La colline de Sion, ou colline de Sion-Vaudémont, est une butte-témoin située dans le pays du Saintois, dans le sud du département de Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est. Elle culmine à une altitude de , ce qui en fait le point le plus élevé du relief des côtes de Moselle. Administrativement, elle s'étend principalement sur le territoire de la commune de Saxon-Sion jusqu'à Vaudémont et déborde sur celui de plusieurs communes limitrophes.
Elle est magnifiée par Maurice Barrès dans son roman La Colline inspirée, publié en 1913, qui y voit « un lieu où souffle l'esprit… ».
Par sa topographie, son histoire millénaire et son sanctuaire, la basilique Notre-Dame de Sion, où se déroulent chaque année des pèlerinages, la colline demeure une place importante de la ferveur, de la spiritualité et du tourisme en Lorraine.
Géographie Situation La colline de Sion est située au sud-ouest du département de Meurthe-et-Moselle, à proximité des Vosges. Elle s'étend sur les communes de Saxon-Sion, Vaudémont, They-sous-Vaudemont, Gugney, Forcelles-sous-Gugney, Housséville, Praye et Chaouilley. Le monument Barrès est le point le plus haut du Plateau lorrain, massif vosgien non compris. Par distance orthodromique, la colline se situe à de Vézelise, d'Haroué, de Nancy, de Toul et à d'Épinal. Au lever du soleil, par temps clair, il est possible d'apercevoir le mont Blanc.
Voies d'accès L'accès à la colline depuis Praye et Forcelles-Saint-Gorgon est assuré par la route départementale D 50E, voie étroite et sinueuse descendant la colline vers l'est. Par le sud-ouest et le village de Vaudémont, la route départementale D 53 accède à Saxon-Sion. Enfin, au nord-ouest, une voie communale de Chaouilley permet l'accès à la colline.
Occupation des sols Les sols de la colline de Sion-Vaudémont sont peu boisés avant le début du . Les terrains, à l'exception du bois de Plainmont, pratiquement tous cultivés, assurent la production de céréales, légumes, prés et vignes. Ces dernières, dont ne subsistent que quelques rares parcelles, sont peu à peu remplacées par des vergers de mirabelliers. C'est surtout après les années 1950 que les plus fortes pentes connaissent la déprise agricole et sont gagnées par les broussailles, puis par des arbres. Dans les forêts, installées en majorité sur les pentes de la colline, on peut observer pierriers et terrasses qui sont les traces des anciennes parcelles cultivées.
Les pelouses calcaires sont situées sur les plateaux, ainsi que sur l'adret de la colline. Ces milieux, composés d'herbes basses, présentent quelques affinités méridionales. En ces lieux, la faune et la flore se sont adaptées à des conditions de sécheresse et de chaleur estivale. De nombreuses espèces sont présentes comme des orchidées, des insectes et des reptiles. Le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, dans le cadre de sa politique environnementale, mène une politique de préservation et de gestion durable de la pelouse calcaire de Vaudémont.
Les milieux forestiers sont aussi représentés par le bois de Plainmont, situé sur l'ubac de la colline et dont le développement date du . Ce massif communal est dominé par le hêtre et le chêne, mais possède aussi des charmes, érables, merisiers et pins noirs. Il est très endommagé par la tempête de 1999 et apparaît aujourd'hui plus disparate, bien qu'en phase de reconstitution.
Géologie
Formation du relief
La colline de Sion est l'exemple même d'une butte-témoin placée dans un bassin sédimentaire érodé. Elle constitue un fragment d'un banc rocheux résistant, composé de calcaires, isolé par l'érosion et entouré à son pied par des affleurements des niveaux inférieurs. La mise en place des lieux date du Trias, à l'époque où la Lorraine est immergée sous un océan. Durant 155 millions d'années, une succession de couches sédimentaires, alternativement dures et tendres, se forment sur plus de deux kilomètres d'épaisseur. Les eaux se retirent à la fin du Crétacé, 65 millions d'années avant notre ère, date à laquelle la genèse des Alpes provoque des chambardements tectoniques. Il en résulte notamment une inclinaison des différentes couches sédimentaires. L'érosion des cours d'eau, touchant en priorité les couches tendres, engendre dès lors dans l'est du Bassin parisien un relief de cuesta, au sein duquel se détache progressivement la colline de SionFormation de la colline sur le site du Conseil général de Meurthe-et-Moselle, consulté le 5 octobre 2013..
Les étoiles de Sion Les étoiles de Sion sont des fossiles d'animaux marins (non mobiles) de l'ère secondaire, les lis de mer (aussi appelés encrines ou crinoïdes), cousins des oursins et des étoiles de merLe mystère des étoiles de Sion sur le site du Conseil général de Meurthe-et-Moselle, consulté le 5 octobre 2013.. L'encrine est fixée au fond de la mer par une longue tige, composée d'articles en entroques, rappelant l'empilement des vertèbres de la colonne vertébrale.
Si on trouve des étoiles un peu partout sur la colline et même aux alentours, c'est en face du lieu-dit « La Croix Sainte-Marguerite » que leur présence est la plus remarquable. Les amoncellements de terre de décapage sont entreposés à cet endroit en 1945 par les troupes américaines qui y cherchent de la pierre calcaire pour aménager le terrain d'aviation américain de Tantonville.
Pétrole
Présents dans des grès à de profondeur, quelques gisements de pétrole ont été exploités entre 1978 et 1992 autour de la colline sur le territoire des communes de Chaouilley et Forcelles-Saint-Gorgon.. L'intérêt pour l'exploitation de celles-ci remonte à 1955 ; mais il faut attendre les années 1970 et le choc pétrolier pour que les sites d'extraction connaissent un développement important.
C'est sur l'initiative du professeur Pierre-Louis Maubeuge que la société Géomatic entreprend en 1979 une campagne sismique pour l'étude du site. L'exploitation commence en 1983. La Société de Recherche et d’Exploitation du Pétrole en Lorraine (REPLOR) puis PETROLOR monté par Maubeuge est partie prenante avec d'autres grandes sociétés mais les difficultés face aux grandes sociétés et l'administration conduiront à la fermeture de l'entreprise dans les années 1990Adrien Chobaut, « La folle épopée du pétrole lorrain » in La Lorraine Insolite, Éditions Serpenoise / La Nuée Bleue, 2018, ..
La commune compte jusqu'à onze derricks et, au début, c'est au rythme d'un camion de litres par jour que le pétrole est extrait.
En tout, tonnes de pétrole. de qualité « brut léger » sont extraites du sous-sol de Forcelles entre le et le ..
Aujourd'hui, il ne reste plus qu'un monument commémoratif entre Forcelles et Praye.
Climat
Le climat de la colline de Sion est de type océanique dégradé, avec une influence continentale assez marquée. Les températures sont contrastées, à la fois en journée et entre les saisons. Les hivers sont froids, assez humides, mais néanmoins secs par temps de gels sévères. Les étés ne sont pas toujours ensoleillés mais chauds. Les brouillards sont courants à l'automne et les vents fréquents et quelquefois violents. Au niveau local, les précipitations tendent à être plus abondantes que sur le Saintois voisin. À cause de l'altitude plus élevée, les températures sont moins tempérées et le manteau neigeux tient sur une période plus longue, notamment dans les bois de l'ubac de la colline.
Les relevés ci-dessous proviennent de la station Météo-France de Nancy-Essey, distante d'une trentaine de kilomètres de la colline de SionPrévisions locales - Météo-France.
Ville Ensoleillement Pluie Neige Orage Brouillard Paris h/an /an 15 j/an 19 j/an 13 j/an Nice h/an /an 1 j/an 31 j/an 1 j/an Strasbourg h/an /an 30 j/an 29 j/an 65 j/an Colline de SionDonnées climatiques de Nancy - linternaute.com h/an /an 31 j/an 26 j/an 54 j/an Moyenne nationale h/an /an 14 j/an 22 j/an 40 j/an
Moyenne des relevés à Nancy-Essey (1971-2000)Climatologie ; Données Nancy de 1946 à nos jours - lameteo.org : MoisJanvFévMarsAvrMaiJuinJuilAoûtSeptOctNovDécAnnéeTempératures minimales moyennes (°C)-0,9-0,81,83,67,811,113,012,79,76,12,20,45,6Températures moyennes (°C)1,82,86,28,813,216,418,718,514,910,35,23,010,0Températures maximales moyennes (°C)4,46,310,514,018,621,624,324,220,114,58,25,514,3Moyennes mensuelles de précipitations (mm)615655487075645863676878763
Histoire La colline de Sion est par sa topographie le seul point de hauteur sur tout le plateau du Saintois, et est depuis longtemps occupée par l'hommeArchéologie sur le site du Conseil général de Meurthe-et-Moselle, consulté le 5 octobre 2013.. Elle possède donc un patrimoine historique assez important, trace d'une longue histoire sur laquelle il est nécessaire de se pencher pour comprendre l'histoire du pays du Saintois et plus généralement l'histoire de la Lorraine.
Néolithique C'est au Néolithique moyen et au Néolithique final que la colline de Sion connaît une première vague d'occupation importante. Des recherches archéologiques permettent en effet de découvrir des haches-marteaux en pierre polie, surtout , des céramiques et des pointes de flèches en silex taillé.
Antiquité Avant l'ère chrétienne, les Celtes vénèrent déjà sur la colline le dieu de la guerre et la déesse de la fertilité et de l'abondance Rosmerta. Lors de la conquête romaine de la Gaule, l'enceinte de Sion est une des places fortes des Leuques, peuple gaulois n'ayant jamais combattu l'armée romaine. La colline connaît alors un commerce actif avec la péninsule Italique, fait de céramiques campaniennes, d'amphores et de vaisselle métallique. Elle constitue géographiquement un point de contrôle, implanté sur l'axe nord-sud reliant la Saône à la Moselle. Au , le Christianisme chasse les deux divinités et le culte de la Vierge Marie remplace celui des divinités païennes.
Moyen Âge
Au , Saint-Gérard, évêque de Toul, fixe la dévotion de la Vierge Marie de façon définitive. Elle s'étend rapidement sur toute la contrée, grâce à la protection des comtes de Vaudémont et des ducs de Lorraine.
Au , la cité de Vaudémont, alors capitale du comté éponyme, devient une cité fortifiée. Elle demeure ceinte de murailles et de tours jusqu'à leur destruction par les troupes françaises, sur les ordres de Richelieu au , la France occupant alors militairement la Lorraine. Diverses ruines, notamment celles de la tour Brunehaut et du rempart occidental, subsistent dans le village. Quelques restes de fortifications de l'époque féodale demeurent aussi en forêt, mais ceux-ci ne sont pas répertoriés.
On prie sur la colline pour les Croisés qui guerroient en Terre sainte. En 1477, c'est sous la bannière de Notre-Dame de Sion que le duc René II de Lorraine défait Charles le Téméraire devant Nancy.
Époque contemporaine En 1626, l'Ordre des Tiercelins y développe un sanctuaire marial qui devient un lieu de pèlerinage incontournable du duché de Lorraine bientôt plongé dans les malheurs de la guerre de Trente Ans.. Les religieux doivent abandonner leur couvent de Sion en 1792.
Sous la monarchie de Juillet, le pèlerinage est repris par les frères Baillard, lesquels par leurs pratiques controversées sont mis au ban de l'Église.
La colline de Sion sert à deux reprises à l'entraînement de l'armée française lors des conflits avec l'Allemagne. En 1870, la colline a un champ de tir qui est réutilisé en 1914, la ligne de front n'étant alors située qu'à une vingtaine de kilomètres. Des tranchées sont également creusées à proximité de l'endroit où est construit plus tard le monument Barrès. Elles servent notamment à entraîner les troupes au lancer de grenades entre tranchées.
Enfin, à une époque plus récente, lorsque par trois fois les troupes militaires allemandes s'éloignent de la Lorraine, le sanctuaire accueille les foules pieuses, venues remercier la Vierge Marie.