Une dictature est un régime politique dans lequel une personne ou un groupe de personnes exercent tous les pouvoirs de façon absolue, sans qu'aucune loi ou institution ne les limitent.. Une dictature est un régime autoritaire, bien qu'à l'inverse un régime autoritaire ne soit pas nécessairement une dictature. Elle peut avoir des lois, des institutions, voire un parlement avec des députés élus, mais pas librement et ne représentant donc pas des contre-pouvoirs. Ce régime politique a fréquemment été violemment critiqué ; ainsi, Hannah Arendt affirme que les lois qu'il promulgue sont éthiquement illégitimes et que les institutions y sont facticesHannah Arendt, Michelle-Irène Brudny de Launay (trad.), La nature du totalitarisme, Paris, Payot, 1990..
L'origine du terme remonte à la Rome antique, où la dictature était un état de la République romaine où un magistrat (le dictateur) se voyait confier de manière temporaire et légale les pleins pouvoirs en cas de troubles graves.
Au sens marxiste classique, le terme peut renvoyer notamment à la notion de « dictature » du prolétariat, une phase transitoire révolutionnaire de la société entre la dictature de la bourgeoisie capitaliste et le mode de production communiste, où la classe ouvrière (prolétariat) prend le pouvoir et instaure ainsi une nouvelle forme de régime révolutionnaire, Manifeste Communiste, 1848... (Assimilation de la dictature du prolétariat par F. Engels en tant que "République démocratique".).
Étymologie et évolution du sens
Les termes de « dictature » et de « dictateur » ont plusieurs acceptions. Elles varient selon les époques et les auteurs.
Dictateurs romains
Le terme apparaît de manière obscure, pour la première fois chez Cicéron dans De Republica... puis dans Pour Milon, sous le terme latin de , dérivé du verbe , c'est-à-dire « dire en répétant souvent, ordonner, commander » avec le suffixe d’agent -tor., probablement pour désigner un magistrat par un mot au sens non-défini pour les formes spéciales de gouvernance de certaines villes du Latium, par exemple celles d'Alba, du Lanuvium, , , , , et ., de Cora, de Tusculum, et de Nomentum et ., Tusculum.. À Rome, ce magistrat était appelé Magister populi.
Dans son sens d'origine, le terme désigne un magistrat. sous la République romaine, nommé par le Sénat.. et investi par les Consuls pour les remplacer. pour gouverner en cas de proclamation du Justitium., une situation de crise. Il était muni des pleins pouvoirs, l'Imperium qui regroupe tous les aspects de la vie publique excepté le pouvoir financier qui demeurait sous la coupe du Sénat, y compris dans le pomerium, pendant un mandat, qui ne peut, à l'origine excéder six mois, mais évoluera sous les différents dirigeants.
Le terme désigne également un fonctionnaire après les réformes augustéennes dans les États latins tardifs..
Cette forme d'État est d'abord décrite, aussi bien chez les historiens antiques notamment chez Tite-Live. que chez les savants modernes comme une mesure exceptionnelle, une .
Dans la culture étrusque et latine, le terme ne désigne pas un statut péjoratif comme aujourd'hui., au contraire, il semble être valorisé par Tite-Live et Cicéron. Il ne désigne pas, contrairement au statut de tyran, un jugement de valeur porté sur l'exercice du pouvoir mais désigne une institution.. Toutefois, la distinction entre tyrannie et dictature, et de ce fait tyran et dictateur, n'est pas toujours très nette, et ces questions sont ouvertes à controverses et débats chez les historiens.. Par exemple, l'historien Frédéric Hurlet tente notamment de qualifier le pouvoir exercé par Sylla dans son livre La dictature de Sylla : monarchie ou magistrature républicaine? Essai d'histoire constitutionnelle. Mais la question reste encore ouverte : en 2021, l'historien Alban Dignat emploie l'expression dans la revue Hérodote..
Évolution du terme
Le mot dictateur désigne actuellement ce que l'on appelait plutôt tyranDu grec , littéralement « celui qui usurpe le pouvoir absolu dans un État libre », sans connotation nécessaire de brutalité. Œdipe est ainsi un « tyran ». dans l'Antiquité ou despote dans l'Ancien Régime. Cette acception qui s'est développée pendant la Révolution françaiseLe Robert, Dictionnaire historique de la langue française. sert surtout pour la période contemporaine.
Sens moderne
Dans le Dictionnaire encyclopédique Brockhaus et Efron, publié entre 1890 et 1907 à Saint-Pétersbourg sous l'Empire russe, une dictature est définie comme .
Dans la Gran Enciclopèdia Catalana, publiée à partir de 1968, un dictateur est défini comme , haut de page : .
Autres définitions : Encyclopædia Universalis : ; Dictionnaire de la politique (Hatier) : ; Dictionnaire culturel (Larousse) : une dictature est un et un dictateur est une ou .
Selon Hannah Arendt la différence entre une dictature et un régime totalitaire ne se situe pas dans l'ampleur de l'arbitraire, de la répression et des crimes, mais dans le degré de contrôle du pouvoir sur la société : une dictature devient « totalitaire » quand et si elle investit la totalité des sphères sociales, s'immisçant jusqu'au cœur des sphères privée et intime (familles, mentalités, psyché individuelle)Hannah Arendt, La nature du totalitarisme, trad. Michelle-Irène Brudny de Launay, Paris, Payot, 1990..
Selon Michel Hastings (CEPEN-IEP de Lille) en 2007, le sociologue Juan Linz a voulu casser l'idée d'opposition binaire démocratie/totalitarisme sous-jacente à la guerre froide, opposition dans les années 1960 et 1970, sans nuances<ref name=Cairn.. Linz le fait en ouvrant une troisième voie pour mieux décrire des régimes qu'il qualifie de ; ni tout à fait démocratiques, ni tout à fait totalitaires. Il propose de réserver l'usage du qualificatif autoritaire aux . Une suspension temporaire des règles du régime antérieur serait, selon lui ..
Typologie des régimes politiques
Premières typologies : tyran, despote
vignette|Classification des constitutions d'Aristote. La des régimes politiques est une démarche méthodique des sciences politiques qui consiste à définir et classer l'ensemble des régimes politiques. Une des premières typologies des régimes est celle d'Aristote dans sa Politique., elle se divise en trois principaux groupes en fonction du nombre de gouvernants et de la finalité de la constitution. Il décrit les formes politiques gouvernées par une seule personne (royauté, tyrannie), d'un petit nombre (aristocratie, oligarchie) et par plusieurs individus (gouvernement constitutionnel, démocratie). Aristote fait de la tyrannie une forme corrompue de gouvernement par un seul, la monarchie. Dans De l'esprit des lois, Montesquieu propose une typologie différente de celle d'Aristote, bien qu'elle reste une classification par le nombre de gouvernants, celle-ci est fondée sur la relation entre la société et le régime, lui-même caractérisé par la taille de son territoire ainsi que d'autres facteurs cite l'éducation, la morale, le patriotisme et l'égalité économique.. Cette typologie est divisée en trois formes de gouvernement : la république, la monarchie et, la pire forme de gouvernement, le despotisme.
Du
Au En 2006, Brian Lai et Dan Slater proposent une nouvelle typologie des régimes autoritaires qui comprend quatre catégories : « machine » (parti oligarchique), « » (autocratie avec partis), « homme fort » (autocratie particulière) et les juntes (oligarchie). Aucune catégorie ne comprend la dictature, bien que certaines aient des formes dictatoriales.
D'après Gustav Lidén, les typologies sur les dictatures ont augmenté ces dernières années et les récentes recherches révèlent que les . Il rappelle que les dictatures sont en général classifiées à partir de caractéristiques telles que l'accès au pouvoir, la gouvernance par une seule personne, la forme militarisée du pouvoir et le fait qu'il y ait parti unique. Il soutient l'idée que classifier une dictature seulement à partir de sa forme de gouvernance par un seul individu n'est pas pertinente car la royauté traditionnelle, elle aussi, est une forme de gouvernance par un seul individu ; de fait, la classification sur ce seul critère : ..
+Typologie comparative des dictatures par Gustav LidénCaractéristiqueGeddes (1999)Hadenius & Teorell (2007)Wahman (2013)Kailitz (2013)Cheibub (2010)MonarchieGouvernance d'un seul individuMilitaireParti uniqueSystème électoralAbsence de partiParti uniquePlusieurs partis limitésParti unique autocratiqueCommunisme
Types de dictatures Militaire 200px|vignette|Des soldats occupent Séoul, en Corée du Sud, dans le cadre du coup d'État du 16 mai qui a placé le général Park Chung-hee au pouvoir.
Les dictatures militaires sont des régimes dans lesquels les officiers militaires détiennent le pouvoir, déterminent qui dirigera le pays et exercent une influence sur la politique.. Elles sont plus courantes dans les pays en développement d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Elles sont souvent instables et chacune n'a une durée moyenne que de cinq ans, mais elles sont souvent suivies de nouveaux coups d’État militaires et dictatures militaires. Bien que courante au , l’importance des dictatures militaires a décliné dans les années 1970 et 1980..
Les dictatures militaires sont généralement formées par un coup d’État militaire au cours duquel des officiers supérieurs utilisent l’armée pour renverser le gouvernement. Dans les démocraties, la menace d'un coup d'État militaire est associée à la période qui suit immédiatement la création d'une démocratie mais qui précède des réformes militaires à grande échelle. Dans les oligarchies, la menace d'un coup d'État militaire vient de la force de l'armée mise en balance avec les concessions qui lui sont faites. Parmi les autres facteurs associés aux coups d’État militaires figurent l’étendue des ressources naturelles, le recours limité à l’armée au niveau international et le recours à l’armée comme force d’oppression au niveau national.. Les coups d’État militaires n’aboutissent pas nécessairement à des dictatures militaires, car le pouvoir peut alors être transmis à un individu ou l’armée peut permettre la tenue d’élections démocratiques.
Les dictatures militaires ont souvent des traits communs en raison du passé commun des dictateurs militaires. Ces dictateurs peuvent se considérer comme impartiaux dans leur surveillance d'un pays en raison de leur statut non partisan, et ils peuvent se considérer comme des « gardiens de l'État ». La prédominance de la force violente dans la formation militaire se manifeste par l’acceptation de la violence comme outil politique et par la capacité d’organiser la violence à grande échelle. Les dictateurs militaires peuvent également se montrer moins confiants ou moins diplomates et sous-estimer le recours au marchandage et au compromis en politique.
Parti unique Les dictatures à parti unique sont des gouvernements dans lesquels un seul parti politique domine la politique. Les dictatures à parti unique sont des États à parti unique dans lesquels seul le parti au pouvoir est légalisé et tous les partis d'opposition sont interdits. Les dictatures à parti dominant ou les dictatures autoritaires électorales sont des dictatures à parti unique dans lesquelles les partis d'opposition sont théoriquement légaux mais ne peuvent pas influencer de manière significative le gouvernement.. Les dictatures à parti unique étaient plus courantes pendant la guerre froide, les dictatures à parti dominant étant devenues plus courantes après la chute de l'Union soviétique.