Alcatel Espace est une société française créée dans les années 1960 pour répondre aux besoins du domaine de l'astronautique et plus particulièrement la construction de satellites artificiels. Elle était l'un des leaders mondiaux dans son secteur.
L'entreprise devient Alcatel Space en 1998, puis Alcatel Alenia Space en , puis le groupe franco-italien Thales Alenia Space lors de la vente des parts d'Alcatel au groupe français Thalès en .
Historique
Origines Dans les années 1960Adapté du livre CHRONIQUES D'UN METIER de 1963 à 1993, 30 ans d'activités spatiales par les anciens d'Alcatel Space. De Thomson et CSF à Thomson-CSF et Alcatel Espace. Ouvrage édité par Alcatel Space en août 1999En 2000, le livre a reçu le prix Robert-Aubinière attribué pat l’Institut français d’histoire de l'espace (IFHE)qui a pour but de valoriser l'histoire de l'Espace., la Compagnie française Thomson Houston (CFTH) et son concurrent la Compagnie générale de télégraphie sans fil (CSF) se penchent sur cette activité poussée à cette époque plus par l’exploration scientifique de l’espace que par l’exploitation de services en télécommunications par satellite.
Ultérieurement c'est cette même société Alcatel Espace, qui devient: en , Alcatel Space avec la participation de Thomson-CSF, reprenant les activités satellite d'Aerospatiale et spatiale de Thomson-CSF ; en 2001, toujours Alcatel Space, Alcatel reprenant la participation de Thomson-CSF devenue entre-temps Thales en 2000 ; en , Alcatel Alenia Space (AAS), par fusion des activités spatiales d'Alcatel (Alcatel Space) et de Finmeccanica (Alenia Spazio) dans une cosociété répartie 2/3, 1/3 ; en , retour aux sources, Thales Alenia Space (TAS), par cession des actifs d'Alcatel dans AAS à Thales.
Éveil à l'espace
Mondialement c’est en 1957 que la fiction se fait réalité avec la mise en orbite autour de la Terre du premier objet artificiel d’une masse de 80 kg, le satellite soviétique Spoutnik. Les États-Unis d’Amérique suivent en 1958 par le lancement d’Explorer 1.
En France
Le gouvernement français fonde dès , le Comité des recherches spatiales qui décide 3 ans plus tard, en , la réalisation d’un lanceur de satellite qui devient Diamant utilisant la base militaire d’Hammaguir et la création d’un centre d’étude, le CNES (Centre National d'Études Spatiales). Trois ans et demi plus tard, le , Diamant met en orbite son premier satellite, la capsule technologique de Astérix. Équipé en partie de matériels américains, ce satellite possède une antenne réalisée par le Français Thomson.
En Europe
À partir de 1960 sont mis en place des groupes et commissions par les représentants de la Belgique, de la France, de l’Italie, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de la Suède rejoints par l’Allemagne fédérale et la Suisse, puis la Norvège et le Danemark. Les travaux des commissions débouchent sur la création de l’ESRO en avec pour mission la recherche scientifique et de l’ELDO pour la mise en place de lanceurs de satellite. Ce n’est qu’en que le premier satellite européen scientifique ESRO 2A est lancé sans succès par le lanceur américain Scout à partir de la base de Vandenberg. L’ESRO qui a connu quelques succès et l’ELDO qui n’a connu que des échecs fusionnent en en une agence européenne, l'Agence spatiale européenne (ESA). Les satellites de cette époque et les stations sol associés possèdent déjà des équipements réalisés par Thomson et CSF. Arrive ensuite, sous l’impulsion de la France et du CNES, le programme de lanceur de satellite Ariane qui donne naissance à une famille de lanceurs dont on connaît la réputation mondiale ce qui permet l’essor d’activités spatiales en Europe.
Télécoms par satellite
Premiers pas
L’idée de placer un satellite sur l’orbite géostationnaire à servant de relais radioélectrique date du début du . Mettre en application cette théorie devient dorénavant possible et les premiers à expérimenter de tels relais en orbites sont les militaires américains à la fin de 1958 avec le satellite-capsule actif SCORE à une voie téléphonique placé sur une orbite elliptique. Cette expérience est suivie de Courier 1B plus complet et plus puissant sur orbite elliptique aussi.
Satellites passifs
Le premier satellite passif en 1960 est une sphère gonflable de de diamètre dont la peau est aluminisée réfléchissant les signaux reçus des stations au sol. C’est la famille des Echo développée en deux exemplaires par la NASA et placée sur une orbite circulaire basse. Cette expérience ne sera pas suivie d'applications opérationnelles car le développement des satellites actifs avance à grands pas, porté par une utilisation commerciale.
Des études sur des solutions de satellites passifs sont entreprises à CSF sans suite.
Premiers satellites actifs à perspectives commerciales
Au début des années soixante, des lanceurs limitent les charges satellisées à quelques dizaines de kilos et quelques dizaines de watts ce qui freine l’expansion de ces satellites et les maintient sur des orbites basses. On voit cependant apparaître des programmes de satellites équipés de répéteurs dont les caractéristiques permettent la transmission de signaux téléphoniques ou de télévision avec des qualités acceptables. Le premier lancé en , Telstar 1, est une sphère de 77 kilos dont le corps est couvert de cellules solaires et d’antennes et dont l’élément de puissance est un tube à ondes progressives (TOP). Ce satellite préfigure les satellites qui seront 40 fois plus lourds. AT & T, possesseur de presque tout le réseau de télécoms nord-américain promeut et exploite le réseau Telstar. Quelques mois après Telstar, la NASA met en orbite le satellite Relay, construit par RCA. D'une masse voisine de celle de Telstar, il possède deux répéteurs d'une puissance d'émission de 10 watts fournissant des signaux de qualité acceptable.
Ces satellites nécessitent de grandes stations terrestres très complexes. Celles de Pleumeur-Bodou en France a été réalisée en grande partie par la Compagnie Générale d'Électricité (CGE), qui a pris le nom d’Alcatel plus tard, et la CSF.
Satellites géostationnaires
C’est dès 1960 que la conception par Hughes Aircraft des satellites du type Syncom stabilisé par rotation et équipé d’antenne à rayonnement toroïdal voit le jour. Financé par la NASA et le DoD les satellites Syncom sont lancés en 1963 et 1964. Ils sont suivis par Earlybird en 1965 au profit de l’organisation internationale Intelsat dont l’accord de constitution venait d’avoir lieu.
En 1969 se décide le démarrage du programme commercial franco-allemand Symphonie. La Thomson et CSF, puis après fusion Thomson-CSF sont membres de l'organisation industrielle en tant que chef de file de l'électronique. Ces satellites innovent par une conception nouvelle du type "stabilisé 3 axes" et moteur auxiliaire d'apogée à liquides. Ces solutions sont celles en vigueur 40 ans plus tard sur tous les satellites géostationnaires.
Premières activités spatiales à Thomson et à CSF Débuts à la compagnie française Thomson-Houston
Au début des années soixante, la Compagnie Française Thomson-Houston (CFTH) est divisée en groupes correspondant à des types d'activité spécifiques : Électronique, Cuivre et Câbles, Mécanique électrique, Radio-Télévision. C'est au sein du Groupe Électronique, consacré à l'électronique professionnelle, que l'expertise de la Compagnie doit pouvoir trouver des applications dans le domaine spatial. Dès 1961 est créé une entité de coordination, le Bureau des Activités Spatiales (BAS).
Télémesure et la télécommande à Thomson Gennevilliers
C'est en 1964 que le CNES lance ses premiers appels d'offres pour équiper les satellites qui doivent être mis en orbite par le lanceur Diamant. Le secteur chargé des études de matériels de télécommunications militaires fonctionnant dans les bandes VHF et UHF est donc naturellement désigné pour répondre aux appels d'offres du CNES concernant l'étude et la fourniture d'un ensemble récepteur-décodeur de télécommande à embarquer à bord du satellite D1. L'offre est retenue par le CNES et constitue le début d'un enchaînement d'activités lié à la télémesure, la télécommande et la localisation (TM-TC) des satellites. Le satellite D1 sera lancé en . Succède à D1A le programme international Intelsat II dans lequel le chef de file est l'américain Hughes Aircraft. Hughes se borne à sous-traiter des fabrications sur plans de matériels dont il a fait lui-même l'étude, de la mise au point et des essais .Thomson est chargée des émetteurs de télémesure VHF de deux satellites. Réalisé en 1965 et 1966 le matériel est embarqué sur Intelsat IIA et Intelsat IIC lancé respectivement en janvier et .
Au cours de la même période est réalisé le même type de matériel pour les satellites ESRO IA, ESRO IB, ESRO IIA, ESRO IIB lancés respectivement en , en (échec au lancement), en (échec au lancement) et en . Une étape supplémentaire est franchie en 1966 car sous la maîtrise d’œuvre d'ensemble de Dornier Systems en Allemagne, la Thomson se voit confier la responsabilité du sous-ensemble TM-TC des satellites HEOS A1 et HEOS A2 lancés en et .
Au début de l'année 1966, la Thomson fait l'apprentissage des appels d'offres "lourds" en répondant à celui lancé par l'ESRO pour deux satellites scientifiques TD1 et TD2. C'est au sein du consortium EST (European Space Team) formé de Elliott Automation Ltd (Royaume-Uni), Compagnie Française Thomson-Houston (France), FIAR (Italie), Fokker (Pays-Bas) et ASEA (Suède) conseillé par la société américaine General Electric ayant ce genre d'expérience. C'est le consortium concurrent, MESH, qui remporte le contrat. Finalement seul TD1 voit le jour avant annulation du contrat pour TD2. SatelliteDateLanceur / CentreDate de mise hors serviceMissionCommentairesFR 1Scout / Vandenberg ; Arrêt émissionÉtude IonosphèreCSF - 695/ ; Diapason (D 1A)Diamant/ Hammaguir Arrêt émissionÉtude géodésiqueThomson + CSF - 500/ ; Intelsat 2ADelta / Cape CanaveralHors serviceTélécomsThomson - GEO ; 2 canaux bande C ; plate-forme Hughes à rotation HS 303Diadème 1 (D 1C)Diamant/ Hammaguir Arrêt émissionÉtude géodésiqueCSF - 550/ ; Diadème 2 (D 1D)Diamant/ Hammaguir ; Arrêt émission ; Disparition en 1968Étude géodésiqueCSF 80/ ; Intelsat 2CDelta / Cape CanaveralHors serviceTélécomsThomson - GEO ; 2 canaux bande C ; plate-forme Hughes à rotation HS 303Esro 2A (Iris 1) Échec lanceurScout / VandenbergÉtude IonosphèreThomson - 350/ ; constructeur HSD + Matra ; Esro 1A (Aurorae)Scout /Vandenberg ; Déclin naturelÉtude IonosphèreThomson - 250/ ; Esro 1B (Boreas)Scout / Vandenberg ; Déclin naturelÉtude IonosphèreThomson - 300/ ; Esro 2B (Iris 2)Scout / Vandenberg ; Déclin naturelÉtude IonosphèreThomson - 350/ ; constructeur HSD + Matra ; Heos A1Thor-Delta / Cape Canaveral ; Déclin naturelÉtude MagnétosphèreThomson - 20000/ ; constructeur MBB ; 1969-1970 Fusion Thomson et CSF 1970 - Thomson-CSF - Création Département Espace-Satellites (ESA)Intelsat 402Atlas Centaure / Cape CanaveralHors serviceTélécomsThomson - GEO ; 12 canaux bande C ; plate-forme Hughes à rotation HS 312 ; Tournesol (D 2A)Diamant / Kourou ; Disparition en 1980Étude soleilCSF - 450/ ; constructeur Matra ;
Débuts à CSF
En 1963 ont lieu les premières compétitions pour les matériels d'infrastructure du CNES : les stations de localisation des satellites et les stations de télémesure et de télécommande avec un succès de CSF contre la Thomson pour le marché des stations Iris. La fourniture porte sur six stations, dont deux mobiles et quatre fixes, qui sont installées initialement au Liban, à Brétigny, Pretoria, Ouagadougou, Brazzaville et Hammaguir.