Louis Jean Joseph Blanc, né le à Madrid et mort le à Cannes, est un journaliste et historien français, membre du gouvernement provisoire de 1848 et député sous la Troisième République.

Il est promoteur de l'aphorisme communiste De chacun selon ses facultés à chacun selon ses besoins : . Cet adage sera notamment repris par les communistes libertaires et les marxistes.

Socialiste et républicain, il participe à la campagne des Banquets en faveur du suffrage universel et propose, après la Révolution de 1848, la création des Ateliers sociaux afin de rendre effectif le droit au travail. Il est finalement contraint de s'exiler à Londres après les Journées de Juin car tenu pour responsable de l'émeute du . Il y demeure jusqu'à la fin de la guerre franco-prussienne de 1870 et entre de nouveau à l'Assemblée nationale en 1871, siégeant à la chambre basse une dizaine d'années, à l'extrême gauche.

La découverte de la vie ouvrière et du journalisme vignette|gauche|Louis Blanc en 1845, gravure du musée de la vie romantique. Né à Madrid, Louis Blanc était fils d'un haut fonctionnaire impérial, Jean Charles Louis Blanc, aux ordres de Joseph Bonaparte pendant l'occupation de l'Espagne, et d'Estelle Pozzo di Borgo. Frère aussi de Charles Blanc, Louis Blanc fait de brillantes études au collège de Rodez lorsqu'il perd sa mère. Son père devient fou. Chef de famille à 19 ans, il quitte le collège et se rend, avec son frère, à Paris. Lors de son voyage, la nouvelle de la Révolution de Juillet (1830) le surprend.

Pour survivre, le jeune Louis Blanc donne des cours et effectue des travaux de copie. Puis, grâce à des relations familiales, il trouve une place de précepteur dans la famille d'un industriel d'Arras, foyer de la Révolution industrielle en France. Ce poste (1832-1834) lui permet de visiter la fonderie Hallette (600 employés), qui fabrique des locomotives et des presses hydrauliques.

Témoin des conditions de vie du prolétariat, il abandonne définitivement ses positions légitimistes (royaliste et défenseur de l'ordre social) en s'approchant des idées socialistes. Revenu à Paris, il devient journaliste, collaborant au quotidien Le Bon Sens, journal d'opposition à la monarchie de Juillet. Puis il collabore avec le quotidien National (journal démocrate modéré), mais c'est surtout à La Réforme (social-démocrate avancé) qu'il gagne sa notoriété politique et essaie de gagner la petite et moyenne bourgeoisie à la prise de conscience de sa propre perte au profit de la haute bourgeoisie financière dans un schéma concurrentiel. Il y développe l'idée d'un véritable suffrage universel. L'insurrection lyonnaise de 1834 voit l'écrasement du mouvement républicain par le gouvernement. Louis Blanc s'associe à cette démarche et publie des articles en faveur des accusés.

En 1839, il fonde la Revue du Progrès, publiant la même année L'Organisation du travailL'Organisation du travail est d'abord publié en tant qu'article de la Revue du Progrès avant d'être publié en brochure, dans lequel il présente l'Association comme réponse à la question sociale. Il s'y attaque en effet à la concurrence anarchique, préconisant un système d'associations à but lucratif contrôlées par l'État démocratique la première année seulement. Selon lui, ce système est nécessaire car la concurrence entre entrepreneurs mène inéluctablement au monopole et, parallèlement, à la paupérisation de la collectivité, tandis que la concurrence sur le marché du travail crée une spirale appauvrissante.

Avec la Revue du Progrès, Louis Blanc ambitionne d'etablir une tribune ouverte aux diverses tendances de l'opinion républicaine, mais il ne parvient pas à avoir une large audience dans les classes populaires. Les doctrines défendues par la Revue sont très avancées, Louis Blanc défendant un système parlementaire démocratique (suffrage universel s'exprimant annuellement) et monocaméral (l'Assemblée nationale représentant fidèlement la Nation). Il se fonde sur le mode de scrutin proportionnel élaboré par Hare, défend la responsabilité politique de l'Assemblée qui nomme en son sein les membres de l'exécutif, ainsi que le double examen en matière législative (double lecture et vote par l'Assemblée). Globalement, il défend dans son œuvre un projet de social-démocratie en préconisant la réorganisation du travail et le partage équitable des profits certes, mais également des pertes le cas échéant.

Il rencontre d'ailleurs Louis Napoléon Bonaparte emprisonné au fort de Ham et, pensant l'avoir convaincu de la pertinence de ses idées, va le défendre devant la chambre des pairs après sa tentative putschiste de Boulogne en 1840.

Louis Blanc se fait aussi une réputation d'historien pamphlétaire en publiant en 1841 L'histoire de dix ans (1830 à 1840), très critique à l'égard des premières années de règne de Louis-Philippe et encensant au contraire les Républicains.

En 1843 il entre au comité de direction du journal La Réforme aux côtés de républicains tels que Ledru-Rollin, Lamennais, Schœlcher ou Cavaignac. Il y développe ses deux idées centrales, l'Association et le Suffrage universel.

1848 : l'heure de l'engagement concret

vignette|Louis Blanc photographié vers 1850-1860. La Réforme et Le National espèrent voir s'ouvrir les cercles du pouvoir jalousement gardés par le gouvernement Guizot dont la majorité est confirmée par les élections de 1846 grâce au vote censitaire, d'où une propagande accrue pour revendiquer la réforme électorale à travers la Campagne des Banquets. Ces réunions qui ont lieu dans toute la France réunissent différents courants : Louis Blanc est à la tête des négociateurs radicaux, défendant le suffrage universel et la représentation proportionnelle de la Nation par l'Assemblée nationale.

Les talents d'orateur de Louis Blanc sont célébrés durant le banquet de Dijon où il déclare : .

La campagne des Banquets prend alors une allure que nombre de ses fondateurs n'ont pas prévue. Un banquet doit avoir lieu à Paris le , mais le gouvernement l'interdit. Sous l'impulsion de Louis Blanc, les membres les plus engagés se réunissent néanmoins tandis que le banquet se prolonge le jour suivant, renforcé par l'appui de la garde nationale. Guizot démissionne. Le soir même éclate une fusillade devant le ministère des Affaires étrangères. Les barricades gagnent toute la ville.

Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils le comte de Paris et part en Normandie. Un gouvernement provisoire composé de Dupont de l'Eure, Ledru-Rollin, Flocon, Marie, Garnier-Pagès, Lamartine et Louis Blanc est formé. Cette liste résulte d'un compromis avec les membres des journaux Le National et La Réforme. Ils se rendent à l'Hôtel de ville et proclament la République souhaitée par les insurgés.

Le droit au travail et les Ateliers sociaux

thumb|Louis Blanc au Luxembourg Sous la pression d'ouvriers parisiens présents dans la salle des Séances, le gouvernement provisoire publie un décret rédigé à la hâte par Louis Blanc (auquel s'oppose Lamartine) garantissant le droit au travail :

Le gouvernement provisoire ne fait rien pour essayer de tenir sa promesse. La Révolution a pourtant été faite en ce sens. Une manifestation éclate le 28 février. On y réclame, de nouveau, l'organisation du travail et un ministère du Progrès. La majorité du gouvernement s'oppose à ces revendications.

Les manifestants doivent se contenter d'une Commission pour les travailleurs, laquelle doit siéger au palais du Luxembourg. Après négociations, Louis Blanc accepte à contrecœur la présidence de cette Commission du Luxembourg, privée de budget propre, alors qu'il demandait, conformément aux vœux des révolutionnaires, un Ministère du travail doté d'un budget spécifique.

Dans l'esprit de Louis Blanc, ce devait être une sorte de pour annoncer les lois sociales que l'assemblée constituante n'aurait plus qu'à ratifier. Louis Blanc s'y voue totalement et parvient, avec beaucoup de difficultés, à mettre en place de nombreux projets. Des milliers d'associations ouvrières de production sont créées, le papier monnaie utilisé pour les échanges entre les associations est aussi utilisé dans les commerces (à Paris notamment).

Par ailleurs, dès la première séance au Luxembourg, Louis Blanc s'attache à limiter la journée de travail à 10 heures par jour à Paris et 11 heures en province et supprime le marchandage à moins qu'il ne soit du fait des ouvriers. Il obtient la suppression du livret d'ouvrier et arbitre également de nombreux conflits entre entrepreneurs et employés.

Enfin, la Commission propose la formation d'ateliers sociaux dont la mise en place passerait par un crédit d'État à taux zéro et dont l'objectif serait d'assurer un emploi aux travailleurs correspondant à leur compétence. De surcroît, le partage à égalité des bénéfices entre associés-travailleurs est un préalable à l’aide publique.

Or, Pierre Marie de Saint-Georges est chargé de la réalisation, en parallèle et contre Louis Blanc, des ateliers nationaux dont l'objectif à court terme est d'apporter du travail aux pauvres : travaux de terrassement par exemple, non productifs et ne correspondant pas à la formation des personnes qui y travaillent. Ceci n'a rien à voir avec les ateliers sociaux dont l'objectif est de proposer du travail correspondant au savoir des travailleurs dans une dynamique industrielle à long terme. Louis Blanc et ses ateliers sociaux s'inscrivent dans la logique économique de l'époque.

Néanmoins, Louis Blanc se heurte très rapidement aux aspirations des membres du gouvernement provisoire. En effet, face à l'influence croissante de Louis Blanc, ceux-ci souhaitent sa chute. Le Luxembourg devait prouver l'inefficacité des solutions qu'il propose. Ce n'est pas le cas. Dès lors, ce jeune journaliste est à abattre par tous les moyens. La calomnie fait rage dans les journaux. Il échappe de justesse à deux attentats. Les ateliers nationaux sont abondamment financés tandis que les ateliers sociaux ne bénéficient d'aucune aide.

Louis Blanc revient sur ces événements dans son Histoire de la Révolution de : les causes profondes sont, selon lui, à chercher dans le machinisme qui conduit mécaniquement à la hausse du chômage et à la massification du prolétariat des faubourgs. Blanc décrit ainsi un tableau social proche de celui présenté par le docteur Villermé dans son Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie (1840).

Blanc interroge le triptyque républicain Liberté, Égalité, Fraternité à la lumière de cet état de faits : comment parler de liberté chez celui qui est esclave de la faim et de l'ignorance ? Où est l'égalité lorsque le travail des uns fait fructifier l'argent des autres ? Comment comprendre la fraternité lorsque le législateur fait des lois non pour protéger les plus faibles (dans le sens du contrat social, c'est-à-dire afin de garantir la vie et pour lutter contre la misère), mais pour garantir au plus fort une liberté dont il est le seul à pouvoir jouir ?

La fermeture des « Ateliers nationaux » et l'exil sous le Second Empire Après le succès des conservateurs aux élections du 23 avril 1848 pour l'Assemblée nationale, Louis Blanc est écarté de la Commission exécutive qui succède au gouvernement provisoire le .

Le , il prononce un discours à la Commission du gouvernement pour les travailleurs, dans lequel il estime que le suffrage universel ne peut être authentique qu'une fois les questions sociales résolues de sorte qu'il faut envisager une prise du pouvoir d'État si l'assemblée élue ne mène pas une politique socialiste..

La majorité conservatrice (ou Parti de l'Ordre), en particulier Jules Favre, tente de le poursuivre en le tenant responsable de la manifestation du 15 mai 1848.

Le rôle de Louis Blanc est pratiquement nul pendant les Journées de juin 1848. Il se rend à l'Assemblée qui s'est déclarée en permanence tandis que Falloux propose la dissolution immédiate des Ateliers nationaux.