François Evellin, né le à Nantes et mort le à Paris, est un philosophe français spécialiste de métaphysique et de philosophie critique. Il est l'auteur d'une œuvre philosophique consacrée à la critique des antinomies kantiennes et à l'analyse du concept d'infini. Son argumentation dans Infini et Quantité (1880) est qualifiée de « décisive » par Henri Bergson dans L'Évolution créatrice. Evellin privilégie l'examen minutieux de problèmes circonscrits au détriment des systèmes généraux, ce qui explique en partie l'oubli dans lequel son œuvre est tombée malgré son intérêt philosophique.
Il est le fils de François Evellin et le frère d'Émile-Dominique Evellin et de Marie Louis Evellin, orfèvres.
Biographie Entré à l'École normale supérieure en 1861, il est agrégé de philosophie en 1865 et obtient son doctorat en 1880. Il est professeur de philosophie aux lycées de Nice, de Lille et de Bordeaux, puis aux lycées Louis-le-Grand et Charlemagne de Paris. À partir de 1883, il est inspecteur de l'Académie de Paris et inspecteur général au ministère de l'Instruction publique. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1889, et élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1908.
Ses deux principaux ouvrages ont été analysés dans la Revue philosophique de la France et de l'étrangerInfini et quantité par Victor Brochard, vol. XI, janvier à juin 1881, : Texte en ligne. La raison pure et les antinomies par Lionel Dauriac, vol. LXIV, juillet à décembre 1907, : Texte en ligne., qui résumait ainsi son œuvre en 1910 :
Œuvre philosophique
Infini et Quantité (1880) La thèse de doctorat d'Evellin, Infini et quantité : étude sur le concept de l'infini en philosophie et dans les sciences, constitue son apport philosophique majeur. L'ouvrage se présente comme une étude historique et critique du concept d'infini depuis l'Antiquité grecque jusqu'à la science et la philosophie modernes.
Thèse centrale : Evellin y défend que l'infini, contrairement à la position cartésienne dominante depuis le XVIIe siècle, ne peut être quindéfini, c'est-à-dire puissance de répétition sans achèvement, et jamais infini actuel ou achevé. Il rejoint ainsi la position aristotélicienne selon laquelle « l'infini ne peut avoir d'existence actuelle », contre Descartes et Spinoza pour qui l'infini qualifiait la substance elle-même.
Méthode : l'analyse procède par un examen historico-critique systématique. Evellin montre que deux conceptions fondamentales de l'infini s'opposent dans l'histoire de la philosophie :
Pour les philosophes grecs (Pythagore, Platon, Aristote), l'infini (ἄπειρον) désigne l'indéterminé, le possible, jamais l'actuel. Pour les cartésiens (Descartes, Spinoza), l'infini devient un attribut positif de la réalité suprême, voire de l'étendue elle-même.
Evellin démontre que seule la première conception est rationnellement tenable. L'infini actuel représente selon lui « une des erreurs les plus graves qui aient régné en philosophie ». L'ouvrage réhabilite la tradition leibnizienne qui distingue rigoureusement l'indéfini (attribut des grandeurs abstraites) de l'absolu (Dieu comme unité parfaite, affranchi de la quantité).
La Raison pure et les antinomies (1907) Cet ouvrage, préparé durant vingt-cinq ans par des articles dans la Revue philosophique et la Revue de métaphysique et de morale, constitue le développement systématique des intuitions dInfini et Quantité. Le titre est, de l'aveu même de la Revue philosophique, « un peu trompeur » : loin de suivre Kant, Evellin entreprend une réfutation des antinomies de la raison pure.
Projet philosophique : Contre le scepticisme kantien selon lequel la raison pure se contredit nécessairement dès qu'elle vise le transcendant, Evellin veut démontrer que les antinomies sont des sophismes sophistiqués et que « c'est le rationnel qui doit l'emporter ». Il se propose explicitement de faire une apologie de la raison pure là où Kant en avait fait la critique.
Thèse centrale : Les quatre antinomies kantiennes ne sont que des « cas particuliers d'une antinomie fondamentale » qui oppose le sensible (phénomène) et le réel (noumène). Cette antinomie fondamentale se résout elle-même par la reconnaissance de la priorité du réel sur le sensible. Evellin aboutit ainsi à un dualisme métaphysique assumé : « le dualisme du noumène et du phénomène sous une unité qui domine leurs séries parallèles et les explique ».
Méthode : Evellin procède antinomie par antinomie, en faisant, selon sa propre expression, « le siège en règle » de chacune d'elles. Il montre que dans chaque cas, l'apparente contradiction résulte d'une confusion entre pensée rationnelle (qui vise l'être en soi) et pensée sensible (qui vit dans le phénomène).
Postérité et influence
Influence sur Henri Bergson L'apport le plus reconnu d'Evellin concerne son influence sur Henri Bergson dans le traitement du problème du continu et de l'infini. Dans L'Évolution créatrice (1907), au moment où il discute les paradoxes de Zénon d'Élée et la critique de la reconstitution mathématique du mouvement, Bergson renvoie explicitement aux pages 63 à 97 d'''Infini et Quantité : « nous renvoyons à l'argumentation de M. Evellin, que nous tenons pour décisive ».
Le contexte de cette référence est significatif. Bergson conteste la réfutation classique du paradoxe d'Achille et la tortue par la convergence de la série géométrique. Selon lui, montrer qu'une progression infinie a une somme finie ne résout pas le problème philosophique sous-jacent : peut-on reconstituer le mouvement réel à partir d'une infinité d'instants immobiles ? Bergson s'appuie sur Evellin pour affirmer que « les mathématiciens n'opèrent et ne peuvent opérer que sur des longueurs », et qu'ils ont dû « chercher des artifices pour transporter d'abord au mouvement, qui n'est pas une longueur, la divisibilité de la ligne qu'il parcourt ».
Cette convergence n'est pas fortuite. L'analyse d'Evellin sur l'impossibilité de regarder comme achevé un tout inachevable et sa critique de l'infini actuel rejoignent les préoccupations bergsoniennes sur la nature de la durée réelle. Pour Evellin comme pour Bergson, l'infini ne peut être qu'indéfini, c'est-à-dire puissance de répétition sans achèvement, jamais totalité donnée. La distinction evellinienne entre l'indéfini (attribut des grandeurs abstraites) et l'absolu (réalité qualitative affranchie de la quantité) préfigure l'opposition bergsonienne entre le temps spatialisé de la science et la durée vécue de la conscience.
Notes et références
Annexes Bibliographie Œuvres de François Evellin Quid de rebus corporeis vel incorporeis senserit Boscowich (La Nature et les propriétés des objets physiques et métaphysiques dans la théorie de Boscovich), Paris, Lutetiae Parisiorum, G. Baillière, 1880, in-8 (Thèse latine)
Études sur François Evellin
Liens externes
H. M., « Evellin (François J.-M.-A.) », dans lEncyclopédie Imago mundi''
Catégorie:Naissance en décembre 1835 Catégorie:Naissance à Nantes Catégorie:Naissance dans la Loire-Inférieure Catégorie:Philosophe français du XIXe siècle Catégorie:Membre de l'Académie des sciences morales et politiques Catégorie:Élève de l'École normale supérieure Catégorie:Écrivain français de langue latine Catégorie:Chevalier de la Légion d'honneur Catégorie:Décès en avril 1910 Catégorie:Décès dans le 14e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 74 ans Catégorie:Agrégé de philosophie