La Critique de la raison pure, en allemand, , est une œuvre d'Emmanuel Kant, publiée en 1781 et remaniée en 1787. Elle est considérée comme son œuvre majeure, la plus lue, peut-être la plus difficile, la plus commentée, la plus étudiée et la plus influente. Incomprise à son origine, elle donne rapidement prise à une littérature de controverse.

Ce livre examine et confronte les possibilités et limites de la raison et de la métaphysique dans l'objectif d'.

Après la première parution, Kant continue de tenter de clarifier la problématique qui la porte, celle des limites de la raison. Elle donne lieu notamment à un autre ouvrage intitulé Prolégomènes à toute métaphysique future, ce qui lui permet de mener à bien une refonte de son maître ouvrage dans une seconde édition, enrichie d'une nouvelle préface, en 1787. Dans le premier tiers du , la philosophie de Kant est la philosophie régnante dans la plupart des universités européennes. Déjà le jeune Schelling écrivait en 1795 : .

Genèse de l'ouvrage Durant ses études, Kant est influencé par ses professeurs d'université, notamment le rationaliste Martin Knutzen. À cette époque, il s'intéresse de près aux questions scientifiques, à la physique et à la philosophie naturelle d'Isaac Newton. Plus Kant s'intéresse aux questions métaphysiques, plus il émet des doutes quant à la position du rationalisme, en lien avec les idées développées par les philosophes du Siècle des Lumières.

Après sa thèse de doctorat, il interrompt son activité d'écriture pendant une période de dix ans, à quelques exceptions près. Initialement, Kant n'envisageait que de remanier sa thèse en vue de sa publication. Puis après réflexions, il rédige l'ouvrage rapidement, en quatre ou cinq mois environ.

Cependant, après sa publication en 1781, l'accueil est mitigé. Moses Mendelssohn qualifie l'ouvrage d'œuvre déconcertante. Le texte est considéré, de façon générale, comme obscur et incompréhensible. Particulièrement déçu, Kant écrit alors les Prolégomènes à toute métaphysique future [Prolegomena zu einer jeden künftigen Metaphysik, die als Wissenschaft wird auftreten können] en 1783, dans lesquels il présente sa nouvelle position philosophique en utilisant une méthode « analytique » plutôt que « synthétique ». Progressivement, l'ouvrage bénéficie d'un meilleur accueil, puis, avec la parution de la seconde édition de la Critique de la raison pure, profondément remaniée, en 1787, Kant devient le philosophe le plus influent et le plus commenté de son temps, attirant bientôt l'attention à l'étranger.

L'ouvrage est inscrit à l'Index des livres interdits par l'Église catholique en 1827.

L'Idée critique Cette section est fondée sur le plan de l'étude de Georges Pascal, spécialiste du philosophe et auteur d'un livre de vulgarisation intitulé Pour connaître la pensée de Kant, ayant fait l'objet de multiples rééditions depuis sa première publication en 1947.

L'intention de Kant thumb|250px|Première de couverture de la Kritik der reinen Vernunft Ce qui conduit Kant n'est pas le rejet des conclusions métaphysiques mais leur incertitude et la faiblesse de leurs argumentsDans les Prolégomènes à toute métaphysique future, Kant écrit : - Critique p. 13. qui fait naître en lui le désir de les sauver par le moyen d'un examen critique des possibilités de la raison - ..

Alors qu'on reconnaît à d'autres disciplines comme la logique, les mathématiques ou la physique le droit de sortir des limites de l'expérience, comment se fait-il, s'interroge Kant, qu'avec la métaphysique on n'atteigne jamais le même degré de certitude, alors qu'elle traite des objets les plus importants pour notre curiosité. lire en ligne..

Kant a écrit deux préfaces à la Critique de la Raison pure (1781 et 1787), dans lesquelles il explique son projet général (permettre à la métaphysique de ne plus être un champ de bataille entre philosophes et écoles opposés les uns aux autres) ainsi que le renversement qu’il veut introduire dans notre conception du savoir (c’est la célèbre révolution copernicienne). Ces préfaces sont essentielles pour l’intelligence du texte car elles fournissent deux des clés pour comprendre la Critique de la raison pure.

Le traitement de la métaphysique dans toute la Critique apparaît donc ici : Kant aurait voulu en faire une science, au même titre que les mathématiques ou la physique. Comme il n'y a pas d'expérience des choses transcendantes, si donc on veut mettre fin aux querelles de la philosophie, il faudra alors chercher une autre voie pour la métaphysique (entendue comme connaissance de l’âme, de la liberté et de Dieu) que de vouloir en faire une science.

La démarche est ainsi décrite : , ceci en mettant au jour le principe commun qui fonde la « raison pure » - ..

La révolution copernicienne Transposée dans l'ordre philosophique, la révolution copernicienne, qu'ont connue les sciences physiques, consiste pour le sujet kantien à réfléchir sur les connaissances rationnelles qu'il possède, et par ce moyen juger de ce que la raison peut, ou ne peut pas, faire. Kant part des connaissances au-dessus de toute controverse (Logique, Mathématique, Physique) dont le principe est de déterminer des objets absolument a priori. Il s'interroge sur la raison pour laquelle il n'en est pas de même pour la Métaphysique. C'est à partir de l'exemple des Mathématiques et de la Physique que Kant a compris les changements de perspective qui s'y sont produits quant à l'attitude de la raison, qui au lieu de se laisser docilement instruire par l'expérience, questionna la nature, conformément aux exigences de la raison et découvrit ainsi ses lois.

Kant se fonde sur les exemples de Thalès et de Galilée. Thalès est le premier qui a vu que les mathématiques existent grâce à des principes a priori et qu’elles sont le résultat de l’activité cognitive du sujet. Avec Thalès, Kant a compris que les objets mathématiques sont constitués par le mathématicien. Quant à Galilée, il n’a pas fondé sa recherche sur la simple observation des phénomènes naturels, mais, c'est à partir des questions qu’il a établies lui-même a priori, qu'il a cherché à comprendre les lois naturelles. C’est, en d’autres termes, par la mise en place d’un dispositif expérimental que la physique moderne a pu apparaîtreAprès avoir fait référence à la découverte des propriétés du triangle isocèle par Thalès Kant écrit : - cité par Georges Pascal - , Critique p. 18-19..

Constater que consiste à passer d'une méthode empirique à une investigation rationnelle. Mais cela consiste aussi à passer d'un point de vue réaliste, qui n'admet qu'une réalité sur laquelle doit se modeler notre connaissance, à un point de vue idéaliste, qui suppose une intervention active de l'esprit. Là est le fond de cette « révolution copernicienne » que Kant se flatte d'avoir introduite en philosophie écrit Émile Bréhier - ..

L'Idéalisme transcendental L’introduction est, avec les deux préfaces (surtout celle de 1787), le passage le plus important pour comprendre le projet général de Kant dans la Critique de la raison pure. En outre, c’est dans l’introduction que sont exposés et définis pour la première fois deux couples terminologiques fondamentaux (et les plus connus de la pensée kantienne) : jugement analytique et jugement synthétique d’une part, forme a priori et forme a posteriori du jugement, d’autre part. La question de l’a priori Cette distinction entre a priori et a posteriori a été introduite par Kant qui la lie à la distinction entre jugement analytique et jugement synthétique. La question de savoir s'il y a des connaissances a priori devient centrale dans toute théorie de la connaissance.

. Selon Kant, il existe un critère infaillible pour distinguer la connaissance a priori : est a priori toute proposition universelle et nécessaire, comme de l'idée, que l'expérience ne nous apprend pas, qu'une chose est ceci ou cela, mais qu'elle ne puisse pas être autre simultanément. Les propositions mathématiques sont universelles et nécessaires de même que la proposition : .

Dans la conception de Kant .

Le transcendantal Par « transcendantal » Kant désigne .. Par conséquent l'« idéalisme transcendantal » sera la doctrine pour laquelle tout objet de connaissance est déterminé a priori par la nature de notre « faculté de connaître »Il ne faut pas confondre les termes de transcendantal et de transcendant. Un principe transcendantal ne peut avoir qu'un usage immanent, expérimental, un principe transcendant au contraire peut s'élever au-dessus du champ de l'expérience. Toutefois un principe peut être tout à la fois « transcendantal » et « transcendant », il en est ainsi de Dieu dans l'ordre transcendantal, qui boucle , et le Dieu de la théologie, qui lui est transcendant - ..

Les jugements On doit commencer par distinguer les jugements analytiques des jugements synthétiques. Un jugement est analytique lorsqu'il se contente d'expliciter le contenu d'un concept. . Dans l'exemple : « Les célibataires ne sont pas mariés », je lie deux concepts (« célibataire » et « pas marié ») mais le prédicat « pas marié » est déjà contenu dans le sujet de la phrase « célibataire ». Le jugement « les célibataires ne sont pas mariés » n’est donc pas une connaissance au sens précis du terme : il ne nous apprend rien sur le monde, il s'agit juste d'un jugement analytique. (Le prédicat est déjà contenu dans le sujet, et la proposition : n'a, de ce fait, que rendu explicite ce qui était implicite.)

Il existe un deuxième type de jugements : ce sont les jugements synthétiques. À la différence des jugements analytiques qui sont nécessairement a priori (en ce qu'aucun recours à l'expérience n'est nécessaire pour les formuler, une explicitation de l'implicite est la seule opération qu'ils permettent d'accomplir), les jugements synthétiques lient ensemble deux concepts qui ne sont pas évidemment liés. Sera synthétique le jugement dans lequel le prédicat ajoute quelque chose au concept du sujet - , Critique p. 38.. Ce sont pour Kant les seuls jugements qui sont, à proprement parler, producteurs de connaissance. Si par exemple, à propos d'une table qui est effectivement en laiton, je formule le jugement : « Cette table est en laiton », il est clair que ce n'est que parce que j'ai fait usage de mes sens (et, plus précisément, du sens externe) que j'en arrive à la formulation de ce jugement a posteriori. Dans cette perspective, on peut dire que le jugement est synthétique. Il opère la synthèse de deux concepts (le concept de « table » et celui de « laiton ») qui ne sont pas nécessairement liés. Bref, c'est le détour par l'expérience (sensible) qui m'a permis d'en opérer la synthèse.

Surtout, -. Ces jugements synthétiques a priori ont de tout temps inspiré les Mathématiques et la Physique mais Kant s'interroge sur le point de savoir s'ils sont également possibles en Métaphysique.

Les formes Georges Pascal résume la Critique ainsi : . Notre « faculté de connaître » dérive de deux sources de nature différentes, d'une part d'une réceptivité c'est-à-dire d'une sensibilité ou « faculté des intuitions » et d'autre part d'une spontanéité située dans l'entendement, autrement nommée, « faculté des concepts ». L'une et l'autre source comportent des modes a priori.

Formes a priori de la sensibilité Les formes a priori de la sensibilité ou intuitions pures (indépendantes de toute expérience) sont l'« espace » et le « temps ». Il faut quelque chose comme le temps et l'espace qui tels des cadres universels permettent de percevoir les choses. L'espace (les trois dimensions) est la forme du sens externe, le temps la forme nécessaire à la perception dans la durée des « états d'âme ».

Formes a priori de l'entendement