Tiddis est un site archéologique situé au lieu-dit El-Kheneg, sur le territoire de la commune de Beni Hamiden, dans la wilaya de Constantine, en Algérie. Établi sur un relief rocheux dominant les gorges du Rhummel, à environ seize kilomètres au nord-ouest de Constantine, le site a connu une occupation antérieure à la période romaine, attestée notamment par plusieurs nécropoles protohistoriques et par leur mobilier.

À l'époque romaine, l'agglomération est connue par l'épigraphie sous les désignations Castellum Tidditanorum et res publica Tidditanorum. Elle dépend de Cirta dans le cadre de l'organisation territoriale traditionnellement appelée Confédération cirtéenne. Son urbanisme est fortement conditionné par la pente : la voie principale suit le relief et les monuments publics, habitations, lieux de culte, ateliers et ouvrages hydrauliques occupent plusieurs terrasses.

Les fouilles systématiques ont principalement été conduites par André Berthier à partir de 1941 et pendant environ trois décennies. Elles ont mis au jour le forum, des voies dallées, des quartiers d'habitation et d'artisanat, des thermes, plusieurs ensembles religieux et un réseau de collecte et de stockage de l'eau. Une partie importante du plateau demeure cependant inexplorée. Tiddis est inscrit à l'inventaire général des biens culturels immobiliers algériens par arrêté du 14 juillet 2007.

Toponymie

Le nom antique Tiddis n'est pas directement attesté sous cette forme. Jacques Gascou souligne qu'il est restitué à partir de l'ethnique latin Tidditanus, attesté dans plusieurs inscriptions. Les formes Castellum Tidditanorum, « castellum des Tidditains », et res publica Tidditanorum sont en revanche connues par l'épigraphie.

Mohand-Akli Haddadou propose plusieurs rapprochements avec le berbère, notamment avec idis, « côté » ou « flanc », qu'il met en relation avec la situation topographique de la ville. Il évoque également tidist ou tadist, « ventre », ainsi que le verbe ddes, « organiser ». Le site a également été désigné sous le nom de Qsantina l-qadima, « Constantine la vieille ».

Géographie

Site et relief

Tiddis occupe un relief rocheux bordé par les gorges du Kheneg, parcourues par le Rhummel. L'altitude varie approximativement de dans les secteurs les plus bas à près de au sommet du plateau. L'habitat antique s'est principalement développé sur le versant oriental, tandis que les secteurs occidental et méridional du plateau restent beaucoup moins connus archéologiquement.

La déclivité a conditionné l'organisation de l'agglomération. Les constructions suivent des terrasses naturelles ou aménagées et les voies épousent les irrégularités du terrain. La principale voie nord-sud, couramment identifiée au cardo, traverse la ville selon un parcours sinueux. Un grand escalier de 38 marches et cinq paliers assure une liaison transversale dans le quartier artisanal.

Environnement archéologique

Dans son Atlas archéologique de l'Algérie, Stéphane Gsell situe les ruines de Tiddis sur la croupe rocheuse du Kheneg et signale plusieurs groupes de vestiges antiques dans les environs, notamment vers Mechta Nahar, El Héri et Safsafa.

À El Héri, à quelques kilomètres au nord de l'agglomération, se trouve le mausolée associé à la famille de Quintus Lollius Urbicus. D'autres établissements antiques sont connus autour du Kheneg, mais leurs relations administratives avec le Castellum Tidditanorum ne sont pas établies.

Histoire

Occupation protohistorique et numide

La nécropole orientale de Tiddis s'étend à quelques centaines de mètres de la porte nord. Jean Bussière y distingue quatre types de sépultures protohistoriques : des cercles funéraires, des sépultures en grotte, des fosses rectangulaires et des bazinas à base cylindrique. Des dolmens sont également connus sur différents versants du relief.

Quatre tombes à fosse étudiées dans cette nécropole contenaient une quarantaine de vases modelés. Parmi eux figurent un grand vase caliciforme à décor peint et un vase tripode dont les trois pieds sont façonnés en forme de têtes humaines. L'étude du mobilier et des restes osseux met en évidence des pratiques funéraires variées, comprenant des sépultures collectives et, dans certains cas, le dépôt d'ossements à l'intérieur de récipients.

Gabriel Camps a consacré une étude spécifique à la céramique des sépultures de Tiddis. Les formes et décors appartiennent à un répertoire nord-africain ancien ; les motifs sont principalement géométriques, mais comprennent également quelques représentations végétales, animales ou humaines.

Une grande bazina a livré un vase portant une inscription libyque peinte. Le contexte de cette sépulture a été daté par le carbone 14 autour de 250 av. J.-C., avec une marge d'environ un siècle. Camps considérait ce document comme l'une des plus anciennes inscriptions libyques disposant alors d'une datation intrinsèque.

Les découvertes témoignent également d'échanges à longue distance avant la domination romaine. Des amphores rhodiennes destinées au transport du vin sont attestées à Tiddis ; elles sont datées du dernier quart du et de la première moitié du . D'autres découvertes comprennent de la céramique importée et des monnaies numides ou carthaginoises.

Des stèles puniques et néopuniques témoignent parallèlement de relations culturelles et religieuses avec le monde punique. Certaines structures autrefois désignées de manière générale comme « préromaines » ont été réexaminées à la lumière des recherches sur l'architecture numide. La chronologie précise des différentes phases précédant la domination romaine reste néanmoins inégalement établie.

Époque romaine

Tiddis appartient au territoire de Cirta. L'interprétation institutionnelle du terme castellum a fait l'objet de discussions. Jacques Gascou considère qu'il ne faut pas opposer un castellum indigène à un pagus romain comme deux communautés distinctes : dans les dépendances de Cirta, le castellum peut correspondre au centre d'un pagus, les deux termes étant susceptibles de désigner des aspects différents d'une même organisation territoriale.

La vie civique est documentée par plusieurs inscriptions. Des décurions et l'emploi de fonds publics sont attestés à Tiddis. Sous les Sévères apparaît la formule res publica Tidditanorum ; une dédicace à Gordien III, datée de 239, emploie res publica Castelli Tidditanorum et précise que le monument a été érigé aux frais publics par décret des décurions.

L'emploi de res publica témoigne de l'existence d'une communauté organisée mais ne suffit pas, à lui seul, à attribuer à Tiddis le statut de municipe indépendant.

L'onomastique de Tiddis associe des gentilices romains, notamment Iulius et Sittius, à des cognomina d'origines diverses. Hans-Georg Pflaum a utilisé ce corpus pour étudier l'intégration de la population dans les cadres civiques romains.

La période impériale voit l'aménagement ou le remaniement des principales constructions actuellement visibles : voies dallées, forum, thermes, habitations, sanctuaires, ateliers et installations hydrauliques.

Antiquité tardive et occupation médiévale

La présence chrétienne est attestée à Tiddis au . Un évêque nommé Abundius Tidditanus figure parmi les prélats de Numidie convoqués à Carthage en 484 sous le règne du roi vandale Huneric.

Des constructions plus anciennes sont alors réutilisées ou transformées. Une basilique, des installations interprétées comme des baptistères et plusieurs sépultures chrétiennes sont connues sur le site. Une phase de fortification attribuée à la période byzantine a été datée entre le milieu du et le à partir du mobilier numismatique associé.

Du mobilier postérieur à l'Antiquité, notamment des céramiques vernissées, témoigne d'une fréquentation médiévale. La nature et l'importance de cette occupation restent cependant moins bien documentées que celles des phases protohistorique et romaine.

Économie et artisanat

Une inscription de l'époque de Sévère Alexandre documente l'établissement de nundinae, marchés périodiques autorisés par le gouverneur P. Iulius Iunianus Martialianus. Ils devaient se tenir deux fois par mois, la veille des calendes et la veille des ides. Brent D. Shaw distingue ces marchés périodiques du marché permanent associé au forum. L'inscription relative aux nundinae avait été placée dans une enceinte située près de l'entrée méridionale de l'agglomération.

Emanuele Papi et Francesco Martorella ont proposé d'identifier comme grenier un bâtiment constitué de trois pièces rectangulaires contiguës, partiellement creusées dans la roche. Cette identification repose notamment sur la disposition des salles et de leurs ouvertures. Les auteurs soulignent cependant que l'édifice ne possède pas le plancher surélevé caractéristique de plusieurs horrea romains d'Afrique.

Travail du textile

Des ateliers de foulons, ou fullonicae, témoignent d'une activité liée au nettoyage et au traitement des textiles. Une enquête de terrain conduite par Touatia Amraoui a permis d'identifier environ dix ateliers à Tiddis. Ils comportent des groupes de cuvettes comparables à ceux des fullonicae de Timgad, mais leur approvisionnement en eau diffère : aucun puits n'est connu dans la ville et les ateliers utilisent les citernes.

Dans l'atelier A, une conduite en terre cuite alimentait l'un des compartiments à cuvette et pourrait avoir été reliée aux citernes de la terrasse voisine. Dans l'atelier K, aménagé dans la maison à mosaïque, une conduite en plomb reliait une citerne domestique à un compartiment de travail.

Amraoui met en relation la dispersion de ces ateliers dans la ville avec la présence des réservoirs d'eau nécessaires à leur fonctionnement. Les installations étudiées sont attribuées à une période comprise approximativement entre le et le .

Production et circulation de la céramique

La céramique occupe une place importante dans la documentation archéologique du site. Aux productions modelées des sépultures protohistoriques s'ajoutent, à l'époque romaine et durant l'Antiquité tardive, des productions tournées.

Des fours de potiers ont été identifiés dans plusieurs secteurs. La découverte d'un poinçon-matrice destiné à estampiller de la terre sigillée claire D fournit un indice direct d'une fabrication locale de vaisselle fine. Michel Bonifay place par ailleurs Tiddis parmi les ateliers algériens attestés pour certaines productions africaines tardives.

Le mobilier comprend également des céramiques importées. Zineb Belabed signale des estampilles attribuées à Sex. Murrius/Festus et à L. Rasinius Pisanus. Ces potiers sont rattachés par Allard W. Mees aux productions de Pise, dont il étudie la diffusion en Méditerranée.

Des lampes portant des motifs chrétiens sont attestées pendant l'Antiquité tardive. Des recherches récentes ont également recensé plusieurs secteurs de fours et des moules de lampes tardives ; l'absence de stratigraphies conservées limite toutefois la datation précise de certaines installations.

Site archéologique

Nécropoles

Plusieurs espaces funéraires entourent l'agglomération. Aux sépultures protohistoriques s'ajoute une importante nécropole d'époque romaine à l'est du rempart.

En 1863, Jacques Auguste Cherbonneau indique y avoir observé plusieurs centaines de cippes ou fragments de monuments funéraires. Il distingue notamment des autels rectangulaires portant des inscriptions, des dalles, des stèles à fronton arrondi et plusieurs autres formes de cippes. Ses relevés épigraphiques mentionnent notamment des Iulii, Caecilii, Sittii, Volussii et Lollii.

Urbanisme et monuments

La partie la plus densément urbanisée occupe le versant oriental. La forte pente empêche l'application d'une trame orthogonale régulière. La voie principale, identifiée au cardo, décrit un tracé sinueux depuis la porte nord en direction des secteurs méridionaux. Dans le quartier artisanal, un escalier de 38 marches réparties entre cinq paliers assure une circulation transversale.