Le Stift – ou Collège Saint-GuillaumeLe Stift devrait normalement s'appeler « collège Saint-Guillaume », comme cela a été le cas jusqu'au . Cependant, l'établissement de l'ancien Séminaire protestant dans les locaux de l'actuel Stift a semé la confusion entre les deux établissements. En outre, lorsque le collège Saint-Guillaume a déménagé dans le bâtiment quai Saint-Thomas, les gens ont tout simplement commencé à l'appeler « Collège Saint-Thomas » (Thomasstift en allemand). Progressivement, le surnom de « Stift » a par conséquent supplanté le nom original du séminaire. – est un établissement protestant luthérien de Strasbourg, héritier du Collegium Wilhelmitanum fondé au au moment de la Réforme pour permettre aux étudiants démunis d'étudier la théologie. De nos jours, il sert principalement de foyer et de restaurant universitaire. Ouvert en priorité aux étudiants de la faculté de théologie protestante de Strasbourg, il accueille aussi des étudiants « engagés » de tous cursus et toutes religionsPhilippe Wendling, « Le Stift accompagne les futurs acteurs de la société », in Les Saisons d'Alsace, hors-série, hiver 2016-2017, . Les biens du Stift sont gérés par la fondation Saint-Guillaume, elle-même administrée par le chapitre de Saint-Thomas. Le Stift désigne également à présent le bâtiment du dans lequel il se trouve, appartenant au chapitre, au 1a et 1b quai Saint-Thomas, et qui abrite aussi la médiathèque protestante de Strasbourg.
Le Stift a pour devise Benedictus benedictat sanctificet servet (« Que celui qui a été béni, bénisse, sanctifie et serve. »).
Histoire
Réforme et pédagogie vignette|upright|gauche|Caspar Hedio, l'un des fondateurs. Le mouvement réformateur des années 1520 ne s’exprime pas seulement au plan de la théologie ou par les changements cultuels, mais aussi par l’attention portée aux écoles. À peine arrivé à Strasbourg, Bucer, bientôt suivi par Capiton et Hédion, donne des cours de théologieMarc Lienhard, « Histoire de la Faculté », in La Faculté de théologie protestante de Strasbourg hier et aujourd’hui (1538-1988), Strasbourg, 1988, p. 15-17.. À partir de 1526, des cours de philologie classique, de mathématiques, de géographie et de rhétorique, de droit et d’hébreu sont mis en place Johannes Ficker, « Die Anfänge der akademischen Studien in Straßburg », in Das Stiftungsfest der Kaiser-Wilhelms-Universität Straßburg am 1. Mai 1912, Strasbourg, 1912, . Par ailleurs, en 1524, deux écoles latines privées sont ouvertes par d’anciens religieux Charles Engel, Das Schulwesen in Straßburg vor der Gründung des protestantischen Gymnasiums, Strasbourg, Heitz, 1889, 76 p..
Mais encore fallait-il assurer l’accueil des élèves et soutenir ceux qui n’avaient pas les moyens de se payer des études. Certains en étaient réduits à mendier, dans une cité où la vie était chère. Dès avant la Réforme, la ville avait attribué des aides à des élèves pauvres, doués et méritants. La sécularisation de la plupart des 14 couvents, en particulier celle du couvent dominicain de Saint-Marc, allait dégager de nouveaux moyens auxquels s’ajoutèrent divers testaments. Il ne fallait pas seulement soutenir les élèves pauvres de Strasbourg, mais aussi ceux, de plus en plus nombreux, venus d’ailleurs. Un commerçant d’Isny, Peter Buffler, offre en 1533 une bourse de 30 florins pour cinq ou six jeunes désireux d’étudier à Strasbourg, à condition que les villes de Constance, Lindau, Isny et Memmingen fassent de même. La ville de Strasbourg devait offrir des locaux adéquats. C’est ainsi qu’un premier collège voit le jour, installé dans l’ancien couvent des dominicains, d’où le nom de « Collège des prédicateurs ; ». Le succès est tel qu’un autre collège payant et réservé aux Strasbourgeois est créé : le Paedagogium, mais il est bientôt réuni avec le premier. Les élèves et étudiants ainsi regroupés font soit des études de théologie, soit d’autres études. À l’intérieur du Collège et sous la direction d’un précepteur (« pédagogue »), divers exercices contribuent à la formation des élèves. Entre eux, les élèves doivent parler le latin. Le Collège des prédicateurs disparaît au temps de la Guerre de Trente Ans.
Le Collège Saint-Guillaume La création de la Haute École en 1538 renforce l’attrait exercé par la ville pour toujours plus d’élèves et d’étudiants, pas toujours fortunés. Un besoin grandissant de pasteurs se fait sentir. D’où la création d’un Collège destiné exclusivement à ceux qui veulent entreprendre des études de théologie et qui n’en ont pas les moyens. Les scolarques, c’est-à-dire les membres du Magistrat de la ville chargés des écoles, peuvent disposer des locaux du couvent Saint-Guillaume, du nom de l’ordre des guillemites (Wilhelmiten), fondé sans doute au , auquel un Mullenheim, de retour de croisade, avait attribué au une petite église à Strasbourg Luzian Pfleger, Kirchengeschiche der Stadt Strassburg im Mittelalter, Colmar, 1941, p. 83, . Au début des années trente du , les derniers guillemites quittent le couvent, le prieur garde le droit d’y séjourner jusqu’en 1540. Dès 1539, des écoliers pauvres, venus de l’extérieur et qui gagnent leur vie en chantant aux offices et en mendiant, s’y sont établis. Mais c’est en 1543-1544 que le Collège proprement dit est mis en place.. Il est prévu d’accueillir douze élèves ou étudiants pauvres venus de l’extérieur et douze élèves strasbourgeois, après un examen préalable pour vérifier leur aptitude à entreprendre des études. L’hôpital fournit des draps qui s’ajoutent au mobilier en place. Les pasteurs sollicitent des personnes pour des dons hebdomadaires. Trois couvents féminins toujours en place et d’autres institutions catholiques apportent leur aide. Les épouses de Hédion et de Zell – Catherine Zell – s’occupent de l’aménagement des diverses pièces. Une Hausmutter, bénévole pour un temps, propose ses services.
À côté des étudiants en théologie, le Collège accueille aussi des élèves des quatre classes supérieures de la Haute École qui voulaient entreprendre par la suite des études de théologie, et des élèves plus jeunes. À la tête du Collège, qui est inspecté chaque semaine par les visiteurs chargés de surveiller l’établissement, il y a un pédagogue auquel tous doivent obéirListe des pédagogues de 1544 à 1960 dans Marie-Joseph Bopp, Die evangelischen Gemeinden und Hohen Schulen in Elsaß und Lothringen von der Reformation bis zur Gegenwart, Neustadt a.d. Aisch, 1963, . Un règlement intérieur comportant 30 articles règle la vie commune.. Il s’agit pour l’essentiel d’une traduction des règles édictées par Jean Sturm pour le Collège des Prédicateurs. Tous les résidents sont tenus de participer aux offices du matin et du soir et d’y apporter leur Bible. Le dimanche, chacun doit participer à trois cultes, le matin à l’église Saint-Guillaume, l’après-midi et le soir à la cathédrale. Ils doivent y chanter avec ardeur. La participation est obligatoire sinon on est frappé de coups de verges. Dès qu’ils sont en état de le faire, les résidents doivent parler le latin entre eux. Ils sont tenus de se respecter les uns les autres car, dit le règlement, « en Christ il n’y a ni Souabe, ni Suisse, ni Alsacien, ni Bavarois, mais une nouvelle créature. ». Les vêtements doivent être décents, les armes sont interdites. En principe, chacun dispose d’une chambre, mais il n’a pas le droit d’y introduire une lampe. Les résidents ne peuvent pas quitter le bâtiment du Collège sans l’autorisation du pédagogue et il est interdit de fréquenter les bistrots et les restaurants.
Au-delà des aides perçues au moment de la création du Collège, des dispositions financières durables sont prises par le Magistrat pour subventionner le Collège. Il bénéficie aussi des intérêts d’une fondation créée au Moyen âge et gérée par le chapitre cathédral, attribués à quelques écoliers pauvres, appelés « écoliers du sacrement » parce qu’ils participaient à la célébration des sacrements. En 1547, le chapitre de Saint-Thomas octroie une subvention annuelle de 60 quarts de céréales et de 52 florins, au vu des services rendus par les collégiens qui chantent à l’église Saint-Thomas et y assurent une instruction catéchétique. Par ailleurs, des subsides sont attribués au Collège par divers testaments, dont l’un de Bucer.
Du Après un interim assuré par , Jean Marbach, aidé par Mathias Negelin, succède en 1554 à Hédion, visiteur-inspecteur emporté par la peste en 1552. À son initiative on met fin à l’accueil de jeunes en dessous de quatorze ans. Les résidents doivent s’engager à étudier la théologie et à servir l’Église de Strasbourg et les paroisses de la campagne qui en font partie. Ils sont tenus de chanter dans les diverses paroisses, en particulier lors des obsèques. Cela suscite la critique de Jean Sturm qui estime qu’ils y consacrent trop de temps, au point de négliger les études. À partir de 1557, les étudiants sont tenus de participer à quatre cultes dominicaux. Au début des années soixante-dix, Jean Sturm élabore un avis très développé dans lequel il propose d’instaurer des exercices physiques, de couper le vin avec de l’eau, de donner à chaque étudiant une chambre, de veiller à la participation régulière des élèves et des étudiants aux cours. L’avis contient même quelques lignes sur l’état insatisfaisant des toilettes. Le nombre des résidents baisse dans les années soixante en passant de 50 à 32, chiffre qui s’impose par la suite. En 1594, puis encore en 1608 des plaintes se font entendre au sujet des résidents. On relève leur indiscipline. Ils possèdent peu de livres et seuls trois des 18 étudiants en théologie disposent d’une Bible. La situation semble s’améliorer au . À la fin du , on déplore la précarité financière, au point que les résidents doivent de nouveau aller mendier. Pendant la Guerre de Trente Ans, les difficultés s’accumulent malgré l’aide apportée par le chapitre de Saint-Thomas et des bourgeois de la ville. En 1642 les vivres dont dispose l’économe permettent tout au plus de nourrir les résidents pendant huit jours. En 1644 on fête quand même le premier centenaire du Collège ; .