Le mouvement américain des droits civiques () désigne les diverses luttes et manifestations menées par des citoyens afro-américains et par des citoyens Blancs américains abolitionnistes pour que les Afro-Américains puissent bénéficier comme tout autre Américain des droits civiques inscrits et garantis par la Déclaration d'Indépendance et la Constitution des États-Unis sans limitation juridique ou restriction juridique que ce soit.
À partir de 1865, aux lendemains de la guerre de Sécession, les droits civiques les plus élémentaires déniés auparavant aux Afro-Américains sont désormais garantis par plusieurs amendements de la Constitution à savoir : le treizième amendement du abolissant l'esclavage, le quatorzième amendement de , accordant la citoyenneté à toute personne née ou naturalisée aux États-Unis et interdisant toute restriction à ce droit, et le Quinzième amendement de , garantissant le droit de vote à tous les citoyens des États-Unis. Leur application est entravée dans les États du Sud, par les lois Jim Crow, et par les divers règlements permettant la mise en œuvre de la ségrégation raciale.
De façon générale, le mouvement revendique l'abolition de toutes les formes de discrimination raciale entravant l'exercice du droit de vote, l'accès à l'éducation, à l'emploi et au logement dans la totalité du territoire des États-Unis. Il commence au avec la fondation de la Pennsylvania Abolition Society et de la Free African Society et prend de l'ampleur au tout début du avec la création de diverses organisations comme la National Association for the Advancement of Colored People, la Conférence du leadership chrétien du Sud, la Student Nonviolent Coordinating Committee
Le mouvement américain des droits civiques atteint son apogée entre les années et , avec l'adoption de différentes lois fédérales comme le Civil Rights Act de 1964, le Voting Rights Act de 1965 et le Civil Rights Act de 1968 prohibant toutes les lois et réglementations ségrégatives sur l'ensemble des États-Unis.
Les grandes figures de ce mouvement et des courants qui s'y rattachent sont Antoine Bénézet, Richard Allen, James Forten, William Lloyd Garrison, Theodore Dwight Weld, Arthur Tappan, Daniel Payne, Myrtilla Miner, Frederick Douglass, Booker T. Washington, W. E. B. Du Bois, Oswald Garrison Villard, Mary White Ovington, Ida B. Wells, William Monroe Trotter, Asa Philip Randolph, Ralph Abernathy, Martin Luther King, Daisy Bates, Rosa Parks, Malcolm X, Coretta King, Angela Davis.
Racines historiques et culturelles Débuts avec les Quakers gauche|vignette|Antoine Bénézet fondateur de la Pennsylvania Abolition SocietyL'influence des Quakers, plus précisément les membres de la Société religieuse des Amis, marque probablement la première étape historique du mouvement des droits civiques. Ils sont les premiers à militer de façon organisée contre l'esclavage et à questionner le droit d'une personne à en posséder une autre en tant qu'esclave. Sous l'impulsion d'Antoine Bénézet et John Woolman des actions contre l’esclavage se créent, c'est ainsi qu'apparaît la première société antiesclavagiste américaine, la Pennsylvania Abolition Society à Philadelphie le . Benjamin Franklin et Benjamin Rush les rejoignent pour demander l'abolition de l'esclavage. Cette première société fait des émules dans tous les États, du Massachusetts jusqu'en Virginie, comme la New York Manumission Society fondée en 1785.. En , le Maryland interdit la vente et l'importation des esclaves.
Plusieurs Afro-Américains ont combattu aux côtés des insurgés lors de la guerre d'indépendance, on estime leur nombre à répartis en trois régiments dirigés par des officiers afro-américains. Plusieurs de ces soldats se sont illustrés pour leurs hauts-faits militaires, et espéraient que leur dévouement à la cause de l'Indépendance serait récompensé par l'abolition de l'esclavage.
Malgré le poids de Benjamin Franklin devenu président de la Pennsylvania Abolition Society et celui de toutes autres sociétés abolitionnistes qui ont présenté un mémoire au Congrès pour l'abolition de l'esclavage et la reconnaissance de la citoyenneté des Afro-Américains.. Mais sous la pression des riches propriétaires de plantations de la Caroline du Sud et de la Géorgie, afin d'éviter un éclatement entre les États du Sud et ceux du Nord, un compromis est établi par l' de la de l'article premier de la Constitution des États-Unis. Il y est écrit : . Cette disposition ambiguë autorise, sans reconnaître l'esclavage, l'importation d'esclaves, et donc de façon implicite le droit d'en posséder.
Les deux textes fondateurs des États-Unis, la Déclaration d'indépendance de et la Constitution des États-Unis de , étant équivoques, ils ne permettent ni aux esclavagistes ni aux abolitionnistes de s'y appuyer, laissant la porte ouverte aux débats. Ainsi commence la longue histoire des Afro-Américains dans leur quête de leur citoyenneté américaine et des droits civiques qui y sont liés.
Situation aux lendemains de l'Indépendance Selon le recensement de 1790, il y a , dont sont libres pour une population de , le nombre des esclaves représente de la population totale.. La grande majorité des esclaves, 89% vivent dans les États du Sud (Géorgie, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Virginie) là où se concentrent les plus forts besoins de main-d'œuvre liés aux grandes plantations, alors que la population d'esclaves diminue fortement dans les états du Nord, voire disparaît complètement dans le Vermont et le Massachusetts. Une fois que l'indépendance fut acquise, les différents États établirent des Codes de l'esclavage () afin de pouvoir maîtriser et contrôler les esclaves et optimiser leurs travaux. Ainsi un esclave ne pouvait ni ester en justice, ni témoigner dans un procès sauf contre un autre esclave ou un affranchi, ne pouvaient pas signer de contrats, ne pouvaient généralement rien posséder en propre ; dans certains États comme celui du Mississippi il leur était interdit de jouer d'un instrument de musique ou d'apprendre à lire et écrire. L'instruction des esclaves était la plupart du temps le fait de leurs propriétaires, de rares écoles seront accessibles aux esclaves vers les années 1840, au contingentement limité et avec bien entendu une autorisation de leurs propriétaires qu'ils doivent toujours avoir sur eux. Seuls les Afro-Américains libres des États anti-esclavagistes peuvent s'instruire dans des écoles la plupart du temps ségréguées. Les relations des esclaves aux Blancs étaient réduites au strict minimum, lors de leur temps de repos aucune assemblée ne pouvait se tenir sans la présence d'un Blanc, la moindre incartade était sanctionnée par le fouet et la peine de mort à la moindre rébellion, leur liberté d'aller et venir était contrôlée par une police des esclaves. Dans certains états, l'arbitraire des propriétaires était régulé par des tribunaux dédiés aux crimes et délits commis par les esclaves, tribunaux où dans le meilleur des cas les jurés étaient tous blancs et dans le pire des cas étaient aux mains des propriétaires d'esclaves, les peines étaient le plus souvent le fouet, afin d'éviter un temps de prison pendant lequel l'esclave ne travaillerait point, la peine de mort visait des crimes bien précis vol à main armée, viol, rébellion, cela encore pour préserver la main-d'œuvre.
Une étape, la fin de la traite négrière La constitution ayant mis une date butoir pour l'importations des esclaves à savoir l'année 1808, les sociétés abolitionnistes et les Afro-Américains libres vont régulièrement faire du lobbying pour abolir l’esclavage en même temps que l'arrêt de la traite négrière. Une première étape est franchie en quand le sénateur du Vermont, Stephen R. Bradley présente un projet de loi visant à abolir la traite négrière à partir du , mais après une seconde lecture, le projet est ajourné, en , le représentant du Massachusetts, Barnabas Bidwell fait une proposition de loi allant dans le même sens, mais qui reste lettre morte. Finalement c'est le président Thomas Jefferson qui lors de son discours du , reprend le projet de loi, et le est promulgué l'Act Prohibiting Importation of Slaves qui interdit la traite négrière à partir du , loi assortie de sanctions financières pour quiconque braverait l'interdit (amendes allant de à $). Malgré cela, des planteurs, des armateurs, et des marchands d'esclaves ont continué à maintenir un marché souterrain de la vente d'esclaves. Mais si l'importation d'esclaves est devenue illégale, en revanche les transactions d'achats et de ventes des esclaves sont maintenues à l'intérieur des États-Unis. Au total ce sont environ qui auront été importés par la traite négrière aux États-Unis jusqu'en 1810, chiffre auquel il faut rapporter une traite clandestine de Africains entre 1810 et 1870 soit un total d'environ . Ne sont comptées que les personnes arrivées à bon port, ne figure pas le nombre de morts liés aux conditions de transports.
L'évêque Richard Allen le premier leader gauche|vignette|Richard Allen, premier leader du mouvement des droits civiques. C'est au avec l'évêque Richard Allen (1760-1831) que remontent les premières organisations afro-américaines de défense des droits des Afro-Américains. Cela commence par la première association d'entraide, la Free African Society fondée par Absalom Jones et Richard Allen, suivi de la fondation en 1816 de l'Église épiscopale méthodiste africaine par le même Richard Allen, église fondé dans la tradition du message de John Wesley. L'Église épiscopale méthodiste africaine se développe, en 1820 elle compte plusieurs milliers de fidèles répandus dans différentes villes Philadelphie, Baltimore, puis Pittsburgh et Charleston.
Richard Allen devient dans la première moitié du la figure prééminente des Afro-Américains de Philadelphie et au-delà, aidé dans ses combats pour les droits civiques par James Forten.
Il publie tout au long de sa vie des pamphlets pour expliquer aux Blancs combien l'esclavage est une chose inique. Ses écrits influenceront les penseurs et leaders du mouvement des droits civiques de Frederick Douglass jusqu'à Martin Luther King Jr..
Frederick Douglass a qualifié Richard Allen de rien de moins que l'auteur d'une nouvelle déclaration d'indépendance fondée sur l'égalité raciale. En lors de l’exposition universelle de Chicago , Frederick Douglass rend hommage à celui qu'il estime comme un père fondateur : . Frederick Douglass conclut son discours en disant .
Comme l'écrit Frederick Douglass, Richard Allen est considéré comme le premier leader charismatique des Afro-Américains. C'est par une réflexion théologique à l'intérieur de la tradition méthodiste et plus spécialement du message de John Wesley qu'il devient le porte-parole des droits civiques. Son itinéraire n'est-il point semblable à ce que sera celui du pasteur Martin Luther King, Jr qui au nom des valeurs évangéliques qu'il s'est appropriées deviendra l'icône charismatique qui changera à jamais la politique américaine en matière de ségrégation ? Les deux hommes ont défini l'ère de la revendication afro-américaine dans laquelle ils ont grandi. Tous deux contribué à définir l'émancipation des Afro-Américains comme un problème quant à la démocratie et aux valeurs fondatrices américaines. Martin Luther King a qualifié la souffrance noire de rédemptrice pour l'âme américaine de la même manière que Richard Allen soutenait que la liberté des Afro-Américains était le véritable baromètre du succès (ou de l'échec) de la démocratie américaine. Plus d’un siècle et demi avant les grands mouvements américain des droits civiques, Richard Allen avait dit aux Américains blancs que la résolution du dilemme de la liberté et de l’esclavage, de l’iniquité raciale au pays de la prétendue liberté, raconterait l’histoire du destin de la nation : .
Situation avant la guerre de Sécession