Date PIB (PPA) de la Francemillions de dollars internationaux Partage du PIB mondialpourcentage (%) 1600 4,7 1700 5,7 1820 5,5 1870 6,5 1913 5,3 1950 4,1 1973 4,3 1998 3,4 2010 2,9Source : Liste historique des régions et pays par PIB (PPA) droite|vignette|Évolution en logarithme du PIB réel par habitant de la France en dollars américains 2018|330x330px
L'histoire économique de la France s'écrit à partir de 476, lors de la « chute de l'Empire romain ».
Pour la situation économique pendant la période précédente, voir Économie romaine.
Économie de la France au haut Moyen Âge
+ La France au Haut Moyen Âge Population PIB par habitant(estimation pour l'Europe occidentale, en dollar américain de 1990) Tendance économique Répartition sectorielle12 millions en 400 6 millions en 850450 au début 400 en l'an 1000régression, puis stagnationprincipalement agricole
Héritage romain
Depuis l'antiquité, les voies commerciales empruntent préférentiellement les axes fluviaux et la voie maritime, car le transport terrestre est difficile et n'est rentable que pour des marchandises onéreuses.
Les bassins fluviaux sont reliés entre eux par des voies antérieures à la conquête romaine. Les Celtes experts en métallurgie utilisaient des chariots, sur des axes moins construits que les voies romaines, mais mieux adaptés au transport de marchandises (pentes moins accentuées par exemple): les fameuses voies romaines sont voulues avant tout pour transférer rapidement des troupes ou des courriers..
L'Empire romain avec sa fiscalité directe peut entretenir une administration et des services publics pléthoriques: en particulier une puissante armée, une administration fiscale performante pouvant gérer le cadastre nécessaire au prélèvement d'un impôt direct et des écoles. Cependant, le fait de devoir entretenir une plèbe oisive alourdit la pression fiscale sur les colonies, à un niveau de moins en moins acceptable.
Quand les barbares constituant les troupes auxiliaires de l'armée romaine se retournent contre l'empire et créent leurs propres royaumes, ils conservent les structures économiques existantes et en particulier les voies commerciales et la structure des exploitations agricoles comprenant beaucoup de Latifundia (grands domaines esclavagistes). Ils sont d'autant mieux acceptés qu'ils ne conservent pas le lourd système fiscal impérial et qu'ils ne chassent pas les élites.
D'un point de vue monétaire le solidus d'or romain reste la monnaie de base jusqu'aux Carolingiens.
Sous les Mérovingiens
Puissance économique des grands domaines agricoles Si les royaumes barbares ont épluché les structures économiques et les cadres de l'Empire romain, le système fiscal a été profondément altéré par l'arrivée de ces hommes libres et armés sur lesquels il est pratiquement impossible de prélever un impôt direct. Dès lors il n'est plus possible d'entretenir une administration nombreuse (nécessaire pour prélever des taxes directes), des écoles publiques ou une armée soldée. Il se met en place un système basé sur le clientélisme et le roi rétribue ses vassaux grâce aux richesses issues des taxes prélevées sur le commerce (tonlieu) et les amendes prélevées grâce à l'application de la loi salique (wergeld)..
La plus grande partie du commerce entre la Méditerranée et le nord de l'Europe passe par l'axe rhodanien (la connexion du bassin du Rhône et de la Saône avec ceux de la Loire, de la Seine, de la Meuse ou du Rhin ne nécessite que des routes courtes et peu accidentées). Ce commerce à longue distance florissant est animé en particulier par des marchands grecs, syriens et radhanites (le nom latin du Rhône est Rhodanus). Même si le trafic est faible, le contrôle de ces axes commerciaux (qui permet la taxation des marchandises) et particulièrement des ports de Marseille et d'Arles (où une fiscalité directe perdure) donne aux mérovingiens la richesse nécessaire pour s'assurer la fidélité de leurs vassaux jusqu'à Dagobert I. Cet allègement de la fiscalité profite aux exploitations agricoles et cette période correspond à un nouvel âge d'or pour les villae.
Les élites quittent les villes et se recentrent sur leurs possessions rurales. La monnaie d'or est adaptée pour les échanges du commerce à longue distance, qui concerne des produits suffisamment onéreux pour qu'il soit rentable de les transporter avec les difficultés que cela comporte à l'époque. Cependant les échanges à courte distance entre ville et campagne se font le plus souvent par troc. Les exploitations ont donc tendance à une relative autarcie, diversifiant leurs productions agricoles, exploitant les forêts qui gardent à l'époque un rôle nourricier non négligeable (cueillette, élevage porcin, chasse…) et produisant elles-mêmes la plupart des objets artisanaux dont elles ont besoin. La production de surplus agricoles n'est pas forcément très rentable, et il n'y a pas de grand bénéfice à investir dans des équipements augmentant la productivité (charrues, moulins…). De même la main d'œuvre servile non intéressée au produit de son travail est peu efficace.
Crise du
Au , le commerce en Méditerranée est fortement perturbé et les royaumes barbares basculent vers la crise. L'expansion musulmane en Méditerranée et la guerre de course qui s'ensuit perturbe les voies de commerce lointain qui approvisionnent l'Europe du Nord via le couloir rhodanien (c'est la thèse défendue par Henri Pirenne) Elmer Bendiner, The Rise and Fall of Paradise, ..
D'autres mettent en avant les effets de la Peste de Justinien que les chroniqueurs de l'époque décrivent comme de véritables fléaux dans le bassin méditerranéen aux s. Ces épidémies de peste et de variole récurrentes désorganisent le travail agricole et entraînent des famines ce qui en aggrave l'impact démographique. Le bilan est impossible à chiffrer mais, certains historiens le comparent à celui de la grande peste de 1347-1348 : Jacques le Goff et Jean-Noël Biraben y voient la cause d'un important affaiblissement démographique du sud de l'Europe qui explique en partie le basculement du centre de gravité de l'Occident vers le nord.
Les mérovingiens n'ont plus les moyens d'entretenir leurs vassaux. La sécurité n'est plus assurée par un État déliquescent et est prise en charge par l'aristocratie.. Ce changement conduit aux débuts de la vassalité.
Les puissants accueillent des hommes libres qu'ils éduquent, protègent et nourrissent. L'entrée dans ces groupes se fait par la cérémonie de la recommandation : ces hommes deviennent des guerriers domestiques (vassus) attachés à la personne du seniorVassus signifie jeune homme fort et a donné en français « vassal » en opposition à Senior qui signifie vieux et a donné "seigneur". Le seigneur doit entretenir cette clientèle par des dons pour entretenir sa fidélitéLaurent Vissière, « Le chevalier, un héros laborieux », Historia thématique juillet 2004 : La France féodale, Historia. La monnaie d'or devenant rare du fait de la distension des liens commerciaux avec Byzance (qui perd le contrôle de la Méditerranée occidentale au profit des Musulmans) la richesse ne peut provenir que de la guerre : butin ou terres conquises à redistribuer. En l'absence d'expansion territoriale, les liens vassaliques se distendent, donc pour se pérenniser une puissance doit s'étendre.
Essor des Pépinides
Avec la présence musulmane en Méditerranée occidentale les voies commerciales byzantines ne peuvent plus passer que par l'Adriatique. Dès lors l'axe Rhône-Saône-Rhin (ou Seine) est supplanté par l'axe Pô-Rhin-Meuse. Le basculement à l'Est des voies commerciales réactive les régions riches en minerai de fer qui avaient déjà été à l'origine de la puissance agricole et militaire des celtes.
Une famille austrasienne dont le berceau est situé sur la Meuse, les Pépinides, acquiert un avantage économique qui lui permet d'aligner des armées bien plus nombreuses que ses rivales. Le basculement économique permet aux Pippinides de bénéficier d'armes et protections en acier de bonne qualité augmentant leur supériorité militaire. L'outillage agraire est amélioré et la productivité augmente : les Pippinides contrôlent plus de 90 grands domaines agricoles de part et d'autre de la Meuse et leur puissance est sans égale..
Ainsi, Pépin de Herstal devient maire du palais d'Austrasie en 679, contrôle la Neustrie en 687 et prend le titre de prince des Francs. Pour conserver ces conquêtes ses descendants doivent maintenir cette politique expansive pour éviter la dissolution de leur empire naissant. Son fils bâtard Charles Martel, doit ainsi réduire les révoltés neustriens, puis assujettir les Frisons, les Alamans, les Bourguignons et les Provençaux. Pour entretenir son imposante clientèle, il n'hésite pas à saisir et redistribuer les biens du clergé séculier, ce qui accroît encore sa puissance.
Renaissance carolingienne Réforme monétaire
Du fait de la perte de contrôle de la Méditerranée par l'Empire byzantin, les ventes vers le monde méditerranéen diminuent, rendant déficitaire le commerce avec le monde musulman (soit directement soit via Byzance).. L'or quitte l'Occident pour s'accumuler en Orient, entraînant une pression déflationniste. La diminution du numéraire en or qui en résulte rend nécessaire l'adoption d'une monnaie frappée avec un minerai plus abondant en Europe que l'or. Inversement, le développement du commerce autour de la mer du Nord entraîne la frappe de monnaies d'argent par les Frisons et les Anglo-saxons dès 680. D'autre part, une monnaie de valeur plus faible est mieux adaptée aux transactions locales de moindre montant.
Au début du règne des Pippinides les différentes parties de l'empire utilisent des monnaies différentes, ce qui freine les échanges. En 755, Pépin le Bref prend le contrôle de Dorestad et des ateliers de frappe de monnaie frisons. Le roi affirme son monopole à battre monnaie, ordonnant la frappe d'un denier d'argent normalisé, orné de son monogrammeLes carolingiens : Pépin le Bref, sa vie. La mort de Pépin le Bref chrisagde.free.fr.
Dans le même esprit, Charlemagne institue par capitulaire en 794, un système basé sur une masse d'argent : la livre correspond a un poids de d'argent. Il se fonde sur des monnaies de l'Empire romain : le solidus (ou sol) et le denier. Une livre vaut 240 deniers. Un sol (un sou) vaut 12 deniers soit un vingtième de livre tournois. Circulent aussi des oboles (1/2 denier) et des pictes (quarts de denier). Le sol et la livre servent de monnaie de compte : un « sol de farine » est la quantité de farine que l'on peut acheter avec 12 deniers.
Cette uniformisation de la monnaie facilite les transactions commerciales à travers l'empire, et donc augmente les échanges entre les différentes régions. Une véritable révolution économique est lancée, l'utilisation de la monnaie s'accélère, et est attestée même pour des échanges modestes. Une des implications est qu'il devient rentable de produire des surplus agricoles susceptibles d'être vendus. La voie est ouverte au développement démographique et à la mutation progressive vers une société plus commerçante, artisanale et citadine.
Les Carolingiens favorisent le commerce, entretiennent les routes et développent les foires : Charles Martel autorise la création de marchés ruraux dans les vici dès 744. Cependant, ce commerce est étroitement encadré (les prix sont fixés depuis 794, l'exportation des armes est prohibée) et taxé. Le souverain récupère les entrées fiscales et les produits précieux nécessaires à l'entretien de ses vassaux.
Mutation de la société agricole
À partir de 800, les campagnes militaires impliquant des levées en masse se font plus rares, et le modèle économique franc, basé sur la guerre et la prédation, n'est plus viable. Avec la paix - ou plutôt à la suite de l'absence de campagne militaire rémunératrice -, nombreux sont les hommes libres et propriétaires de manses libres qui posent les armes, pour retourner au travail de la terre.