vignette|redresse=1.3|Le pape Pie IX au concile Vatican I dans la basilique Saint-Pierre, lithographie de 1870. vignette|redresse=1.3|Le peuple romain rassemblé dans la basilique Saint-Pierre le jour du vote du dogme de l'infaillibilité, Le Monde illustré
L′infaillibilité pontificale est un dogme proclamé en 1870 par le concile Vatican I, selon lequel le pape jouit de l'infaillibilité que le Christ a promise à toute l'Église pour qu'elle ne se trompe jamais sur les vérités nécessaires au salut, à condition qu'il s'exprime ex cathedra, c'est-à-dire en vertu de son autorité suprême de chef de l'Église catholique, pour définir qu'une doctrine en matière de foi ou de morale doit être tenue pour vraie.
L'infaillibilité pontificale est un corollaire de l'infaillibilité de l'Église dont le pape est l'interprète souverain.. Défini solennellement lors du concile Vatican I dans la constitution dogmatique Pastor æternus (), ce dogme a été explicité lors du concile Vatican II par la constitution dogmatique Lumen gentium ().
L'infaillibilité pontificale ne signifie pas que le pape soit exempt d'erreur quand il s'exprime en tant que personne privée. Elle n'implique pas non plus que la personne du pape soit exempte de péché ou de fautes morales.
L'Église catholique justifie cette doctrine, entre autres, par les paroles mêmes du Christ à l'apôtre Pierre dans l’Évangile.
Les autres confessions chrétiennes la contestent dans la mesure où elles n'admettent pas que ce qui a été dit à Pierre puisse concerner ses successeurs et impliquer une continuité de la personne morale de l'Église primitive réunie par le Christ autour des apôtres.
Définition vignette|La tiare papale posée sur la Bible ; par Lucas Caspar Businger, 1881 L'infaillibilité pontificale, qui concerne la véracité des actes pontificaux en matière de foi et de morale, diffère de la primauté pontificale, qui concerne l'autorité d'honneur et de juridiction du pape dans l'Église.
Le pape n'est pas personnellement infaillible, ni exempt du péché ou d'erreur quand il s'exprime comme personne privée. : son infaillibilité n'est pas différente de celle de l'Église et il n'est amené à l'exercer que dans le strict exercice de son magistère, alors comme l'Église, assisté de l'Esprit Saint..
L'infaillibilité porte alors sur les vérités à croire ainsi que sur les commandements à observer, autrement dit, sur « la foi et les mœurs » ; ensuite, l'évêque de Rome, en vertu de sa charge de pasteur et de sa suprême autorité apostolique., s'exprime ex cathedra comme docteur de l'ensemble des chrétiens, son jugement engageant la foi de toute l'Église.
Tous les actes du pape ne sont pas ex cathedra, ils constituent même une exception, son magistère extraordinaire et solennel. Mais le pape n'a pas besoin de recourir à une définition solennelle ex cathedra pour déclarer qu'un point appartient infailliblement et de manière définitive à la foi et à la doctrine de l’Église. Il suffit qu'il confirme qu'une doctrine a été enseignée de manière définitive par le magistère ordinaire et universel du pape et des évêques, soit comme doctrine révélée, soit comme doctrine connexe à la révélation. Par exemple, dans la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, Jean-Paul II a confirmé par un acte non solennel, non définissant, une doctrine enseignée définitivement et infailliblement par le magistère ordinaire et universel. Il existe plusieurs exemples de vérités connexes à la Révélation, confirmées infailliblement par le pape : la canonisation des saints, l'invalidité des ordinations anglicanes (Apostolicae curae), le caractère illicite de la prostitution et de la fornication, l'exclusion des femmes du sacerdoce ministériel (Ordinatio sacerdotalis).
Histoire Tradition Irénée de Lyon enseigne que c'est avant tout dans l'Église de Rome que se conserve l'authentique tradition, parce qu'elle a été fondée sur Pierre et Paul, et que l'ensemble de l'Église doit donc s'accorder avec elle.
Cependant, cette interprétation est largement critiquée, et ce passage est sujet à de nombreux débats depuis la fin du Moyen-Âge... L'un des problèmes majeurs à propos de ce texte est l'absence de l'original grec et une traduction latine relativement difficile à interpréter. Certains historiens estiment qu'Irénée se réfère simplement au fait de se rendre matériellement dans la ville de Rome, en tant que capitale de l'Empire romain. D'autres, comme Pierre Nautin, considèrent que « cette église » ne désigne pas l'Église de Rome préalablement mentionnée. Quoi qu'il en soit, les évêques des deux premiers siècles ne voient pas dans l'évêque de Rome le chef de tous les chrétiens et ne lui reconnaissent pas une autorité formelle de juridiction sur les autres évêques.
Le pape Hormisdas (514-523) invoque Mt 16,18 pour déclarer : « Ces paroles sont prouvées par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du siège apostolique. […] c'est dans la communion avec lui que se trouve entière et vraie la solidité de la religion chrétienne ».
D'après Thomas d'Aquin, c'est au souverain pontife de trancher les questions en matière de foi, en vertu de la parole du Seigneur à Pierre : « J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas, et toi, une fois revenu, confirme tes frères » (Luc 22,32). Selon Bonaventure, le pape ne fait qu'un avec l'Église et peut donc prononcer des affirmations irréformables.
Au , Robert Bellarmin soutient que le pape ne peut pas enseigner quelque chose de contraire à la vraie foi en tant que pontife, ni être hérétique en tant que personne particulière, en croyant avec opiniâtreté quelque chose de faux et contre la foi. Il estime que le pape, ainsi que les conciles confirmés par le pape, ne peuvent pas se tromper, ni dans la foi ni dans les mœurs.
Vatican I vignette|gauche|redresse| (1792–1878). La définition de l'infaillibilité pontificale comme dogme de l'Église catholique, voulue par le pape , a été décidée au cours de la quatrième et dernière session du concile Vatican I à la suite de vifs débats. Elle apparaît à la fin de la constitution Pastor æternus.
La définition fut votée à l'unanimité moins deux voix contre, à la faveur du départ précipité des évêques français et allemands, soit en raison du contexte diplomatique (la guerre franco-prussienne étant sur le point d'éclater), soit par refus de voter non. Lors des séances préparatoires, une grande partie des évêques français (notamment Dupanloup), allemands et suisses s'étaient prononcés contre cette définition. La correspondance du futur cardinal Newman semble indiquer son opposition initiale et son ralliement final. Beaucoup d'opposants se sont soumis à la décision du pape, à la suite de la définition.
Après de vives discussions théologiques, le encore, un quart de l'assemblée exprime son désaccord. Les tractations reprennent, des précisions sont apportées. Le , le concile, par les voix de 533 des 535 pères présents, affirme la primauté universelle du pape et définit le dogme de l'infaillibilité pontificale.
vignette|redresse=1.3|Le concile Vatican I.
Cette infaillibilité se limite strictement au cas où le pape se prononce ex cathedra. Les deux pères qui avaient voté non et ceux qui s'étaient abstenus se rallient alors, après la ratification par le pape du vote du concileCf. .. Le rapporteur officiel de Pastor aeternus, , souligne que l'infaillibilité du pape est restreinte, car il n'en bénéficie que lorsqu'il parle comme docteur universel et juge suprême siégeant sur la chaire de Pierre, et qu'il définit ce qui est à croire ou à rejeter par tous les fidèles en matière de foi et de mœurs.
Dans le quatrième chapitre de sa constitution dogmatique Pastor æternus, promulguée solennellement par , le concile Vatican I énonce le nouveau dogme en ces termes :
Le monde catholique a suivi dans son ensemble, à l'exception de quelques-uns dont le plus fameux fut l'historien et théologien Ignaz von Döllinger.
Vatican II
Le concile Vatican II (1962-1965) complète le texte de 1870 qui, interrompu, manque de précision, laissant des questions sans réponse, notamment celle de la place des évêques dans l'Église. En outre, le texte de 1870, dont l'objectif est notamment ., est régulièrement lu comme une tentative de reconquête cléricale du pouvoir temporel de la papauté.
La constitution dogmatique Lumen gentium ( et 25) replace le dogme de l'infaillibilité dans un cadre ecclésiologique plus général, et le situe dans la collégialité épiscopale. Vatican II introduit aussi le terme « définitif » pour qualifier l'infaillibilité de l'acte magistériel et l'adhésion requise..
Utilisation vignette|redresse|Depuis 1870, est le seul pape à avoir proclamé une définition solennelle infaillible. La bulle de Benoît XII et la bulle Ineffabilis Deus de Pie IX sont des exemples de définitions dogmatiques solennellement formulées par le pape..
Au , l'infaillibilité pontificale n'a été formellement et sans équivoque mise en pratique qu'une seule fois, par dans la constitution apostolique Munificentissimus Deus (1950), pour la proclamation du dogme de l'Assomption de Marie ; la nécessité d'y recourir a probablement été amoindrie par la multiplication des interventions magistérielles au travers des encycliques depuis le pontificat de Léon XIII (1878-1903)..
Justifications théologiques Fondements scripturaires Le dogme catholique fonde la légitimité de l'autorité apostolique de l'évêque de Rome sur l'interprétation théologique d'un certain nombre de passages des Évangiles : différents versets affirmeraient la primauté pétrinienne, c'est-à-dire la primauté de Pierre sur les autres apôtres.
Jésus a délégué son autorité à ses disciples pour qu'ils annoncent la parole et enseignent avec autorité. « Qui vous écoute, m'écoute » (Lc 10,16). Une transmission plus solennelle a lieu en Mt 28,19. En outre, deux paroles sont spécialement adressées à Pierre : Mt 16,18-19 et Lc 22,32. Ces versets ont fait l'objet d'interprétations diverses, mais la primauté de Pierre est admise par Luc comme par Matthieu. Pierre est le garant de la stabilité de la foi de l’Église.
Explication théologique L’Église estime qu'elle bénéficie, par l'assistance de l'Esprit saint, du charisme d'infaillibilité, en raison de la promesse du Christ, et de sa mission de garder et de transmettre fidèlement le dépôt révélé.
Les dogmes engagent l'infaillibilité de l’Église (sans que l'infaillibilité s'y restreigne). Or l'infaillibilité, en tant que dogme, appartient au dépôt de la Révélation : sa définition est celle d'une vérité révélée. Autrement dit, l'infaillibilité est un dogme infaillible, est définie infailliblement. Cela découle de la croyance en l'indéfectibilité de l’Église, c'est-à-dire le fait que l’Église ne peut errer dans la foi, ne peut compromettre le salut de ses fidèles (ce qui est garanti par la permanence des institutions des origines).
L’Église a toujours été convaincue de sa propre infaillibilité en matière de foi. Le passage de l'infaillibilité de l’Église dans la foi à l'infaillibilité de l’Église dans l'enseignement ne constitue pas une nouveauté, car l’Église ne produit pas de révélations nouvelles, mais des formulations nouvelles déterminantes dans la compréhension de la foi.
Le pape et les évêques L'autre infaillibilité : les conciles œcuméniques
Dans l'histoire du christianisme, il est arrivé que l'Église déclare hérétiques des doctrines enseignées par des évêques ou des collèges épiscopaux. Un exemple en est fourni par les décisions du Deuxième concile d'Éphèse de 449 (le « Brigandage d'Éphèse »), qui ont été rejetées par le concile de Chalcédoine en 451.. Pour cette raison, l'infaillibilité n'est pas accordée aux évêques à titre individuel ni aux synodes. Elle ne concerne que les évêques dans leur ensemble collégial, et cette infaillibilité est théoriquement distincte de celle du pape. Cela ne s'applique qu'au collège épiscopal proprement dit, qui inclut le pape en tant que chef.