Le malgache (autonyme : malagasy) est l'une des deux langues officielles de la république de Madagascar (à côté du français). Il appartient au groupe dit « barito » de la branche malayo-polynésienne des langues austronésiennes. Les autres langues de ce groupe sont parlées dans la province de Kalimantan du Sud, dans la partie indonésienne de l'île de Bornéo. Morphologie Le verbe
Le verbe en malgache ne marque ni le nombre, ni la personne ; il reçoit en revanche les marques du temps, du mode (indicatif / impératif), de l'aspect (accompli / inaccompli, ponctuel / duratif..) et surtout de la voix. La plupart des verbes se distinguent des noms par leurs affixes spécifiques.
Les voix et l'aspect
À la différence de nombreuses langues dont le français, la phrase active n'est pas la phrase de base et la phrase passive une transformation de la première, mais le choix d'affixes spécifiques adjoints au verbe permet de prendre pour sujet ou thème différents composants sémantiques de la proposition comme l'agent (orientation active) ou l'objet (orientation passive), mais aussi le lieu, le temps, le moyen ou d'autres circonstances (orientations circonstancielle, instrumentale, applicative). Le terme de « voix », emprunté à la grammaire des langues européennes est employé par commodité, mais convient mal, puisque l'orientation du verbe, caractéristique de la valence verbale associant aux différents participants du procès un rang dans la hiérarchie et un rôle sémantique dans la situation par rapport au patient ou à l'objet (« passif ») est la construction par défaut et que ce qu'on appelle le « complément d'agent » ne se distingue pas par sa morphologie et son emplacement du complément d'objet d'un verbe transitif. Ce genre de structure se retrouve dans quelques autres langues austronésiennes.
Le nombre de « voix » du malgache est un objet de débat Archipel 38, 1989,, A. Adelaar. Les langues austronésiennes et la place du malagasy dans leur ensemble, 6. le système de topicalisation dans le malagasy et dans les langues des Philippines et des régions voisines. La tradition grammaticale n'en distingue que trois, active, passive et circonstancielle (anciennement : relative)J.Dez. La linguistique malgache bref aperçu historique, 1991 ; ce sont les plus fréquentes. Des études comparatives avec d'autres langues du même groupe ont conduit les linguistes contemporains à en reconnaître généralement cinq en ajoutant aux trois précédentes les voix instrumentale et applicative qui n'existent que pour un petit nombre de verbes Narivelo Rajaonarimanana, Grammaire moderne de la langue malgache, L'Asiathèque, 2018, .
− L'orientation active
Le verbe comporte le plus souvent un préfixe commençant au présent par m-, en général, mi- pour les verbes intransitif, man- pour les verbes transitifs, n(o)- au passé, h(o)- au futur. Il existe quelques cas de formes actives réduites au radical comme tia (aimer)ou avy (arriver)
− L'orientation passive
Les formes les plus fréquentes comportent un suffixe -ana /-ina. D'autres plus rares recourent à un préfixe en -a comme atsangana (étant mis debout) issu du radical tsangana (position debout). Comme pour l'actif, il existe quelques bases verbales de sens passif comme hita, (être vu, être trouvé) ou re (être perçu). Ils deviennent actifs par l'adjonction d'un préfixe : mahita (voir, trouver), mandre (percevoir) Les formes passives sont beaucoup plus utilisées que dans la majorité des langues et souvent préférées à l'actif. La traduction littérale de je lis la lettre, mamaky ny taratasy (*man-vaky>mamaky) paraît très maladroite On dit plus naturellement vakyko ny taratasy, la lettre est lue par moi (*vaky-ina-ko>vakyko ; le suffixe passif -ina disparaît devant le suffixe personnel -ko, moi qui représente le complément d'agent. De même, tiako izy, elle est aimée de moi, plutôt que je l'aime. Les formes passives sont également très usuelles à l'impératif : Lazao amy ko izany, « que cela me soit raconté », raconte-moi cela (milaza=dire, raconter ; lazaina= être raconté ; (lazaina+-o, désinence de l'impératif> lazao).
− L'orientation circonstancielle
Alors que la plupart des langues ne connaissent que l'actif ou le passif qui thématisent l'agent ou le patient/objet, le malgache partage avec quelques autres langues austronésiennes la capacité de prendre pour sujet d'autres constituants de la proposition comme diverses circonstances du procès (lieu, temps, moyen, cause, but, etc.. Cette voix est marquée par les circumfixes i-...-ana ou a-...-ana.
- L'aspect
L'accompli s'exprime par deux préfixes tafa- ou voa- qui se substituent aux affixes précédents à valeur d'inaccompli : Voavonjy ny marari (le malade est sauvé) s'oppose ainsi à vonjena ny marary (on sauve le malade), ces deux formes étant bâties à partir du radical vonjy (aide, secours), vonjena venant de vonjy + -ina.
Le tableau suivant présente les trois voix et l'accompli du verbe acheter au passé : mividy (présent actif) formé sur le radical/ substantif vidy (prix) :
ORIENTATIONASPECTVERBE« C.d'AGENT »C.O.D.OBJET 2SUJETACTIFINACCOMPLINividyvaryho an'ny ankizyny vehivavy a achetéle rizpour les enfantsla femmeLa femme a acheté du riz pour les enfants. PASSIFINACCOMPLINovidin' (1)ny vehivavyho an'ny ankizyny varya été achetépar la femmepour les enfantsle rizLe riz a été acheté par la femme pour les enfants.ACCOMPLIVoavidyny vehivavyho an'ny ankisyny varya été maintenant achetépar la femmepour les enfantsle riz(C'est fait;) le riz a été acheté par la femme pour les enfants.CIRCONSTANCIELINACCOMPLINividianan' (1)ny vehivavyny varyni volaavec lequel on a achetéla femmele rizl'argentL'argent a été utilisé par la femme pour acheter le riz.
(1) La voyelle -a du suffixe, non prononcée, est élidée et l'apostrophe indique que le second mot est le complément d'agent du premier.
- La voix instrumentale
Elle est marquée par le préfixe -a. Les verbes qui la possèdent ont toujours un passif en -ana/-ina. Ainsi le radical tondraka, utilisé comme adjectif (qui déborde, qui se répand) donne les formes verbales suivantes : manondraka (arroser), mitondraka (déborder, se répandre), tondrahana (sur quoi on répand, qu'on arrose), atondraka (à répandre sur) :
ORIENTATIONVERBE« C.d'AGENT »SUJETPASSIFTondrahana ny voninkazo Sont arroséesles fleursLes fleurs sont arrosées.INSTRUMENTALAtondrakony voninkazoity rano ityavec quoi sont arrosées les fleurscette eauCette eau sert à arroser les fleurs.
− La voix applicative
Elle est marquée par le suffixe -ana et a pour sujet un destinataire ou une localisation. Les verbes qui la possèdent ont toujours un passif en -a.
Sur le radical roso (continuer, avancer) sont formées mandroso (actif:présenter), aroso (passif:qu'on présente), rosoana (applicatif: à qui, pour qui on présente):
OrientationVERBEComplémentSUJETPASSIFAroso ny vahini ny varyEst présentéaux invitésle rizOn présente le riz aux invités.ApplicatifRosoanavaryny vahinyà qui est présenté du rizles invitésOn présente du riz aux invités.
Sur le radical fafy (semence) sont construites les formes verbales mamafy (actif : semer), voafafy (passif accompli : qui est semé), afafy (passif : qu'on sème), fafazana (applicatif: destiné à être semé):
OrientationVERBEComplémentSUJETPASSIFHafafiko (1) varysera semé par moidu rizJe sèmerai du riz.ApplicatifHofafazako (2)varyity tany itysera destiné à être semé par moidu rizce terrainJe sèmerai du riz sur ce terrain.
(1) H- : préfixe du futur ; -ko, forme complément du pr.pers. pers. sing. (2) Ho : préfixe du futur ; la dernière syllabe de fafazana s'efface devant -ko, le pr.pers. complément.
Les temps Le malgache est l'une des rares langues malayo-polynésiennes occidentales à posséder un système de tempsAlexander Adelaar, « Tense, aspect and mood in some West Indonesian languages », in John Bowden (ed.), Tense, aspect, mood, and evidentiality in languages of Indonesia, NUSA 55, 5 (2013). Ce système distingue 3 temps :
PrésentPasséFuturmamaky = liremamaky = lirenamaky = avoir luhamaky = liramividy = achetermividy = acheternividy = avoir achetéhividy = devoir acheter
D'après le linguiste norvégien Oyvind Dahl (1988), cette distinction du temps est due à une influence bantoue. Ces préfixes peuvent être ajoutés à toutes les voix sous la forme de n- et h- devant voyelle, no- et ho- devant consonne : vidina, être acheté ; novidina, avoir été acheté ; hovidina, devoir être acheté. Toutefois les verbes radicaux et ceux à préfixes tafa- et voa- ne distinguent pas le passé du présent et recourent à la particule ho pour le futur : vita, accompli(présent ou passé) / ho vita (futur) ; voatsangana, dressé, monté (présent ou passé) / ho voatsangana (futur).
Les modes
Le malgache n'a que deux modes : l'indicatif et l'impératif. Le premier n'a pas de marque particulière ; le second a pour suffixes -a pour l'actif et -o ou -y pour les autres voix.
Les pronoms personnels
Les formes diffèrent comme en français selon qu'ils sont sujets ou compléments. La forme suffixée peut être liée à un verbe passif ou instrumental pour exprimer le complément d'agent ou à un nom pour exprimer la possession : ny trano, la maison ⇒ tranonao, ta maison ; voavonjy, qui est sauvé ⇒ voavojiko, qui est sauvé par toi ; vidiko ny trano, la maison est achetée par moi. La distinction inclusif / exclusif se retrouve dans de nombreuses autres langues.
SujetObjetSuffixé du singulieraho, izahoahy -(k)o du singulierianaoanao -(n)ao du singulierizyazy -ny du pluriel inclusiveVoir « nous » exclusif et inclusif.isikaantsika -(n)tsika du pluriel exclusiveizahayanay -(n)ay du plurielianareoanareo -(n)areo du plurielizy ireoazy ireo -ny
Le groupe nominal
Le nom
Le malgache ne connaît ni genre ni nombre. Les noms sont donc invariables et seul le contexte ou la présence de démonstratifs permet de distinguer singulier et pluriel.
L'article
Il existe deux articles définis ny et ilay. Tous les deux présentent l'objet ou l'être vivant (ou un ensemble d'objets ou d'êtres vivants) exprimé par le nom qu'ils déterminent comme spécifiquement identifiable. Ils correspondent le plus souvent au français le, la ou les, sans distinguer singulier et pluriel. Ny est de loin le plus courant ; ilay renforce la spécification du nom ou indique que le déterminé est déjà connu de l'interlocuteur : Ny masoandro no ilay mpanasoa ny voary (C'est le soleil qui est Le Bienfaiteur de la création) ; hitan'ny ankizy ilay boky (les enfants ont trouvé le livre en question). Ny permet aussi de substantiver un verbe ou un adjectif : Mankivy ny miaina (« amer le vivre », « vivre est amer ») ; ny tsara (« le bien »). S'il est indéfini, le nom est employé sans article.
Il existe par ailleurs des articles personnels employés devant des noms propres : i qui exprime la familiarité, Ra- le respect (attaché au nom) et ry un groupe (ry Rakoto = Rakoto et les siens, les Rakoto).
Les démonstratifs Les formes des pronoms démonstratifs dépendent de 4 axes distincts : la visibilité (chose visible ou vue / chose vague ou non visible) la distance par rapport au locuteur (6 degrés) l'extension de la zone indiquée (ponctuel, bien circonscrit / étendu) le nombre (singulier / pluriel / générique = collection d'objets similaires)
Les adjectifs démonstratifs du français sont rendus en répétant le pronom avant et après le nom ou le syntagme nominal. exe : trano fotsy : litt. « ceci maison blanc ceci » = cette maison blanche.
+Tableau des pronoms démonstratifs VISIBLE INVISIBLE DISTANCE EXTENSION Singulier Pluriel Générique Singulier Pluriel Générique Nulle Ponctuel eto ireto - izato - izatony Extensif ity izy itony izaty - - Indéfinie Ponctuel io ireo - izao, izay - - Extensif iny ireny - izany - - Très faible (indifférencié) itsy iretsy itsony izatsy - izatsony Faible (indifférencié) itsy iretsy - izatsy - - Grande (indifférencié) iroa ireroa - izaroa - - Très grande (indifférencié) iry irery irony izary - izarony
Les possessifs