vignette|redresse=0.8|Le Triomphe de la foi catholique sur l'hérésie protestante par Johann Michael Rottmayr (1729), fresque de l'église Saint-Charles-Borromée de Vienne.
La Contre-Réforme (ou, plus rarement, Réforme catholique) est le mouvement par lequel l'Église catholique réagit, dans le courant du , face à la Réforme protestante. L'expression « Contre-Réforme » provient de l'historiographie allemande du , dans un esprit initialement polémique. Une partie de l'historiographie actuelle ne l'emploie plus, afin de ne pas limiter la Réforme catholique à un simple processus de réaction..
La Contre-Réforme s'exerce dans le domaine de la théologie et de l'ecclésiologie. En ce sens, elle correspond à une aspiration au renouveau qui traverse l'Occident chrétien depuis le . Elle répond en partie au dessein de faire reculer et disparaître le protestantismeJean Delumeau, Contre-Réforme et Réforme catholique, Encyclopædia Universalis, DVD, 2007.. Elle s'efforce, de manière offensive ou répressive, de « recatholiciser » les régions acquises à la Réforme protestante et se dote des outils administratifs et matériels pour amorcer cette reconquête spirituelle.
Le renouveau spirituel Le et les siècles suivants voient un regain spirituel en Europe, où la question du salut devient centrale , de nombreux théologiens reviennent sur les fondements du christianisme et questionnent leur spiritualité. Leurs travaux se répandent, des colloques se tiennent dans toute l'Europe aux . Parallèlement à ces travaux théologiques, des critiques s'élèvent contre la pratique religieuse, les comportements du clergé et les positions de l'Église. Les conciles généraux de Constance (1414-1418) et de Bâle (1431-1441) tiennent un rôle important dans le lancement de ce mouvement de réforme intérieure.
Les courants de pensée sont nombreux et divergents, mais une volonté de rénovation se répand au sein du clergé. Certains s'éloignent de plus en plus de l'Église, ce qui amène à une rupture et à la création des Églises protestantes. Néanmoins, réformateurs et conservateurs continuent à coexister au sein de l'Église catholique pendant que la Réforme protestante s'étend en Europe. Le concile de Constance voit la condamnation de réformateurs jugés dissidents comme John Wyclif, Jan Hus ou Jérôme de Prague, ces deux derniers étant même exécutés publiquement, et la participation de théologiens œuvrant au renouveau du catholicisme comme Jean de Gerson.
La Réforme protestante
Le renouveau des ordres religieux
Les ordres réguliers font un premier effort au avec la bulle bénédictine de 1336, qui réforme les Bénédictins et les Cisterciens. En 1525, Matteo Da Bassa se propose de restaurer la règle franciscaine dans sa pureté originelle, ce qui permet la naissance de l'ordre des Capucins, reconnu par le pape en 1619.
Pour répondre aux nouveaux besoins d'évangélisation, les prêtres se réunissent en congrégations. Ils prêtent des vœux particuliers mais ne sont pas obligés d'assister aux offices du monastère. Ces clercs réguliers enseignent, prêchent, confessent mais ne sont pas liés à un territoire comme les curés ou les chanoines. Ils sont sous l'autorité des évêques. En Italie, la première de ces congrégations est l'ordre des Théatins, fondé par Gaétan de Tienne et Jean-Pierre Caraffn en 1524. Ensuite, viennent les Somasques en 1528, voués à l'assistance, les Barnabites en 1530, les sœurs de la compagnie de Sainte-Ursule en 1535 qui se consacrent à l'éducation des jeunes filles. L'ordre apparaît en France en 1586 et se propage en Nouvelle-France avec Marie de l'Incarnation en 1639. En 1524, à Rome, des prêtres commencent à vivre en communauté autour de Philippe Néri. Les Oratoriens se donnent des institutions en 1564 et sont reconnus comme ordre par le pape en 1575. Ils utilisent la musique et le chant pour attirer les fidèles.
En Espagne En Espagne, Thérèse d'Avila entreprend la réforme des Carmélites entre 1562 et 1582, et Jean de la Croix celle des Carmes. Ils sont mal reçus par les autres carmes à cause de leur spiritualité fondée sur la contemplation mystique.
vignette|Ignace de Loyola présentant les statuts de la Compagnie de Jésus au pape Paul III.
Ignace de Loyola, gentilhomme basque espagnol, organise autour de lui une communauté, la Compagnie de Jésus (les Jésuites), à partir de 1534. Il prend comme modèle l'organisation militaire et l'obéissance absolue à la hiérarchie. Son recrutement sélectif nécessite une très longue formation. La Compagnie est entièrement aux ordres du pape, qui l’approuve comme ordre religieux dès 1540. Les Jésuites ont plusieurs activités : la mission en Europe pour reconquérir les espaces gagnés au protestantisme, l'évangélisation outre-mer, la direction de conscience, la confession. Ils ouvrent aussi des écoles et des universités pour former le personnel nécessaire à la diffusion de la Contre-Réforme et pour instruire les laïcs.
Les deux ordres les plus actifs au temps de la Contre-Réforme, les Capucins et les Jésuites, ont vu le jour avant le concile de Trente : le renouveau catholique n'est pas seulement une réaction à la Réforme protestante. L'activité des missionnaires catholiques est intense durant toute la première moitié du , surtout dans les terres nouvelles comme l'Amérique latine. Prédicateurs, confesseurs des souverains et des princes, éducateurs influencés par les valeurs humanistes, ils parviennent à freiner l'essor du protestantisme en Pologne, en Bohême, en Hongrie, en Bavière, en France et dans les Pays-Bas espagnols.
Le concile de Trente (1545-1563)
Déroulement De nombreux chrétiens attendent un concile pour réformer en profondeur l'Église catholique. Luther lui-même réclame la réunion d'un concile. Clément VII, pape de 1523 à 1534, hésite car il a peur de voir resurgir la « théorie conciliaire », qui affirme la supériorité des conciles sur le pape. Son successeur Paul III franchit le pas et, avec l'accord de Charles Quint qui pense qu'un concile pourra rétablir l'unité chrétienne, ordonne sa tenue.
vignette|gauche|Réunion du concile de Trente à Sainte-Marie-Majeure de Trente, Musée diocésain de Trente.
La première séance a lieu dans la cathédrale de Trente, le . Le légat qui ouvre la première session précise les buts de la réunion : exaltation de la foi et de la religion chrétienne, extirpation des hérésies, paix et union de l'Église, réformation du clergé, extinction des ennemis du christianisme. Tous les aspects de l'Église sont visés. En , le concile est transféré à Bologne à la suite d'une épidémie mais il ne parvient pas à tenir des séances dans cette nouvelle ville. Le pape met donc fin à cette première série de réunions qui a compté jusqu'à soixante-dix votants le .
Le , le concile recommence, toujours à Trente jusqu'au . Le nombre de votants ne dépasse pas les soixante-cinq. Les réunions sont interrompues car les troupes de la ligue de Smalkalde menacent la ville. Jules III ne peut donc achever le concile. Son successeur, Paul IV, élu en 1555, se consacre à la réforme des institutions romaines, dont la Daterie et l'Inquisition. , élu en , reprend le concile entamé en et qui recommence donc le . Les archevêques et les évêques y sont beaucoup plus nombreux que dans les réunions précédentes. 220 prélats signent l'acte final le .
Décrets et canons vignette|Frontispice de la Vulgate sixtine (1590). Elle est remplacée en 1592 par la Vulgate sixto-clémentine. Les pères conciliaires définissent le canon biblique de l'Ancien et du Nouveau Testament. Ils imposent l'usage obligatoire de la Vulgate éditée à partir de 1590. Le clergé est seul compétent pour expliquer et interpréter les livres saints. Le concile donne à la Tradition la même valeur qu'à la Bible. Le , le concile proclame : Jean Pépin, article Tradition, Encyclopædia Universalis, DVD, 2007..
Le concile précise la doctrine catholique du salut. La nouvelle profession de foi, publiée en 1564, commence par le Symbole des apôtres et se poursuit par l'acceptation des traditions apostoliques et ecclésiastiques. Elle s'achève par un serment d'obéissance au pape.
Les doctrines contestées par les Réformés sont précisées. Le concile insiste sur la valeur des œuvres et développe la notion de mérite. L'homme est justifié par la foi et par les œuvres. L'existence du purgatoire, le culte des saints, des images, des reliques, la pratique des indulgences est confirmée. En termes de sotériologie, le concile rappelle la nécessité des sept sacrements ; il ajoute qu'ils ont été instaurés par le Christ et doivent être conférés par un prêtre.
La doctrine de la transsubstantiation est réaffirmée ainsi que la nécessité de conserver l'eucharistie dans un endroit sacré. La messe reste un sacrifice. Elle doit être dite en latin mais le prêtre peut faire le sermon en langue vernaculaire.
En ce qui concerne le sacrement de pénitence, les décrets insistent sur la contrition, et l'attrition, . L'attrition est une étape sur le chemin de la grâce.
Les décrets rappellent le rôle des évêques en matière d'ordination et l'obligation pour tous les clercs de porter l'habit ecclésiastique en permanence. Pour former les prêtres, des séminaires sont établis. Le célibat du clergé est réaffirmé.
Afin de faire connaître aux catholiques les canons de la foi, le Catéchisme du concile de Trente est achevé en , suivi par le bréviaire en 1568 et le missel en 1569. Mais il faut attendre 1592 pour que paraisse une édition révisée de la Vulgate : la Vulgate sixto-clémentine. Il faut également interdire aux fidèles la lecture des ouvrages dangereux pour leur foi. Le , le pape publie l'Index de Trente, c'est-à-dire la liste des livres interdits.
La reconquête catholique À partir de la seconde moitié du , l'Église catholique dispose de moyens efficaces pour affirmer la réforme de l'Église et lutter contre les protestants. Elle bénéficie des nouveaux ordres religieux, de l'œuvre doctrinale et disciplinaire du concile de Trente et de papes énergiques.
Papes de la Contre-Réforme thumb| par Le Greco. (1566-1572) crée de nouvelles congrégations : celle du Concile, chargée de l'application des décrets tridentins, celle de l'Index, qui surveille les ouvrages imprimés et publie le catalogue des livres interdits, celle de la Conversion des hérétiques et des infidèles qui se concentre sur les réformés. Il organise une croisade contre les Turcs qui aboutit à la victoire de Lépante. Il soutient financièrement la guerre contre les protestants français et condamne en 1567 les propositions de Michel Baïus sur la grâce.
Grégoire XIII (1572-1585) s'engage dans la formation du clergé. Le Collège romain devient un séminaire appelé Université grégorienne qui est confié aux Jésuites. Le Collège germanique leur est lui aussi confié. Il entreprend également la réforme du calendrier.
Sixte V (1585-1590) poursuit la centralisation de l'administration. Il crée la Congrégation des réguliers, la Congrégation des procès consistoriaux, qui examine les enquêtes faites préalablement à toute nomination épiscopale ou abbatiale, la Congrégation des rites et des cérémonies, la Congrégation de la typographie. Il fixe le nombre de cardinaux à 70. Il impose aux Romains un comportement austère et embellit la ville de Rome. L'art est mis au service de la propagande catholique : la cité de Rome doit offrir l'image du triomphe de la religionSylvia Pressouvre, Article Rome, Encyclopædia Universalis, DVD, 2007. et devient le centre de rayonnement de l'art de la Contre-Réforme : l'art baroque.
Paul V (1605-1621) renvoie de Rome les évêques qui y séjournent au lieu de résider dans leur diocèse. Il fait face aux revendications gallicanes et obtient la condamnation d'Edmond Richer.
Grégoire XV (1621-1623) élabore les règlements du conclave pour l'élection pontificale. Il crée la Congrégation pour la propagande de la foi et adjoint à la Congrégation du concile celle de l'immunité ecclésiastique, destinée à défendre les privilèges de l'Église et l'autorité pontificale.