La religion gauloise ou « religion des Gaulois » est l'ensemble des croyances et des rites propres aux peuples de la Gaule – du moins ceux qui étaient de culture celtique. Du fait de l'absence de sources écrites directes avant l'époque romaine, ses particularités d'avant la romanisation demeurent mal connues, et difficiles à distinguer de celles de la religion gallo-romaine. Il convient donc de périodiser les données sous peine de les confondre. La « religion des Gaulois » est la variété régionale de la religion de la Celtique indépendante. En amont se tiennent les conceptions de la religion en Europe en lien avec l'exploitation des métaux, issues du socle indo-européen ou proto indo-européen.
Sources Témoignages antiques La classe sacerdotale des druides connaissait l'écriture, mais privilégiait systématiquement la transmission orale. Aussi les premiers documents écrits sont ceux d'écrivains grecs et latins, depuis Hécatée de Milet au jusqu'à Tacite au
Hécatée et Hérodote mentionnent simplement la localisation des Celtes.
Les premières descriptions sont celles des Grecs Polybe dont l'histoire a été continuée par Posidonios au . Polybe est un historien rigoureux, qui se refusait à rapporter les témoignages douteux, et croisait ses informations. Il s'intéressait particulièrement aux pays qu'il avait lui-même parcourus, comme la Gaule du Sud. La quasi entièreté de l'oeuvre de Posidonios a été perdue, mais on en retrouve des passages chez les auteurs du Diodore de Sicile et Strabon, tout comme chez César dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules.
Après la conquête de la Gaule en 50 , celle-ci fut décrite par les historiens latins. Pline l'Ancien, procurateur en Gaule narbonnaise en 70 , puis nommé en Gaule belgique en 79, offre ainsi la vaste compilation d'informations de son Histoire naturelle.
Archéologie Depuis les années 1950, l'archéologie a fait de nouvelles découvertes ; l'archéologie aérienne a ainsi permis de repérer des vestiges enfouis, décelables sur les photographies par les modifications de couleur du sol ou de développement des cultures. La découverte du sanctuaire celtique de Gournay-sur-Aronde, le premier connu datant d'avant la conquête romaine, a révolutionné les connaissances sur le sujet.
La toponymie et l'épigraphie ont aussi apporté de nouvelles notions, parfois modestes prises individuellement, mais qui permettent globalement de faire avancer la connaissance de la culture gauloise.
Littératures médiévales À ces sources peuvent s'ajouter les traditions religieuses ultérieures, de liturgies reprenant les rites du passé, ou de mythes plus ou moins christianisés. C'est surtout par le vaste corpus de la Celtique insulaire, gaélique et brittonique, que nous pouvons atteindre à la tradition narrative, mythologique, religieuse, et épique des anciens Celtes.
On retrouve dans les récits de la Légende dorée nombre de mythes de la religion celtique gauloise ; selon l'historien médiéviste Philippe Walter et le folkloriste Claude Gaignebet ce sont non seulement des figures comme la Tarasque ou le Dieu cerf qui sont adaptées en une mythologie chrétienne, mais aussi tout le cycle de Carnaval qui en serait issuPhilippe Walter, Mythologie chrétienne, rites et mythes du Moyen Âge, Éditions entente, 1992 Le carnaval : essais de mythologie populaire, Payot, 1974.
Des personnages tels que la fée Mélusine ou Gargantua en seraient également issusClaude Gaignebet : À plus hault sens: l'ésotérisme spirituel et charnel de Rabelais, Maisonneuve et Larose, 1986 et 9782706809231).
Sanctuaires et lieux de culte
Tandis que l’esprit du village gaulois se veut un esprit de famille qui préside à tous les événements joyeux ou tristes, l’Esprit du lieu (Genius loci) transcende les siècles et les millénaires avec la mémoire de tous ceux qui ont vécu en ce lieu.
Les descriptions de sanctuaires celtiques par les auteurs gréco-latins sont rares, Lucain, dans la Pharsale, décrit de manière éloquente un « bois sacré » sis à proximité de Massilia. Du fait des progrès de la recherche archéologique, ce passage n'est plus aujourd'hui considéré comme aussi pertinent qu'auparavant.
Néanmoins, les progrès récents de l'archéologie ont permis aux scientifiques et historiens d'avoir une meilleure appréciation des sanctuaires utilisés par les Gaulois dans le cadre de leurs manifestations religieuses.
Les découvertes du sanctuaire de Ribemont-sur-Ancre dans les années 1960 et de Gournay-sur-Aronde en Picardie ont permis de connaître plus précisément des rites sacralisant les espaces naturels autour d'enclos sacrés.
Une inscription bilingue trouvée à Verceil nous apprend qu'un sanctuaire est considéré par les Celtes comme un espace commun aux dieux et aux hommesPierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions errance.
Fanum gallo-romain
Les populations gallo-romaines quoique fortement acculturées utilisent, pour honorer les dieux, des temples dont, dans la majorité des cas, le plan diffère de leurs homologues gréco-romains. Aujourd'hui connus sous le nom générique de fanum, ils comportent une ou plusieurs cella fréquemment entourées d'une galerie, le tout dans un vaste espace souvent cerné par un péribole. L'ensemble est construit en pierre et maçonné, contrairement aux sanctuaires indigènes auxquels les fanums succèdent. L'entrée principale du sanctuaire est, dans la très grande majorité des cas, orientée à l'est. Ces différences avec le temple de tradition méditerranéenne traduisent la survivance de conception celtique dans la religion pratiquée à l'époque gallo-romaine. Du reste, les divinités honorées dans ces fana sont souvent issues du panthéon gaulois et recouvertes d'un « habillage » romain.
Nemeton gaulois
Le mot nemeton désigne le temple utilisé par les Gaulois à l'époque de leur indépendance. Construits en bois et torchis, leur plan général est sensiblement le même que celui des sanctuaires gallo-romains, ceux-ci n'étant souvent ni plus ni moins que leur évolution, à la suite de l'arrivée de nouvelles techniques de construction. Toutefois, plus que la cella, c'est l'enceinte sacrée qui caractérise le nemeton dont, souvent, le premier état n'est qu'un simple enclos fossoyé, la première élévation du péribole n'intervenant que plus tard, sous la forme d'une palissade.
Toutefois le témoignage plein de passion de Lucain n'est pas nécessairement invalidé par les progrès de l'archéologie. Il est avéré que certains lieux sacrés n'étaient pas matérialisés par des constructions. C'est par exemple le cas du sanctuaire de la source des Roches dont l'activité s'est étendue du règne d'Auguste à celui de Néron.
Les sanctuaires urbains, tel celui de Corent, sont généralement pourvus d'une esplanade devant l'entrée principale. Ce parvis servait pour recevoir la foule du peuple lors des cérémonies religieuses ou politiques d'importance.
Trophées guerriers, rites de commensalité et ex-votos
Les temples gaulois étaient le lieu de nombreux rites, parmi lesquels deux sont particulièrement bien documentés, l'érection de trophées guerriers et les rites de commensalité. À un niveau plus individuel, de nombreux ex-votos ont été retrouvés lors de fouilles.
Les fouilles du Sanctuaire celtique de Gournay-sur-Aronde, du peuple des Bellovaques, ont mis en évidence le rite d'exposition puis de « sacrifice » des armesBrunaux Jean-Louis, Méniel Patrice, Rapin André, « Un sanctuaire gaulois à Gournay-sur-Aronde (Oise) », Gallia, tome 38, 1980. Les armes, prises à des ennemis vaincus, étaient exposées sur les murs du sanctuaire puis, après un certain temps, probablement à la suite de leur chute au sol, détruites rituellement et rejetées dans le fossé du sanctuaire. L'érection d'un trophée guerrier exposant les armes d'ennemis vaincus était fréquemment le prétexte à ériger un sanctuaire, comme dans le cas du sanctuaire de l'oppidum de Corent. Parfois ces objets pouvaient être exposés durant plusieurs siècles comme dans le sanctuaire de Tintignac-Naves où les objets retrouvés enfouis au même moment ont parfois plus de trois siècles d'écart.
Toutefois, il arrivait aussi que les Gaulois élèvent un trophée directement sur le lieu du combat. L'exemple le plus réputé reste encore le sanctuaire des Ambiens à Ribemont-sur-Ancre. Ce dernier présente la particularité d'avoir été érigé avec les os des vaincusJean-Louis Brunaux, Ribemont-sur-Ancre (Somme), Gallia tome 56, 1999, un certain nombre de textes antiques venant confirmer ce rite, notamment Diodore de Sicile reprenant PosidoniosJean-Louis Brunaux, Les sanctuaires gaulois, La Recherche, 1993. D'autres textes de Diodore de Sicile, évoquant les Galates d'Asie Mineure, permettent de supposer également, en parallèle à ce rite du trophée, le sacrifice des prisonniers (ou d'une partie de ceux-ci) fait lors du combatAlain Deyber, Les Gaulois en guerre, éditions Errance, 2009. Le témoignage de Jules César va dans le même sens.
Les archéologues ont noté que, dans le trophée guerrier de Ribemont-sur-Ancre, les crânes brillent par leur absence. Toutefois, les textes antiques nous apprennent qu'ils ne sont pas absents des rites guerriers : ils sont soit exposés à part, sur des propylées ou des portiques, comme à Roquepertuse, soit conservés comme trophée individuel par les guerriers, comme on peut le voir sur les statues découvertes sur l'oppidum d'Entremont.
Ces rites guerriers, fréquents aux , semblent toutefois perdre en importance au fil du temps, au profit des rites de commensalité.
Ces derniers se matérialisent par de grands festins prenant place dans l'enceinte du sanctuaire. Les animaux sont ainsi sacrifiés aux dieux, puis leurs abats sont brûlés, afin que la fumée aille nourrir les dieux célestes. Du vin était également sacrifié sous forme de libations, déversé au sol ou dans des fosses pour abreuver les divinités. Le reste de la viande et du vin était consommé par l'ensemble de la communauté présente au sacrifice. C'est probablement l'un de ces sacrifices de commensalité que mentionnait Posidonios dans ses écrits, en parlant du roi arverne Luernos.
Les vestiges archéologiques de ces festins sont assez caractéristiques : il s'agit de nombreux ossements d'animaux domestiques portant des traces de découpes de boucherie, et répartis sur l'ensemble de l'espace sacré. L'un des temples les plus représentatifs de ce rite est celui de l'oppidum de Corent, où ont pu être localisés les lieux de sacrifice, les cuisines et les cuves libatoires.
Toutefois, le peuple n'avait pas les moyens d'offrir de tels sacrifices aux divinités. C'est pourquoi on voit apparaître également des offrandes plus modestes : fibules, statuettes, monnaies, etc. Ce rite est particulièrement bien documenté à l'époque gallo-romaine, grâce aux sites de sources, tel celui de Chamalières ou celui des sources de la Seine.
Classe sacerdotale
La classe sacerdotale des Gaulois est composée des druides, qui semblent en occuper l'échelon supérieur, des bardes et des vatesChristian-J Guyonvac'h, Françoise le Roux, Les Druides, Éditions Ouest-France, 1986. Ces fonctions générales, qui nous sont données par Strabon, Livre IV, et qui sont aujourd'hui bien admises, sont complétées par d'autres plus confidentielles et pour lesquelles le débat n'est pas clos, telles le gutuater et les sacerdos cités par César, les eubages mentionnés par Ammien Marcellin, ou encore le Beleni Aeditus dont nous parle tardivement le poète AusoneAusone, Souvenirs aux professeurs de Bordeaux, X (lire en ligne)..
Druides