet néronien, qui achève sa course dans un réservoir érigé à proximité immédiate du complexe (iuxta templum Divi Claudii)F. P. Arata, « L’Acquedotto della Claudia tra il Celio e il Palatino : alcune note », Atlante Tematico di Topografia Antica, n°22, 2013, p. 41-59.Frontin, De Aquis urbis Romae, I, 20Frontin, De Aquis urbis Romae, II, 76. Il ne s'agit donc pas d'une véritable démolition du complexe, en effet la destruction d'un édifice de telles dimensions occasionnerait des efforts et un coût importants qui n'auraient été d'aucun bénéfice pour Néron. Il s'agit plutôt d'une destruction symbolique, l'édifice perdant sa fonction première avec l'annulation du décret du Sénat et étant incorporé à la Domus aurea, projet personnel de l'empereur Néron qui se réapproprie ainsi l’œuvre de ses prédécesseurs. Des sacrifices sont donnés en l'honneur de Claude dans le temple d'Auguste en 58 et 59 puis la pratique cesse avant d'être signalée de nouveau en 66, signe que le culte impérial de Claude a été réhabilité avant la fin du règne de Néron.

La reprise des travaux

Après la mort de Néron en 68 et la restitution au peuple des terres confisquées pour la construction de l'immense Domus aurea, un des premiers actes significatifs en matière de culte impérial est la reprise de la construction et la dédicace du temple de Claude par Vespasien. Il est difficile de savoir s'il s'agit d'une reconstruction complète ou d'une restauration plus modeste mais suffisante pour que Vespasien l'utilise pour symboliser sa volonté d'établir un lien avec la dynastie des Julio-Claudiens, se présentant comme un nouvel AugusteJ. Isager, « Vespasiano e Augusto », Studia Romana in Honorem Petri Krarup Septuagenarii, Odense, 1976, p. 64-71.. Il inscrit le temple de Claude dans un complexe plus vaste comprenant la nouvelle Meta Sudans, le forum de la Paix et surtout l'amphithéâtre flavien. Le nouveau temple n'abrite pas seulement un culte impérial mais comporte aussi un grand parc arboré orné de fontaines et de sculptures que Vespasien ouvre au public, contrastant avec la démesure de Néron s'appropriant des hectares pour son seul usage.

Le temple au Moyen-Âge et à la Renaissance À partir du Moyen-Âge puis sous la Renaissance, les vestiges du grand complexe servent de carrière d'où sont extraits d'importants volumes de matériaux, expliquant le mauvais état de conservation du monument. Une notice datée de 1003 mentionne une carrière de tuf sur le Caelius qui pourrait correspondre au complexe. En 1641, les blocs du soubassement occidental sont jetés à terre et réemployés dans de nouvelles constructions. Enfin, l'église et le palais San Marco sont en partie construits avec des blocs de travertin retrouvés près de l'arc de Constantin, provenant probablement du soubassement du temple. Celui-ci, qui a complètement disparu aujourd'hui, est mentionné une dernière fois au cours du dans une bulle du pape Honorius III, datée de 1217.

Description Le temple

Quasiment aucun vestige de la structure architectonique du temple à proprement parler n'a été conservé et les quelques éléments retrouvés (morceaux de chapiteaux corinthiens, d'une base ionique et de corniches) n'ont peut-être pas appartenu au temple. Il est toutefois possible de proposer une reconstitution du temple à partir de croquis de fragments de la Forma Urbis portant la mention EMPLVM DIV reconstituée en TEMPLVM DIVI CLAVDI, fragments également perdus aujourd'hui. Sur ces dessins du , le temple apparaît comme prostyle, pseudo-périptère et pentastyle avec trois colonnes libres en retour et huit colonnes engagées dans les murs de la cella. La forme pentastyle n'étant pas utilisée dans l'architecture romaine, les archéologues y voient une erreur de relevé, les croquis étant de qualité inégale, et proposent de restituer le temple comme hexastyle ou octastyle. Toutefois, il paraît plus probable que l'auteur des croquis ait oublié de représenter une colonne que trois. Les dimensions du podium sont évaluées à . Il est orienté selon un axe est-ouest, tourné vers l'ouest, faisant face au Palatin.

Des fragments de la décoration architectonique du temple ont été conservés en étant incorporés dans un mur entourant le jardin du couvent des Passionistes. Des fragments de feuilles d'acanthe et de bases appartenant peut-être aux colonnes du temple indiquent que ce dernier est d'ordre corinthien. D'après les mesures des dimensions des fragments, les chapiteaux corinthiens devaient atteindre de haut, soutenus par des colonnes de , des proportions similaires au temple de Mars vengeur du forum d'Auguste. À ces fragments s'ajoutent celui de l'architrave en marbre de Luni de de long, de profondeur et de hauteur.

Le portique

L'espace autour du temple a pu être entouré par un grand quadriportique, un hypothétique porticus Claudia. Toutefois, ce portique n'est pas représenté clairement sur les fragments de la Forma Urbis où n'apparaissent que des lignes parallèles sans mention de colonnades ou d'arcades et il n'en reste aucun vestige. Un portique d'une telle longueur a pourtant nécessité un nombre important de colonnes mais aucune base, aucun fût ni aucun chapiteau ne nous sont parvenus. Trois églises construites à proximité contiennent des fûts en granit d'époque antique mais les dimensions ne semblent pas correspondre au portique du Claudianum mais plutôt au péristyle de la caserne de la V cohorte de vigiles ou à celui des Castra Peregrina, plus proches.

Si sur la Forma Urbis les lignes parallèles encadrant l'espace occupé par le temple représentent le portique, auquel Martial semble faire allusion dans une épigrammeMartial, Liber spectaculorum, II, 9-10, l'allée couverte serait large de . Cette représentation simplifiée est déjà attestée pour d'autres monuments sur le plan de marbre comme le Forum Transitorium pour lequel les grandes colonnades latérales ne sont pas explicitement représentées. La hauteur des colonnes du portique est évaluée à en comparaison avec d'autres monuments contemporains présentant une disposition et des dimensions similaires comme le forum de la Paix ou le forum de Tarraco.

La terrasse du Claudianum devait être desservie par deux escaliers monumentaux marqués par des propylées à leur intersection avec le portique, le premier sur le côté occidental face au Palatin et le deuxième sur le côté septentrional face au Colisée. Si aucun indice archéologique ne vient confirmer la présence d'un grand portique sur le périmètre, des vestiges confirment la présence d'au moins un des deux propylées dans l'axe de l'escalier d'accès à la terrasse sur le côté septentrional, composé de colonnes corinthiennes de de haut. Un des chapiteaux corinthiens de de haut retrouvé sur place à la Renaissance est réemployé en 1565 lors de la construction de l'église Santa Maria degli Angeli qui occupe l'intérieur du frigidarium des thermes de Dioclétien.

Le jardin L'espace de la plateforme délimité par le portique est occupé par un grand jardin arboré. Ce dernier est représenté sur les fragments de la Forma Urbis par une série de lignes doubles parallèles à l'axe du temple puis une série de lignes perpendiculaires à la première série en arrière du temple pour une forme générale en U. L'espace en avant du temple devait être laissé libre. Ce type de lignes doubles est normalement utilisé sur le plan de marbre pour figurer des murs aux épaisseurs variables. Toutefois, la disposition des lignes autour du temple exclue la présence de murs concentriques et il est plus probable qu'il s'agisse d'une représentation simplifiée de jardins composés d'alignements réguliers de haies ou d'arbres tels que des cyprès.

Selon une autre hypothèse, les lignes ne représentent pas directement les haies ou les arbres mais des petits canaux permettant l'irrigation des végétaux. Cinq tronçons de canaux en marbre de Luni régulièrement perforés, exposés dans le jardin des Passionistes, pourraient correspondre à cette installation, similaires dans sa représentation sur le plan de marbre avec le dispositif hydraulique du forum de la Paix.

Le soubassement et édifices annexes L'imposant soubassement de la terrasse mesure approximativement sur (plus précisément si on prend le périmètre extérieur sur la Forma Urbis), pour une altitude à son sommet de . On peut distinguer trois phases de construction.

La première phase correspond au plan initial mis en œuvre peu après la mort de Claude. La terrasse est de dimensions un peu plus modestes (). Les façades du soubassement sont aménagées en une série de boutiques (tabernae) au niveau de la rue en contrebas, avec des murs de d'épaisseur délimitant un espace d'environ de large pour de profondeur pour chaque boutique.

La deuxième phase fait suite à l'annulation du décret de déification de Claude par Néron qui intègre le Claudianum dans les jardins de la Domus aurea. Cette phase est marquée par l'ajout d'un nymphée qui couvre tout le côté oriental, projetant sa façade à par rapport à la façade initiale. Du côté occidental, la façade se double d'un mur en opus caementicium de d'épaisseur situé à de la façade initiale permettant l'agrandissement de la terrasse supérieure.