La Sûreté de l'État est le service de renseignement civil belge. Il dépend depuis sa création du Ministère de la Justice, aujourd'hui Service public fédéral Justice (SPF Justice). Son homologue militaire est le Service général du renseignement et de la sécurité.

Historique À l'origine, ce service de l'État dépendant du ministère de la Justice depuis 1832. couvrait, dès l'indépendance de la Belgique, les matières relatives à la sécurité intérieure, aux prisons, à la surveillance des unités de production industrielle et aux flux migratoires. (diminutif usité jusqu'à nos jours) a vu ses missions évoluer progressivement dans le temps. La gestion des prisons et la surveillance des règlements de police générale lui ont été retirées pour être confiées directement au ministre de la Justice.

C'est un service de renseignement intérieur, qui, au départ, est censé agir uniquement sur le territoire belge.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Sureté de l’État, reconstituée à Londres sous l'autorité du ministre chargé de la Défense nationale, Paul Gutt , et en lien étroit avec le SIS (Secret Intelligence Service britannique : MI5 et MI6), est chargé d'organiser, coordonner, soutenir les différents réseaux de résistance belges en Belgique et dans les pays occupés (en France surtout.) : des agents sont parachutés en France et en Belgique, pour y mener des actions de renseignement, de sabotage, de transmission de renseignements et d'évasion de personnes (par les Pyrénées notamment). Ces réseaux et ces agents sont regroupés sous l'appellation de services de renseignement et d'action (SRA). Dans ce contexte les agents de la Sûreté de l’État opèrent en Espagne et au Portugal (alors pays neutre) de 1940 à 1944...

Compte tenu de la mondialisation des activités de renseignement dans le contexte de la guerre froide et des conséquences de l'indépendance congolaise pour la sécurité des citoyens belges en Afrique, la sûreté est amenée à étendre ses activités de renseignement en dehors du territoire belge, devenant parfois, de fait, un service de renseignement et d'action. Par exemple, lors des événements congolais, notamment en 1964, lors de la prise d'otages de Stanleyville, la sûreté intervient directement en Afrique pour exfiltrer un leader rebelle du Congo et l'amener à Bruxelles dans l'espoir d'un compromis qui aurait pu éviter un bain de sang. Espoir déçu pour des raisons politiques et qui est suivi de l'opération des paras belges sur Stanleyville. Mais la sûreté a, pour sa part, parfaitement rempli son rôle.. Depuis, dans le cadre de la lutte internationale contre les tentatives de subversion antidémocratique, la Sûreté échange des informations et collabore avec des services similaires de pays démocratiques.

En 1994, lors de sa dernière grande réforme structurelle, elle dénoue officiellement tout lien avec l'Office des étrangers qui est devenu un organe dépendant directement du SPF Intérieur. Depuis, la mission essentielle de la Sûreté est concentrée sur la lutte contre la subversion politique intérieure et extérieure, en liaison avec les institutions similaires des autres pays, et sur le contre-espionnage industriel et commercial. Elle a notamment participé au démantèlement des Cellules communistes combattantes responsables de plusieurs attentats et découvert divers projets terroristes.

La disposition légale qui définit actuellement le fonctionnement de cet organisme est la « Loi organique des services de renseignement et de sécurité », datée du .

Après 2022 et le lancement de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, la Belgique lance un renforcement et une réforme en profondeur de ses services de renseignement. Le pays abritant de nombreux sièges d'institutions européennes ainsi que le siège de l'OTAN, il est particulièrement ciblé par les opérations russes, d'où l'expulsion de plus de russes. En parallèle, les dispositions législatives sur la contre-ingérence et le contre-espionnage sont durcies, tandis qu'une loi autorise l'usage de l'intelligence artificielle pour la détection et la lutte contre les menaces étrangères.

La coordination avec l'autre agence de renseignements, le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS), est également renforcée, avec la mutualisation de certaines capacités de cyberdéfense ou de contre-espionnage. Des sont créées sur des régions géographiques ou des dossiers précis. Sous l'autorité de l'administratrice générale Francisca Bostyn, la Sûreté de l'État ouvre aussi des postes dans plusieurs pays étrangers, dont les États-Unis, le Maroc et les Pays-Bas.

Structure et activités Aujourd'hui, la Sûreté de l'État est l'unique service de renseignement civil belge (son équivalent militaire est le Service général du renseignement et de la sécurité). La Sûreté de l'État est un service de renseignement intérieur, il est censé agir uniquement sur le territoire belge. Cependant, compte tenu de l'internationalisation des activités subversives, la sûreté est amenée à entretenir des contacts à l'étranger et à collaborer avec des services similaires d'autre pays. On peut la comparer au MI5 britannique, à la section renseignement du FBI américain, ou encore à la DGSI française.

Ce service suit l’évolution de la société afin, officiellement, de contribuer par ses activités au développement d’une société démocratique et de l'État de droit. Outre ses missions de contre-espionnage, la Sûreté de l'État recueille des informations sur les activités terroristes, sur les agissements portant atteinte aux intérêts extérieurs et à la sécurité intérieure. (extrémisme politique, sectarisme, espionnage industriel et le crime organisé). La mission de protection des personnes n'est plus une responsabilité de la Sûreté de l'État. Le service « protection » a été transféré à la Police fédérale le , suite à la mise en œuvre de l'accord de gouvernement.. La protection rapprochée des membres de la Famille Royale belge est toujours assurée par la Police fédérale.

Considéré comme un petit département, en termes de ressources humaines et de moyens budgétaires, par comparaison aux autres administrations fédérales, celui-ci se divise en différentes directions et services (renseignements, enquête de sécurité ou encore formation).

Sur le plan institutionnel et démocratique, la Sûreté de l'État est soumise à un comité de contrôle, dépendant de l'autorité parlementaire (une représentation du Sénat belge), à savoir le Comité R.. Le lien de tutelle est à l'image de certaines restrictions qui sont imposées aux agents actifs sur le terrain. Il est par exemple interdit aux fonctionnaires de la Sûreté de l'État de procéder à l'arrestation d'un individu. Pour ce type d'action, la Sûreté doit faire appel aux forces de l'ordre avec lesquelles elle est en liaison constante, notamment, lorsque le cas s'avère nécessaire, avec la Direction des unités spéciales.

Relativement discrète de par la nature de ses activités, l'administration de la Sûreté est plus généralement connue pour certains de ses déboires médiatiques que pour ses authentiques succès qui restent d'une nature très confidentielle. Pour exemple, en et ce, lors d'une opération de surveillance de militants du groupe DHKP-C, la militante Fehriye Erdal échappe à la vigilance de ses agents. alors que cette personne fait l'objet d'un mandat d'arrêt lancé par la Turquie pour le meurtre de trois personnes à Ankara. Un incident suivi d'autres. qui a contribué à la démission ultérieure du fonctionnaire dirigeant de l'époque, Koen Dassen (ancien chef de cabinet du Ministre libéral. de l'Intérieur Antoine Duquesne).

Elle a pour administrateur général Francisca Bostyn depuis 2022.

Le siège central de la Sûreté de l'État est situé dans un immeuble moderne au cœur de Bruxelles mais elle possède également 7 antennes décentralisées dans les différentes régions du pays (dont Bruges, Anvers, Liège, Hasselt et Namur).

En dépit de ses moyens limités et de la modestie de ses structures par rapport aux services similaires des pays voisins, la Sûreté de l'État a connu un engouement très important lors de ses campagnes officielles et publiques de recrutement. En 2003, près de se présentent aux épreuves pour 80 postes vacants.. Cette façon d'engager des agents révèle une différences de pratiques par rapport aux services étrangers qui témoigne du contrôle politique exercé par l'État dans le but d'empêcher que l'action anti-subversive dérive vers des pratiques illégales.

Missions Globalement, la Sûreté de l'État est chargée de mener des missions spécifiques de recueil d'informations liées à la sécurité nationale et de protection de personnes, à l'intérieur (uniquement) et sur l'ensemble du territoire belge. La Sûreté de l'État s'occupe essentiellement du contre-espionnage, surtout à Bruxelles qui est non seulement la capitale de la Belgique mais également le siège de l'Union européenne et de l'OTAN, où de nombreux autres services de renseignement étrangers sont présents. Son autre tâche principale est la surveillance et le recueil de renseignement concernant le terrorisme et dans une moindre mesure, les groupuscules d'extrême-droite, sectaires, etc. La Sûreté de l'État collabore également avec son homologue militaire, le SGRS, qui est plus actif à l'étranger, ainsi qu'avec les autorités judiciaires belges et les services de renseignement étrangers.

Ses agents sont chargés de recueillir et traiter le renseignement relatif aux activités liées à l’espionnage, l'ingérence, le terrorisme, l’extrémisme, la prolifération, les organisations sectaires et criminelles nuisibles et aux atteintes au potentiel économique et scientifique et de mener des surveillances et/ou enquêtes de sécurité et des missions de protection.

Les Agents de la Sûreté de l'État n'ont cependant pas l'autorité d'arrêter une personne, ils se contentent de récolter les informations, qu'ils livrent le cas échéant aux autorités judiciaires.

Voici quelques missions attribuées aux services extérieurs de la Sûreté de l'État :

enquêtes et missions de recueil d'informations portant sur des personnes, des mouvements, des organisations et des événements ; en tant qu'officier traitant, recruter, évaluer, protéger des informateurs (sources humaines) dans le cadre de missions spécifiques de recueil de renseignement ; en tant qu'officier traitant, entretenir des contacts avec les informateurs ; évaluer les informations recueillies de manière critique ; mener des missions spécifiques de surveillance et de protection des personnes physiques ; rédiger un rapport des missions effectuées ; appliquer les moyens techniques et autres dans les limites prescrites par le respect de la loi et de la déontologie.

Les agents développent et entretiennent un réseau relationnel avec différents services internes et externes (administratifs, juridiques et de police) et font en sorte de promouvoir la concertation et l’échange réciproque d’informations :

développer un domaine d'expertise spécifique au départ duquel ils apportent une contribution opérationnelle et stratégique aux opérations de sécurité de l'État ; entretenir des relations dans les milieux pertinents ; participer à différents groupes de travail internes ainsi qu'à des réunions en rapport avec le domaine d'expertise développé.

Organisation La Sûreté de l'État est divisée en deux directions principales :

la Direction des opérations, également appelée « Services extérieurs », qui comprend les sections « Renseignement », « Sécurité » et « Protection de Personnes » ; la Direction de l'analyse, qui se charge de l'analyse des renseignements fournis. En 2015, la Sûreté de l'État employait 568 équivalents plein-temps. À titre de comparaison, son homologue néerlandais, l'Algemene Inlichtingen- en Veiligheidsdienst, totalisait, en 2013, collaborateurs.

La Sûreté de l'État est également organisée en 8 piliers: