Harry Frederick Harlow, né le à Fairfield (Iowa) et mort à Tucson (Arizona), est un professeur de psychologie à l'université de Madison (Wisconsin). Il est célèbre pour ses expériences d'isolement de bébés singes rhésus, qui soulignent l'importance des relations mère-enfant dans la petite enfance pour un développement normal des enfants et qui contribuent à consolider la théorie de l'attachement initiée par John Bowlby. Ses méthodes sont condamnées par de nombreux défenseurs de la cause animale. Elles ont contribué à l'essor des mouvements de libération des animaux de laboratoire aux États-Unis.

Au-delà de ses études controversées sur les bébés singes, Harlow est d'abord un pionnier de la primatologie. Il crée le premier laboratoire d'élevage de primates et invente les protocoles d'hébergement et de soins qui seront reproduits en d'autres lieux. Il fait notamment très attention aux conditions sanitaires des singes entrants pour éviter les épidémies. Il héberge jusqu'à 500 singes dans son laboratoire. Il est un des premiers à tester systématiquement les capacités d'apprentissage, de mémoire et de curiosité des singes, en faisant des modèles utiles des capacités cognitives et comportementales des humains. Il aborde le domaine de la neurologie en recherchant les corrélations entre la localisation des atteintes cérébrales et la perte des capacités cognitives ou comportementales.

Biographie

Jeunesse Harry Frederick Israel est le troisième d'une fratrie de quatre frères nés de Mable Roda Rock et de Alonzo Israel. Il est né et grandit à Fairfield (Iowa). On connait peu de choses de son enfance, sinon que sa mère est peu affectueuse. Il fait une année universitaire à Portland (Oregon), avant d'être admis à l'université Stanford en 1924. Après un semestre catastrophique en Anglais, il s'oriente vers la psychologie. Il travaille sous la supervision de Lewis Terman, qui lui conseille de changer son nom "Israël" en "Harlow", par peur des appréciations négatives que pourraient entrainer son nom alors qu'il n'est pas juif. Harlow soutient sa thèse à Stanford en 1930 sur les capacités cognitives du rat albinos de laboratoire. Tout de suite après sa thèse, il est nommé professeur-assistant de psychologie à l'université de Madison où il est resté 44 ans..

Le laboratoire des primates Arrivé à Madison, Harlow demande à l'université un espace de laboratoire pour poursuivre ses recherches sur les capacités cognitives des rats, ce qui lui est refusé. C'est devant l'impossibilité de poursuivre ses recherches sur le rat et sur la suggestion de l'épouse du directeur du département de psychologie qu'il décide de s'intéresser aux singes qui sont hébergés au Zoo Henry Vilas de Madison. Il se rend rapidement compte que les singes et les grands singes ont des capacités mentales bien plus développées que les rats. Ses tests, conçus pour les rats, sont sans intérêt pour les singes. Il lui faut concevoir d'autres tests plus exigeants et créer un laboratoire adapté aux singes. C'est alors que l'université met à sa disposition, en 1932, un pavillon vacant en mauvais état qui a été le Laboratoire des produits forestiers. Il aménage avec ses étudiants et ses maigres ressources (c'est la période de la Grande Dépression) ce qui devient le Laboratoire des primates, le premier du genre au monde. En 1953, le laboratoire des primates est transféré dans un espace plus grand, une ancienne laiterie, et l'élevage des singes rhésus peut être organisé. Il n'y a pas de précédent d'élevage de singes en laboratoire. Harlow et son équipe doivent inventer les aménagements, les dispositions matérielles et les procédures pour que l'animalerie fonctionne et que les singes grandissent en bonne santé. Cette expérience est consignée dans un article qui sert de guide à d'autres laboratoires et même à des zoos.

Famille Harlow se marie en 1932 avec Clara Mears, une de ses plus brillantes étudiantes. Le couple a deux fils, Robert et Richard. Harry et Clara divorcent en 1946 parce que Harry est « workalcoholic ». Harlow se remarie la même année avec Margaret Kuenne. Margaret a obtenu un bachelor's degree ainsi qu'un master's degree à l'université de Washington où elle est membre de Phi Beta Kappa, la plus sélecte des fraternités étudiantes. Elle soutient sa thèse de doctorat en psychologie à l'université de l'Iowa en 1944. Sa thèse, dirigée par Kenneth Spence, vise à tester les théories behavioristes de Clark Hull sur les enfants et à envisager comment on pourrait les appliquer aux singes. Avec un tel sujet de thèse, Harlow l'engage comme assistante-professeure de psychologie à l'université de Madison pour mener des recherches sur les enfants en parallèle de ses propres recherches sur les singes.

En raison des règles strictes de l'université sur le népotisme, Margaret doit abandonner son poste de professeur lorsque son mariage avec Harlow est connu de l'administration. Elle peut cependant avoir un poste de chercheuse au laboratoire de son mari. Ils ont deux enfants, Pamela (1950) et Jonathan (1953). Ils habitent dans une maison située à proximité de l'université et du laboratoire des primates. Margaret participe activement à l'activité du laboratoire. Elle retrouve une fonction d'enseignement en 1965 et, en 1970, un poste de professeur en psychologie de l'éducation. Margaret est morte le d'un cancer diagnostiqué en 1967. Harlow fait une dépression à l'annonce du cancer de sa femme. En 1972, il se remarie avec sa première femme Clara Mears, qui s'était elle-même remariée et était veuve. Il prend sa retraite deux ans plus tard. Le couple se retiré à Tucson où Harlow, avec l'aide de Clara, continue à écrire des articles scientifiques jusqu'à son dernier gros ouvrage The Human Model, A Primate Perspective. Harry Harlow est mort à Tucson le et est inhumé au cimetière de Forest Hill à Madison. Clara Mears publie une sélection des articles de Harlow intitulée From learning to love. Elle est morte à Tucson le à l'âge de 80 ans.

Caractère Harlow, enfant, est timide. Jeune homme, il est un bon joueur de tennis et un très bon joueur de bridge. Il a un défaut d'élocution, ce qui présente une difficulté majeure pour parler en public. À la fin de ses études, ses professeurs lui conseillent de briguer un poste de professeur de premier cycle universitaire. Il ne suit pas ces conseils et candidate à l'université de Madison. Il doit faire le cours d'introduction à la psychologie trois fois par semaine devant 300 étudiants : il réussit à vaincre sa timidité et à son défaut de parole, si bien que, par la suite, il devient un remarquable orateur. Il est même un conférencier recherché. Il illustre ses conférences de pointes d'humour et de poèmes de son cru. C'est aussi un écrivain prolifique qui a écrit environ 350 articles et ouvrages. Il aide ses collègues et ses étudiants qui voulaient établir un laboratoire des primates dans une autre université. Il accorde généreusement son temps à ses collègues et étudiants, notamment lors de longues marches qui sont célèbres.

Harry Harlow aime remettre en cause les théories établies. En particulier, il n'est pas d'accord avec la théorie béhavioriste de Kenneth Spence, qui a été le directeur de thèse de son épouse Magaret, et de Clark Hull, qui a commencé sa carrière à l'université de Madison avant de la poursuivre à Yale. Ces professeurs affirment que la pulsion première du nourrisson envers sa mère est la faim et que l'attachement des enfants pour leur mère n'est qu'une pulsion secondaire. Harlow prend un malin plaisir à démolir leur théorie. Lorsqu'il découvre le rôle des poupées-mères de substitution, il choisit de parler "d'amour", terme scientifiquement suspect, et non "d'attachement", terme plus neutre et scientifiquement plus établi.

Il est provocateur et choisit les termes les plus rudes comme "demoiselle de fer » pour désigner ses poupées de fil de fer, "puits de désespoir" pour nommer ses cages d'isolement total. Il a un côté bravache vis-à-vis des critiques de ses expériences d'isolement que certains trouvent cruelles. Dans une interview de 1974, il déclare :

Recherche sur les primates adultes (1930-1950)

Pour pouvoir interroger les singes et explorer leurs capacités d'apprentissage, de compréhension et de mémoire, Harlow met au point un dispositif expérimental nommé le Wisconsin General Test Apparatus (WGTA). Son dispositif permet d'appliquer de nombreux protocoles d'expériences standardisées sur de nombreux singes, ce qui produit des données en nombre qui peuvent être soumises aux statistiques. Avec ses étudiants, Harlow met au point des tests ciblant soit l'intelligence, soit la mémoire. C'est au cours de ces tests qu'Harlow a découvre que les singes ont des (« dispositions pour apprendre » (learning sets) et développent des stratégies pour résoudre les problèmes qui leur sont soumis, ce qu'il qualifie de stratégies pour « apprendre à apprendre ».

En fait, il est habituel, lorsque l'on procède à des tests de comportement sur des rats, de n'utiliser les rats qu'une seule fois pour éviter les interférences. Mais avec les singes, qui coûtent beaucoup plus cher, Harlow doit réutiliser les mêmes individus dans différentes batteries de tests. Et précisément, il y a des interférences. Harlow s'aperçoit que les singes qui ont travaillé sur certains tests gardent la mémoire de l'expérience et la mettent en œuvre dans le nouveau contexte qu'on leur propose. Ils sont capables d'une certaine abstraction et, en fait, procèdent comme les enfants humains qui apprennent. Il met donc en évidence chez les singes des capacités d'intelligence que l'on pensait réservées aux hommes.

Dans les années 1940, les psychologues les plus célèbres, Kenneth Spence et Clark Hull notamment, professent que les singes sont mus par des réflexes physiologiques et des instincts que l'on pouvaient « conditionner » par des pratiques répétées. Harlow montre que les singes peuvent agir poussés par la curiosité et le désir de manipuler les choses. Ils ne se laissent pas « conditionner » par les tests, ils sont capables de réfléchir à une situation nouvelle pour trouver une solution, par simple intérêt pour le problème, sans attendre de récompense, ce qui permet de comparer leurs réactions avec celles de jeunes sujets humains. Les expériences de Harlow sont citées dans tous les manuels de psychologie. Ces découvertes lui valent d'être élu à l'Académie nationale des sciences des États Unis en 1951.

Parallèlement, Harlow s'engage dans des études neurophysiologiques pour déterminer le rôle des différentes régions du cortex dans les processus de mémorisation et d'apprentissage. Il pratique des ablations de certaines régions du cerveau des singes pour voir, avec sa batterie de tests, quelles fonctions mentales sont altérées. C'est une approche expérimentale originale qui est toujours d'actualité. Harlow et son laboratoire ont été célèbres avant que les recherches sur les effets de la séparation des bébés singes de leur mère ne leur apportent une nouvelle notoriété. Recherches sur les bébés macaques rhésus (1951-1974)

Isolement partiel des bébés singes(1951-1958)